Wurtemberg
IH IUtO>£ IT BA ABitlQDB.
Danemark (1834) 1
Horvrége (1834) 1
Ecosse (1834) 1
Bavière (1831) 1
Hollande (1835) 1
Baltimore (Maryland) 1
Pennsylvanie 1
Suisse (Zurich, Berne, Bâle, Schaffhouse, Argovie,Vaud, fleufchâtel, Génère (1834). 1 États autrichiens (1832) ... 1
Angleterre (1833) J
Belgique (1833) 1
Suisse (Lucarne, Zug, Fribourg, Soleure , Appenzell , Rhod. extér., Glaris, St-Gall,
Thurgovie) (1834)
Lombardie (1832)
Illinois (1831)
Irlande (1831)
France (1834)
Indiana
Kentucky (1830)
Valence (1831)
Suisse (Schwyx, Unterwalden , Appenxell , Rh. intér., Grisons, Tessin , Valais) (1834).
Provinces vénitiennes (1826).
Iles ioniennes (1831)
Caroline du Sud
Grèce (1830). •
Portugal
Pologne (1830)
Espagne
Russie (1831)
élève sur 7 habitants.
IMTftVCnO* MMBAI11
II. — IBtUJBM» DE L'MSTBDCTION SUR LA ■OttAUSi S* LA CRIMINALITÉ.
Noos avons successivement indiqué , d'après tes sources les plus récentes et les plus exactes , les progrès et l'état actuel de l'instruction primaire en Europe et aux États-Unis d'Amérique. Il y aurait un second travail à faire pour compléter celui-ci ; ce serait d'établir une comparaison générale de l'état de la criminalité avec celui de l'instruction entre ces divers pays; mais, outre que les donnée* nous manquent à cet effet, il est évident que la différence des lois criminelles, des mœurs, des usages, doit entraîner une différence analogue dans le nombre et la nature des offenses, entièrement indépendante du degré d'instruction.
Cependant il est un fait incontestable , c'est que le degré d'instruction d'un pays représente toujours d'une manière plus ou moins exacte l'état de sa moralité '. Dans son excellent ouvrage sur YèàMcat ion publique , M. le pasteur Naville cite des faits nombreux et incontestables à l'appui de cette vérité. Vers la fin du dix-septième siècle , dit-il , (pag. 404) il y avait en Ecosse, d'après le rapport
1 Ce n'est pas tant l'instruction proprement dite que V éducation qui exerce une influence réelle sur le nombre et la nature des offenses. L'homme instruit sera plus prudent que l'homme ignorant , mais il pourra fort bien par contre être moins moral que ce dernier; les crimes qu'il commettra seront d'une autre nature , ils seront moins atroces , moins grave* peutêtre , mais ils seront peut-être aussi plus nombreux; cbes ma peuple éclairé, industrieux , il y aura moins de meurtres,
m mwi et su saiiiaux. 8S
cTob ancien éorrrain ', on moins cent raille indi*» viafos qui Tiraient tans loi , sans religion , sans morale; qui, toojonrs ivres, MaspUniaient, j«-
moins de vols à main armée que chez un peuple pauvre et ignorant, mis H y aura plus de faux, de filouteries, de fraudes et de soustractions de toute espèce. C'est qu'il ne suffit pas é l'homme, pour être à l'abri des passions et des tentations criminelles, de savoir lire, écrire et calculer; il faut de plus que la vertu et la religion viennent à son aide ; l'instruction sans l'éducation n'est qu'un instrument utile ou fatal selon l'usage bon ou mauvais qu'oa ea fait; taudis que l'éducation amorale et religieuse agit par «Ue-même et rend le crisse pour ainsi dire impossible chez ceux qui , dès leurs jeunes années, ont été mis à même d'en éprouver les bienfaits. Envisagée sous ce point de vue et posée en ces termes, la question de la prévention des offenses se simplifie et sa solution ne peut être douteuse : le nombre et la nature des offenses dépendent invariablement et partout de l'état de l'éducation morale et religieuse ; la où cette éducation est négligée les crimes sont fréquents, là où elle est générale au contraire les crimes sont rares. Étendez, perfectionnez l'éducation et vous réduirez d'autant le domaine de la criminalité. — Cette vérité , quelque triviale qu'elle puisse paraître, wt cependant presque généralement méconnue, et les eeneéquences qui en découlent n'ont, que je sache, encore été complètement admises par aucun peuple, ni formulées dans aucune législation. La conviction de cette importante lacune et l'espoir de contribuer pour ma parti la combler jusqu'à un certain point, m'ont déterminé à recueillir et A classer mes idées sur les besoins de l'instruction et de l'éducation populaires en Belgique , eu les mettant en rapport avee le projet de loi sur les écoles primaires soumis déjà depuis long-temps à la Chambre des représentants. Ce travail ne tardera pas à être publié.
