‹ Des progrès et de l'état actuel de la réforme pénitentiaire et des institutions préventives, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Angleterre et en BelgiqueChapitre 27 sur 143 · IB · texte numérisé non relu

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■XAMBif du oranoss

n'est pas plus considérable que dans certaines mitres prisons où Ton a maintenu le système d'agglomération. C'est ainsi, par exemple, que dans h maison de correction de St-Bernard (Belgique) on a constaté, en 1836, 6 à 7 cas d'aliénation mentale. Ne pourrait-on pas également et peut-être même avec plus de raison attribuer ces accidents a l'influence funeste de l'association des détenus?

Sur 20 libérés du pénitencier de Philadelphie , en 1833, et sur 48 libérés, en 1834, on a constate - cas de récidive ; c'est 1 récidif sur 22 libérés. Que Ton compare ce chiffre avec celui des anciennes prisons et l'on sera convaincu qu'il témoigne en faveur du régime de l'établissement auquel iJ su rapporte.

Eu France , il résulte des renseignements publiés par le ministère de la justice, que sur le nom* bro moyen des individus sortis depuis 10 ans des prisons des diverses catégories, les récidives ont été dans la proportion de :

3 1 pour cent pour les bagnes , 33 » n maisons centrales ,

51 » » maisons assimilées aux

maisons centrales.

En Belgique on compte dans les prisons pour peines 1 récidif sur moins de 3 condamnés. (Voir n" XXV. ) — Nous croyons pouvoir affirmer d'avance que si le système de l'isolement ne réforme pas également tous les détenus soumis à son action , il entraînera du moins une réduction no-

srm tB rrmai rtaiTisTuiii. 189

table dans le nombre des récidifs qui encombrent nos anciennes prisons sous l'empire du système oppose.

11 est inutile , pensons-noos 9 de faire ressortir l'invraisemblance de l'emploi du moyen de coercition dont parle M. Mittermaier. A quoi servirait , en effet, cette espèce de serrure ou de cadenas en fer appliqué sur la bouche du condamné solitaire? Serait-ce pour l'empêcher de se parler à lui même ? Ce moyen serait , il nous semble , beaucoup plus convenable et plus utile dans les établissements où les détenus sont réunis sans pouvoir communiquer entr'eux : mieux vaudrait leur fermer la bouche que de leur donner des coups de bâton.] (Es. D.)

3* Si od crème le sujet plut avant, et si l'on recherche les faisons foncières qui peuvent donner au système de l'isole aient une si grande apparence d'efficacité , comme moyen d'amendement, on reconnaîtra qu'il n'en existe point , hors les notions hypothétiques et les théories hasardeuses qu'on s'est formées sur la nature humaine. On a dit que l'âme du détenu , entretenue à la fois dans le regret du passé et nourrie de bonnes résolutions pour l'avenir, et privée de toute autre influence , reviendra nécessairement a la vertu. Hais il est bien à craindre qu'un examen sérieux de la population des prisons ne relègue cette attente au rang des utopies 2.

Comment les sentiments de calme et de résignation prendront-Us naissance dans l'âme d'un brigand endurci ou de l'homme à mosors dépravées ? N'est- il pas bien plus probable que ces âmes malades se repaîtront du soutenir des crimes et des désordres où leurs passions les ont précipitées ? Quelle

» Foy. Marqutft-Vasselot, Examen, etc. , vol. II* p. 39-/|».

190 IXAH1K DBS 0 HRIOH8

résignation peut-on attendre d'un criminel habitué i vivre dans l'ignorance et le mépris de toutes les lob divines et humaines? Ce n'est pas dans le souvenir de sa vie passée, et ce n'est pas dans son àme gangrenée, livrée à elle-même, qu'il puisera jamais le germe des vertus qu'on voudrait lui voir pratiquer. Il faut, pour obtenir repentir du passé, et bonnes résolutions pour l'avenir, opérer une transformation morale entière ; il faut ouvrir l'àme du coupable à des sentiment» religieux ; il faut donner une direction nouvelle à toutes ses facultés , et fournir à l'activité intellectuelle , selon son degré , une nourriture forte et substantielle. Hais ce serait une chimère que de prétendre , en thèse générale, que le coupable doit trouver dans son àme assez de notions saines pour se rendre raison de son méfait , et assez de bons sentiments pour le détester. Nous croyons même qu'on ne pourrait pas attendre d'un homme cultivé , mais confiné dans un Isolement absolu , ces pieuses méditations qui doivent amener la réforme des coupables. Là où il y a absence de oon» victions religieuses , on ne trouvera jamais dans les détenus cette douceur et cette résignation dont Silvio Pellico noua offre un exemple si remarquable. Les hommes qu'on appelle vulgairement éclairés , sont en général ceux qui manquent le plus complètement du sens religieux $ et il est absurde de compter sur l'effet de méditations engendrées par la solitude, lorsqu'elles n'ont pas leur base et leur direction dans un principe religieux.

[Cette objection , en admettant qu'elle soit fondée, s'étendrait également à tout autre mode d'emprisonnement que l'emprisonnement solitaire; et il est difficile de comprendre comment lest détenus réunis pendant le jour dans des locaux communs seraient plus accessibles au sentiment religieux et au repentir , que les détenus soumis à la règle de l'isolement. Les commissaires européens

su» li srrrtai p*jutibtuhi. 191

fri ont visité récemment les pénitenciers des États* Dais s'accordent , eu contraire, pour rendre homnage à l'efficacité réformatrice du système pennsy Iranien. Voici comment s'expriment â cet égard MM. de Beaumont et de Tocqueville (t. I , p. 2S1) , fne Ton ne suspectera pas assurément de partialité pour ce système : « A Philadelphie, la situation morale dans laquelle se trouvent les détenus est éminemment propre à faciliter leur régénération. Nous avons plus d'une fois remarqué avec étonnement le tour sérieux que prennent les idées du condamné dans cette prison. Nous y avons tu des détenus que leur disposition et leur légèreté avaient conduits au crime , et dont l'esprit avait contracté dans la solitude des habitudes de méditation et de raisonnement tout a fait extraordinaires. Le régime de ce pénitencier nous a surtout paru puissant sur les âmes douées de quelque élévation et sur les personnes que l'éducation avait polies. Les hommes intellectuels sont naturellement oeux dont l'âme est le plus troublée par l'isolement , et qui souffrent le plus d'être séparés de toute société»

» Nous pouvons dire , cependant , que cette solitude absolue produit sur tous les détenus la plus vive impression. On trouve en général leurs cœurs prompts â s'ouvrir, et cette facilité â recevoir des émotions les dispose encore â la réforme. Ils sout surtout accessibles aux sentiments religieux , et les souvenirs de la famille ont sur leurs âmes une

xxi Min dis ornions

extrême puissance. Peut-être l'homme libre et qui jouit des communications sociales est-il incapable de sentir tout le prix d'une pensée religieuse jetée dans la cellule du condamné.

