‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 132 sur 143 · BB 11 G1AHDI-1S1TA0SI · texte numérisé non relu

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des anciennes, ce qu'il fini d'énergie dans an gouvernement et ohes ses principaux agents pour jeter les bases de semblables établissements ; quelles terribles cbances de famine , de révolte, quels dangers, provenant tout à la fois des éléments que Ton est dans la nécessité d'employer, du sol rebelle qu'il faut s'approprier, menacent le berceau de ces colonies, si faciles à créer au dire de certains utopistes. Dans un pareil établissement, la surveillance du gouvernement central est impossible, les dépenses fort élevées et les cbances de réussite presque nulles en comparaison de celles de dispersion, d'abandon, d'insuccès complet.

Les évasions sont toujours nombreuses, les méfaits innombrables. Avec les émancipations l'on vit encore s'accroître les délits, et les prisons élevées a Sydney et à Paramatta regorgèrent de détenus. Cela valait-il la peipe de transporter les convicts aussi loin, pour leur faire subir le même sort qu'en Angleterre ? « Puisse, dit en terminant son journal , l'homme qui s'est trouvé le plus long-temps en contact avec les convicts de V Australie, le juge-avocat Colline, puisse l'annaliste qui se fera un devoir de transmettre un jour l'histoire de Botany-Bay a la postérité, s'exercer dans une carrière où il ne soit pas arrêté à chaque pas par le meurtre, le vol et l'assassinat ? »

C'est que ce magistrat avait vu les convicts, livrés à euxmêmes, bien loin de présenter aucune apparence de réforme, offrir les symptômes d'une dépravation plus complète, due à l'exercice journalier des facultés les plus perverses. Les violations de propriété, les vols nocturnes, les atteintes é la sûreté individuelle, en un mot les délits et les crimes de toute espèce, se pressent dans le journal de Collins, et en font un véritable registre d'écrou.

Le gouverneur King l'a dit avec simplicité et énergie : « I) est au-dessus de mes forces de transformer des coupeurs de bourses en fermiers. »

La disproportion qui existe dans tous les pays entre le nombre des condamnés des deux sexes, est encore une m. 22

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came de graves difficultés. En France, sur 100 accusés, osj ne compte que 15 è 16 femmes-, en Angleterre et aux États-Unie encore moins ; aussi les colonies pénales anglaises ont-elles toujours offert le spectacle d'une profonde immoralité.

La déportation fut instituée comme peine dans les dernières années du règne d'Elisabeth, elle fut mise à exécution sous Jacques I. Alors s'organisa une -véritable truite de bkmes; on vendit aux planteurs des colonies le travail des condamnés pour un temps plus ou moins long, selon la durée de la sentence de bannissement.

Quand on se fut convaincu dans la Nouvelle-Galles du Sud sju'il n'y avait rien é attendre de la bonne volonté des centicts, on y suivit une marebe à peu près semblable. 6a assigna les déportés a des colons libres ou émancipés , anx officiers, aux surveillants. Ceux-ci s'en servirent pour leur service personnel et pour l'exploitation de leurs propriétés, ils furent investis de pouvoirs fort étendus. On espérait , an moyen de ce mode d'esclavage, purifier celui qui s'y trouvait soumis , en le plaçant sous la surveillance d'un maître que le législateur avait supposé digne d'une si noble et si haute mission.

Boit-on s'étonner quand on songe aux éléments qui, durant les trente premières années , formaient la population libre de la colonie, que ce but n'ait pu être atteint ; et que cette servitude dégradante, bien loin de purifier l'esclave, n'ait été propre qu'à fournir aux libérés des associés de débauche et des complices de crime !

Cet essai d'exploiter le travail des convict», plutôt que de songer é les corriger comme on s'en était flatté d'abord , marque la transition entre les deux phases par lesquelles sont passées les colonies australiennes. Une nouvelle période commence avec l'émigration libre, qui ne fit que s'accroître journellement à partir de 1812 ; dès-lors , le caractère primitif de ces établissements s'effaça complètement et les transports annuels de déportés ne firent plus qu'alimenter d'esclaves blancs les planteurs de la colonie !

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La non-réussite de l'institution pénale de la Nouvel le-GaHes, ne permet paa de croire a la possibilité de fonder avec succès des colonies peuplées seulement de convicts. Tout se réunissait, dans l'essai fait â Botany-Bay, pour assurer un résultat favorable, s'il avait été possible de l'obtenir. On trouva une terre vierge, sans voisins et pour ainsi dire sans habitants ; des obstacles naturels presque insurmontables protégeaient contre les invasions ; le climat était sain , le sol asses fertile, et par-dessus tout l'Angleterre avec sa marine puissante, son riche budget, son génie si opiniâtre dans l'exécution, devait mener à terme l'idée généreuse qu'elle avait conçue, si ce n'eût été une utopie. — Eh bien ! après trente ans de travaux, on obtint, quoi ?