1 Political tcorks of Andrew Fleicher. London, 1737. p. 144.
84 WSTtUCTIOH MUIJJ1I
raient, se battaient, et désolaient le pays par des vols et des meurtres. Les habitants de oes mêmes contrées se distinguent maintenant par leur amour pour le travail et par l'honnêteté de leur conduite. A quoi est dû cet heureux changement? A la même cause qui de turbulents les a rendus paisibles, à l'influence de l'éducation nationale.
L'instruction est universellement répandue dans les États-Unis du Nord , qui forment la Nouvelle- Angleterre ; aussi , dans cet heureux pays , tout respire l'ordre et la décence : la justice , la bienveillance, un sentiment profond de dignité morale y sont le partage , non pas de quelques hommes distingués, mais de la masse des citoyens. Gooper, qui l'a parcouru sur une étendue de plus de mille milles , dit que l'on n'y a pas cherché une seule fois à faire sur lui un profit illicite , que jamais H n'y a entendu prononcer un mot injurieux, ni vu une action malhonnête '. Des enquêtes légales ont attesté, en Angleterre, les heureux effets de l'instruction sur la piété , la moralité , les habitudes d'ordre et de propreté des classes pauvres \
1 Lettres $ur le$ Étote-Uni», par Gooper, trad. de Preble, t. 1, p. 157 etauiv.
* Minute» of the évidence taken before the eommittee appointed by the house ofcommon» io inquire inte th$ state of mendicihf and vagrancy in the metropol*» and tï* neighbourhood ; ordered to be printed july 11 * 1815. To which is added the gênerai report, ordered io the printed, may28tkl816.
IH EtTlOTB ET EX AIEEIQVE. 85
A Paris , on a remarqué que ce sont les personnes instruites qui prennent le plus de part aux caisses d'épargnes et aux établissements de prévoyance mutuelle '.
Généralement , le nombre des crimes est en raison inverse de l'instruction du peuple. La comparaison que l'on a faite entre l'Ecosse , l'Angleterre et l'Irlande , offre à cet égard des résultats frappants 3 ; ils se confirment, lorsque l'on compare entre eux les divers comtés d'Angeterre : dans ceux du Nord , où l'éducation a fait Te plus de progrès, on compte une personne condamnée pour crime sur une population de 4,200 âmes ; tandis que cette proportion est de un à quatre cents , si l'on envisage la totalité du pays 3. Pendant trentesix années consécutives , il n'y a pas eu une seule exécution dans le comté de Westmorland , qui est distingué entre tous les autres par la bonté de ses écoles 4. En Autriche , il y a dans tous les villages des moyens d'instruction : aucun ouvrier ne peut se marier , s'il ne sait lire , écrire et compter ; aucun maître ne peut , sous peine d'amende , employer un ouvrier qui ne sait pas lire et écrire.
1 Rapport de la société philanthropique de Paris.
2 Discours de M. Hume, prononcé dans la chambre des communes le 1er juillet 1812. (Plan d* éducation pour les enfants pauvres, par M. De la Borde. )
3 Discours de M. Brougham, prononcé à la chambre des communes le 28 juillet 1820.
* Address on éducation, by George Harrison. m. S
86 IHltlUCTTOS PtnUM
Aussi les crimes y sontôls emUènemeat rares* Oa voit à peine à Vienne , dans «ne année , deax eiécutions à mort '. Les statistiques de justice criminelle , en Angleterre , en France , en Saisie , aux États-Unis, établissent que les condamnés sont, pour le plus grand nombre, des individus qui n'ont point ou presque point reçu d'instruction '. On a remarque , à Londres , à Gloœster, à Bas* ton , à New-York , a Paris , etc. * , qu'il était très rare qu'un jeune homme qui avait fait ses études primaires dans une école bien dirigée , se conduisit de manière à être traduit devant la justice. Les tribunaux de New- York condamnent chaque session dix a douze noirs , et cependant , de ptosieurs milliers d'hommes de cette race , qui , eu 1881 y avaient suivi l'école africaine établie daas la ville depuis douze années, on n'en comptait que trois qui eussent été dans le cas d'être condamnés*»
1 l Journmi de fa sécrété de sa moral* chrétienne, »• 7X.
