N° XXVI
RÈGLES GÉNÉRALES A OBSERVER DANS L'ARRANGEïENT ET LA CONSTRUCTION DES PRISONS.
La ebotx d'un site conYenable pour une prison boa Telle est an objet o> Haate importance. Ce site doit être salobre , ouvert et accessible à la libre circulation de l'air ; il doit être , autant que possible , isolé et à certaine distance de tout autre bâtiment. Il importe, par contre, de ne pas trop s'éloigner des tribunaux et des cours de justice afin de faciliter le transfert des prisonniers *. Le
1 Cette condition ne concerne que les maisons d'arrêt et de justice destinées aux prévenus, aux accusés et aux condamnés à courts termes. Les prisons pour peines doivent an contraire être , autant que possible , érigées hors des murs des villes, mais cependant à peu de distance de celles-ci pour préserver la facilité des communications et des visites des inspecteurs, etc. (Éd. D.)
dm rusons. 359
terrain doit être assez étendu ponr permettre le développement le plus large des quartiers, à l'effet d'assurer la parfaite ventilation des cellules occupées par les détenus ; il doit être sec et à l'abri des émanations marécageuses et de l'humidité; cette condition est essentielle , eu égard non-seulement à l'espace limité que doivent occuper les détenus pendant des périodes plus ou moins longues , sous l'empire d'une règle sévère combinée avec une occupation constante , mais encore au mode de construction qui exige pour les murailles, les parquets , les escaliers , etc. , l'emploi des ma* tériaui susceptibles d'absorber l'humidité , et de se détériorer sous l'influence des moyens employés pour préserver la propreté. Une situation élevée est également désirable , pour mettre les prisonniers à l'abri des brouillards qui régnent le plus souvent dans les terrains bas et situés au bord des rivières , et pour protéger les bâtiments contre le danger des inondations et l'action des eaux sur les fondations , les aquedues et les égoèts. La même précaution sera utile pour qu'aucune partie de l'intérieur des bâtiments ne puisse être dominée du dehors ; on empêchera ainsi toute communication des détenus avec l'eitérieur, et toute tentative que l'on pourrait faire pour favoriser les évasions.
Le terrain destiné à la construction de la prison doit être entouré d'un fort mur de clôture , d'une hauteur suffisante pour empêcher les éva-
360 COISTUKTMI
sions , et interdire la vue de l'intérieur de l'établissement. Ce mur doit présenter une surface unie des deux côtés ; mais dans le cas ou , à cause de sa hauteur ou de son étendue , l'on jugerait nécessaire de le soutenir au moyen de piles ou d'arcs-boutants , on aurait soin d'épauler ou d'arrondir les angles de ces projections de manière à empêcher qu'elles ne servent à gravir le mur. Pour la même raison , on doit éviter que le chaperon ou le faite du mur ne surplombe , afin que l'on ne puisse pas attacher de corde à la partie saillante de cette construction.
En disposant les bâtiments destinés aux détenus d'après le plan rayonnant , les employés , placés dans l'observatoire central , auront vue sur la plus grande partie du mur d'enceinte; arrangement plus favorable à la sécurité de l'intérieur que toute espèce de clôture intermédiaire. Au delà du mur d'enceinte , il importe de laisser un espace libre d'au moins 30 pieds de largeur, et d'interdire toute construction dans l'étendue do ce rayon. Les bâtiments de la prison ne peuvent toucher au mur d'enceinte, et il importe de laisser un espace assez étendu entre deux. 11 ne doit y avoir qu'une seule porte ou ouverture dans ce mur, pour servir d'entrée dans la prison; cette entrée doit être placée à la façade , vis-à-vis de l'observatoire central avec lequel elle sera mise directement en communication au moyen d'un corridor ou passage allant en droite ligne de l'un à l'autre point.
dw rusons. 361
À Tenirëe de la prison doivent être disposées les habitations du gouverneur et du chapelain; mais ces habitations resteront en dehors du mur d'enceinte , afin que les familles de ces fonctionnaires ne puissent avoir aucun rapport avec l'intérieur, et ne puissent troubler l'ordre et la discipline de l'établissement '.