Quelques milliers d'aeres de sol médiocre défrichés, mais «font le produit reste encore au-dessous de la consommation ; des villages où Ton rencontre un cabaret et une prison comme principaux édifices ; des déportés libérés aussi vicieux que ceux qu'on leur livre comme esclaves, et qui, loin d'accepter le titre de propriétaire comme une compensation suffisante de l'exil, ne songent qu'aux moyens de vendre leurs terres pour retourner en Europe et y mettre en œuvre l'éducation perfectionnée du crime , qu'ils ont acquise ; des femmes dépravées, des enfants qu'il faut arracher par voie d'autorité aux traditions funestes de la famille, et au-dessus de cette masse infime , quelques fripons plus adroits , exploitant les vices de la foule ; le crime, la débauche : l'immoralité partout, le repentir nulle part '.

Ce tableau n'est point chargé, il n'est pas tracé â plaisir, il n'est que l'eipression fidèle du spectacle hideux que présentèrent les colonies australes avant que l'émigration libre vint y apporter des éléments d'ordre, d'industrie et de moralité.

Cette émigration, à partir surtout de 1820, en faisant affluer vers l'Australie une partie des capitaux de la Grande-Bretagne, commença a donner un plus grand prix au travail des

" Histoire de Botany-htty. p. aai.

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eonvicU, et permit de les assigner i des maîtres pis* preees et plas industriera. Néanmoins qu'en pouvait-il résulter ? De deux chose* l'a»© : ou le maître se muatiait séTère et réprimait arec rigueur les écarts de 9ta serrrlears, on pistét de ses esclaves, et alors ceux-ci trouvaient toujours smyca de s'ea -venger, ea détérioras* les instrumente de travail, m égarant les troupeaux et détruisant les récoltes; ou bien, ce qui arriva presque toujours , pour ne pas s'exposer à cm funestes représailles, le colon fermait les yeux sur les méfiât» du couvict , et loin de le ramener dans la voie du mea , favorisait ses déportemeats et se faisait le compagnon de ses débouches.

Il est une loi providentielle, qu'on doit bénir plutôt que de s'en plaindre: la servitude, institution contre natare, porte en son sein des germes délétères qui corrompent la maUre et l'esclave. Du moment qu'on érige en principe cède exploitation en coupe réglée de l'homme par 1 Isoaune , on en subit fatalement les tristes conséquences.

Les enquêtes faites a diverses reprises témoignent testes des mauvaises dispositions des convicts a 5 si gués < «hbiihj domestiques aux planteurs. « J'ai , dit un ancien déporté interrogé A cet égard, rarement entendu parler d'un hahi tant honorable de la Houvelle-Galles du Sud , qai n eût de graves et continuelles plaintes à faire touchant la mauvaise conduite et l'insubordination des domestiques qui lui étaient assignés. »

D'ailleurs, le travail de ces esclaves blancs eti natureO»ment inférieur en qualité et en quantité à celui de» ouvriers libres, et la différence établit souvent une perte plus forte que le surcroit de salaire qu'on serait obligé de payer â ces derniers.

Les concessions de Jerrain faites aux convicts émancipes ne servirent le plus souvent qu'à favoriser leur penchant a l'ivrognerie. Ces biens ne tardèrent pas à se trouver grevés d'hypothèque au profit de ceux des déportés qui avaient établi des débits de liqueurs fortes, et les fortunes scanda-

DI LA CtiHDl-IlETACRE. • 261

leuses de ces dernier*, et celles auxquelles donna naissance un agiotage facile à prévoir dans toute contrée nouvellement explorée, ne purent que fournir un déplorable exempte au milieu d'une société où il importait d'inculquer dans l'esprit de tous, qu'il n'y a point d'autres sources de richesses que l'ordre et un travail patient et assidu.

Les immenses avantages que présente l'exploitation de ces vastes contrées, triomphèrent cependant des entraves qu'un mauvais système avait multipliées à l'infini. Le génie patient et laborieux des Anglais sut s'approprier un sol vierge et fertile ; de riches moissons, des villages bien bâtis , de belles routes, voilà ce qu'on y rencontre aujourd'hui. Mais nous ne saurions trop le répéter, pour tirer de justes inductions quant à la grave question qui nous occupe, il faut soigneusement distinguer entre la période de déportation et celle d'émigration , car ce n'est qu'A dater de cette dernière que se manifeste la prospérité sans cesse croissante de la colonie.

Une classe nombreuse et riche représentant la hiérarchie des sociétés européennes, y a apporté un élément de mœurs régulières et introduit les combinaisons industrielles, les agents artificiels nécessaires à sa prospérité. La déportation, impuissante â rien créer par elle-même, ne doit être considérée que comme un moyen d 'approvisionner légalement, d'esclaves blancs , les planteurs amenés dans ces contrées par l'espoir d'y trouver du travail et des terrains à bon marché.

