Des prolétaires; nécessité et moyens d'améliore leur sort
Quelles idées le lecteur rencontrera-t-il dans cet écrit, marqué au sceau d'un noni devenu terrible , le nom du prolétaire? — Il y rencontrera des idées de justice et de rédemption , cela veut dire d'ordre et de paix.
Court-il le risque de s égarer au milieu de Ténorme amas de faits, de descriptions de mœurs, de personnes ou de position qui, page à page, s'y accumulent ou s'y déroulent? Je ne le pense point. Chaque objet, chaque terme de comparaison me parait se distinguer de l'autre par des différences trop sensibles, pour que i'éblouissement de la confusion fatigue l'œil et trompe le regard.
Mais, peut-être, à la vue des misères et des m<>naçantes irritations du prolétariat, celui qui ouvrira ce livre va-t-il s'arrêter, céder au découragement, à la terreur? Peut-êlre même sa nature impétueuse va-t-clle se soulever à l'aspect des obstacles et des dangers? Oh! je ne nourris point cette crainte ! Je connais trop ce pays pour redouter de m'être déçu en comptant sur plus de courage et plus de calme. Je me repose avec confiance sur racti\ité de cœur et d'intelligence des hommes loyaux et droits. Ceuvlà aideront mes paroles à tirer quelque vertu des principes sociaux, si fertiles en miracles partout où nos passions ne les étouffeni point sous le sophisme.
Au milieu de cette guerre sourde de faits, de situations et de personnes; au milieu de ces agitations plus ou moins sensibles qui remuent et troublent Tordre social dans ses plus intimes profondeurs, une pensée qui naît de ^observation raffermit l'àme et la console. C'est l'extrême facilité de guérison que les ressources de noire patrie semblent offrir aux maux qui la ravagent et qui menacent son avenir. Il ne peut être sans attrait pour nous de sentir et de voir à notre portée les moyens naturels de restaurer l'ordre social et d'en consolider les plus larges bases.
Non : point d*empirisme, point de systèmes, point de
violences, point de secousses! il y a dans ces paroles, qui sont
le résultat de mes convictions et la base de ce travail , de
quoi rassurer les pusillanimes et de quoi, je l'espère,
exciter l?s hommes les plus antipathiques au mouvement.
Homme du progrès, je porte une franche haine aux
abus; car ils provoquent et motivent les révolutions, notre
terreur^ les révolutions, cette effroyable et anarchique
justice ! La guerre que je leur déclare n'est donc point, celle
qui produit le$ bouleversements, bien au contraire ; et je ne
combats que pour les prévenir! Les propriétés et les droits
me sont sacrés, et loin d'appartenir à aucune des écoles qui
s'évcrlueul à les diminuer pu à les ravir, sous prétexte de
les communiquer à tous, je ne travaille qu'à les accroître
et à les étendre!
Donner à qui n'a points sans ôler à qui possède, voilà la formule d'un problème, dont la solution se dégage lentement, mais naturellement, des faits et des conséquences enchaînés dans cet écrit.
S'il se rencontre un lecteur enclin à s'alarmer de quelques descriptions reproduites par ma plume, qu*il ne se hâte pqint de m'accuser, ma témérité p'est que prudence, il le verra. Je dispose l'oreille du voyageur à saisir les ro-
gissemenfs lointains du lion, qui signalent les dangers de la forêt. Est-ce là créer le danger?
Du concert de tous les faits que je rapporte s'échappe une sauvage et douloureuse harmonie : c'est leur langage, et ce n'est pas en \ain que la Providence le leur a donné. Y resterons-nous sourds? Je me le figure d'autant moins, que cet ouvrage tout entier n'est qu'un des mille efforts tentés et ré* pétés déboutes parts pour briser les fers qui lient l'homme à l'esclavage de la misère, et le condamnent àsubir la dégra-< dation morale et physique dont la misère imprime le sceau; car elle ne touche guère une tète^ sans la flétrir !
