‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 123 sur 143 · DES ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE DE BELGIQUE · texte numérisé non relu

DES ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE DE BELGIQUE

Le travail et la prévoyance , le travail qui procure le salaire , et la prévoyance qui en règle l'emploi , telles sont aujourd'hui les deux conditions essentielles de l'existence et du bien-être de la classe ouvrière.

Mais il ne suffit pas que l'ouvrier ait du travail, il faut encore que le travail soit équitableraent rétribué. Selon que le salaire est faible ou élevé, l'ouvrier touche à la misère ou à l'aisance. Or, le taux du salaire dépend surtout du rapport entre la population et la richesse. -Si la population s'accroit avec trop de rapidité , la proportion entre lo nombre des ouvriers et la somme de* capitaux destinés a rétribuer leur travail est dé rangea, le salaire baisse , et aussitôt arrive la misère. Il importe donc , pour maintenir le taux du salaire en

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rapport avec leurs besoins , que les classes laborieuses apportent dans leurs mariages la même prévoyance que dans la disposition de leurs modiques revenus.

Travail , économie , prudence dans les mariages, telles sont les sources du bien-être relatif pour les classes ouvrières , que les institutions doivent favoriser.

La misère a une double origine : elle provient d'un côté de lois nécessaires , qu'il est donné aui classes ouvrières de connaître et auxquelles elles peuvent accommoder leur conduite; de l'autre, elle est occasionnée par des événements fortuits , des caprices du hasard qui ne peuvent entrer dans les calculs de la prudence humaine.

Cette distinction est fondamentale ; c'est pour l'avoir méconnue ou n'en avoir pas tenu compte, que k plupart des systèmes, imaginés jusqu'ici pour soulager l'indigence et prévenir la mendicité, sont demeurés saaé résultat, ou même ont aggravé le mal qu'ils devaient extirper.

Tel a été le sort de la taxe des pauvres en Angleterre : par suite de l'obligation imposée aux paroisses de venir indistinctement au secours de toute espèce de misère , la population indigente dans ce pays s'élevait encore, il y a peu d'années, à la moitié environ de la population totale , et la taxe qu'on prélevait en sa faveur était égale «a dixième du revenu du royaume. Les modifications récemment introduites dans la législation, anglaise

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relative aux pauvres, ont remédié, U est vrai, atax abus les plus flagrants qui s'étaient glissés dans la répartition des secours ; mais , en conservant le principe de la charité légale, on n'a peut-être pas asset compris la nécessité de couper le mal dans sa racine et d'intéresser directement la classe ouvrière elle-même à combattre par la prévoyance et l'économie les causes de gêne et de misère qui peuvent l'assaillir.

En Belgique, 4e même qu'en France, la mis- 8km de la charité publique n'est pas encore nettement définie : elle participe des vices du système de la taxe anglaise, en ce qu'elle confond encore la pauvreté, conséquence des fautes de l'homme, avec la pauvreté occasionnée par des accidents de la fortune ; elle s'en éloigne en ce qu'elle n'affiche pan la prétention de soulager complètement tous les indigents et de leur fournir à tous des moyens, d'existence.

Les institutions charitables de Belgique peuvent se diviser en trois catégories principales :

1° Celles qui offrent un asile et des secours au psmvre dans l'inânnité, la vieillesse, l'abandon on In maladie $

3* Celles qui sont plus particulièrement destinées à prévenir et à réprimer le vagabondage et là mendicité ;

Et 4° Les institutions de prévoyance qui ont spécialement pour but d'assurer l'indépendance die la classe ouvrière en prévenant la misère.

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I. L'administration générale' de* secours du royaume comprend deux divisions : le» boréaux ds bienfaisance et les hospices.