Mais jusqu'à quel degré, et c'est ici que nous abordons le point culminant de la question, jusqu'à quel degré un pareil système répond-il au double but de la pénalité , la réforme et l'intimidation?

Nous ne croyons pouvoir mieux formuler la réponse à cette question, qu'en la puisant dans l'enquête solennelle ordonnée par le parlement* anglais en 1831, sur l'efficacité det châtiments infligés par la loi anglaise , autres que la peine capitale. Le rapport fut présenté dans la session de 1832,

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séante do 22 juin $ voilà ce qui en résulte , quant à ce qui regarde la déportation.

Les condamnés sont transportés d'ordinaire au nombre d'environ 200, sur un vaisseau frété à la destination des colonies australes. Ils communiquent librement entre eux, et alors s'établit une sorte d'enseignement mutuel du crime, tel qu'on le remarque dans nos prisons, car cet longues heures de la traversée sont employées au récit des hauts faits de scélératesse, que les convicts rappellent- avec une sorte d orgueil, lis s'organisent, ils se nomment des chefs , et ce sont les criminels les plus audacieux et les plus endurcis qui obtiennent le premier rang.

Que résulte-t-il de ce funeste état de choses ? C'est que les faibles lueurs de remords qui avaient pu naître dans leur ame, les faibles germes de vertu qui s'y conservaient encore, se trouvent étouffés sans retour. M. de la Pilorgerie le dit avec raison : u Lorsque des criminels ainsi réunis se trouvent confondus prle-mrle et resserrés dans un aussi étroit espace pendant tant de mois, sans travail forcé, sans autre diversion que celle résultant de discours mutuellement corrupteurs , il suffit assurément d'un petit nombre d'individus dépravés, bien inférieur à celui qui se trouve parmi ces condamnés , pour imprimer à la masse toute entière le sceau uniforme de la dépravation '. »

Dès les premiers jours de l'arrivée, les convicts sont ou retenus au service du gouvernement à titre de travailleurs utiles ou d'artisans, ou répartis entre les colons qui doivent les occuper. La nature du crime, la gra\ité de la sentence n'influent pas sur le choix de ces derniers, et si le maître est de la classe des libérés, le nouveau conetc/aura probablement l'honneur de s'asseoir a sa table et de partager les habitudes de sa vie domestique, si on peut appeler ainsi une existence vouée tout entière à l'ivrognerie et é la débauche 3.

* Histoire de Botanj-Boj', p. 33 1.

>Id.p. 33a.

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11 n'est pas de colon intelligent qui, connaissant la puissance corruptrice de ce rebut de (a métropole, consente à le recevoir dans son établissement, â moins qu'il n'y soit contraint. Le gouvernement se voit donc forcé de permettre aux déportés la résidence des villes , et leur réunion, sous une surveillance nécessairement relâchée , leur permet de donner un libre cours à leurs mauvais penchants. Aussi rien d'aussi rare que le retour à de bons sentimens, de la part des condamnés qui ont obtenu leur grâce ou qui ont fait leur temps. On trouverait difficilement, parmi les individus , qui , parvenus à l'âge mûr, ont subi la déportation , six hommes qui , par une vie 6obre , par leur moralité et leur industrie, aient reconquis des droits à l'estime publique '.

Quand les convicts sont mécontents de leur sort, ils s'enfuient de ches leurs maîtres et se forment en bandes de brigands. Aussi, les vols, les attaques à main armée sont fréquents ; et il faut toute la vitalité que donnent à la colonie les éléments naturels de prospérité, pour qu'elle nesuocontbe point aux étreintes du crime.

Le fouet et la potence, voilà les deux seuls moyens de coercition et de purification à l'usage des déportés ; aussi , en 1828, la cour criminelle de la Nouvelle-Galles du Sud prononça 106 condamnations capitales, dont 26 furent suivies d'exécution. En 1829, sur 79 sentences, il y en eut 30 d'exécutées. Enfin , en 1830, sur 104 condamnations a mort , la part du bourreau fut de 49. Et la colonie tout entière ne compte que soixante et quelques mille hahitans !

u Nous ne craignons pas de le dire, ajoute H. de la Pilorgerie, s'il existait en Europe un peuple fournissant amiuetlenaent un contingent proportionnel de crimes, les nations voisines entoureraient d'un cordon protecteur une société ainsi infectée ! »

Ce n'est que par l'isolement, l'instruction, le travail régulier, qu'on peut déterminer l'amélioration du coupable. Les

» Histoire de Botanj-Bay, p. 334 : déposition du major Arthur.

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colonies pénales ne permettent l'emploi d'aucun de ces procédés pénitentiaires ; aussi ne doit-on pas s'attendre è ce qu'elles produisent la réforme des déportés.