Que si nous ne brisons point ces fers , ils briseront nos têtes. La société périra; elle périra bientôt. J'entends répè^ t^r autour de moi que, chaque soir, l'œil qui regarde à l'horizon voit se redresser le fantôme menaçant de Spartacus ! Mettre la main devant ses yeux pour ne point voir sous sa forme sensible cette prophétique apparition , ou deses doigts se fermer les oreilles pour ne point entendre les paroles d'ë* pouvante qui en jettent au vent la nouvelle, serait-ce la détruire? serait ce arrêter ou changer de direction ses conséquences? — Réponse :
L'herbe pousse, et nous ne la voyons point pousser et nous ne l'entendons point croître. Que nous y songions ou non , cependant, elle répand l^a semence et envahit la terre. Il en est ainsi de cette vérité. Il importe donc à notre salut qu'elle se heurte à tous les échos capables de la faire retentir et de lui prêter une voix. Il importe que de cette voix elle ranime au fond de leurs sépulcres de chair tant d'intelligences léthargiques , tant de cœurs tombés en apathie. Il importe que, de la même voix, elle réveille en nous celte vertu d'humanité qui trop sommeille ; on peut le dire, puisque tout le crie! — Mais on ne peut aussi le trop répéter aux violents réformateurs de notre époque : cette vertu, c^tte humanité
sincère ne hurle ni raine, ni mort. Elle est active et douce; le Christ en a donné le secret.
Grâce à ce secret révélé , les principes de notre civilisation sont excellents et notre nation est excellente! grâce au ciel , qui nous Ta donné, notre territoire est excellent ; la force et la fécondité le caractérisent. Pour qu'un peuple placé dans de si vives conditions de prospérité périsse, il faut qu il ait envie de périr , et je ne sache autre désir à la nation française que celui de mêler de longs jours de gloire et de félicité au tissu d'une longue existence.
Gloire et félicité! Il n*y a rien de tel cependant dans la misère qui semble dévorer par milliers les vigoureux enfants des peuples européens, et tant de fils de la France ! Le nom de cette misère est celui de la servitude même; car ce mal est son dernier effet; il en est le plus incurable , et pour le guérir, il faut.... de l'or : — Pardon du mot ! je ne suis point banquier; mais je l'emploie par laconisme, afin de peindre en une syllabe tous les biens qui se résument en lui et dont nous l'avons fait le symbole. Il faut, en effet, pour guérir la misère, lui appliquer tous les biens que l'or procure ou représente, et qui, matériels ou non, s'achètent à son poids et s'évaluent à son cours. Les uns, ce sont la vie de l'âme, l'éducation , la science des devoirs qui ne se transmet point saàs instituteur ; et ceux-ci ne sauraient trouver le secret d'exister sans recevoir en numéraire la faculté de se nourrir , de se vêtir, de donner à leur tête l'abri d'un toit... Les autres biens, ce sont les instruments du travail et de l'aisance; nous entendons par ce terme consacré, les moyens physiques de conserver et de propager la vie du corps. Eh bien ! si pour guérir la misère il faut de l'or, l'or est précisément ce qui manque, lorsque la misère existe et sévit.
Où lé trouver donc? comment le produire? de quelle
source faire jaillir cette rançon destinée à la délivrance de notre frère disgràctë, le prolétaire? Tout le problème apparaît dans cette demande; mais que ses difticultès ne i\pus épouvantent point! Lespbynx ne dévore que ceux qui reçu, lent. Nous avancerons, car la nécessité nous oblige à fran--^ chir le passage dont il défend la gorge.
Nous avancerons ; et ce sera pour demander cet or à notre propre terroir, à l'esclavage lui-même, que ses travaux adoucis peuvent douer à la fois , si nous le ifoulons , de Taisance et de la liberté. Si peu que Tétat consente à nous aider de son bon vouloir, le succès ne peut se dérober à nos efforts; et nous ne toucherons aux coffres de la richesse publique que pour en multiplier les trésors.
Mais comment cela? cette proposition n'est -elle pas étrange? Eh! mon Dieu, non ; c'est là, d'ailleurs, ce que cet écrit explique et développe ; ou plutôt telle est la possibilité qu'il force tout homme droit de sens et loyal de cœur à envisager et à reconnaître !
Cependant, s'empressera-:t- on de m'objecter, est-ce que que cette idée ne tourne point au système ? vous y arrivez à votre tour. Vous y voilà!.. — Non, point du tout, et, qui mieux est, on aurait tort de traiter cette idée de hardie , de téméraire; elle n'est que grande , et sa grandeur est dans son extrême simplicité! Si je m'adresse à d'autres hommes qu'à des hommes de parti pri^ quand même, une faible attention les convaincra de la justice et de l'efficacité du plan que j'adopte; il est le plan même de la nature :.or, par quelle fatalité ne s'est-il pas réalisé plus tôt ! car, loin qu'il exige beaucoup d'art et de grands efforts pour réussir, nous concluerons qu'il a fallu lui opposer une suite de combinaisons, aussi laborieuses que funestes , pour prévenir l'heureuse spontanéité de ses développements et de ses effets.