Chaque commune , à peu d'exceptions près , a son bureau de bienfaisance qui jouit ordinairement d'un revenu plus ou moins considérable , et dont la mission consiste à soulager l'indigence en distribuant des secours à domicile. Ces secours consistent en vêtements , denrées , pains , pommes de terre, chauffage, literies, médicaments, et quelquefois en argent. Rarement les bureaux de bienfaisance procurent du travail à domicile aux indigents qui exercent un métier, mais qui sont hors d'état de trouver de l'occupation. Dans quelques localités , à Bruxelles , à Liège , à Verviers, etc., des associations particulières se sont formées pour remédier à cette lacune et suppléer à l'insuffisance des ressources des bureaux de bienfaisance ; mais leurs efforts pour procurer du travail aux pauvres valides n'ont pas toujours été couronnés de succès. — > Des ateliers de charité , des travaux publics offrent aussi, dans quelques localités , une ressource aux ouvriers sans occupation. C'est ainsi que, pendant l'hiver de 1630 à 1831, on employa un grand nombre d'indigents valides à l'achèvement des boulevards de la ville de Bruxelles. Depuis cette époque , les progrès et l'extension de l'industrie et de l'exploitation des mines en Belgique, en assurant aux ouvriers on travail constant et convenablement rétribué , les a

généralement mis à même de se soustraire à la tutelle des bureaux de bienfaisance et des associations charitables particulières.

Le mode de distribution des secours est déterminé par les règlements locaux \ Ces secours sont de deux espèces , suivant la classe d'indigents qui sont admis à y participer : ils sont permanent* pour les pauvres invalide* qui n'ont pas d'autres moyens de pourvoir à leur existence ; temporaire*, pour les indigents valides, et limités au plus strict nécessaire, ils sont réduits ou cessent entièrement avec les causes qui avaient provoqué la misère.

La répartition des secours est confiée à des visiteurs désignés par l'autorité locale et auxquels on a donné le nom de maîtres de* pauvre*. Mais, quelque justice que l'on rende au zèle et à la bonne volonté de la plupart d'entre eux , il est à regretter qu'ils n'aient pas tous également une connaissance exacte , rai sonnée , de la nature et de l'étendue des besoins auxquels ils doivent porter remède. Souvent aussi, on leur impose comme charge onéreuse, sous menace de pénalité, une mission qui ne devrait jamais être remplie que de plein gré, avec conviction et amour a. Qu'en ré-

1 Le règlement du bureau de bienfaisance et le mode d'organisation des secours A domicile de la ville de Tournai , méritent d'être proposés comme modèles.

* V. Ordonnance du 20 octobre 1820 relative aux fonctions de maîtres des pauvres à Bruxelles. A. 9. « Quiconque, sans motifs admis par le collège des bourgmestre et échevins,m. 9

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mite -t- il? Que plusieurs maîtres des pauvres n'exercent leurs fonctions qu'arec indolence et dégoût.

D'ailleurs , la nature même de leur mandat rend leur position pénible et difficile. Investis de fonctions déterminées , dispensateurs d'un fonda qui a sa destination connue , ils sont poursuivis, assaillis de demandes , de réclamations. On croit pouvoir exiger d'eux , à titre de droit , ce qui ne devrait être considéré que comme une faveur. Trop souvent alors , dans l'impossibilité où ils se trouvent de discerner la vérité du mensonge, il arrive de deux choses l'une : ou , cédant à de fastidieuses importunités , ils accordent tout avec une déplorable facilité ; ou ils opposent aux demandes les plus légitimes un refus non moins dangereux. Dans le premier cas , ils courent le risque d'en* courager l'oisiveté et l'imprévoyance au détriment de la véritable indigence ; dans le second , ils s'exposent au blâme , au mécontentement , aux reproohes les plus amers et quelquefois les mieux mérités.

On comprend sous la qualification générale à'hoêpiceê les établissements et les refuges où l'on reçoit les vieillards, les malades, les incurables, les femmes en couches , les aliénés , les orphelins et les enfants trouvés et abandonnés.

se sera refusé à remplir les fonctions de maître des pauvres, sera condamné à une amende de 50 florins, et à un emprisonnement de trois jours. •

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Chaque Tille un peu considérable, et même certaines communes rurales , possèdent des hospices pour la vieillesse et des hôpitaux où les malades indigents sont traités gratuitement. Les règlements de* ces établissements varient suivant les localités. Les uns sont communauté, c'est le plus grand nombre ; les autres sont des fondations particulières qui ont leurs revenus spéciaux et qui sont régis et admininistrés par des commissions indépendantes des conseils des hospices. — Dans les communes où il n'y a pas d'hospices , on place parfois les vieillards et les infirmes en pension chex des cultivateurs. *

Dans quelques hôpitaux on reçoit les femmes en couche , quelles qu'elles soient et sans conditions ; dans d'autres., on ne donne asile qu'aux femmes mariées munies de certificats favorables ; dans plusieurs localités, on n'admet pas. même celles-ci dans les hôpitaux. Cette exclusion a donné naissance aux sociétés de Charité maternelle / ces sociétés fournissent des secours aux femmes en couche , soit à domicile , soit en les admettant pendant un certain temps dans des locaux appropriés à cet effet. 11 existe en Belgique trois sociétés de charité maternelle , A Liège, à Verriers et à Gand.