Mais possèdent-elles au moins ce grand caractère qui doit dominer dans la peine, la force d'intimidation ? Pas davan- * tage, ou plutôt c'est une chose avérée, que ce genre de châtiment, loin d'empêcher les orimes en retenant par l'exemple ceux que la tentation de les commettre pourrait assaillir, agit en sens invers et pousse à l'attentat !

Dans les premiers temps, alors que la Nouvelle-Galle* du Sud, purement colonie pénale, n'offrait en perspective que de durs travaux, une nourriture précaire et insuffisante, des châtiments sévères et une nature sauvage avec laquelle il fallait lutter sans cesse, les difficultés qui s'opposaient a la prospérité matérielle de la colonie servaient à intimider plus sûrement les malfaiteurs de la mère-patrie : car, il faut le dire, cette prospérité et l'efficacité de la peine paraissent s'exclure réciproquement.

H est juste que l'homme probe et laborieux conserve sur le criminel d'autres avantages que la liberté et la paix de la conscience. Et, cependant, qu'arrive-t-il tous les jours dans l'Australie? C'est que la position des convicts est de nature à inspirer de l'envie aux artisans, aux laboureurs de la mèrepatrie, et les dispose à envisager un attentat comme un passeport qui leur assure l'avantage d'être transportés gratuitement dans des contrées dont le séjour devient l'objet de leurs rêves aventureux.

Les déportés se partagent en quatre classes. Les 90 »*/**»#» convicts , nom par lequel on désigne les individus qui , en Angleterre, appartenaient aux classes supérieures ou moyennes, sont admis dans les administrations publiques, ou distribués dans les familles comme précepteurs, avec la faculté de disposer de tout le temps que leur laisse l'accomplissement des devoirs de leur emploi. Souvent leurs talents les mettent à même d'acquérir une fortune considérable.

Les artisans, employés par le gouvernement, trouvent

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moyen de te livrer à des travaux pour des particuliers, qui , tu le prix excessif de la main-d'œuvre, leur procurent un salaire supérieur à celui qu'obtiennent les ouvriers les plus industrieux de la métropole.

Les autres convicts sont distribués aux colons, et, par les raisons que nous avons signalées plus haut, le traitement qu'ils éprouvent est fort doux. Les femmes, comme une marchandise dont la rareté augmente la valeur, trouvent une existence facile et lucrative.

On accorde des émancipations provisoires aux condamnés pour sept ans, après quatre ans de service ; aux condamnés pour quatorze ans, au bout de six ans, et aux condamnés à vie, après huit années d'épreuve.

Alors, leur industrie, ou des procédés moins réguliers, leur assurent facilement l'aisance et le bonheur physique.

Ajoutons encore qu'au bout d'un certain temps, lesfamilles des déportés viennent les rejoindre aux frais du trésor.

Et il n'y a point de peine intermédiaire entre la peine de mort et la déportation !

Les nouvelles favorables aux criminels franchissent facilement la distance qui sépare la colonie de la métropole ; les déportés, de retour dans la mère-patrie, par un travers naturel à l'esprit humain, mettent leur amour-propre â taire les mauvaises chances qu'ils ont pu courir et à exalter les bonnes. D'ailleurs, il suffit que celles-ci existent, pour que chacun s'imagine les avoir en lot.

Un des témoins entendus dans l'enquête de 1832, signale énergiquement les vices de cet état des choses $ il produit l'extrait d'une lettre écrite par un soldat, serrant dans la Nouvelle-Galles.

« Norman n Hughes, dit cette lettre en parlant d'un personnage très connu dans le comté de Bedford, déporté pour vol de blé, a établi une grande ferme au Port-Macquarie, où il fait d'excellentes affaires. Philipp Hibbs (c'était un jeune homme de 18 ans , déporté comme coupeur de bourses ) , in. 23

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gagne 50 livre* sterling comme sommelier de la taverne du Commerce. »

Cette lettre fut lue dans les chaumières des cultivateurs du comté de Bedford, et on les vit «•© demander arec anxiété quelles étaient les violations de la loi qui pourraient leur valoir la déportation !

Aussi n'est-il pas rare de lire, dans la partie des journaux anglais consacrée aux débats judiciaires, ce titre piquant et véridique : Candidats pour la déportation ; et, depuis vingttrois ans, les crimes contre les personnes ont plus que doublé, et ceux contre les propriétés ont plus que triplé.

On a bien senti en Angleterre, que, si c'est à tort qu'on faisait consister jadis tout l'avantage de la peine dans sa puissance d'intimidation, l'excès contraire n'est ni moins viciera, ni moins funeste. Aussi a-t-on voulu rendre la condition des convicis moins favorable ; on a prescrit de les traiter avec une grande rigueur. La moindre négligence doit être punie d'au moins cinquante coups de fouet, et cet instrument de supplice a été perfectionné. On a noté le premier cri du patient, on a compté le nombre de coups nécessaires pour meurtrir, pour faire jaillir le sang : c'est l'ancienne torture qui revit sous une forme nouvelle.