2 Observations sur la visite , la surveillance et la dseeetion des femme m détenues : Londres, 1827, ch, 6. — Map' port de M* de Barbé-Marbois à la société royale des pris**** 1815. — Comptes généraux de F administration de la justice criminelle de France. — Du Système pénitentiaire, ptt Lucas. — Rapport sur l'instruction primaire du canton de Genève, 1827, etc.
3 Address on éducation , by G. Bjutîsob , Edioburgb Re- \iew, nov. 1810, p. 66. — Livingston, sur la discipline des prisons, p. 37. — Établissement et direction des éceles primaires gratuites (T adultes, etc., par M. Basset, etc.
* Revue comparée de V enseignement primaire dans les
H!f BOSSU 1T SI AVtlIQin. 87
Il «offit d'ailleurs de pénétrer dans let priions pour se convaincre de la liaison qui eiiste nécessairement entre le crime et l'ignorance. Nous avons donné à cet égard des renseignements d'un grand intérêt sur le degré d'instruction des détenus dans les prisons américaines (tome I, n* H, Des causes le* plu* fréquentas de* trimes aua Etals* Unis). On a constaté , en 18£3, dans les maisons centrales de Belgique , que sur 100 détenus il y en avait 61 qoi ne savaient ni lire ni écrii*»* 1 5 qui savaient lire seulement et dont l'instruabon était d'ailleurs presque nulle, et seulement 24 qui savaient lire et écrire plus ou moins bien. Un résultat analogue a été constaté en France* Sur .100 accusés , il y en a 88 , sur 100 condamnés il y en a 91 qui ne savent ni lire ni écrire, ou qui ne le savent que très imparfaitement '.Or, dans ce pays , la proportion des adultes ignorants est de 58 sur 100 \ La mesure du périt que fait courir l'ignorance aux personnes et aux propriétés est donc.de toute la différence entre 58 et 88 pour les accusés , et entre 58 et 91 pour les condamnés,
deux mondes, par M. Be Gérando. (Journal officiel de tinstruetion fitthlique, du 27 novembre 1831).
1 Ces chiffres sont la moyenne des statistiques de la justice criminelle des quatre années 1829, 1830, 1831 et 1832.
3 Cette proportion résulte des vérifications faites pour constater le savoir ou l'ignorance des classes appelées à fournir les contingents du recrutement de l'armée , pour les trois années 1830, 1831, 1832.
88 USTUTCTMY ïtiBAItl
©'est à dire , dans le premier cas de M , et dans le second de 33 p. •/«,.
Ainsi , l'absence de tonte instruction augmente d'an tiers le nombre des crimes.
Sir Richard Phillips, Tan des shérifts de Londres , magistrat zélé et philanthrope , dans une lettre adressée à G. Cumberland , esq™ , à Bristol , porte que la plus grande partie des accusés attendant jugement, et des condamnés par les juges-depaix, ne savent pas même écrire leur nom. « La première fois , dit-il , que je fus à même d'acquérir quelque certitude à cet égard , ce fut à l'occasion d'une pétition adressée aux sbériffs, par 152 prisonniers renfermés à Newgate : 28 d'entre eux avaient signé d'une manière correcte , 26 d'une manière presqa'illisible ; les 101 autres n'avaient signé qu'avec une croix ; ils n'avaient jamais appris à écrire. » — « Dans une autre occasion , ajoutet-il, ayant voulu distribuer parmi les détenus quelques bibles, nouveaux testaments et traités religieux , que j'avais obtenus à cet effet de diverses institutions philanthropiques de la capitale , je m'aperçus que ces présents étaient généralement reçus avec une grande indifférence. Je voulus en savoir la raison , et j'appris qu'un très petit nombre de prisonniers savaient lire avec facilité , que plus de la moitié ne savaient pas lire du tout, et que presque tous ignoraient ce qu'était la religion. Depuis , j'ai souvent interrogé les détenus dans leurs cours et dans leurs quartiers , et j'ai cou-
HT EVtOTS ET EW AMÉEIQUE. 89
stamment remarqué que sur 10 d'entre eux 4 ou $ sa? aient lire , et 2 ou S seulement savaient écrire1, n
La fondatrice du comité des dames de Londres, pour la visite des prisons , madame Fry , a constaté les mêmes faits par rapport aux femmes détenues a Newgate. Dn tiers de ces infortunées ne sait pas lire du tout ; un autre tiers ne sait lire que très imparfaitement ; presqu'aucune n'a de religion ».
M. Forde , chapelain de la même prison , écrivait il y quelques années : u J'ai, en ce moment, tt condamnés à la peine de mort confiés à mes soins ; dans ce nombre il n'y en a que 4 qui sachent lire. Tous sont dans l'ignorance la plus complète , relativement a la morale et à la religion 3.