» A Philadelphie, rien ne distrait les détenus de leurs méditations ; et comme ils sont toujours isolés , la présence d'un homme qui vient s'entretenir avec eux est un bienfait immense dont ils apprécient toute l'étendue. Lors de notre visite à ce pénitencier, l'un des prisonniers nous disait : u C'est avec jûie que j'aperçois la figure des surveillants qui visitent ma cellule. Cet été un grillon est entré dans ma cour; il me semblait avoir trouvé en lui un compagnon. Lorsqu'un papillon ou tout autre animal entre dans ma cellule , je ne lui fais jamais de mal x. » Dans cette disposition de l'âme , on conçoit tout le prix qu'ils attachent aux communications morales , et l'influence que peuvent avoir sur leur esprit de sages conseils et de pieuses exhortations.

» Le surintendant visite chacun d'eux an moins une fois par jour. Les inspecteurs leur font la même visite au moins deux fois par semaine , et un chapelain est chargé spécialement du soin de leur réforme morale. Avant et après ces visites, ils ne sont pas tout à fait seuls. Les livres qui sont mis à leur disposition sont pour eux une sorte de compagnie qui ne les quitte jamais. La Bible et

1 Voyez Enquête sur le pénitencier de Philadelphie, pièce n° &

«JE LE •TSTÎMt FBV1TUT1A1EI. 193

quelquefois des feuilles détachées contenant des anecdotes édifiantes, forment leur bibliothèque* Quand ils ne travaillent pas, ils lisent ; et plusieurs d'entre eux paraissent trouver dans cette lecture une grande consolation. Il y en a qui, sachant seulement les lettres de l'alphabet , se sont appris à lire eux-mêmes. D'autres, moins ingénieux ou motus opiniâtres, n'y ont réussi qu'avec le secours éa surintendant ou des inspecteurs.

» Tels sont les moyens employés à Philadelphie pour éclairer les condamnés et les. rendre meilleurs. »

Dans un excellent article publié dans l'Encyclopédie américaine ( Eneycîopœdia amerieana), M. Lieber défend le système pénitentiaire de Pennsylvanie, et lui attribue au plus haut degré l'efficacité réformatrice que lui refuse M. Mittermaier : « La conversion du criminel , dit-il , ne peut , à mon avis, avoir lieu qu'à la condition du confinement solitaire de jour et de nuit. Le plus grand progrès que puisse faire le condamné dans la voie de la réforme , c'est de passer de l'irréflexion à la réflexion. L'habitude de la pensée est rare chez les prisonniers; et c'est le plus souvent faute d'avoir réfléchi qu'ils se sont exposés aux rigueurs de la loi. Dans le système d'Auburn, entourés qu'ils sont d'objets variés et de nombreux sujets de distraction , les détenus ne sont pas invinciblement conduits à interroger leur conscience et à se replier en quelque sorte sur eux-mêmes, comme i. 17

194 EXAMEN DE* 0M1U0HS

sous l'empire du système d'emprisonnement solitaire. Il est difficile, même pour l'homme accoutumé dès son enfance à la réflexion, à un genre de vie varié et à des occupations intellectuelles , de trouver un moyen continuel de distraction dans une solitude prolongée. Il faut nécessairement qu'il sonde son âme et fouille dans les replis les plus intimes de son cœur. L'auteur peut en appeler sous ce rapport à sa propre expérience, ayant subi un long emprisonnement à une époque de persécution politique ; et, bien qu'il ne fût pas visité par le remords et qu'il eût plus de ressources , par suite des habitudes de sa vie antérieure, que la plupart des condamnés, il peut témoigner du pou* voir de la solitude sur l'esprit du reclus , pouvoir qui ne peut guère être compris et apprécié que par ceux qui en ont ressenti les effets. Et combien ces effets ne doivent-ils pas agir plus fortement sur le détenu ordinaire! Privé de la plupart des ressources que procure l'éducation ; sans cesse rappelé au souvenir de la cause de sa déplorable position ; privé de tout moyen de distraction ; an sein d'un silence solemnel , il faut bien qu'il pente* Le pouvoir de la solitude a été reconnu par les plus sages philosophes de l'antiquité, par les dis* eiples les plus fervents de l'église primitive , qui évitaient le contact* des hommes pour se préparer par la contemplation, aux travaux importants qu'ils s'étaient imposés. Les occupations auxquelles le détenu se livre dans sa cellule et qui

SU* U flYSTÊNl rtJIlTISTUltt. 195

Fan des éiéments essentiels de la discipline â laquelle il est soumis , ne le détournent pss de ses méditations, car elles perdent bientôt pour lui l'attrait de la nouveauté; et si elles ont la propriété de soutenir son courage et de l'empêcher de s'abandonner è la mélancolie ou au désespoir, elles ne suffisent pas du moins pour l'arracher au sentiment de sa faute et au cri de sa conscience. Lorsqu'il a une fois commencé à réfléchir, il doit on venir à la conclusion que la vertu est préférable su vice , et qu'il ne peut calmer le trouble de son âme qu'en travaillant à sa réformât ion : cette conviction le conduit à recourir à la miséricorde de Dieu qui, dans sa bonté infinie, lui donna l'existence et qui , malgré les offenses qu'il a commises, lui promet le pardon si son repentir est sincère. Que tel doit être l'effet de la solitude sur la plu* part des prisonniers , c'est ce qui résulte de l'observsiion scrupuleuse et attentive des condamnés soumis jusqu'ici à ce mode de punition. On est généralement d'avis que la discipline des prisons doit pouvoir se concilier avec l'amendement du coupable; or, nul système pénitentiaire, mieux qae celui de Philadelphie, ne peut amener ce résultat. Il est rare qu'une personne , au moment de sa condamnation , reconnaisse la justice de la peine qu'on lui inflige et forme immédiatement la résolution de se corriger; cette résolution serait nu acte d'énergie morale dont bien peu de condamnés sont capables. Le sentiment le plus ordi-