Le fouet et le bâton rajeuniront-ils le système de la déportation ? L honorable auteur de l'histoire de Botany- Boy ne le pense pas, et nous en doutons avec lui.

Quoi qu'on fasse, l'épreuve est aujourd'hui complète.

La déportation, bien loin d'offrir des chances de réformer le coupable, entraîne la corruption mutuelle des moralités.

Bien loin d'intimider les malfaiteurs, elle se transforme promptement, suivant le degré de prospérité des colonies pénales , en un moyen de séduction , de provocation an crime.

Ce double résultat , aujourd'hui bien constaté , ne tardera pas, il faut l'espérer, à faire rayer cette peine du Code de la Grande-Bretagne. Au sein même du parlement commence à s'élever une opinion décidément hostile à la déportation ;

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Ion de la dernière session , on comité de la chambre des commîmes, nommé sur la proposition de sir William Moleswortb, a fait une enquête sur la situation actuelle de la. Nouvelle-Galles du Sud : les résultats de cette enquête ne sont pas encore officiellement connus j mais l'un des derniers numéros de la Bévue de Londres donne A ce sujet des détails d'un haut intérêt , puisés dans les documens parlementaires inédits, et qui complètent, en les confirmant, les renseignements recueillis par H. de la Pilorgerie. Nous empruntons au National du 27 juillet 1837, l'extrait suivant de l'article de la Revue anglaise.

Deux partis se disputent la possession de la Nouvelle- Galles du sud : les colons volontaires, qui constituent une asseï considérable minorité, demandent que la destination de cette colonie soit changée ; ils réclament pour eux tous les privilèges politiques, tous les droits civils, tous les avantages sociaux ; ils se fondent sur la régularité de leurs mœurs, sur la douceur de leurs habitudes , sur la probité de leur industrie ; la plupart se sont enrichis par des moyens honnêtes jusqu'alors inconnus dans la colonie, la culture des terres et l'éducation des troupeaux. Gomme toutes les minorités qui possèdent, ils montrent peu de goût pour les institutions libres , ou , du moins , ils veulent en exploiter le monopole ; ainsi , ils veulent bien tolérer le jury , mais ils prétendent être seuls habiles A exercer cette magistrature.

En opposition A oes prétentions, la majorité, composée de la population criminelle, condamnée, déportée, réclame la souveraineté d'une terre qui, dans l'origine, lui fut exclusivement réservée : c'est le prisonnier qui veut être maître de son cachot; si les habitudes des déportés, si les procédés de leur industrie ne conviennent pas aux émigrants, que ces intrus aillent chercher ailleurs une colonie où ils n'aient pas A rougir de leurs associés. Une haine ardente et profondément enracinée divise ces deux classes : c'est une antipathie semblable A celle qui sépare le maitre et l'esclave, plus vive peut-être parce que 1A l'esclave est par sa race et son in tel -

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ligeace l'égal du maître, et que la dégradation morale qui le condamne à l'infériorité est la conséquence d'un jugement criminel.

Les colons volontaires vivent absolument comme leurs analogues de la métropole; mais les déportés ont des mœurs et une organisation qui ne se rencontrent heureusement dans aucune autre société. Cette classe nombreuse se compose des émancipés ou des condamnés devenus libres par le pardon ou l'expiration de leur peine, d'une portion d'émigrants libres et de natifs blancs, qui, liés aux condamnés par leurs goûts, leurs habitudes ou des relations de parenté, font cause commune avec eux j enfin, de criminels qui n'ont pas encore fait leur temps. Ceux-ci se divisent en plusieurs catégories, d'abord l'homme avec un billet de congé , qui est à peu près un homme libre, si ce n'est qu'il doit demeurer dans les limites d'un certain district, et se présenter à une revue à différentes époques de l'année ; le serviteur employé à des travaux agricoles ou mécaniques; le condamné employé par le gouvernement aux travaux publics ; le condamné puni pour crimes commis dans la colonie, enchaîné ou renfermé dans les établissements de correction, et enfin le fugitif, auxquels on donne le nom plus décent d'inspecteurs de buissons.