Quelques mots auront à justifier ou à expliquer l'exécu-
tioD de ce plao^ dont le mode , assez singulier qaelqiieflliS; nous paraît indiqué par Tètat actuel des esprits et des choses.
Pour certaines personnes, le prolétaire, c'est à peu prés tout le peuple ; car, par l'extension qu'elles donnent à ce mot, c'est l'ensemble de la classe ou\rière; qui est à leurs yeux toute la nation, moins ce qu'elles nomment les inutiles, moins ce que leur farouche logique ne peut se décider à compter.
Pour d'autres, au contraire, le peuple entier n'est pas grand' chose : ce n'est qu'un ramas de prolétaires ! Ce n'est rien ! On ne compte pas plus ces gens-là que les grains de l'arène qui se multiplient sous le pied dont la pesanteur les écrase. On les prend en masse comme un amalgame d'où le savoir-faire consiste à extraire par la pression autant de suc qu'il peut en produire.
Entre ces deux erreurs également brutales, la place est belle et forte: je cherche à l'occuper. Voilà pourquoi j'a-borde le prolétariat dés son origine. Mais, en remontant à la source, je n'ai pas la prétention de m'y noyer. Dès que je l'ai touchée, je m'en éloigne, emportant avec moi les titres trop souvent méconnus du prolétariat, ceux qui nous y rattachent de lamanière la plus prochaine et la plus intime!
11 y avait, ce me semble, quelque importance à décrire avec vérité ces titres antiques et vénérables; car il était impossible de le faire sans soumettre aux leçons de l'histoire les esprits trop raides pour se plier aux enseignements de la Religion ! Oui, cette tentative était digne de tous nos elforts, car ce n'est point dans notre orgueilleuse insouciance que nous pouvons apprendre tout ce que doit valoir à nos yeux la grande famille des misérables, tout ce qu'au point de vue purement social elle exige de nou5 de prudence et d'action !
L'examen critique d'un livre savant m'a semblé propre à
' — T — résumer^ sous des formes aitaehantes , les notions qo'il 6'agissait de revivifier. Je veut parler deY Histoire des classes ouvrières et des classes bourgeoises ^'\%vie de la plume de M. Granier de Cassagnac. Gel ouvrage, où perce un mérite littéraire devant lequel je m'incline, déroule une série de propositions que je me suis souvent permis de combattre et de remplacer par des propositions fort dissemblables; je devais leur disputer le terrain de l'histoire au profit d'idéeft plus consolantes et plus fécondes*
Ge point obtenu, j'entre dans le vif. Le lecteur me semble assez dégagé de préjugés généraux pour aborder la question pratique du prolétariat. L'homme de sueurs et de souffran*^ ces se présente à nous sur son Calvaire, et je consacre plu-sieurs chapitres à le reproduire dans une série de parallèles et de tableaux d'où naissent et sortent les raisonnements qui entraînent ma conclusion*
De temps en temps il m' arrive de rompre cet enchaînement : c'est lorsqu'il s'agit de signaler des causes indirectes, mais dont l'action sur les destinées du prolétariat ne saurait être omise sans laisser une lacune dans l'appréciation de ses plaies et de la possibilité de la cure. Le chapitre relatif à la traite et aux engagés appartient à cette catégorie. Episodique plutôt qu'étranger au sujet, il prouve son importance par les lumières qu'il y répand. Sans ces clartés, nous ne saurions apprécier à sa juste valeur la mauvaise foi de notre plus intime ennemi, ses ruses, sa politique implacable^ l'action de cette politique sur la prospérité de nos établissements d'outre-mer, et puis, enfin, la réaction des fautes commises dans ces établissements, peuplés de prolétaires de couleur, sur le prolétariat européen. Ges documents sont les pièces de bois que charrie un fleuve , et qui ajoutent leur poids et leur choc au choc des eaux irritées contre les obstacles qui brisent leur cours.