dbyGOQ

196 BXAMIH DIS OFlMOï

nairement produit par la condam nnt ion , est celui de l'orgueil blessé ou de l'amour propre irrité ; le condamné se déclare l'ennemi de la société, ou, s'il n'a pas abjuré tout sentiment d'honneur et do délicatesse, il se considère comme? on proscrit qu'on a jugé trop sévèrement. Cent avec celte ditposition qu'il entre en prison. Mais, livré à lui* même, dans la solitude , il n'a pas de compagnons qui partagent ses préjugés, qui applaudissent a son apparente fermeté, qui l'élèvcut ci le soutien* nent en quelque sorte sur le pavois* Que lui restet-il? la réflexion , et la réflexion ne tarde pas k le ramener au sentiment de la vérité et de la j us lice. Lorsqu'il s'est résigné à cette sorte d amende honorable, il n'a à redouter aucun ti nu veau chati* ment, aucune humiliation nouvelle; il est a l'abri du contact d'une société corruptrice et dégradante ; il ne se considère plus comme un homme offensé et un proscrit. Sa solitude continue, il est vrai, a peser sur lui comme un gage non de vengea née mais d'expiation, mais on n'irrite plus son orgueil par de nouvelles blessures. Le directeur et les principaux employés de l'établissement lui np parai*» sent plutôt comme des amis que comme des gardiens sévères. S'il est disposé a s'amender, s* faiblesse n'est pas constamment mise à l'épreuve par le sentiment de son humiliation et par l'engagement tacite qui résulte d'une criminelle association. Nous avons demandé à plusieurs priant niers, soumis au régime de l'emprisonnement

• 0* Lt SYSTÈME fÉHITlWTlAIEI. 197

solitaire, s'ils préféreraient être réuni* avec d'autres eondamnés; et presque tous ont répondu qu'ils considéraient leur isolement comme un bienfait. Cette résignation grandit et augmente au fur et à mesure des progrès que fait le condamné dans la voie de la réformation.

« Combien l'action du système d'Auburn ne diffère-t-el le pas sous ce rapport de celle du système de Philadelphie! Le détenu n'a pas plutôt quitté sa cellule, qu'il se voit et se sent de nouveau dégradé ; il connaît ses compagnons de captivité et il en est connu; le directeur et les employés sont et doivent nécessairement être pour lui des surveillants sévères, inexorables. Chaque jour voit se renouveler le traitement , qui lui rappelle la position hostile dans laquelle il se trouve vis-à-vis de la société ; ton amour-propre est constamment offensé ; ou si ce sentiment lui manque, il est également privé de tout ressort pour récupérer sa dignité perdue. Vraiment nous ne pouvons concevoir comment l'oeuvre lente et délicate de l'amendement du coupable pourrait triompher de ces obstacles. »] (Éo. D.)

4* Il y a d'ailleurs un autre inconvénient attachée remploi de Vlsolement absolu , c'est la diversité, ou pour mieux dire , l'inégalité relative de son influence sur les sujets. Tel détenu , qui a une organisation flegmatique et des dispositions à l'indolence , ne se trouvera pas trop mal d'une peine qui concorde avec son penchant ; il s'acquittera de la tâche de travail qui lui sera imposée , avec la lenteur indifférente d'une machine , et le reste du temps il le passera entre le sommeil et un stupide assoupissement.

106 tXAHBH DU OMHMflS

Les sujets robustes et pleins d'ardeur, au contraire, enfileront avec la rage du désespoir, l'isolement auquel on les condamne ; ils chercheront un soulagement à leur besoin d'activité dans des tentatives d'évasion ou dans des projets <le vengeance pour l'époque de leur libération ; quelquefois , l'exaspération brisera les ressorts de leur âme , et , an lieu d'un coupable à corriger , on aura un aliéné à mettre é l'hôpital. Quant aux individus qu'un tempérament voluptueux porte aux jouissances sensuelles, il est mal heure liment démontré, par l'expérience , qu'ils profitent de l'isolement, pour se livrer aux désordres les plus honteux.

[«Ha été quelquefois reproché à l'emprisonnement solitaire de punir inégalement les criminels qui le subissent. Il est bien certain que ce châtiment fait éprouver aux détenus des impressions fort diverses; il affecte plus vivement l'homme dont l'esprit a été cultivé , que l'être brut dont l'intelligence n'a point été développée par l'éducation : la solitude devient plus pénible à mesure que les besoins de sociabilité sont plu* grands. Mais cette inégalité dans les effets rk la peine u V4 point particulière à l'emprisonne me ni solitaire. Toutes les peines infamantes sont plus cruelles pour l'homme dont la position sociale est élevée, que pour celui qui , pour les subir , sort df une condition obscure. Le criminel dont Y\ tnagi nation est ardente et vive, souffre plus de quelques heures de détention , même non solitaire , que le condamné dont l'esprit est naturelle! tient tranquille. On a remarqué que l'Indien peut supporter Umgleraps la privation de sa liberté 5 sur a- eu une raison

SOI Lt fTSTiaK rtMTUTIAlll. 199

pour abolir l'emprisonnement , de quelque nature qu'il toit, dans toute société où il y a des indiens ?» [Rapport des commissaires rédacteurs du Code pénal ds Pennsylvanie.)