Les émancipés forment une véritable aristocratie , sinon de naissance, du moins de manières et de richesse. Plusieurs d'entre eux ont une fortune énorme. Un homme, qui avait été déporté vers la fin du siècle dernier pour avoir volé quelques oies dans le Torkshire, possède aujourd'hui un revenu annuel de quarante à cinquante mille liv. sterl. (un million A douie cent cinquante mille francs); il a commencé sa carrière dans la colonie en travaillant à la construction de la prison de Paramatta. A. cette époque, on faisait aux condamnés des distributions de rhum. C'était un homme sobre, il vendait sa ration , et par cette économie il s'était créé à l'expiration de sa peine un capital. Il satisfit alors la grande a mbition de tous les émancipés, il établit un cabaret, il eut

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un cheval et un cabriolet , ce qui constitue à la Nouvelle- Galles le gentleman. Un jour il conduisait à Paramatta une femme émancipée qui possédait quelques centaines de livres. Une certaine intimité s'établit entre eux pendant le voyage. Ils avaient les mêmes goûts, les mêmes antécédents, ils associèrent leurs capitaux et leur intelligence. Ils agrandirent leur établissement! et bientôt cette heureuse union fut la source d'une brillante fortune acquise par des moyens dignes de ses possesseurs. À cette époque les fermiers étaient en grande partie des émancipés qui, à l'expiration de leur sentence, avaient obtenu des concessions de terre. Us étaient ignorants et corrompus, et fréquentaient habituellement la maison de leur ancien camarade. Us s'y enivraient plusieurs jours de suite sans savoir ce qu'ils avaient consommé et encore moins ce qu'ils avaient payé. On leur faisait crédit, à la condition de signer des pouvoirs à'attorneya préparés d'avance, et qu'on n'avait plus qu'à remplir. C'étaient des condamnés instruits dans les formes de procédure qui rédigeaient ces actes. Une fois engagés les fermiers étaient obligés de revenir chez leur créancier, jusqu'à ce que la dette surpassât la valeur de leur propriété , et alors il les expropriait. C'est de cette façon que les meilleures terres de lu colonie sont passées dans ses mains.

Le commerce le plus lucratif de la colonie c'est la vente des liqueurs. La consommation dans la proportion de la population est trois fois plus grande qu'en Angleterre. On évalue la moyenne pour chaqne individu à quatre gallons par an. On a vu des buveurs dépenser quarante à cinquante livres sterling dans une séance.

Sydney est une localité admirablement choisie pour servir de capitale à un pareil peuple. Cette ville couvre une superficie d'environ deux mille acres, et renferme une population de vingt mille âmes, composée en grande partie de prisonniers de la couronne qui n'ont aucun moyen légal de satisfaire leurs passions. Ceux qui ont obtenu leur liberté ne valent guères mieux et entretiennent leur débauche et m. 23.

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leur oisiveté par le vol. Il y a dans la Tille deux cent dixneuf cabarets autorisé» et une bien plus grande quantité d'établissements clandestins qui se livrent au même commerce. Il n'y a point de lieu où il soit plut facile d'échapper a la vigilance de la police. Des bois dans la ville même et dans les environs servent de refuge au délinquant, et s'il parvient à voler un bateau, il peut en quelques minutes mettre un bras de mer entre lui et ceux qui le poursuivent. Les constructions isolées , interrompues, la négligence et le désordre des habitants fournissent aux voleurs de nombreuses et commodes occasions d'exercer leur industrie.

Les brillants équipages que Ton rencontre dans les rues de Sydney, les calèches à quatre chevaux, les tilburys , les tandems, qui brillent aux courses de Paramatta, appartiennent en grande partie à des persoonesque la justice d'Angleterre a condamnées à un voyage en Australie. On donne é Sydney des fêtes brillantes, d'aimables soirées et d'excellents dîners. On a conservé la description d'une réunion de ce genre, présidée par un émancipé; la table était ornée du plus beau linge, de la plus riche argenterie, de la plus élégante porcelaine, des vins les plus exquis et des plus beaux fruits. La maîtresse de la maison, en grande toilette et couverte de bijoux, était une ancienne danseuse des rues de Londres, connue dans la colonie sous le nom de Sally du Tambourin; maintenant, grâce à son immense fortune , elle charmait ses hôtes par les grâces de son hospitalité, quelque peu mêlées des réminiscences de son ancien métier. A sa droite était le premier élégant de Sydney , honoré à Paramatta comme un patron, adoré du beau sexe ; il avait, par ses manières engageantes, forcé les barrières d'une injurieuse exclusion, et obtenu accès même dans des salons fermés aux condamnés. Ce jeune Irlandais, déporté à perpétuité pour avoir imité Love lace , donnait le ton à l'Australie. A la gauche de la maîtresse de la maison on voyait le spirituel rédacteur du Times de Sydney, le premier qui eut le courage d'énoncer le hardi paradoxe) que la mauvaise fortune constituait la seule diffé-

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rence entre les émigrants libres et ses amis. Un doute momentané de son identité lui avait donné l'idée malheureuse de signer le nom d'un autre, et c'est à cette distraction que les habitants de l'Australie étaient redevables de l'acquisition de cet éloquent publiciste. Le reste de la compagnie était composé de gentlemen en visite à Sydney pour des peccadilles du même genre ; quelques-uns étaient des hommes avec un billet de congé , occupant un certain rang au barreau, quoiqu'il ne leur fût pas permis de pratiquer publiquement dans les cours; mais assistant de leurs lumières les plus hauts fonctionnaires de cette profession ; d'autres étaient de respectables instructeurs de la jeunesse; enfin le ministre qui disait les grâces avait été déporté pour bigamie.

