‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 109 sur 143 · N° XX · texte numérisé non relu

N° XX

ÉTAT ACTCEL ET STATISTIQUE DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE EN EUROPE ET EN AMÉRIQUE.

La question de l'instruction est intimement liée à la question pénitentiaire ; l'extension et l'amélioration des écoles doivent aller de concert arec la réforme des prisons; aussi, après avoir retracé l'état et les progrès des institutions répressives, avons-nous cru faire chose utile en indiquant succinctement la situation des institutions éducative* tant en Europe qu'aux États-Unis. Nous avons eu recours, à cet effet, aux données les plus récentes et les plus exactes. Le rapport de M. Boulai de la Meurthe fait, en 1835, à la Société pour l'instruction élémentaire de Paris, nous a particulièrement été d'un grand secours, et nous en avons extrait les faits les plus intéressants , apr£s les avoir soumis à un contrôle scrupuleux.

msTincTioii ruants

Notre travail embrasse la plupart des pays civilises : la France, la Grande-Bretagne , la Prusse, le Wurtemberg, le grand duché de Bade, la Bavière, la Saxe, la Bohème, les États autrichiens, le Hanovre, la Hollande, la Belgique, la Suisse, la Suède, la Norwège, la Russie, la Pologne, l'Italie , l'Espagne , le Portugal , la Grèce , les Iles ioniennes, les États-Unis de l'Amérique du nord. C'est une vaste revue qui résume des faits peu connus jusqu'ici, faits dont les résultats sont d'une haute importance, et qui expliquent en grande partie les divergences qui se font remarquer dans le degré de moralité et de criminalité des divers peuples.

Avant la révolution de 1880, dans chaque province, les écoles primaires étaient surveillées par des commissions provinciales ntmmée* par le gouwmement. Ces commissions se réunissaient deux fois par an pour examiner les instituteurs et leur conférer des diplômes, sans lesquels il était défendu de se livrer à l'enseignement, non -seulement dans les écoles rétribuées par l'État , les provinces ou les communes , mais aussi dans tous les établissements particuliers. Les maîtres de langues, etc., qui donnaient des leçons en ville , étaient soumis également à cette mesure. Dans le courant de l'année, les membres de ces commissions avaient l'inspection de tous les établissements qui se trouvaient

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dans leurs districts respectifs. Les places d'instituteurs étaient données au concours, opération qui avait lieu par devant la commission.

Un inspecteur-général avait en outre la hautemain sur cette partie de l'instruction pour tout le royaume.

La révolution, en proclamant le principe de la liberté d'enseignement, n'a pu laisser subsister cet état de choses. Les commissions provinciales se ressentaient trop de leur origine pour (qu'elles pussent être conservées sans danger. Le gouvernement commença en conséquence par les dépouiller de leur pouvoir coërcitif, bornant leur action à la surveillance des écoles rétribuées par le trésor en tout ou en partie. 11 ne leur fut point défendu de donner des diplômes, mais ces diplômes ne furent plus obligatoires ; de plus, le personnel des inspecteurs d'écoles fut épuré , et ceux qui furent nommés , le furent sur la présentation des états provinciaux, corps électifs. Enfin, un arrêté du régent supprima lesdites commissions , purement et simplement, réservant au gouvernement la faculté de faire inspecter les écoles rétribuées par lui de la manière qu'il jugerait la plus convenable; faculté dont il s'est néanmoins abstenu de faire usage jusqu'ici.

L'instruction primaire est donc pour le moment sans législation en Belgique. L'action du gouvernement ne s'étend plus que sur les écoles qui en reçoivent des subsides ; le reste est abandonné au

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caprice des conseils communaux qui , dans plusieurs localités, ont retranché du budget communal les traitements des instituteurs, interprétant le principe de la liberté de renseignement de manière a en conclure que les régences ont aujourd'hui le droit de refuser à leurs administré* les bienfaits ds l'instruction. Beaucoup d'autres abus résultent depuis près de 7 ans de l'interprétation abusive que font de ce principe certaines autorités locales, surtout dans les petites villes et les communes rurales; ils rendent plus urgente de jour en jour l'adoption d'une loi sur cette matière, loi qui, pour être bien conçue, devra conférer au pouvoir exécutif des droits asseï étendus pour le mettre en état de s'acquitter de l'un de ses principaux devoirs, celui de propager l'instruction élémentaire dans les derniers rangs de la société.

Quelle a été la conséquence de cet état de choses? Que l'instruction primaire en Belgique n'a fait aucun progrès depuis 10 ans : le nombre des écoles et des élèves a pu augmenter dans telle localité , mais il a diminué dans telle autre ; eo définitive il y a eu compensation. Ainsi la Belgique, malgré le principe tout populaire de sa ré?olution , seule est demeurée stationnaire au milieu du mouvement qui se manifeste presque partout en Europe pour l'amélioration et la propagation de l'enseignement élémentaire. Cette vérité est pénible, sans doute ; mais ce ne peut être une raison pour la déguiser; elle ressort d'ailleurs à la

Si! EUROPE ET BR AMERIQUE. 5

dernière évidence de la comparaison des données statistiques à deux époques, avant et après la révolution, en 1825 et en 183S '.

Provinces. Population Nombre d'élèves.

Anvers 319,286 354,667 31,401 27,694

Brabant 492,736 677,209 43,541 50,011

Flandre occident. 571,034 615,904 57,122 43,278

Flandre orient*. 689,158 747,569 55,872 52,818

Hainaut x546,245 626,942 60,437 61,243

Liège 337,556 380,189 23,333 31,551

Limbourg 324,368 326,737 23,754 30,813

Luxembourg.... 291,759 316,504 34,904 42,894

Namur 199,482 220,332 22,978 30,694

Totaux 3,771,623 4,165,953 353,342 370,996

Le nombre des écoles s'élevait, en 1 83$, à 5,229 : 2,170 communales, 469 mixtes (c'est-à-dire subsidiées par le gouvernement) et 2,590 particulières.

Le nombre des élèves dans les écoles était réparti de la manière suivante :

Garçons. Filles. Total.

Écoles communales 105,131 79,958 185,089

» mixtes 29,169 17,605 46,774

particulières... 73,045 66,088 139,133

Totaux 207,345 163,651 370,996

1 V. Rapports sur la situation des écoles supérieures, moyennes et primaires du royaume des Pays-Bas, depuis ISIB jusqu'en 1826. — La Haye, de l'imprimerie de l'Etat, 1829. — Documents statistiques recueillis et publiés par le ministre de l'intérieur du royaume de Belgique. Bruxelles, 1836.

7,4 habit

6 MST1VCTIOM P1IIAI1E

Voici maintenant la proportion des élèves par province aux deux époques mentionnées plus haut, en 1825 et en 1833 :

Runur ■ . . 1 élève sur

Luiembourg

Hainaut

Limbourg. ,a

Brabant

Liège

Anvers

Flandre orientale. . . .

Flandre occidentale.

Le royaume ,

On voit que si l'instruction a fait des progrès dans les provinces de Namur, Luxembourg, Limbourg, et Liège, et si elle est restée stationnaire dans le Brabant, elle a par contre fait un pas rétrograde dans le Hainaut , Anvers et les deux Flandres. — Les rapports sont encore à peu près les mêmes en 1836. Les provinces de Namur et de Luxembourg sont celles où l'instruction est le plus répandue, tandis que les deux Flandres se présentent à cet égard au dernier rang.

Il est déplorable de songer qu'en Belgique plus de la moitié des enfants de 6 à 14 ans sont encore privés de toute instruction.

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