Quant aux désordres dont parle M. Mittermaier, ils ite sont pas à beaucoup près aussi fréquents dans les nouveaux pénitenciers d'Amérique que dans nos anciennes prisons d'Europe , où ils sont parti* entièrement favorises par le système d'agglomération et par l'absence de surveillance continue. Quant à la différence qui peut eiister sous ce rapport entre les deux systèmes d'Auburn et de Philadelphie , nous ne sachions pas que l'expérience ait été défavorable à ce dernier. Voici d'ailleurs comment s'exprime sur ce point M. Lieber , dans l'une des notes qu'il a jointes à sa traduction de l'ouvrage de MM. de Beaumont et de Tocqueville : « Tous ceux qui ont étudié l'état moral des prisons où domine encore l'ancien système, savent à quel degré effrayant régnent chez les détenus des deux sexes deux vices que ma plume se refuse à qualifier. L'un de ces vices est peut-être moins fréquent dans les anciennes prisons d'Angleterre et des États-Unis que dans les prisons de France , où la présence même des détenus ne suffit pas pour l'empêcher ; cela provient peut-être d'un sentiment de répugnance nationale qui se prononce beaucoup plusénergiquement contre ce vice chez les Anglais et les Américains que chez les Français. Quant à l'autre vice , auquel la solitude ne met pas obsta-

200 EXAX1W SES OMfllORS

cle , il n'était pas moins fréquent dans les prisons Américaines , et il avait les conséquences les plus fatales sur la santé des détenus. Je n'ai pas eu l'occasion de m'enquérir de l'existence de ce vice dans les prisons dirigées d'après le système d'Auburn ; mais à en juger par l'état sanitaire de ces établissements et par les effets probables de la discipline, d'un travail pénible et continu pendant le jour, d'une nourriture simple et peu stimulante, on peut estimer qu'il n'est guère fréquent. Dans le pénitencier de Philadelphie , je puis affirmer, à la suite d'une enquête spéciale et personnelle , que le vice dont il s'agit n'a jamais été remarqué , ce qu'il faut attribuer sans doute à l'influence sédative de la solitude , à la frugalité de la diète et à l'absence de tout excitant. »] ( Éd. D. )

5* Le système de l'isolement absolu mérite donc d'être critiqué , comme excluant les moyens les plus propres à opérer l'amendement des détenus; car il est démontré qu'aucune réforme morale n'est possible, si le détenu n'est soumis é l'action continue et convenablement organisée d'un enseignement religieux. Aussi , les partisans éclairés de la réforme des prisons, en Amérique , répètent-ils sans cesse * que le vice radical du pénitencier de Philadelphie consiste dans le manque d'une instruction religieuse suffisante , et le vénérable chapelain de Milbank , M. Whitworth Russell, a démontré * qu'avec le système de l'isolement absolu , il est impossible que l'enseignement religieux soit convenablement départi j car, ou bien il faut que l'ecclésiastique atta-

1 Poy. le rapport de la société de* prisons de Boston de l835, p. a3.

a First Report frvm the selccl Cumulée, p. 38.

SUE U STSTBU FÎ!»ITXST1AI1Ï. 201

ché à la prison visite individuellement chaque détenu dans sa cellule, et entreprenne 14 son éducation religieuse, ou bien il est réduit é prêcher dans les couloirs , les détenus l'écoutant en collant l'oreille contre la porte de leurs cellules. Or, le dernier expédient est insuffisant et le premier est impossible ; car le chapelain ne peut matériellement pas rester, chaque jour, arec chaque détenu pendant un espace de temps assez long, pour que sa parole puisse porter quelque fruit ; et s'il se borne à de très courts entretiens quotidiens, ou si ses visites, d'une durée convenablement longue, ont lieu à des époques trop éloignées les unes des autres , il n'y aura aucun effet de produit. Il faut , avec ce système, ou multiplier i l'infini le nombre des ecclésiastiques attachés à la prison , ou renoncer à donner aux détenus une instruction religieuse convenable , c'est-à-dire renoncer à I agent le plus efficace de l'amendement moral.

Il est aussi curieux qu'intéressant de suivre le vénérable chapelain de Milbank ' , dans les observations qu'il a faites sur le manque absolu de toutes notions religieuses chex les détenus, et sur l'absolue nécessité de faire des catégories d'instruction, et de les soumettre â la fois A un enseignement persévérant, et à l'assistance régulière aux services du culte *. Or, toutes ces mesures sont incompatibles avec le système de l'isolement absolu.

[Nous sommes loin de partager cet avis , et le système d'emprisonnement solitaire nous parait au contraire de tous les systèmes le plus favorable à l'instruction religieuse des détenus. Indépendamment de l'influence qu'il exerce sur les esprits en les disposant à la réflexion et aux émotions bien-

1 First Report, p. 1 15.

' Poy. Marquel-Vasselot, Examen Historique , t. II, p. ^98; et Lku, Théorie, etc., 1. 1, p. *5<.

202 BX1VBR DBS OPilIlORi

veillantes , il n'exclut aucun des moyens susceptibles d'initier les prisonniers aux grandes vérités et aux consolations ineffables de la religion. — Ces moyens sont de trois espèces : les instructions en commun , les instructions individuelles et les lectures pieuses. Dans le pénitencier de Philadelphie le ministre , chargé de présider à l'office divin , prend place à l'extrémité de l'un des corridors , qu'un rideau suspendu entre les deux rangs de cellules partage dans toute sa longueur ; ce rideau est destiné à interdire aux détenus la vue des cellules du côté opposé. Les portes de bois des cellules sont alors ouvertes de manière à ce que chaque prisonnier puisse entendre le chapelain et participer à ce service sans voir les autres prisonniers ni en être aperçu. Les surveillants sont d'ailleurs présents pour empêcher toute tentative de conversation. Dans les pénitenciers où, comme à Philadelphie, il y a plusieurs ailes de bâtiment, le chapelain passe successivement d'une division à l'autre ; il est d'ailleurs secondé dans l'exercice de ses fonctions par d'autres ministres du culte qui visitent les détenus par charité et sans exiger d'émoluments. Dans les pays catholiques on rencontrerait , nous n'en doutons pas , le même empressement à soulager les infortunes et à contribuer à l'amendement des détenus. D'ailleurs, en permettant de réduire le nombre des employés voués à la surveillance matérielle, le système de l'isolement absolu a droit d'invoquer, en compensation ,