La condition des femmes est encore plus singulière. Eu petit nombre, comparativement à l'autre sexe , elles n'ont pas besoin de chercher des maris. Les offres de mariage pleuvent à l'arrivée sur les navires qui amènent des femmes, et sont renouvelées à chaque occasion, jusqu'à ce qu'elles aient choisi parmi cet essaim de compétiteurs. Les femmes sont divisées en deux classes : A la première appartiennent la Lais du banquet que nous avons décrit et les belles dames qui ont eu en Angleterre des relations avec ce qu'on appelle les hommes de la bonne société. Elles débarquent dans leur plus brillante toilette, couvertes de schals légers et de riches voiles , éblouissantes de bijoux , inondées de parfums , et elles offrent aux yeux avides des soupirants de l'Australie leurs grâces rajeunies par la traversée. Malheur à Témigrant auquel une de ces beautés est assignée pour surveiller son ménage ou soigner ses enfants, ou au condamné qui cherche dans leurs rangs la compagne de ses peines et de ses plaisirs. Quant à la classe moins relevée , ce sont les mêmes vices avec de moins élégantes manières.

Il n'y a pas long-temps que quelques personnes, voyant avec peine la grande disproportion des deux sexes à Sydney, firent, dans une intention toute philanthropique, un essai

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assez maladroit pour remédier à ce mal. On enleva des rues de Londres une partie de sa population féminine , on dépeupla la colonnade de l'Opéra, on fit la presse des beautés errantes du Quadrant , et on Toulut en faire les matrones de la colonie. Le résultat fut ce qu'on devait attendre de cette ridicule entreprise. Le» habitants delà Nouvelle-Galles eux-mêmes accueillirent avec dégoût ce rebut de Westminster, et ces malheureuses, qui souillent aujourd'hui les rues de Sydney, ont dépassé par leur vices et leurs obscénité tout ce que les prisons d'Angleterre ont vomi sur ces rivages.

U y a à Paramatta un établissement que l'on appelle la Foctory; c'est là que sont envoyées é leur arrivée dans la colonie, les femmes condamnées, jusqu'à ce qu'elles aient reçu une assignation. C'est un lieu de punition pour celles qui se sont mal oonduites dans les familles où elles ont été placées; un hospice de maternité pour les condamnées que leurs maîtres y envoient dès qu'elles deviennent enceintes, pour les reprendre après l'accouchement ; une maison d'enfants trouvés pour les enfants des condamnés jusqu'à l'âge de trois ans ; c'est enfin le dépôt principal de femmes pour les émancipés et les condamnés. Bien habillées , bien nourries et fort peu occupées , ces femmes se livrent à tous les désordres que leur inspirent les souvenirs de leur vie passée et l'espoir d'un avenir tout aussi corrompu. La matrone à laquelle est confiée la surintendance de cette maison est parfaitement choisie et convenablement assistée par ses filles, qui avant d'arriver à ce poste de confiance, couraient les rues de Paramatta. Les femmes restent dans cette maison jusqu'à ce que leurs enfants soient sevrés, jusqu'à leur mariage ou leur assignation. Lorsqu'il se présente un visiteur dans une intention de mariage, les habitantes du harem défilent devant lui ; il fait son choix, et, si la femme y consent, l'union est consommée. Les condamnées assignées peuvent se marier avec le consentement de leurs maîtres. La statistique des crimes indique d'ailleurs suffisamment l'état moral de la colonie :

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En 1833, il y a eu 135 condamnations capitales et 69 exécutions ;

En 1834, 148 condamnations capitales et 83 exécutions ;

En 1835, 116 condamnations capitales et 71 exécutions.

U faut remarquer que, depuis le l*r août 1833, la peine de mort n'est plus appliquée à divers crimes , tels que faux , vol de bestiaux , vol dans une habitation au-dessus de la valeur de cinq livres ; de sorte que toutes les condamnations, depuis cette époque, ont été prononcées pour des crimes de viol, de rapt , d'incendie, de meurtre, de vol à main armée. Quant aux délits correctionnels , c'est à peine si on pourrait les compter, et l'on dirait que la seule affaire du pays, c'est la répression et la punition du crime. Toute la population de la colonie est en mouvement perpétuel vers les cours de justice.

Le nombre des condamnations augmente dans une plus grande proportion que l'accroissement de la population ne semble le comporter.

De 1810 A 1818 cette proportion était un sur 378.

De 1818 à 1821 un sur 300.

De 1821 à 1825 un sur 183.

