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Des proscriptions

Il n’en est pas des écrits politiques comme des compositions littéraires. Libre de choisir à son gré l’instant de la publication, le littérateur peut à loisir revoir et polir son ouvrage. Moins heureux, l’écrivain politique est presque toujours dominé par le temps. Lors même qu’il traite des matières dont l’intérêt est commun à tousVles âges , ce sont généralement encore des conjonctures spéciales qui lui commandent son sujet. Pour produire une utilité actuelle, son art consiste surtout à saisir à propos les questions que les circonstances réclament, au risque de ne livrer d’abord au public qu’un travail incomplet et défectueux qu’il pourra perfectionner plus tard. En ce sens, nul écrit n’est plus vivement appelé par l’époque où nous sommes,

qu’un traité des proscriptions. La proscription, en te moment, plane sur l’Europe entière : elle plane dans les régions élevées et dans les régions inférieures. Au sein des conseils ministériels elle préside à de froids calculs; elle fermente, elle bouillonne dans l’âme indignée des peuples qui voient partout le despotisme occupé à river leurs chaînes. Du fond des cabinets des princes trompés par leurs ministres peut-être trompés «ux- mêmes, elle menace les hommes et les choses, la liberté et les hommes qui veulerit être libres. A Londres, fière déjà des coups qu elle a portés à IManchester , elle aiguisq scs , armes dans les mains du pouvoir. En France, si elle révoque une ipartie de ses dernières rigueurs, elle sourit aux projets de la faction qui tend à renverser la Charte , et, en échange de la faible proie dont elle se dessaisit , elle dévore en espérance des milliers de nouvelles victimes. .A Carlsbad et à Francfort, à Berlin et à Vienne, à Varsovie même, elle attaque la liberté de la pensée pour empêcher les peuples de parvenir,

par l’usage des libertés morales, à la conquête

de la liberté politique et civile. Partout elle a pour auxiliaires généraux les ministres des princes, à peu d’exceptions près, et les courtisans; elle a en outre, en divers pays, des auxiliaires particuliers dont l’appui, volontaire ou involontaire, seconde également ses vues : en Angleterre, par exemple, les réformateurs radicaux; en France, le parti de l’étranger et les ’ missionnaires; en Allemagne, l’anti-judaïsme et les congrès; sur tout le continent enfin, l’aristocratie nobiliaire, obstinée à défendre ses pri- ^ vilçges , et le méeontentement des peuples qui , fatigués d’une longue oppression, veulent l’égalité devant la loi. Lorsque les destinées de l’Europe sont presque exclusivement dans les mains d’une classe qui, pour faire triompher ses seuls intérêts , compromet les intérêts les plus chers des princes et des peuples , tout citoyen qui croit pouvoir livrer à la circulation des idées propres à éveiller les princes sur leurs périls , à montrer aux peuples, avec le danger des ré-

voliitions violentes, le prix qui les attend s’ils se bornent à revendiquer leurs droits par des voies régulières , a effrayer 1 oligarchie elle-même sur les inévitables suites de la guerre qu’elle continue à faire au genre humain, doit, sans perdre un instant, hâter une publication qui, dans quelques mois peut-etre, serait trop tardive. C est cette considération qui^me détermine à publier séparément les cinq livres dont cet ouvrage se compose, chacun de ces livres offrant une foule ' de points de rapprochement entre diverses époques des temps anciens et l’époque actuelle. D’ailleurs, quoique toutes les parties de ce vail tendent a un but unique et commun, chacune d’elles ayant cependant un objet spécial , elles peuvent être détachées les unes des autres sans que celle division nuise à la liaison de l’ensemble. Dans l’âge où nous vivons, les jours sont des années, et les années des siècles. Ce n est pas demain , c’est aujourd’hui qu’il faut crier aux princes et aux ministres : « Arrêtez,

* voyez l’abîme ouvert devant vous : contemplez

» dans un tableau abrégé toute Thorreur des » proscriptions : remontez à leurs causes , et » frémissez de leurs effets. * Ces leçons du passé qui sont mises sous vos yeux^ ce n’est pas l’écrivain , c est l’histoire qui les donne : ce n’est pas lui qui parle , ce sont les faits.

Les cinq livres traiteront des objets suivans;

Le I*'', des proscriptions dans les républiques anciennes et modernes, ou du combat de la liberté et de la tjTannie ;

Le II', des proscriptions politiques dans les «aonarchies modernes, ou du combat de la royauté absolue soit avec la noblesse féodale soit avec les nations elles-mêmes ;

Le IIP, des proscriptions religieuses, ou du combat de la liberté de conscience contre l’intolérance et la persécution ;

Le IV' , des proscriptions dirigées par la noblesse contre le peuple , ou par le peuple contre la noblesse , ou du combat de l’esprit d’égalité et de l’esprit de privilège;

fy

Le V”, de la proscription simultanément clirî-' gée par divers gouvernemens contre la liberté do la presse et contre les hommes qui réclament des constitutions représentatives , ou du combat de la fausse politique des cabinets contre l’esprit d’indépendance des peuples.

Cette dernière question me conduit à jeter un coup-d’œil sur le congrès de Carlsbad, les dé-

crets de la diète de Francfort et le congrès actuel de Vienne. Ce livre sera terminé par un résumé général de l’ouvrage. ^

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