SUE 1B SYSTEME FftJIlTESTUIEE. 203

fragmentation du nombre des employés spéciale» Ment chargés dn soin de l'instruction morale et religieuse. Les gardiens et les sentinelles pourront être remplacés par des instituteurs et des aumôniers. Pourquoi même ne confierait-on pas, dans les pays catholiques , la surveillance des pénitenciers érigés d'après le principe de Philadelphie , aux eongrégrations religieuses qui se vouent déjà, avec un xèle et une charité si admirables , à la garde des malades et des aliénés, et à l'instruction des pauvres enfants? En Belgique le gouvernement n'a pas hésité à placer des sœurs de la charité dans les quartiers des femmes à Yilvorde et à Gand, et il organise dans ee moment même à Naiour un pénitencier spécial pour toutes les condamnées du royaume , dont ces excellentes religieuses doivent avoir la direction. Il est aussi question de confier à des frères de la charité , la rarveillance des détenus soumis à l'isolement dans le nouveau quartier d'exception à Gand. Nous applaudissons à ces tentatives parce qu'elles révèlent le progrès incessant des saines doctrines pénitent ta ires. — Avec un nombre suffisant d'instructeurs moraux et religieux on comprend aisément que l'éducation individuelle des détenus isolés ne serait plus une vaine utopie ; le nombre des visites pourrait être proportionné aux besoins, et leur durée ne serait plus nécessairement limitée par suite de l'organisation vicieuse et incomplète du personnel des employés. Qu'on ajoute à cela

204 IXAMIB DES OPXIC10RS

la répartition , dans les cellules , d'an certain nombre d'ouvrages pieux , moraux et instructifs , destinés à compléter et à seconder l'enseignement des instituteurs et des chapelains, et Ton ne pourra manquer d'être convaincu que l'instruction religieuse et morale , fondée sur ces bases et avec ces éléments , serait infiniment plus large et plus efficace dans le système de l'isolement absolu que dans celui de l'emprisonnement en commun.

Mais admettons un instant que la réunion des détenus dans un même local soit indispensable pour l'enseignement religieux : eh bien ! nous sommes convaincus que cette réunion pourrait à la rigueur se concilier avec le maintien du principe de l'isolement. Il suffirait de disposer à cet effet une chapelle garnie d'un certain nombre de stalles avec des cloisons, comme celles de nos confessionnaux , d'où les détenus pourraient voir et entendre le ministre du culte tout en demeurant cachés les uns aux autres. A défaut de stalles ne pourrait-on pas aussi donner aux prisonniers que l'on réunirait à la chapelle un costume qui les empêcherait de se reconnaître? le sac des pénitents, le capuchon des religieux , loin d'être ridicules , ajouteraient peut-être encore à la solennité des exercices religieux auxquels les condamnés ne seraient d'ailleurs admis que par sections de 30 à 40 et successivement.] (Es. D.)

6° Il nous reste un autre argument a opposer à ce système c'est qu'il rend, sinon impossible, du moins excès-

SB* LE STSTÈSB *Bt1JTE5TU!*E. 205

stressent difficile U surveillance des détenus ; car , pût-on même établir un nombre suffisant de gardiens, l'action de ces employés se réduira toujours A une courte apparition dans les cellules , et , pendant la plus grande partie du temps, le détenu restera livré à lui-même.

[ L'efficacité de la surveillance ne consiste pas tant dans la présence continuelle des gardiens, que dans la possibilité de pouvoir constater à des intervalles inégaux et à l'improviste , ce qui se passe dans les lieux occupés par les détenus. Les surveillants , dans les prisons construites d'après le plan d'Auburn , circulent dans les couloirs attenant aux ateliers, sur lesquels ils ont vue au moyen de petites lucarnes pratiquées dans les cloisoas. A Philadelphie ils circulent dans les corridors , et une lucarne également pratiquée dans le mur de chaque cellule , leur permet d'y observer le prisonnier sans en être aperçu. Le système d'isolement absolu n'exige pas d'ailleurs l'emploi des mêmes moyens de surveillance que le système de travail en commun. « Lorsque , disent MM. de Beaumont et de Tocqueville (tom. I, pag. 211), le criminel a combattu les premières impressions de la solitude ; dès qu'il a triomphé des terreurs qui le poussaient à la folie ou au désespoir ; lorsque après s'être débattu dans sa cellule solitaire , au milieu des remords de sa conscience et des agitations de son âme, il est tombé d'accablement et a cherché dans le travail une distraction à ses maux ; dès ce moment le voilà dompté et soumis pour toui. 18

206 IXAVïi \>\:* OTiinnffjt

jours aux règles de la prison, Quelle contravention à l'ordre peut-on cntmiicilro dans la solitude ? La discipline tout entière se trouve dans le Fait de l'isolement et dans l'ira possibilité même où sont le» prisonniers de violer la régie établie. Dans les autres prisons , les châtiments disciplinaires sont infligés aux détenus qui enfreignent ta loi du silence, ou qui refusent rie travail 1er, Mai» le silence est facile à celui qui est seul, et le travail n'est point refusé par ceux dont il est Tunique cou* solation. » Et plus loin ils ajoutent : u Nous de? on* reconnaître les avantages de l'isolement absolu sous le point de vue disciplinaire , et la facilité de gouverner un établissement de cette nature sans l'emploi de châtiments rigoureux et répétés, esi certainement un très grand bien, II en est qui voient dans Tordre établi â Philadelphie un système compliqué qui s'organise difficilement et se maintient avec peine. Ceux qui pensent ainsi nous semblent commettre une grande erreur. Le système de Philadelphie est dispendieuv , mais non difficile à établir; et une fois constitué , il *e soutient de lui-même. C'est celui dont Ja discipline présente le moins d'embarras ; chaque cellule est une prison dans la prison même , et les condamne!» qui y sont détenus ne peuvent s'y rendre coupables de délits qui ne se commettent que dans l'association : il n'y a point de châtiments, parce qu'il ni a point d'infraction ] (Eu. D.)

7* Enfin , le système dr ritMoment atanhj iir |>rrtn*t pj?

dr/nployer utilement le temps clés détenus ; cur cet emploi de temps doit j\nir Je double but d'être productif a TétotfiwemenL pénitent ini ie, et de fournir au détenu les moyen* -e SaCd^,r honorablement sa vi« à l'époque de na Libération- Or. *i chaque sujet est ccmfinéjnur et nuit dans un cellule , il tera fort difficile de (muter un genre de travail approprié Juxçnmiaijtance* industrielles de chacun deux , et qui ne puis»>e exécuter dans le local restreint des cellule*. Quuul j'ii nombreux dt: tenus auxquels il s'agira d'apprendre un métier, que fera-t-on ? -HeUra-l-on dans chaque cellule nu rhrf d'atelier nu un ouvrier maître ? mais ce sera une médite luiii coûteuse que peu en harmonie avec le principe 4e I isolement. On résoudrait facilement la difficullé, en pii<;nnt, dans des salles communes , des subdivision* de 12 a t6àYletJuwp qui y U;n aillfjmriit eo cnrmiuju sous la direction duo chef il\iiclicr« en observant li^oureuseinenl lu règle du silence.