Elle s'est élevée de 1831 A 1835 à un sur 119.

En 1825, les condamnations correctionnelles pour les délits commis par la population condamnée qui n'était alors que de 16,000 âmes, se sont élevées A 6,000. En 1835, ce chiffre était arrivé A 22,000, pour une population de 28,000 condamnés. On attribue cet accroissement du crime, entre autres causes, A l'incertitude du châtiment qui résulte de la composition du jury. Les émancipés, quand ils possèdent une certaine fortune, se font inscrire sur la liste du jury. Sur 1 ,289 personnes qui ont fait partie du jury depuis 1833, on comptait un quart d'émancipés, et A peu près le même nombre de cabaretiers.

Dans une lettre datée du 30 avril 1836 et adressée au bureau colonial, Je juge Barton prétend que l'institution du jury est tout A fait discréditée , et il cite A l'appui de cette

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atsertion de scandaleux acquittements. Dans un procès où il siégeait , le jury s'était retiré pour délibérer ; en entrait dans la salle des délibérations, un des jurés s'étendit sur la table, et se croisant les bras, dit : « Mon opinion est faite ; > le second en dit autant en se couchant par terre, et les autres se mirent i causer de leurs affaires pendant vingt minutes. Alors le chef du jury appela leur attention sur l'affaire qui leur était soumise, et ils se contentèrent de lui répondre que leur opinion était faite : l'un donnant pour raison qu'il avait connu le père de l'accusé il y avait quelques années, l'autre qu'il avait été lié avec sa mère, et le troisième qu'il l'avait connu dès son enfance. Trois jurés étaient pour la culpabilité, et neuf, dont trois étaient certainement d'anciens condamnés, pour l'acquittement. Le jury resta renfermé toute la nuit, et le lendemain matin la minorité céda, pour ne pas rester plus long-temps en contact avec de pareils misérables. Dans une autre occasion, pendant les débats du procès, un des jurés appelant par son nom l'avocat de l'accusé lui dit : « Soyez tranquille, nous l'acquitterons. * L'avocat conseilla à l'accusé de ne faire aucune défense, de ne produire aucun témoin , et il fut acquitté.

Autrefois, beaucoup de clercs travaillant chez les attorneya appartenaient à la population criminelle : c'est encore aujourd'hui le cas pour quelques-uns. Ils ont accès dans les prisons pour préparer la défense. Le parjure est très commun, et on loue à très bon marché de faux témoins. Un accusé trouve facilement, dans la foule qui se rassemble autour def cours de justice, un homme qui, pour une demi-pinte de rhum, donne le meilleur témoignage en sa faveur. U dit qull connaît depuis long-temps l'accusé pour un honnête homme; et, s'il est prouvé qu'il ne fait que d'arriver dans la colonie, il répond qn'il l'a connu en Angleterre. Un tailleur voulait faire payer à une de ses pratiques des habits qu'il ne lui avait pas livrés ; il confia la cause à un avocat distingué. Le jour du jugement, il parut devant le tribunal accompagné d'un témoin qui jurait avoir vu livrer les habits, mais, quel

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fut son étonnement, quand le défenseur, de son coté, produisit un autre témoin qui jura que, non-seulement les habits avaient été livrés , mais qu'il avait vu le défendeur en payer le prix.

Les chaînes sont destinées à la punition des crimes commis dans la colonie. Cependant lord Stanley, alors ministre des colonies, ordonna que les condamnés qui avaient commis de grands crimes en Angleterre fussent mis à la chaîne ou envoyés à l'établissement de l'île de Norfolk. Les juges, dans leurs circuits, prévinrent les prisonniers que la déportation était devenue une peine sévère. Ceux-ci se plaignirent de n'avoir pas été avertis plus tôt, et de voir leur châtiment aggravé par un caprice de lord Stanley. Les condamnés triomphèrent de lord Stanley et des juges. A leur arrivée dans la colonie, il fut prouvé qu'il n'y avait pas de statut qui permit de les mettre à la chaîne pour des crimes commis en Angleterre.

Nous n'avons pas de termes pour décrire l'île de Norfolk, la prison de cette prison , l'enfer de cet enfer. Les crimes les plus atroces y sont commis par des prisonniers dans le seul espoir d'être envoyés encore une fois à Sydney pour être jugés. Le désir de voir une dernière fois le monde, la possibilité d'échapper par un naufrage, ou en brisant leurs fers, possibilité qui n'a pas encore été réalisée, suffisent pour leur faire braver une chance presque certaine de mort. On raconte que onze de ces malheureux convinrent un jour de tirer au sort lequel d'entre eux serait tué, et lequel commettrait le meurtre : les autres devaient servir de témoins j et cet horrible engagement fut scrupuleusement tenu pour procurer aux survivants l'occasion devoir Sydney encore une fois avant de mourir.

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