Sans la série de parallèles dont je reprends le fil , il me semble impossible de comprendre la question pendante du prolétariat : impossible de la résoudre sans ignorance, et, par conséquent, sans injustice. Nous y envisageons à la fois rhommc de couleur et le prolétaire européen dans toutes les variétés de leur condition et dans les phases de leur existence. Quels sont ici et là leurs moyens de subsister, les heures et les ressources de la liberté et de la servitude? Quelles sont les gradations de la misère et les biens que l'une des deux races se trouve réduite à envier à l'autre? Quelles différences de mesures nous donnent la Religion, l'éducation, la débauche et la crapule? De l'un et de l'autre côté, les châtiments ont-ils une ligne de démarcation qui les sépare avec la netteté qui distingue la liberté de l'esclavage? Le respect accordé à la dignité de l'homme honoret-il mieux ici que là-bas notre nature? Quels sont, enfin, les moyens que l'organisation actuelle du travail y offre au travailleur pour s'affranchir et devenir le maître de sa personne? Ce sont là autant de demandes auxquels le prolétariat comparé à lui-même ne ménage point les réponses fécondes en aperçus!
Cette poursuite de mœurs et de positions si variées nous conduit à la grande question des temps modernes : celle qu'une académie a repoussée comme n'offrant pour solution que des chimères; en un mot, la question de vie ou de mort de la société actuelle^ je veux dire l'organisation du tra\ail. Que de plumes savantes et habiles se sont exercées sur ce vaste sujet! L'une des plus remarquables est celle de l'illustre auteur de ï Histoire de dix ans. Mais, hélas! la plupart des erreurs qui bouleversent une société me semblent amoncelées dans son système, où elles empruntent leur séduction au seul talent de Técrivain !...
Cependant, toute la gloire d'un général ne saurait le ga-
ranlir des attaques d'un soldat; que Von ne reproche donc point à ma faiblesse de combattre les moyens profanes imaginés par M. L. Blanc, et dont Taclion désorganiserait la société, loin d'y organiser le travail !
Ce devoir accompli, j'énonce de quelle sorte l'organisation/7z/r^4r/^/7^ religieuse, celle qui fut si florissante jadis au sein des républiques chrétiennes du Paraguay, ne produirait dans notre Europe que torpeur et léthargie. Deux ou trois pages nous démontrent après cela que, si l'organisation mixte du Mexique avant Cortez s'adaptait aux idées de quelques novateurs modernes, ces idées. sont mauvaises et dangereuses ; car, sur le théâtre où elles ont régné, le peuple, sevré par elles de toute sa \ igueur d'âme, languissait misérablement à côté des éléments amoncelés de sa prospérité matérielle!
Dans ces excursions à. travers les systèmes et l'histoire, des routes pavées de leçons nous ramènent forcément à chercher nos moyens de salut sur le double domaine de notre territoire et de notre constitution sociale.
« En ce monde, il se faut l'un l'autre secourir, 9 a dit le Fabuliste en formulant une doctrine chrétienne. Eh bien ! que la France, affranchie, s'il se peut, du joug de quelques intérêts individuels, ne connaisse plus d'autre règle que celle des intérêts généraux ; que la France veuille aider ses colonies en leur concédant au plus tôt des lois de justice, et ces possessions fécondes rendront au décuple à la mère-patrie le service qu'elles en attendent. L'or y germe et y soulève la glèbe, lorsque de mauvaises lois n'yjscellent point le sol. Des lois fatales, en frappant le sol de stérilité, appesantissent dans les colonies le joug de la servitude qu'-elles prétendent détruire. Au lieu de dispositions rétrogrades, des lois justes et politiques verseraient au sein de la France unénorme accroissement de produits. On les verrait, avec la rapidité de la
parole^ doubler » quintupler» grossir indëfiniment la inasst des richesses publiques, accélérer le mouvement de toutes les productions, de toutes les industries nationales, et rendre à notre marine son ancjen, son formidable éclat! Réveillant notre ^énie dans les profondeurs de sa tombe, ces quelques lois^ réclamée^ paf la lettre et l'esprit du pacte colonial» mettraient aux mains de TEtat enrichi la rançon du prolé^ taire, le dividende du prolétaire, son instrument de travail et de liberté ! Quelques paroles deviendraient le terme pact-^ fique de la Servitude !
La vérité que je développe devient aujourd'hui si pal^ pable» que de toute part son évidence lui suscite des dé->fenseurSé Une série de faits incontestables enchaînera sur ce point les éléments de notre conviction à six ohapttreà d'une haute importance.
