Des Pyrexies Abortives
Que doit-on entendre par le terme de Pyrexies abortives? Les pyrexies, ou maladies fébriles, désignent toute maladie générale dont l'élément prédominant est la fièvre. Cette définition embrasse la classe des fièvres proprement dites et celle des fébri-phlegmasies. Cette dernière englobe toutes les maladies aiguës, le plus souvent infectieuses, dans lesquelles certaines lésions matérielles, localisées et prédominantes, deviennent par leur évolution même un des éléments les plus importants de la maladie.
Une pyrexie abortive sera donc à nos veux uue Maladie générale aiguë, infectieuse le plus souventet qui avorte. J'ajouterai, pour aller au devant de toute objection et pour répondre à l’idée du terme ainsi compris : qui avorte spontanément, c'est-à-dire en dehors de toute intervention thérapeutique.
Ainsi délimité, le sujet de thèse qui nous est imposé est encore bien compréhensif. On pourrait, logiquement, le circonscrire aux pyrexies dont l'allure cyclique est connue et bien déterminée, la fièvre typhoïde par exemple, l’érysipèle, la pneumonie encore cependant bien discutée. Toutefois, parmi les maladies infectieuses aiguës, il en est un grand nombre dont la marche et la durée sont éminemment variables et indéterminées : je n’en veux pour preuve que la pyohémie et la septicémie. Qui pourrait indiquer l’évolution thermique de l’énfection puerpérale ? Et pour prendre un exemple plus commun encore, dans le cadre même des fièvres éruptives, n’y a-t-il pas des variantes innombrables dans la courbe cyclique de la scarlatine?
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À un autre point de vue, la détermination exacte et rigoureuse de la forme abortive d’une pyrexie ne laisse pas d’être parfois fort difficile. Est-ce dans la durée totale de l'évolution morbide qu’il faut rechercher les éléments caractéristiques d’une fièvre avortée? N'est-ce pas plutôt dans la durée de la période fébrile? Une fièvre typhoïde, dont la période aiguë n'a pas dépassé dix à douze jours, mais dont la convalescence et les troubles plus où moins légers ou graves qui l’accompagnent pourront prolonger pendant encore cinq ou six semaines les dangers d'une situation en général peu compromise, doit-elle rentrer dans le groupe des pyrexies abortives? Et la grippe, si bénigne dans ses formes les plus légères, qui cependant laisse parfois une convalescence d'une longueur qui étonne, quand est-elle abortive? La question, on le voit par ces quelques exemples choisis au hasard, est délicate et mérite d'être étudiée.
Tout d'abord s'offre à notre examen un problème subsidiaire, plus facile à élucider et qui nous mettra, nous Pespérons, sur la voie de la solution cherchée: l'intensité et la gravité de la forme clinique revêtue par la maladie fébrile doivent-elles entrer en ligne de compte dans la définition des pyrexies abortives? Evidemment non. Tous les auteurs reconnaissent aujourd'hui qu’on ne doit pas confondre les formes atténues, légères, bénignes, frustes ou latentes des fièvres avec leurs formes avortées où abortives. Une pyrexie qui avorte peut être intense où bénigne, grave ou légère : la gravité de la situation ne fait rien à ee qu'on pourrait appeler l’abortivité.
Si done l'avortement de la maladie n’est nullement en rapport avec l'éntensité de sa forme clinique, ce ne peut être que dans la durée des périodes fébriles qu'il faut chercher les éléments caractéristiques et pathogéniques d'une forme abortive.
Une pyrexie abortive consiste donc exactement en une maladie aiguë qui s'arrête court, c’est une fièvre écourtée. Cette notion comporte, on le comprend sans peine, la connaissance exacte de la durée habituelle, je dirais volontiers normale de la maladie : fièvre abortive, ou avortée, devient donc l’antithèse de fièvre prolongée, lente ou tardive. Dans ces deux cas extrêmes, la maladie classique cesse à une époque où, normalement, elle devrait être soit en pleine période d'état (forme abortive), soit depuis quelque temps en période de convalescence (forme prolongée).
Toutes ces conceptions, basées sur les modifications de durée de Ia
maladie fébrile, ne purent être sérieusement fournies aux observateurs que le jour où ils furent en possession de movens d'exploration perfectionnés et mathématiquement exacts. La constatation des modifications subies, dans le cours d’une fièvre, par l’état général, par le pouls, par les signes physiques, par les symptômes fonctionnels et même par les phénomènes critiques, ne constituait pas un critérium suffisamment méthodique et d’une exactitude assez rigoureuse pour assurer les obgervateurs contre les appréciations erronées. C’est du jour où la clinique, armée du thermomètre et sous l'impulsion des Gavarret, des Andral, des Bouillaud, des Wunderlich, des Thomas, des Liebermeister, des Jürgensen, des Lorain, des Charcot, des Roger, des Jaccoud et de tant d'autres éminents observateurs, aborda par ses nombreux côtés l'étude de la température du corps dans les maladies, que la marche des fièvres fut réellement mieux connue: la notion des formes abortives devait en découler.
Aujourd’hui, la plus grande partie du travail est accomplie, pour un grand nombre de maladies fébriles du moins. Le temps nous manque, on le comprend, pour décrire dans ce mémoire la totalité des recherches faites et des progrès obtenus. Je me contenterai de condenser dans un certain nombre d'exemples, choisis à dessein, les grandes données de la question des pyrexies abortives et j’essaierai de montrer les principales questions soulevées par ce problème.
Dans une première partie, j'étudierai l'éféologie générale et Ia pathogénie de la forme abortive des pyrexies. Supposant connue et admise l'existence de ces fièvres écourtées ou avortées, je chercherai, en m'appuyant sur les données expérimentales les plus récentes fournies par la pathologie comparée, les conditions qui peuvent expliquer, chez l’homme, l'existence des cas abortifs dans le cours des maladies générales aiguës. Je m’efforcerai par là même de trouver les causes qui font avorter telles ou telles pyrexies. Chemin faisant, je demanderai aux faits, aux expériences, aux malades eux-mêmes et à la maladie les raisons pathogéniques, accessibles à nos connaissances, qui pourront, sans doute, un jour, assurer dans la main de l’homme l’atténuation, en un mot l'avortement des virus pathogènes. Entrevoir cet avenir, n'est-ce pas rêver l'extinction progressive des maladies infectieuses épidémiques, qui déciment l'humanité? Nous passerons done en revue, dans cette première partie, les expériences contemporaines qui peuvent faire naître de légitimes espérances.
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La seconde partie, uniquement consacrée à la clinique, fournira des types caractéristiques de pyrexies abortives, mais un choix étant nécessaire dans cet immense chapitre de la pathologie qu’on appelle la pyrétologie, j'ai cru bien faire en prenant spécialement pour sujet d'étude quelques pyrexies dont les formes abortives sont les mieux connues. Ces exemples, que j'ai dû forcément restreindre, suffiront, je l'espère du moins, à montrer la symptomatologie, les formes cliniques, le diagnostic d’un certain nombre de pyrexies abortives qui, n'étant pas comparables entre elles, ne permettaient pas une description cénérale.
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