Les asiles pour les incurables sont en beaucoup moins grand nombre que les établissements pour les vieillards; ils manquent même entièrement dans plusieurs provinces. 11 s'ensuit qu'un grand

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nombre d'incurables sont obliges d'aller chercher un refuge dans les dépôts de mendicité : c'est ce qui a lieu entre autres à Bruxelles où le dépôt de la Cambre est devenu sous ce rapport une véritable succursale des hospices. %

L'abandon dans lequel on laisse les incurables, s'étend également aux aliénés ' : si, sous certains rapports, on y a porté quelque soulagement au sort de ces derniers, sous d'autres rapports, la plupart des établissements qui leur sont consacrés, offrent encore tous les inconvénients attachés aux vices de la situation , de la distribution et de la direction.

En 1818 une enquête fut ordonnée, par un arrêté de l'ex-roi, sur la situation des maisons d'aliénés dans les Pays-Bas, les réformes à y introduire, et la possibilité d'approprier. les bâtiments de l'abbaye de Saint-Bernard, pour servir d'asile central pour plusieurs centaines d'aliénés. Cette enquête n'eut aucun résultat.

En 1825 le gouvernement reprit la tâche là où il l'avait laissée. Dans un rapport présenté par le minisire de l'intérieur aux états-généraux , il est dit : que le royaume manquait alors d'hospices d'insensés convenablement organisés.

Peu après un second arrêté prescrivit de rechercher exactement le nombre des insensés et la manière dont on les traitait , et de proposer en-

1 V. De l'état des aliénés en Belgique et des moyens d'améliorer leur sort , par Éd. Ducpetiaux. Bruxelles, 1832.

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faite, en consultant les moyens employés avec succès dans d'autres pays, les mesures les plus propres pour leur gué ri son dans le royaume.

Ce fut M. de Bye , conseiller d'état , qui fut chargé de recueillir des renseignements sur nos instituts, et de dresser des plans de réforme pour ces établissements.

Il s'adressa à la société tôt nul varit aîgemeen et aux gouverneurs des provinces, qui prirent des renseignements près des administrations locales ; celles-ci en référèrent aux directeurs des établissements : en passant ainsi par une filière d'opinions et d'intérêts personnels, la vérité n'eut guère de chances de se faire jour. Aussi l'opération de M. de Bye n'eut-elle pour résultat que de recueillir le nombre des aliénés existants dans le royaume. Des plans , des règlements furent rédigés par un littérateur de La Haye , que M. de Bye associa à ses travaux ; mais l'homme de l'art fut oublié ; on travaillait pour des malades, et on jugea à propos de ne point consulter de médecin.

Cette seconde tentative n'eut pas plus de succès que la première. La question des aliénés rentra dans l'oubli; et le soin de porter remède aux maux de ces infortunés fut abandonné à la discrétion ou plutôt à l'insouciance des administrations locales et des entrepreneurs particuliers.

La révolution a trouvé les établissements d'aliénés à peu près dans le marne état qu'à l'époque de la formation du royaume des Pays-Bas. m. 9.

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Les aliénas sont toujours disséminés dans ilvers établissements publics , dans des maisons spéciales, dans les hôpitaux, les hospices , les dépôts de mendicité , les prisons. Dans quelques localités on les met en pension chez des campa* gnards.

Le nombre des établissements où Ton reçoit les aliénés est très-considérable. Dans la Flandre orientale il y en, a 7; deux à Gand , un pour les hommes , et un pour les femmes ; un à Termonde pour les deux sexes ; un à Velsîque pour les femmes seulement, et trois à Saint-Nicolas. La population de ces hospices réunis s'élevait , en 1814 , à 841 aliénés.