Dans l'arrangement des bâtiments destinés aux prisonniers, il faut avoir égard aux conditions essentielles de sécurité , d'inspection , de facilité d'accès aux diverses divisions , de séparation individuelle de jour comme de nuit de chaque détenu , au moyen d'un nombre suffisant de cellules disposées de manière à interdire tout rapport entre ceux qui y sont renfermés , sauf à leur donner de l'air, du jour et de l'espace en quantité suffisante pour préserver leur santé et les mettre à même d'exercer un métier. 11 importe que les employés puissent en tout temps et â chaque instant exercer une surveillance inaperçue sur tout l'établissement. A cet effet , les bâtiments occupés par les détenus doivent être mis en communication directe avec un observatoire central où se tiendront le gouverneur ou le gardien en chef et les employés sous ses ordres ; à proximité de l'observatoire, on disposera le bureau ou greffe et
1 La règle qui concerne le logement du chapelain ne concerne que les pays protestants; dans les pays catholiques rien n'empêche et il est même a désirer que l'aumônier habite l'intérieur de la prison. (Éd. D.)
la salle des magistrats instructeurs. De cette station centrale on doit avoir vue sur l'intérieur de chaque quartier et accès dans les corridors ou les galeries qui conduisent aux cellules ; cette disposition des localités facilitera l'inspection , les soins de propreté, la distribution des aliments et des matériaux pour le travail , etc.; elle permettra de faire entrer les détenus dans leurs cellules ou de les en faire sortir, sans s'exposer au danger des communications; elle procurera l'avantage aux prévenus et aux accusés de recevoir la visite de leurs parents et de leurs oonseils , sans troubler l'ordre et la discipline de la prison. La chapelle dans laquelle les détenus doivent s'assembler chaque jour pour assister au service divin , aux exhortations du ministre du culte ou aux leçons de l'instituteur, doit également être contiguë au bâtiment central , afin que les détenus puissent y avoir directement et facilement accès '.
Dans les plans qui sont joints à ce volume, on a scrupuleusement suivi les indications qui précèdent ; il importe d'avoir ces plans sous les yeux
1 On toit que la chapelle commune , supprimée dans les pénitenciers américains, est rétablie dans le programme des inspecteurs anglais. Ce rétablissement n'exclut pas d 'aillent*, comme nous le verrons plus loin > les conditions essentielles de l'isolement; mais il fait tomber Tune des objections les plus spécieuse! que Ton ait faitei au système de séparation , savoir, la difficulté de renseignement individuel et l'impossibilité de faire participer les détenu aux exercices da culte. (El». D.)
DIS FMSOIS. 368
pour comprendre le mode d'appropriation, la position et la distribution des divers locaux que nous allons essayer de décrire avec la plus minutieuse exactitude.
En règle générale , toute nouvelle prison doit être construite d'après le plan rayonnant ; car l'expérience a prouvé que les conditions essentielles d'inspection , d'accès , d'aisance et de sécurité , ne pouvaient être mieux observées dans un établissement comprenant plusieurs bâtiments, qu'en faisant converger ces bâtiments vers un centre commun d'observation. — Il est bien entendu que le nombre des bâtiments rayonnants peut être augmenté ou diminué d'après le nombre de prisonniers que doit contenir la prison ; il importe seulement de ne pas donner aux ailes une longueur telle qu'elles ne puissent être parfaitement inspectées de l'observatoire central.
L'entrée générale de la prison doit donner dans une avant-cour , entre la maison du gouverneur et celle du chapelain. La porte de la prison, proprement dite, ou le guichet, ouvert dans le mur d'enceinte, donne accès dans un vestibule voûté ; d'un côté de ce vestibule se trouve la loge du portier ou du guichetier avec une chambre à coucher adjoignante; de l'autre, un escalier particulière l'usage du chapelain , des magistrats , etc. , conduisant à la chapelle , à l'étage supérieur. Au de là du vestibule garni de portes grillées en fer, s'étend un corridor ou passage qui conduit au bâtiment
304 COfttTSVCTlOR
rentrai : de chaque côté de ce passage on dispose les chambres de la surveillante , du chirurgien , des gardiens ou surveillants , et à son extrémité, vers le bâtiment central , on réserve deux salles d'une certaine étendue , Tune pour les inspecteurs et les magistrats chargés de la visite de l'établissement, l'autre pour le commis ou greffier qui y tiendra son bureau. Ces deux salles doivent être mises en communication directe avec l'observatoire , et avoir vue sur les corridors qui donnent accès aux cellules des détenus. A l'autre extrémité du passage , près de l'entrée , un escalier conduit à l'étage inférieur, où se trouvent les celloles de réception pour les détenus à leur entrée dans la prison. (On trouvera plus loin la description de ces cellules.) Le bâtiment central ou observatoire sert de station principale pour les gardiens pendant le jour et de corps de garde pendant la nuit : ce doit être un édifice spacieux , de forme semicirculaire , où doivent aboutir les corridors des quartiers cellulaires. Ces quartiers doivent rayonner du centre vers la limite extérieure, et être disposés à égale distance les uns des autres : grâce à cette disposition , on aura simultanément vue de l'observatoire , et sur les corridors des cellules et sur les cours qui séparent les quartiers. Les corridors doivent scinder en ligne droite les bâtiments rayonnants ; de chaque côté de ces corridors sont rangées les cellules qui y ont leur entrée et qui sont ainsi d'un accès facile aux surveillants. L'ob-
dm raison. 369
servatoire ainsi que les corridors doivent être ouverts depuis le sol jusqu'au faite des bâtiments , de manière a admettre l'air et le jour nécessaires, et à faciliter la ventilation et l'inspection de l'intérieur. A l'extrémité de chaque corridor, on dis* posera un petit escalier qui conduira aux cellules des étages supérieurs ; on établira également des escaliers dans l'observatoire, en communication avec les galeries conduisant aux cellules. Les bâtiments cellulaires auront deux ou trois étages , ou même un plus grand nombre , suivant le nombre de prisonniers qu'ils devront contenir.