Lord Brougham , dans son discours à la chambre des pairs du â& mai 18S5, cite aussi plusieurs exemples analogues, « Sur 700 individus , dit-il, mis en jugement, pendant l'hiver de 1830 à 1831, pour tumulte et incendie , combien y en avait-il qui sussent lire et écrire? Seulement 150; et encore tous n'appartenaient pas à la classe infime et leur moralité relative empêchait de les ranger -
1 Recueil de Montagu. — De la justice de prévoyance, et particulièrement de V influence de la misère et de laitance , dm V ignorance et de V instruction sur le nombre des crimes, par Éd. Ducpetiaux. Bruxelles, 1827.
2 Observations on the visitdng , superintendance- and gocernment of female prisoners, by Eliz. Fry. London, 1827.
3 Recueil de Montagu.
ffSTIVCm* MUVUB1
parmi les coupables lea phu pervers. Parai les garçons incarcérés à Nevrgate pendant les trois dernières années , il y en avait â peine un sur trois qui eût reçu les premiers éléments de l'instruction. On a constaté un résultat encore pins déplorable dans le refoge pour le* jeune* Kbérés : d'après on examen récent, le nombre des enfants admis dans cet établissement qui savaient lire passablement , ne dépassait guère la proportion d'un sur 20 ou S5. Un magistrat respectable du comté d'Essex, membre de la chambre des communes , a , dans une enquête ordonnée par cette assemblée , attesté que sur 10 personnes amenées dorant son tribunal, H s'en trouvait neuf qui ne savaient pas écrire et qui étaient obligées de substituer un signe à leur signature '. »
Un magistrat illustre, M. de Barbé-Marbois , en visitant les prisons de France, depuis 1819 jusqu'en 1825 , a remarqué que , sur 20 enfanta prisonniers , il n'y en avait qu'*« qui sût lire. « J'ai vu , dit-il ' , dans les plus pauvres villages que ceux qui savaient lire et écrire, étaient les plus dociles et les plus disposés à s'occuper utilement. Les autres vont mendier avec leurs parents. Quelques-uns fuient la chaumière paternelle , avec
1 Speech of Henry lord Brougkam, in the bouse of lord*, on thursday, may 23, 1835, on the éducation of the people.
2 Rapport fait par M. le marquis de Barbé-Marbois, à la Société royale pour V amélioration des prisons, dans la, icancc du 24 juin 1825.
Kl mOYIlf BV AMtAIQVE. 91
Rntention de n'y plot revenir. Manquant souvent de pain, de vêtements, d'asile, même pour la irait , ils se croient en droit d'y pourvoir comme ïh pourront. On les reçoit dans les granges , et quelquefois ils ne reconnaissent cette hospitalité que par le dommage qu'ils laissent après eux. Arrêtés comme vagabonds et conduits dans les prisons pour quelques délits peu graves, c'est dans cette école qu'ils achèvent de se corrompre. Ils y perdent les restes de pudeur et de honte, derniers sentiments de l'enfance qui se dégrade et s'abrutit ; et , presque toujours , ils en sortent encore plus pervers qu'ils n'y sont entrés.... Les soins donnés de très bonne heure aux enfants réduiraient à moitié et peut-être à moins encore le nombre de ceux qui habitent aujourd'hui les prisons, et la dépravation décroîtrait d'année en année en raison d'une bonne éducation substituée à de détestables leçons... Tous les maires et les campagnards que j'ai interrogés m'ont dit : « Un enfant qui a été à l'école pendant deux ou trois ans ne devient jamais un vagabond!... » Les sommes, qui seraient appliquées au soutien des écoles de village, seraient beaucoup moins considérables que ce que coûtent les enfants dans les prisons , et si , comme on devrait le faire, on leur enseignait une profession , ou si on les y préparait , en leur apprenant à lire, à écrire, à compter, on serait affranchi de la grande difficulté de leur donner de l'occupation. » Lord Brougham avait sans doute la pensée fixée
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f or ce même fait quand , dans son discours sur l'éducation , il soutenait que les codes criminels et tout l'appareil judiciaire, souvent inefficaces pour réprimer les crimes , étaient tout à fait impuissants pour les prévenir. « Créez des salles d'asile, disait-il, ouvres des écoles, instruises, moralises les classes pauvres où se recrutent presque exclusivement les criminels, et vous aurez plus fait pour déraciner le crime que ne font les pontons, Botany-Bay, le pénitencier et le tread-mill. »