Les deux établissements de Gand offraient, il y a quelques années , le spectacle le plus hideux. Les aliénés, entassés dans des chambres basses, étroites, malpropres , dans des cachots malsains, n'étaient assujétis à aucun traitement ; ils manquaient même des objets les plus essentiels à la vie. Depuis, l'excès même du mal provoqua le remède. L'administration locale, secondée par an digne philanthrope, M. le chanoine Triest, introduisit d'importantes réformes dans les hospices d'aliénés : leur direction fut confiée à un jeune médecin, M. le docteur Guislain , que des études consciencieuses avaient mis à même de remplir , avec succès cette belle mission.

Il visite régulièrement tous les jours , matin et soir, les deux établissements.

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H est astreint à y passer tous les jours au moins deux heures, afin d'étudier le caractère de ses malades.

Il règle la classification et le régime alimentaire des aliénés.

Il enseigne aux personnes chargées du service les principes du traitement moral de l'aliénation mentale.

Il tient un registre de statistique psychologique où est consigné l'historique des maladies.

11 veille à ce que les aliénés reçoivent la nourriture et les vêtements qui leur conviennent.

On emploie, pour moyens de répression, la camisole et la ceinture de cuir; la douche et le fauteuil rotatoire sont aussi quelquefois mis en usage.

Les aliénés sont occupés à divers travaux, suivant leurs forces et leur aptitude.

Les hospices sont divisés en différents quartiers, où les aliénés son! , autant que possible , placés d'après la nature, le degré et le caractère de leur maladie. La maison des femmes a subi récemment d'importantes améliorations et on peut la citer comme le meilleur établissement de ce genre que possède la Belgique. Quant à la maison des hommes, les vices et l'exiguïté des locaux ne permettent pas d'y introduire des réformes analogues; cependant les -cellules, les salles de réunion, réfectoires, salles de travail, corps de logis pour les pensionnaires y sont également proprement tenus.

L'administration des hospices a la direction des

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deux établissements; un des membres de cette administration est particulièrement chargé de leur surveillance et de leur inspection. Ils sont desservis par des frères et des sœurs de la charité , les uns chargés des hommes aliénés , les autres des femmes. Ils ne reçoivent aucune indemnité; ils sont sous la surveillance immédiate du directeur.

Il y a dans la Flandre occidentale quatre hospices d'aliénés reconnus, savoir : deux à Bruges, an è Menin , et un à Ypres. Leur population réunie s'élevait, en 1824, à 427 aliénés.

L'hospice de Saint-Julien à Bruges , qui est le plus spacieux de ces établissements, peut reniermer environ 304 insensés, et en contenait 261 en 1844. Les aliénés n'y sont soumis à aucun traitement pour être rendus à la raison ; la distribution des bâtiments, très irrégulière , laisse beaucoup à désirer ; la maison est d'ailleurs convenablement tenue. Son directeur, M. Ryelandt Canneel, en est en même temps l'entrepreneur. La commission des hospices n'en a que la surveillance. — L'établissement particulier de M. Van Gorapernolle a subi depuis deux ans d'importantes améliorations : le gouvernement lui alloue un subside annuel a charge de recevoir et de traiter les condamnés atteints d'aliénation mentale.

Anvers possède un établissement d'aliénés dépendant de l'administration des hospices civils : il est bien aéré , assez convenablement distribué, et la plus grande propreté s'y fait remarquer. A

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Anvers, Malines et Lierre il existe aussi plusieurs réunions de frères Alexiens ou Célites qui se consacrent au services des aliénés, et les prennent en pension chez eux.

Les aliénés qui se trouvent à la charge de la commission administrative des hospices civils de Malines, sont tous isolément placés en pension à la campagne. Ceux d'entre eux qui paraissent dangereux, ou envers lesquels il s'agit d'employer des moyens de contrainte, sont placés dans la commune de Gheel ; les autres, dont l'état est paisible, et qui ne donnent pas d'inquiétude , sont indifféremment mis en pension dans d'autres communes du plat-pays.

Les particularités relatives à chacun de ces insensés sont ordinairement peu ou point connues de la commission des hospices.

Le nombre total des aliénés dans les établissements de la province d'Anvers s'élevait, en 1834, à 222.