[Nous ne disconvenons pas qu'il est plus ditFttile tToccuper utilement les détenus isolés que ceux qui sont réunis dans des ateliers crjiumuns; eepenèmt cette difficulté n'est pas insurmon table, e< nous en trouvons la preuve dans lu variété des métiers et des occupations introduites dans le pénitencier de Philadelphie, I! y avait, au 18T janvier 1834, dans cet établissement 1154 détenus (133 hommes et 2 femmes} qui étaient occupés de U manière suivante : tisserands, 38 ; ourdisseurs» W>inenrs, dévîdeurs , teinturiers, etc., pour la fabrique de coton , $1 ; cordonniers, S2 ; charpentiers, ;> ; ébéniste , l ; serruriers , î> ; charron , 1 ; fcrMatiticr, ] - tailleur de pierres , 1 \ cuisinier, 1 ; faiseur de couvertures piquées , I \ aide-pharma-

dbyC^ogle

EXAVEN DES OPINIONS

cien , 1 ; faiseur de cigares , 1 ; tailleurs et ravaudeurs, 5; occupés à nettoyer et éplucher la laine, 9 ; blanchisseurs, 2 ; malades, inoccupés, 9. Total 154. Sur ce nombre il' n'y avait que 7 cordonniers et 10 tisserands qui, à leur entrée en prison, connaissaient les métiers auxquels ils ont été employés. Quant aux bénéfices résultant des travaux , le directeur du pénitencier, dans son rapport pour 183S, exprime l'opinion que le travail du détenu ne peut guère être productif qu'après deux années d'emprisonnement. Une année ne peut suffire, suivant lui, pour apprendre un métier, pour déraciner les anciennes habitudes et en créer de nouvelles. Cependant il n'élève aucun doute relativement à la possibilité de couvrir, avec le temps , les dépenses de l'établissement au moyen du produit des travaux des détenus. C'est aussi l'opinion du gouverneur de l'État de Pennsylvanie, de M. Lieber, de M. le juge Weïïs de Welhersfield, et généralement de tous les partisans du système de l'emprisonnement solitaire. ]\1M. Crnwford et Jolius appuient de leur côté cette opinion de faits que nous avons déjà rapportés et que nous croyons inutile de reproduire. (V. n°* ï et 11L) Une expérience analogue a été faite dans le Brîdewell de Glasgow, et malgré la courte durée de l'emprisonnement, dont la moyenne pour chaque détenu n'excède pas 60 jours , les bénéfices des travaux solitaires ont été plus élevés que ne le sont, rînfts le même pays , les bénéfices des travaux dan* les

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prisons où les détenus sont réunis dans des ateliers communs. (V. n° VF1L)

Pour obtenir ce résultai il n'est pas nécessaire de mettre dans chaque cellule un chef d'atelier ou un ouvrier-maître; celte mesure, d'ailleurs comme l'observe fort bien M. Mittei m lier, serait aussi coûteuse que peu en harmonie avec Je principe de r isolement. Mais les surveillants , chargés en même temps de l'apprentissage des divers métiers, se rendent successivement dans chaque cellule pour j voir le travail des détenus et leur donner les conseils et les indications dont ils peuvent avoir besoin; ils nV restent que le temps rigoureusement nécessaire pour leur besogne et ne troublent pas ainsi d'une manière permanente la solitude qui forme le caractère essentiel de la peine. On a d'ailleurs remarqué chez la plupart des détenus soumis à ce régime > beaucoup de bonne volonté et. une grande aptitude aux travaux auxquels on les employait * Il en résulte de grandes facilités pour la besogne des surveillants et une économie nota^ frte dans l'emploi de leur temps.

Mais il n'importe pas seulement d'occuper utilement le détenu pendant son séjour en prison ; il faut encore autant que possible lui faciliter, a sa sortie, ta reprise de la profession qu'il exerçait avant sa condamnation. La plupart des prison niez1 s libérés ne tirent guère parti des métiers qu'on leur a appris pendant ïcur captivité ; le cultivateur retourne à la charrue, le mineur à la mine, le lî^-

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serand à sa navette , le batelier à son bateau ; en permettant d'abréger la durée de la peine en raison de sa rigueur, le système de l'emprisonnement solitaire facilite cet arrangement naturel que le système d'emprisonnement en commun tend à contrarier. Une détention prolongée, en créant d'autres habitudes , en faisant naître d'autres besoins, en affaiblissant les forces du condamné, le met trop souvent hors d'état de reprendre avec profit ses occupations antérieures ; un isolement de moindre durée n'a pas le même inconvénient ; s'il rend parfois impossible l'apprentissage de certains travaux , par contre il ne déshabitue pas le prisonnier du métier à l'aide duquel il subvenait naguère à son existence , et c'est là un avantage positif qui vaut bien les avantages présumés du travail en commun.] (Et. D.)

8» Nous dirons encore que le système de l'isolement absolu est en contradiction flagrante avec l'idée d'amendement ; car amender le détenu , c'est extirper ses habitudes vicieuses, c'est régénérer tout son être assez radicalement et asses complètement pour pouvoir le rendre avec confiance à la société, à l'expiration de sa peine; mais il faut songer que ce déteau , confiné dans une solitude absolue pendant un espace de temps considérable, se trouvera d'autant plus embarrassé de se refaire à la vie sociale, qu'il aura eu plus de peine à supporter son confinement. Les uns arriveront à l'époque de libération avec une défiance craintive ou haineuse de leurs semblables ; les autres , avec une espèce d'idiotisme qui les livrera sans défense aux mauvais conseils et aux tentatives de corruption.

