‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 131 sur 143 · DES COLONIES PÉNALES DE LA GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

DES COLONIES PÉNALES DE LA GRANDE-BRETAGNE

La peine de la déportation domine tout le système pénal de la Grande-Bretagne; étendue aux condamnés pour les offenses les plus graves qui ne sont pas livrés au bourreau, son maintien est inconciliable avec l'établissement du système pénitentiaire. C'est un fait qui a été victorieusement établi par les publicistes les plus distingués. — « La déportation , » dit M. Rossi , • si l'on prend ce mot dans le sens d'une peine consistant à transporter une grande masse de condamnés dans un même lieu déjà peuplé, telle qufune île, une colonie pour y demeurer T soit à perpétuité, soit à temps, est une peine d'une tendance immorale.... Elle n'est appréciable, réelle, que pour certaines classes de personnes.... Elle est fort peu exemplaire -t peu apte à réformer moralement le coupable. » (TVaité de droit pénal.) — € Je n'ai pas grande opinion , » disait sir J. Mackintosh à la chambre des communes, «de l'efficacité de la déportation, soit comme moyen de réformation, soit comme exemple. > — « La déportation doit se présenter à l'esprit de bien des malheureux comme une offre avantageuse dont ils m. 22

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ne peuvent profiter que par un délit. Ainsi , la loi , au lien de contrebalancer la tentation , ajoute dans bien des cas à sa forée. • Jérémie Bentham ( Traité de législation civils et pénale). — M. Charles Lucas, que des travaux consciencieux et son dévouement é cette noble spécialité ont placé si haut dans l'opinion de tous ceux qui s'occupent de questions pénitentiaires, n'admet la déportation que pour quelques crimes, et se prononce énergiquement contre l'institution des colonies pénales. — MM. Faustin Hélie et Chauveau, auxquels noua devons un beau travail sur le Gode pénal , ont apprécié en peu de mots, et avec justesse, les effets généraux de la peine de la déportation. (Théorie du Code pénal.) — La Angleterre, le savant archevêque de Dublin, K. Whatley, et M. W. Cravf ford , MM. Julius et Mittermaier en Allemagne , professent une opinion également défavorable au système des colonies pénales. — MM. G. de Beaumont et A. de Tocqueville , dans leur ouvrage sur le système pénitentiaire , ont traité avec un talent supérieur la question de la déportation , et leurs conclusions sont en tout conformes à celles des publicistes que nous venons de citer. Il ressort à l'évidence de ces conclusions ,

1* Que la fondation d'une colonie pénale (en supposant qu'en ait è sa disposition une terre lointaine pour l'établir) est une entreprise longue et très dispendieuse ;

2° Que c'est un bien triste noyau de société, que la réunion de malfaiteurs choisis parmi tout ce que la prison et la société renferment de plus pervers et de plus corrompu ;

3* Que si, par le cours des années, une colonie ainsi formée, s'épure et parvient à rejeter son écume, elle deit naturellement repousser avec horreur les nouvelles semences de vice et de corruption que la mère-patrie lut envoie chaque année ;

4° Qu'un pareil système est défectueux en ce qu'il est temporaire et cesse d'être exécuté le jour où la colonie est intéressée à repousser les déportés qu'on lui envoie, et i forte pour résister à la mère-patrie ;

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5° Que d'ailleurs la déportation ne prodoit peint les effets qu'on doit attendre de tout système pénal, savoir, le châtiment des coupables, et l'intimidation de tous ceux qui pourraient le devenir. A la vérité , en parvient è punir le déporté et é rendre la déportation une peine terrible en joignant l'emprisonnement a l'exil et le fouet au servage; mais on tombe alors dans plusieurs excès pires que le mal dont on eberebe le remède; en effet, si l'on bâtit des prisons dans la colonie , on a tout à la fois les dépenses de la transportation et celles de l'emprisonnement; on cumule deux peioes dont la réunion est cruelle ; enfin , on ne transforme la transportation en châtiment efficace qu'à l'aide de supplices qui suffisent pour la faire repousser.

Mais à côté des antagonistes du système de la déportation te sont levés ses défenseurs ; en France aussi , pendant les dernières années de la restauration, on a sérieusement agité la question de créer une colonie pénale ; en 1821 la commission du budget demanda la colonisation des forçats; ee vœu fut émis de nouveau en 1826 ; enfin, en 1827, quarante-un conseils généraux de départements réclamèrent la fondation d'une colonie pénale.

Cet engouement en faveur d'un système dont les détails d'exécution étaient si peu connus en France, provoqua, une éloquente animadversion de la part de M. de Barbé-Marbois. Mieux instruit que ses adversaires , le dernier survivant des déportés de Sinamary résuma, dans une brochure de quelques pages, les observations auxquelles sa propre expérience autant que l'étude des documents publiés en Angleterre sur les établissements de l'Australie , donnaient une grande autorité '.

Tel était alors l'état de la question, lorsque M. £. DeBloseeville entreprit de réfuter par un livre la brochure de M. de Barbé-Marbois ; son ouvrage, écrit avec un véritable

1 Observations sur les votes de t\i conseils généraux de départements. Paris, 1828.

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talent, est un chaleureux plaidoyer en faveur de la peine de la déportation et des colonies pénales. Selon l'auteur, ce que l'on a osé appeler le roman de Botany-Bay, est une histoire véridiqUe , et peu s'en est fallu que , dans son enthousiasme, il n'en ait fait une épopée. Cette apologie, destinée à fournir des arguments de choix aux défenseurs d'un système qui avait compté jusqu'alors plus de partisans xélés que d'appréciateurs éclairés, appelait une réfutation victorieuse et complète. M. Jules de la PUorgerie s'en est chargé , et l'ouvrage qu'il vient de publier récemment sous le titre d'Histoire de Botany-Bay l fournit tous lea éléments propres à asseoir une opinion raisonnée sur le grave problème de la déportation.

La question de la déportation se présente sous une double face selon qu'on l'envisage comme peine ou comme moyen de colonisation.

Sous ce dernier rapport les renseignements donnés par M. de la PUorgerie prouvent que la déportation a complètement manqué son objet. Depuis 1788, où le capitaine Philipp jeta l'ancre à Botany-Bay avec lé premier transport de convictê, jusqu'en 1812, la Nouvelle-Galle» du Sud a formé une véritable colonie pénale, et la dure expérience de ce court espace de temps, n'est pas de nature à faire recommencer l'essai. Le travail des convicte est peu de chose, comparé avec le travail d'hommes libres ; leur mauvais vouloir détruit plus qu'ils ne créent, et les approvisionnements expédiés à grands frais de la métropole n'ont pu empêcher la famine de se déclarer-maintes fois dans ces parages lointains. Les enquêtes faites par le parlement anglais, en 1812 eten 1820, font connaître la valeur de cette société exceptionnelle. C'est là qu'on voit combien il est difficile, pour ne pas dire impossible, de fonder de nouvelles sociétés avec les rebuts

* Paris, Paulin, i836, i vol. In-8° Y. aussi la série d'articles

sur la déportation , publiés dans le Journal général de France, par M. Wolowski.

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