La dimension moyenne des cellules doit être de 12 pieds (anglais) de long , sur 8 de large et 10 de haut, de manière à offrir une capacité de 1000 pieds cubes environ x. Ces cellules doivent être appropriées pour le confinement solitaire, et l'on aura soin de rendre impossible toute communication entre les prisonniers. Pour obtenir ce résultat , les murs de séparation entre chaque cellule n'auront pas moins de 24 pouces d'épaisseur, et seront formés de deux cloisons de 9 pouces 9 avec un espace entre deux de 6 pouces au moins : on empêchera , à l'aide de ce mode de construction , la transmission du son d'une cellule à l'autre. Les plafonds doivent être voûtés , et surmontés d'un pavement qui servira de parquet à la
1 Le pied anglais équivaut à £,048 décimètres, et le pouce aogUii à 2,64 centimètre!.
366 cownvcTitti
cellule supérieure. Chaque cellule tort Abu portes ; la porte intérieure sera en boU et tablée en tôle ; on y pratiquera une ouverture ou guichet. Les châssis des fenêtres seront en fff battu ; Us seront placés contre la route, leur batteur n'excédera pas 5 pouces , et ils seront gin» de Titres dépolies. Chaque cellule aura son siège d'aisance, de 18 pouces de haut, muai d'une soupape et d'une couverture à charnières (d'aprèi le meilleur système) ; le tuyau de ce siège cauan> niquera avec un conduit commun, disposé sa saillie contre le mur, et qui descendra de l'étage supérieur jusqu'à l'égout creusé au pied do bâtiment. On établira également dans chaqae cellule un petit évitr ou lavoir arec un tuyau d'écoulement destiné à déverser les eaux dans le tayao ds siège d'aisance. L'eau nécessaire au double service de l'évier et du siège sera fournie par an réservoir disposé au faite du bâtiment, et distribues dans les cellules au moyen de tuyaux à robinets* La plate-forme ou le cadre pour la couchette «ers en bois de chêne, fixé dans le mur, et supporte par de forts montants. (Pour avoir une idée as* exacte que possible du mode de construction et d'appropriation des cellules, il importe de eowai* ter la planche 11 et la, où sont indiqués ton»** détails relatifs au plan , à la coupe et à rétention,)
Les cellules des étages supérieurs doivent être disposées absolument de la même manière qae
aïs rusons . 367
celles du rex-de- chaussée : on aura soin seulement de disposer à l'extrémité de chaque aile deux chambres de la grandeur d'une double cellule , qui serviront au besoin d'infirmeries pour les détenus affectés de maladies qui ne seraient pas de nature à être convenablement traitées dans lescellules ordinaires. L'établissement de ces infirmeries séparées permettra de se passer d'un hôpital général dont la construction serait très coûteuse.
La communication aux cellules des étages supérieurs sera établie au moyen de galeries en fer, de 3 pieds et demi de large environ, garnies de balustrades et fixées de chaque côté du corridor au moyen de supports également en fer. Des galeries semblables régneront autour de l'observatoire central , pour faciliter l'accès des étages aux gardiens et mettre les détenus à même de se rendre à la chapelle par petites divisions.
La chapelle doit joindre l'observatoire en s'étendant vers l'entrée de la prison, où, à côté du vestibule , doit se trouver l'escalier particulier des* tiné au chapelain , aux inspecteurs , aux magistrats, etc.; à l'étage, à côté de la chapelle , on disposera une petite chambre pour le chapelain. La chaire , le pupitre ( , et les bancs des employés doivent être disposés à l'extrémité de la chapelle ,
1 L'autel, dans les prisons des pays catholiques, prendra la place du pupitre des chapelles protestantes. (Éd. D.)
366 coatTtvcTioH
faisant face à la partie occupée par les détenus. Lors de la réunion de ces derniers, pour le service divin ou l'instruction scolaire, on aura soin de préserver la séparation individuelle et d'exfcrcer une vigilante surveillance. Chaque prisonnieroccupera une stalle séparée, en vue des gardiens et sous le contrôle immédiat du chapelain. Les stalles doivent être rangées en amph ithéâtre de manière à ce que chaque rang s'élève au-dessus de celui qui le précède. Les prisonniers qui occuperont les stalles postérieures , s'y rendront par des escaliers séparés qui pourront être placés au-dessus des couloirs latéraux conduisant aux stalles les plus avancées ; on disposera à cet effet plusieurs entrées à la chapelle.