[ Nous ne pensons pas que tel doive être l'effet

tira ie fTiTiMi riiiTiiTuiiB. 211

produit par l'isolement absolu sur le condamne libéré. Il nous semble au contraire que le détenu , en quittant sa cellule solitaire, aura puisé dans la réflexion une force plus grande pour résister aux tentations nouvelles , que celui qui sortira d'une prison où le système d'Auburn est en vi» gnenr. Autre cbose est aussi à' entrer dans la société sans expérience et sans guide, et d'y rentrer après un emprisonnement plus ou moins long dans un pénitencier. Que certaines passions deviennent plus impérieuses à la suite d'une captivité prolongée , c'est ce qui est très probable ; mais, à moins qu'on ne veuille prétendre que le régime de l'association soit plus sédatif que le régime de l'isolement , ces mémos passions n'animeront-elles pas le prisonnier d'Auburn au même degré que celui de Philadelphie? Il est difficile de croire également que la sévérité de la discipline dans ce premier établissement , laisse moins de traces et de souvenirs que l'inflexibilité de la règle dans le second , et que la solitude inspire aux libérés une défiance craintive ou haineuse de leurs semblables dont seraient affranchis les condamnés qui auraient été soumis au régime de la force brutale. Mais , en admettant même l'existence d'une partie de ces inconvénient», ne seraient-ils pas plus que balancés par un avantage incontestable que le système de l'isolement absolu peut seul procurer , celui d'empêcher les détenus de se connaître entre eux? « Ce fait, disent MM. de Beau mont et de

EXABER DES OUKIOHS

Tocqueville (T. 1, p. 2S4), évite de graves inconvénients et amène d'heureuses conséquences. Il existe toujours un lien plus ou moins droit entre des criminels qui ont fait connaissant dans ta prison commune ; et lorsque après avoir subi leur peine ils se retrouvent dans la société, ils sont dans une dépendance mutuelle. Compromis l'un envers l'autre , si celui-ci veut commettre un délit, l'autre est presque forcé île lui prêter assistance; il faudrait que ce dernier fût devenu vertueux pour ne pas redevenir criminel. Cet écueil, en général si funeste aux condamnes libérés, est, à la vérité, évité à demi dans ta prison d'Auburn, où les détenus, se voyant sans se counaitre, ne contractent mutuellement aucune liaison intime. Cependant on est encore bien plus sur d'échapper à ce péril dans la prison de Philadelphie , où les condamnés ne se voient jam aïs*

» Celui qui , à l'expiration de sa peine , sort de cette prison pour rentrer dans la société, ne trouve dans les autres criminels libérés, qu'il ne connaît pas , aucune aide pour faire le mal ; cl s'il veut entrer dans une bonne voie , il ne rencontre personne qui l'en détourne. Désire-t-il commettre de nouveaux attentats , il est livré à lui-même; et. à cet égard , il est encore isolé dans le momie comme il était dans la prison ; si an contraire il veut commencer une nouvelle vie, M possède la plénitude de sa liberté.

» Ce système de réforme est assurément, dam

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«on entier , une conception qui appartient a la plus haute philosophie. » "J ( Éd. D. )

Le système de l'isolement est un système de force matérielle * qui tient le condamné sous les verrous comme la bête féroce dans sa cage , afin de l'empêcher d'être nuisible ; tandis que la vraie théorie pénitentiaire consiste surtout dans l'emploi d'une force morale qui arrache le détenu à ses penchants vicieux , et dirige toutes ses tendances et fontes ses pensées vers le bien. Tous les hommes, même les plan grands criminels, ont un sens inné de la vertu ; L'action dn système pénitentiaire doit réchauffer cette disposition , engourdie par l'ignorance ou étouffée par la mauvaise conduite ; et plus elle parviendra à l'exciter vivement, plus la régénération sera complète et durable. Or, pour amener un coupable à vivre avec ses semblables mieux qu'il n'a fait précédemment , c'est prendre un mauvais moyen que de l'en isoler ; il faut au contraire le réunir à eux , les faire participer en commun é des exercices utiles , les astreindre en commun à de bonnes habitudes , en prévenant la contagion morale par une surveillance active , en maintenant le recueillement par la règle du silence. Placé dans ces conditions , le détenu éprouve certainement la tentation de parler; maie il sait que les lois s'y opposent ; il sait qu'il doit se soumettre é ces lois , et que s'il les enfreint il attirera sur lui un châtiment inévitable. Cette force morale, appuyée et rendue sensible par des coercitions physiques , agira nécessairement sur l'âme du détenu ; il s'habituera à considérer la loi comme un précepte sacré dont l'infraction entraine un mal juste et légitime. Ces réflexions , fortifiées et dirigées par de sages conseils , l'amèneront tout à la fois a craindre et a respecter les lois , à conformer sa vie à leurs prescriptions , et à offrir ainsi quelques garanties è la société, qui l'accueillera à l'époque de sa libération.

* Luc«, Delà réforme* eU,. t. I, p. 137.

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[M. Jultus , dans sa lettre à M. Crawford (V. n° III) , a répond a victorieusement à cette objection. Attribuer un caractère moral à une soumission qui ne s'obtient que par la menace de châtiments corporels, nous paraît une véritable inconséquence. La moralité du prisonnier qui se soumet au silence parce qu'il redoute la punition, ne nous est pas plus prouvée que celle du détenu qui matériellement est obligé de se taire faute dHnterlocuteurs. Dans les deux cas il y a contrainte : reste seulement à décider s'il est plus conforme à la nature et à la dignité de l'homme d'obéir à la crainte qu'à la nécessité?

On dit que le système de l'isolement est un système de force matérielle qui tient le condamné sous les verroux comme la bête féroce dans sa cage , afin de l'empêcher d'être nuisible. Cette accusation est tout au moins injuste, et il suffit, pour y répondre, de rappeler le but de la règle de Philadelphie et les moyens mis en œuvre pour la maintenir et la féconder. Ce but est essentiellement moral et réformateur ; ces moyens sont dictés par la philantropie la plus pure et la plus éclairée. Si le système de Philadelphie isole le détenu, c'est surtout pour l'arracher à la corruption qui le menace et le mettre à l'abri des tentations auxquelles il pourrait succomber. Dans le système d'Auburn, au contraire, on l'expose à la contagion et on se fait une sorte de jeu de le soumettre à des tentations d'autant plus puissantes qu'elles sont