L'hospice, ou plutôt la prison des aliénés à Moo8, offrait il y a peu de temps encore un hideux spectacle ; hommes et femmes étaient confondus ; les furieux étaient enchaînés dans des cachots humides, privés d'air et de lumière. C'est le gouvernement qui a pris l'initiative de la réforme de cet établissement ; secondé par quelques hommes charitables, il a fait disparaître les abus les plus flagrants et a amélioré d'une manière notable le sort des aliénés 5 mais les vices inhérents aux

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localité! seront toujours un obstacle à la réforme complète de la maison d'aliénés de Mons.

Les aliénés de Tournai sont envoyés à Froidmont, village situé à une lieue de Tournai. Cet établissement date de 1821. Avant cette époque les aliénés occupaient à Tournai un bâtiment étroit, malpropre et humide : depuis leur transfert on a observé une diminution marquée dans la mortalité. L'institut de Froidraont est bien tenu , mais d'une distribution vicieuse. Il est desservi par les frères de la charité, sous la direction des hospices. Sa population qui est de 56 individus ne pourrait être augmentée.

Il se trouve à Tournai et à Wez-Yelvain des établissements pour les personnes du sexe, en état de démence,

A Brugelette, près de Mons , on reçoit dans on pensionnat particulier , les insensés qui y sont placés par leur famille.

La population réunie des maisons d'aliénés <h Hainant s'élevait, en 183-4, à 146 individus.

A Namur, les aliénés sont envoyés au dépôt de mendicité ; les idiots circulent librement dans l'établissement avec les mendiants ; les insensés dangereux ou qui réclament des soins particuliers , ont un quartier à part dans lequel on a construit une quarantaine de cellules.

Le défaut d'un local salubre et approprié an traitement des aliénés, a obligé depuis long-temps l'administration des hospices de Bruxelles à placer

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ses insensés dans le village de Gheel, province d'Anvers, dont les habitants sont, de temps imraé- •morial, habitués à prendre ces malheureux en pension par motif de spéculation ; ils sont placés individuellement chez des cultivateurs auxquels on paie pour chacun d'eux une rétribution annuelle qui varie de 80 à 120 fi., suivant qu'ils exigent plus ou moins de soins et de 'surveillance.

Avant d'être envoyés au village de Gheel , ils sont reçus à Bruxelles à l'hôpital Saint-Jean , ou. ils subissent une sorte de traitement préparatoire; ensuite lorsqu'ils * n'offrent pas d'espoir d'une prompte guérison , ou que le looal ne peut plus contenir ceux que l'autorité a fait colloquer , ils sont abandonnés à Gheel à la nature, et plus ou moins bien traités par leurs nourriciers, pour lesquels ils sont plutôt un objet de lucre que de commisération*

Généralement les aliénés paisibles jouissent dans cet asile d'une liberté presque sans bornes. Quelques-uns s'occupent au labour; d'autres, et surtout les femmes, tricotent. On garde de plus près ceux qui ont des desseins funestes , et les furieux sont liés dans leur lit.

Outre la pension que l'administration paie pour eux, les insensés reçoivent encore les vêtements.

En cas de maladie et d'accidents autres que leur démence habituelle, ils reçoivent les soins du médecin et les médicaments.

Une commission composée de trois membres

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et d'un secrétaire , dirige les placements et surveille les nourriciers sur les lieux. Leurs fonctions sont gratuites.

Le nombre des aliénés placés à Gheel par l'administration des hospices de Bruxelles est de 170 & 180.

« L'établissement de Gheel , dit M. le docteur Guislain1, présente, sans doute, plusieurs avantages : le grand air qu'on y respire et la liberté qu'il offre aux aliénés, sont des conditions qu'on ne trouvera nulle part comme dans oet endroit. Cependant cette dernière condition , par son excès même , n'est rien moins qu'avantageuse aux aliénés. Une liberté sans bornes expose à de nombreux malheurs. L'aliéné peut se battre avec d'autres malades ; il a la faculté , s'il a de funestes desseins, d'attenter à sa vie ou à celle des autres , sans que personne vienne l'en empêcher. On lui met il est vrai des chaînes aux pieds s'il est turbulent ou s'il cherche à s'esquiver-; mais alors sa liberté se réduit à fort peu de chose ; et l'idée de se voir ainsi borné dans ses mouvements doit affecter péniblement son moral. La trop grande étendue du terrain, la dispersion des aliénés sur des points trop écartés, fait que jamais on ne saura soumettre ces malheureux <à une vie régulière, et les traiter par des moyens moraux. D'ailleurs la surveillance des commissaires ne peut s'exercer que très-imparfai-

1 Traité sur V aliénation mentale ei sur les hospices d'aliénés, 2 vol. in-8, Amsterdam, 1826.

tement : il est impossible qu'on se rende à tout moment chez tel on tel furieux lié dans son lit , pour voir s'il ne croupit point dans ses ordures ; qui saura vérifier encore si ces malheureux , surtout les idiots et les aliénés en démence, reçoivent la portion de nourriture qui leur est due , et les habillements qui leur conviennent ?