Un ou plusieurs des bâtiments rayonnants seront exclusivement réservés aux femmes détenues, en ayant égard au nombre de ces dernières x.
A leur entrée , les détenus doivent être placés dans les cellules de réception, en attendant la visite du chirurgien et des autres employés. Ces cellules, comme nous l'avons déjà dit, seront situées dans l'étage inférieur ou souterrain entre l'entrée et le bâtiment central. A proximité de ces cellules on disposera une salle de bain ; une chambre pour les fumigations , avec un four, où l'on purifiera
1 Cette disposition ne concerne que les prisons secondaires; il importe, autant que possible, d'affecter des prisons absolument distinctes aux condamnés de chaque sexe.
(Éd. D.)
bis puions. 369
et Ton séchera les vêtements des détenus malades ou malpropres ; un vestiaire où Ton revêtira les condamnés du costume de la prison , et une autre pièce où Ton déposera les habits et les autres objets qui leur appartiennent, jusqu'à l'époque de leur libération. Dans cette même section on pourra aussi réserver quelques cellules pour les arrestations provisoires, les détenus passagers , etc. - La partie du souterrain sous le bâtiment central contiendra la cuisine, et à proximité, la buanderie et la lingerie; ces dernières dépendances seront placées de préférence dans le souterrain du bâtiment occupé par les femmes , où l'on disposera également quelques cellules de réception pour ces dernières, ainsi qu'une chambre de bain et un vestiaire. Dans la partie du souterrain sous les autres bâtiments rayonnants , on pourra établir les chambres des domestiques , la boulangerie, la paneterie, le lavoir, la dépense, les magasins à provisions et les caves. On réservera en outre dans le souterrain de chaque aile un certain nombre de cellules de punition , dont les fenêtres seront garnies d'abat-jour en fer, de manière à pouvoir les priver de lumière au besoin. Pour rendre le souterrain parfaitement sec et salubre, et pour y faciliter la circulation de l'air, on aura soin de creuser tout autour un large fossé ; le sol de ce souterrain ne sera pas à plus de & pieds sous terre ; et afin que les chambres qui y seront disposées aient toute la hauteur nécessaire, on
370 coiftivcTioa
élèvera k rei-de* chaussée de 5 à 6 pieds aa-det» sus du fond du fossé.
Par suite de la disposition des bâtiments d'après le plan rayonoaot, on aura entre chaque bâtiment une vaste cour ; ces cours, en même temptqse l'espace laissé entre la prison et le mur de dôtore, assureront la libre circulation de l'air, et coatribueront à assainir les locaux occupés par les détenus. Une partie de l'espace entre les aile» poarra être close au moyen de grillagea en fer, ans àt pouvoir au besoin servir de préaux ou de prosenoirs1.
Le mode de construction et les aateViiax employés à la bâtisse doivent , autant fie possible , mettre les bâtiments â l'abri des danger* de l'incendie. Il importe aussi d'apporter le plus grand soin à l'arrangement intérieur des ceHoJes; il faut qu'elles soient parfaitement ventilées, et qu'elles soient chauffées en hiver d'une raiaièrc convenable au moyen de calorifères \
1 Le nombre de ces prémux pourra n'être pat toajoun suffisant eu égard au nombre des détenus auquel* il hvàn accorder la faveur de prendre de l'exercice en plein sir. Oi remédierait à cette insuffisance en adoptant le systèsse « sections de préaux que j'ai proposé dans \tff*QTQ***P*f la nouvelle prison de Liège, ?. tome II , p. 265. (t>- **)
* Il est à regretter que les inspecteurs anglais n'aie»!»* indiqué le mode de chauffage le plus avantageux pov b prison» : aura-t-on recours au chauffage par l'air chaai, « Tapeur ou l'eau chaude? Il importe que les architecte* qu s'occupent de la construction des prisons fassent use et***
dis rusons. 371
Comme les bâtiments de la prison seront en grande partie soustraits à la vue du public par le mur de clôture, il est tout à fait inutile d'y faire des ornements. Le style de l'architecture doit être parfaitement en rapport avec la destination de l'édifice. La façade du bâtiment d'entrée doit être simple , sévère et dégagée de toute décoration coûteuse ou superflue.