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plus rigoureusement réprimées. Ici a* enferme le coupable dans une cellule solitaire, là on le rejette ta sein d'une société composée d'éléments les plus corrupteurs ; et Ton veut qu'il y demeure isolé, qu'il ne parle à personne, qu'il ne lève pas même les yeux de son ouvrage ; on a même la prétention de l'empêcher de connaître les noms de ses compagnon* de captivité. S'il enfreint cette règle , s'il oublie un moment cette défense, il s'expose aux châtiments les plus rigoureux. Et c'est à ce système que l'on attribue la vertu de maintenir le principe de la sociabilité ! Mais en quoi donc consiste la sociabilité? Suffit-il pour qu elle existe de mettre des hommes en présence, de les parquer comme des troupeaux dans des locaux communs, sans qu'ils puissent se communiquer leurs pensées, sans qu'ils puissent se témoigner leur sympathie , sans qu'ils puissent même échanger ces rares paroles , ces signes qui ne sont que l'expression matérielle d'un désir, d'un besoin , d'une peine ou d'un plaisir ? Réunir les détenus et leur refuser en même temps les bénéfices de l'association, leur interdire les conditions de la sociabilité , c'est contrarier le vœu de la nature ; c'est exposer les hommes faibles à succomber aux pièges qu'on leur tend , c'est provoquer les hommes corrompus à violer les règles qu'on leur impose. Aussi rien n'est-il moins prouvé que l'observation rigoureuse de la loi du silence dans les pénitenciers organisés d'après le système d'Auburn. (V. n°* 1 et 111.) « Chassez le naturel ,

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dit le proverbe, il reviendra au galop* » Réunisse* les détenus, et, quoique vous fassiez, malgré le* menaces et les châtiments tes plus sévères, ils défieront votre surveillance et finiront par su constituer en société. Dans une brochure que vient de publier M. le directeur de In maison centrale de Loos, ce fonctionnaire, opposé d'ailleurs au système cellulaire en général, n'hésite pas à proclamer l'impossibilité d'interdire tout rapport entre les détenus réunis dans les mêmes locaux* « Si* dit-il, le mélange des moralités emporte nécessairement avec lui tant de graves abus , pentç-t-on donc y remédier par le seul isolement des convicts pendant la nuit ? Ce que vous désirez obtenir par-dessus tout , c'est « isolement des corps , au- » tant que possible, isolement des âmes toujours, » afin que les mauvaises communication» ne puis- » sent avoir lieu. >»

» Or, dans cette hypothèse, il n'y a de vraiment conséquent que le système de M. Livîngston, c'està-dire M isolement complet de jour et âr> nuit* Car» dans le système suivi pour le pénitencier d'Àufourn, c'est-à-dire de Y isolement do nuit et du travail en commun le jour , il y mit* forcément rapprochement des corps et des âmes, au moins durant le jour* quelque parfaite que vous supposiez l'a Uen lion de vos agents, et quelque totale que soit, pour les condamnés, l'observation de la toi du silence. Le» détenus sont , par la nécessite mémo de teur position, comme les amants qu'on surveille} il n'y a point

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d'argus qui puisse lire dans l'expression de leur» gestes et de leurs regards ,, autre çïw*e que ce quiltt Muiêtît hîm quon torhe ; mais eux seuls ont le secret de leur mutisme, et comprennent réciproquement leur langage. » — Puis sur qui tous fierezvous pour le maintien de voire discipline? où trouverez- vous les hommes qui vous comprendront et qui se dévoueront au sucres de l'œuvre que ?ous aurez conçue? C'est d'expérience que nous parlons; c'est à la suite d'une longue et consciencieuse étude du régime des prisons, que nous avons acquis la conviction que l'isolement est Je seul moyen efficace d'empêcher tout rapport entre les détenus et de faciliter leur amendement. Faut-il conclure de là que nous niions la puissance des habitudes sociales et leur influence favorable sur lu moralité des condamnés ? Non , certes ; et nous serions les premiers à protester contre un système qui tendrait à condamner le coupable a la solitude la plus absolue et à lui interdire jusqu'à la vue des créatures humaines- L'isolement pénitentiaire a surtout pour but de soustraire Je condamne au contact des autres condamnés, de l'arracher aux inconvénients d'une société corrompue ©t corruptrice; mais il n'exclut aucunement les relations des détenus avec les hommes que le vice et le crime n'uni pas souillés* La prohibition s'arrête là où cesse le danger. Aussi le détenu peut-il recevoir dans sa cellule la visite des employés, du directeur, de l 'aumônier, de l'instituteur, du suri. 19

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218 IX* SR* UK5 OPI1UQ*!

veillant des travaux, des inspecteurs, des visiteurs, voire même , dans certains cas, de ses parents et de ses amis. Il n'y a rien la t comme un voit, de trop rigoureux; il n'y a rien qui contrarie la nature , et qui détourne de la crainte et du respect dû aux lois. Pourquoi rlonc proférera il -on iïee*j«* tème qui agit par lui-même, tout naturelle tuent , sans blesser de sympathies et sans induire en tentation, un système entièrement dépendant de eeui qui président à son maintien, qui établît une luiie incessante entre la nature et le devoir des détenus. et qui a besoin de l'auxiliaire de l'espionnage et de la délation ou des châtiments les plus barbare* et les plus humiliants (Es, D.)

9° Nous croyons pouvoir démontrer, uVutte «a (je iheonc de l'emprisonnement doit admettre la pouiliifitr d^upe remise du restant de la peine , pour les ennitirnin^N qitî te seraient fait remarquer par une conduite ™iiKi:imnin4 bonne, et exempte de repmirlie.s* Or, ce puissant may< récompense et d'émulation disparaît dao« \o. lyrième de l'i solemcnt absolu. Le cono1 abiiil* ëlnnl nuit et jour renferma dans sa cellule , le directe lit de la prison n'ii micnn ftioTOa des'asaurer s'Use conduit bien ou mal . rt Vi) mérile ou nna une remise de la peine ; tandis f|u** dans In *y»ii»nie de l'étalement pendant la nuit , combine aver le Lmtail nu < ominuti et la règle du silence t U rumûllanct du détenu <■*! oufi seulement possible , mai*, facile,

[Nous sommes aussi d'avis quu l'exercice ]u*te et modéré du droit de grâce forme l'un des éléments essentiels du système pénitentiaire., mais ntitt» Dépensons nullement que cet exercice soit inootid-

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