» Le libre commerce des deux sexes entre eux est encore un abus qui mène à l'immoralité, et qui ne peut nullement être salutaire aux aliénés. »

Le Brabant possède en outre 9 établissements particuliers d'aliénés, 2 à Louvain, 2 à Diest, 1 à Tirlemont, 1 à Goekelbergh, 2 à Saint-Josse-ten- Noode et 1 a Uccle près de Bruxelles. La population réunie des 8 premiers de ces établissements ne s'élevait, en 1834, qu'à 162 individus.

La ville de Liège possède deux hospices pour les aliénés indigents; un pour les hommes, un pour les femmes. La direction de ces établissements est confiée à l'administration des hospices ; les bâtiments sont mal distribués, mal aérés; toutes les catégories y sont confondues ; on n'y suit aucun traitement médical. Leur population s'élevait , en 1830, à 164 individus : 76 hommes et 88 femmes.

Depuis quelques années deux instituts particuliers ont été fondés à Liège pour la goémon des insensés des deux àe^eê. Le nombre des malades qui y ont été admis n'a jamais excédé 20 à 25; ils y reçoivent d'ailleurs tous les soins médicaux et autres que réclame leur position.

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Les provinces de Luxembourg et de Limbourg ne possèdent point d'établissements spéciaux pour les aliénés; cependant dans cette dernière province on vient de disposer quelques cellules pour les insensés dans le dépôt de mendicité de Reckhem.

Indépendamment des établissements principaux dont nous venons de donner rénumération , il en existe encore quelques autres d'une moindre importance. Un grand nombre d'insensés, surtout des idiots, sont disséminés dans les hospices ordinaires et les dépôts de mendicité ; d'autres sont incarcérés dans les prisons. Il en est aussi beaucoup qui demeurent dans leurs familles.

On peut estimer que la population totale des établissements d'aliénés de Belgique s'élève à 2,000 individus environ.

En résumé , l'état des aliénés en Belgique est à peu près le même qu'en France, en Angleterre , en Allemagne, en Italie, etc. Pour un institut où 4'on a introduit quelques améliorations , il en est dix dans lesquels se perpétuent les vices et les abus de l'ancien ordre des choses.

1° Les bâtiments destinés aux aliénés sont généralement mal distribués ; le plus souvent ils sont vieux, humides, malsains, et toujours insuffisants pour opérer une classificatiou convenable. Les constructions nouvelles sont rarement faites avec discernement. Partout il y a plusieurs étages, ce qui expose à des accidents nombreux , et rend la surveillance, sinon impossible , du moins très incomplète et excessivement pénible.

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3° Les chambres, les cellules, les cachots destinés aux aliénés, réunissent rarement les conditions essentielles d'espace, de sûreté, de salubrité; quelques-uns de ces réduits sont épouvantables, sans air, sans lumière, humides, étroits, pavés à la manière des rues, et quelquefois plus bas que le sol dans des espèces de souterrains, comme dans l'hospice des femmes à Liège. Partout d'énormes verroux, des barreaux de fer, des guichets; presque partout l'aspect repoussant des anciennes prison».

3° Le coucher, les vêtements, la nourriture sont loin de répondre aux besoins. Dans quelques endroits, l'aliéné n'a que de la paille pour couchette, et des haillons pour couvrir sa nudité ; le plus souvent il n'y a aucune différence entre les habillements d'hiver et ceux d'été. Les aliments sont rarement appropriés à l'état des malades, ou même leur sont contraires ; la quantité, la qualité sont les mêmes pour toutes les catégories d'aliénés» Ceux qui sont séquestrés dans les dépôts de mendicité, comme à Namur, partagent la nourriture commune, et ils n'ont pas une seule fois de la viande par an ; presque nulle part ils n'ont de la bière et du laitage; leur unique boisson est de l'eau.