Chaque ligne y répète que , pour se réformer et se dégager des entraves où quelques intérêts individuels la compriment, notre société ne demande à la nature qu'un peu d'aide et pour un peu de temps. Les combinaisons compliquées et l'artilice des systèmes ne peuvent que paralyser son action et arrêter ses progrès!
L'industriel et le planteur, ces deux maîtres actuels du prolétariat exerceront une vaste et peut-être une décisive influence sur les modifications et l'avenir du travail. De quelle sorte se comportent-ils aujourd'hui à l'égard du prolétaire qui travaille sous leur main? A quel degré devons-nous nous hâter de le soustraire à leurs lois?— Les différences énormes qui caractérisent la position sociale de ces deux maîtres, marquent en traits saillants les différences qui doivent caractériser la condition de leurs serfs. Nous aurons donc à jeter un coup-*d'œil sur ces deux personnages» afin de savoir de quel côté le travailleur peut ^ivre et racheter sa liberté; de quel côté la politique et l'humanité
doivent , en préparant Tayenir, porter les secours les plus vifs et les plus décisifs.
Enfin , le gouvernement prépare pour les colonies une grande et générale mesure d'émancipation que la France prétend étendre à ses prolétaires méiropoUtains. Dans ces circonstances, il était naturel de se demander par quelles combinaisons on saurait unir avec les intérêts des esclaves et des prolétaires émancipés, les intérêts des anciens maîtres; comment/enGn» on cimenterait cette union avec celle delà puissance nationale et de la richesse publique. Car, sans la réalisation de ce triple accord, combien débile est la France devant l'étranger, combien pauvre et dénuée en face de ses prolétaires, aussi affamés de pain que de liberté! Ohl sans cet accord , quelle figure serait la sienne; quel avenir resterait à notre société appauvrie, à notre nation chassée des mers, à notre p.atrie prise entre Tennemi du dehors et cet autre ennemi de Fintérieur , dont les bras doivent être partout et toujours et sa force et sa gloire.
Quoique ces difGcultés rencontrent lettr solution dans un assez grand nombre de pages antérieures, elles se rattachent en général par quelque point à la question du travail libre, objet de mon dernier chapitre, où se résout la question finale !
Mais, quelle que soit l'issue de l'implantation du travailleur libre, ce dernier n'est qu'un des éléments de la question, et pour la résoudre en m' affranchissant de sa dépendance, je veux résumer d'un mot tout un chapitre de mon ouvrage sur les colonies\ Voici ce mot^ que toute nation peut s'appliquer :
Le science du devoir est l'âme du travail : moralisons
1 Cbap. Moyens religieux. Les Colonies françaises ^ chez Dauvin et Fontaine. 1844.
un pays quelconque et le travail y rendra profit et honneur.
Usons donc des moyebs qui s'offrent à nous de moraliser tout Ignorant , et dês-Iors, sous Tinfluence des idées de la civilisation chrélienne, l'œuvre de raffranchissement général du prolétariat s'accomplit dans les voies du plan que la nature nous a tracé.
Je termine cette page en récapitulant le sens et l'esprit de cet ou\rage, ou je n ai d\iuire prétenlion que cAle de me servir de la science et autrui^ au profit de mon [prochain :
Le prolétaire est notre frère.
Aucun droit ne l'autorise à nous dépouiller de nos biens.
Mais aucun pfincipe ne nous permet l'insouciance à son égard. Tous nos efforts doivent tendre à faciliter l'exercice de son droit qui est de conserver la vie, de la répandre et de la rendre douce ou supportable par le travail.
Or, devant cette mer d'hommes dont la misère soulève les flots , la difficulté paraît énorme ! -
Elle est grande! mais la vertu de quelques bonnes lois, la vertu d'une bonne éducation populaire est plus grande encore; et, dans la situation respective de la métropole et de nos possessions d'outre-mer, les richesses qu'il est facile de créer et de répandre entraîneront jusqu'aux vestiges de l'esclavage , dont la cause la plus persistante est la misère.
Mais, pour que cela soit, il faut le vouloir.
Cependant, quoi que nous fassions, il y aura toujours des pauvres parmi nous. Le Christ l'a dit et le bon sens le veut : il y a trop de passions chez les hommes et trop de vicissitudes dans les choses de ce monde , pour que le riche n'ait pas à côté de lui son ombre.
Mais, entre des pauç^res et la misère^ la misère hideuse et sans issue apparente, dont le spectacle épouvante nos yeux, la nature a creusé tout un abîme !^