4° Dans la plupart des établissements l'espace manque pour que les aliénés puissent se livrer à l'exercice qui leur est si nécessaire ; le plus souvent il n'y a qu'une cour pour tous les aliénés du même sexe, de sorte qu'on est obligé de tenir renfermés plusieurs d'entr'eux dans leurs loges ,

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et particulièrement les furieux , an grand détriment de leur tante. Lorsqu'il y a des salles communes , ces salles sont presque toujours mal* propres , peu spacieuses , et plutôt de nature à augmenter la tristesse et la mélancolie èeê infortunes qu'on y réunit , qu'à les distraire et à les égayer.

Privés d'exercice, les aliénés demeurent presque partout inoccupés. Le travail, ce moyen puis* sant de distraction et de guérison, n'est guère employé que dans un seul hospice, celui deGand; cependant à Anvers quelques femmes sont occupées à filer et à faire de la dentelle.

5° Il est rare que Ton s'occupe dans les hospices d'insensés de la cure des maladies mentales; on y abandonne le plus souvent les malades à 11 nature; la mission des médecins se borne à donner des soins aux individus atteints de maladies accidentelles et indépendantes de leur état habituel de folie; et pour ce cas même on n'a presque jamais songé à établir des infirmeries spéciales et isolées. L'usage des chaînes et des coups n'est pas entièrement aboli pour maîtriser les forieux : par contre, les moyens de coercition et de répression, tels que la ceinture de cuir, le fauteuil rotatoire, voire même la camisole de force, ne sont guère encore connus ou sont peu usités.

Le chiffre des décès et des guérisons proteste énergiquement contre cet abandon cruel, contre cette absence des soins les plus indispensables*

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Bf . Guislain a calculé que sur 3,928 aliénés entrés dans les établissements de Belgique ayant 1823, il y avait eu 809 décès ; c'est 1 sur 3,62. Il est probable que la perpétuité des mêmes abus n'a guère amélioré cet état de choses dans plusieurs localités.

Les données positives nous manquent pour apprécier l'action du régime sur le nombre des guérisons ; dans la plupart deê hospices, en effet, on ne tient aucune note des causes des sorties; dans beaucoup on peut estimer qu'on obtient à peine 1 guérison sur 10 entrées , et même cette guérison est-elle presque toujours l'ouvrage de la nature, le fruit du hasard.

D'ailleurs l'horreur qu'inspirent les établisse* mente d'aliénés, la répugnance qu'on éprouve à y placer des parents, des amis, sont telles, que le plus souvent les familles même indigentes , préfèrent garder chez elles leurs membres atteinte de folie; et ce n'est que lorsque leur état devient désespéré, lorsqu'ils sont incurables, que l'on se décide à les faire séquestrer. En offrant au contraire la garantie d'hospices bien tenus, on pourrait entreprendre la cure des aliénés dès les premiers jour s de l'invasion de la maladie , et par suite le nombre des incurables serait de beaucoup diminué.

C'est ce que l'on a compris à Gand, et les résultats sont là pour prouver que les améliorations opérées dans les instituts d'aliénés de cette ville , ont été couronnées de succès.

il. ».

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Pendant les années 1829 et 1830 succédant à la nouvelle administration , sur un nombre de 168 entrées en obtint 85 sorties ; c'est 0,51.

Pendant une série d'années, de 1824 à 1827, antérieure à cette réforme, sur 148 entrées on n'avait eu que 46 sorties ; c'était 0,31.

De sorte que l'introduction d'un traitement moral et physique a occasionné dans les hospices de Gand un accroissement subit de 0,20 dans les sorties. Depuis cette époque les résultats sont devenus de plus en plus satisfaisants, particulièrement dans la maison des femmes.

Cet exemple en dit plus que tous les raisonnements. Aussi faut-il espérer qu'il ne demeurera pas stérile. Le gouvernement fait de louables efforts pour engager les provinces et les communes à améliorer l'état de leurs aliénés ; et dans ce moment même il est question de fonder trois établissements nouveaux pour la cure des maladies mentales, l'un à Liège pour les deux sexes, l'autre à Mons et le troisième à Bruxelles pour les femmes seulement. Mais la première garantie de succès sous ce rapport serait l'association de deux ou plusieurs provinces pour l'établissement d'hospices centraux où l'on pourrait introduire les conditions essentielles de classement , d'ordre et d'économie dans le service et le mode de traitement. Ces hospices seraient généralement réservés aux malades curables ; les incurables pourraient être envoyés au village de Ghee^ où l'on organiserait une in-

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spection active et bienveillante qui porterait remède aux abus et s'attacherait à en prévenir le retour.

Il existe en Belgique plusieurs établissements destinés à recevoir les orphelins ; ees établissements sont, de même que les asiles pour les vieillards, les infirmes, les incurables, les hôpitaux, etc., administrés par les commissions locales des hospice* civile. Ce sont, pour la plupart , d'anciennes fondations , successivement dotées pan des legs et des donations de particuliers»

Les maisons d'enfants trouvés sont distinctes des établissements pour les orphelins ; leur régime et leur mode d'administration , de même que ceux de la plupart des institution» de charité publique, sont encore réglés par la législation de l'empire, à laquelle les arrêtés et les règlements du gouvernement des Pays-Bas n'ont pas apporté de modifications essentielles. Les maisons d'enfants trouvé» admettent non-seulement les enfants trouvé* proprement dits, nés de père et de mère inconnus, mai» encore les enfant» abandonné*, nés de père et de mère connus. Ces admissions ont lieu sans condition ; les enfants ne séjournent que provisoirement dans les asiles on on les reçoit ; ils sont presque toujours mis en nourrice , puis , à l'âge de 6 ans , placés chez des cultivateurs ou des artisan s. Il y a plusieurs maisons d'enfants trouvés en Bel* gique, mais il n'y en a que 5 où l'on ait conservé les tour*; ce sont celles de Bruxelles, Louvain, Anvers, Gand et Mons ; les tours qui existaient à

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Tournai et à Matines ont été supprimés depuis 1824. «— Ainsi, sur 9 provinces, 4 seulement, le Brabant, le Hainaut, Anvers et la Flandre orientale, possèdent des tours ; la Flandre occidentale, Liège, Namur, n'en ont pas on les ont supprimés ; le Limbourg et le Luxembourg ne possèdent pas même de maisons d'enfants trouvés ; et cependant on n'a pas remarqué que le nombre des avortements, des expositions et des infanticides fût plus considérable dans ces cinq dernières provinces que dans les autres1. On a constaté le même fait en Angleterre, en Allemagne , et généralement dans tous les pays protestants où il n'existe pas d'institutions en faveur des enfants trouvés.

Ces institutions encouragent directement l'abandon des enfants et sont une sorte de prime offerte à l'imprévoyance et à l'immoralité; c'est là une vérité reconnue, même dans les pays et les localités où l'on croit eucore devoir maintenir des asiles spéciaux pour les enfants trouvés et abandonnés. Aussi rcmarque-t-on une tendance prononcée i

1 V. Des modifications à introduire dans la législation relative aux enfanté trouvés en Belgique, par E. Ducpetious. Bruxelles, 1834. — Il résulte des comptes-rendus de la statistique criminelle en Belgique, pendant la période de 1825 à 1829, qu'il y a eu 10 accusations d'infanticide, soit un sur 109,942 habitants, dans les cinq provinces ayant des tours, et 12 seulement (l sur 136,662 habitants) dans les quatre provinces n'ayant pas de tours.

Le relevé des infanticides, dont les auteurs sont demeurés inconnus, des accusations et des condamnations pour infan-

remédier aux abus les plus flagrants de ce système de secours» La loi du hO juillet 1834 distingue les enfants trouvé* des enfants abandonné* : elle met les premiers à la charge , pour une moitié , des communes sur le territoire desquelles ils auraient été exposés, sans préjudice du concours des établisse -

ticide, pendant une période de quatre ani, de 1831 A 1834 , confirme le résultat qui précède.

] . Province* ayant de* tour*.

Auteurs inconnus. Accusation». Coudra»'.

Brabant Il » *

Anvers 8 3 »

Hainaut 6 1 »

Flandre orientale 8 9 4

2. Province* ayant de* maisons d'enfants trouvés mai* pas de tours.

Flandre occidentale 18 6 2

ftamur 6 • »

Liège . 2

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