‹ Des Pyrexies AbortivesChapitre 32 sur 57 · MESSE · texte numérisé non relu

MESSE

Fièvre typhoide abortive (hémorrhañie intestinale)

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Dans la première, qui m'a été communiquée par mon ami le docteur Bourdel, il

s’agit d’un homme robuste arrivé à Paris depuis dix-huit mois. Ce malade est porteur d’une exstrophie de la vessie. IL est au cinquième jour d'une maladie légère, peu accentuée, caractérisée surtout par perte d’appétit, courbature, douleurs musculaires, nuits mauvaises, céphalalgie, étourdissements, diarrhée légère. La langue est un peu blanche, nullement sèche ; l'abdomen est souple, non tendu, insensible à la pression; il y à du gargouillement iléo-coccal; le foie et la rate ne paraissent nullement tuméfiés. Pas de taches rosées. Pouls 84, température 39 degrés.

Le diagnostic restait donc hésitant, et l'état général demeurant assez bon, avec une température qui ne dépassait pas 39 degrés le soir, et un pouls à peu près normal, on s'éloignait peu à peu de l'hypothèse de la fièvre typhoïde, quand, dans la nuit du 7 au 8 mai (huitième jour de la maladie) une hémorrhagie intestinale assez abondante se produisit, abaïissant la température du lendemain matin à la normale. On constate le lendemain quelques taches rosées sur les cuisses et l’abdomen; la température descend régulièrement vers la normale, sauf le douzième jour au soir où une recrudescence procritique l'élève à 59 degrés. Bref, le quatorzième

jour de la maladie, six jours après l'hémorrhagie intestinale, la convalescence commençait.

Cette observation, résumée dans ses traits essentiels, est des mieux caractérisées. Ce n’est que du jour où le melœna se produisit qu’on put diagnostiquer formellement la fièvre typhoïde, et cette saignée intestinale survenant au huitième jour de la maladie, s'explique par la congestion de la muqueuse intestinale, et peut, selon l'opinion défendue par Trousseau, avoir joué un rôle favorable dans l'avortement de la maladie.

Il en sera de même pour l'autre observation, que je dois à l'obligeance de mon collègue le docteur Ferrand. Elle peut se résumer de la façon suivante : Fièvre typhoïde abortive chez une enfant de dix ans. Hémorrhagie intestinale au dixième jour. Défervescence brusque dès le lendemain. Convalescence au quinzième jour. Cette enfant fut prise de tous les phénomènes du début d'une fièvre typhoïde. En huit jours les phénomènes ataxo-adynamiques les plus accusés se manifestèrent (prostration, insomnie, alternatives d’agitation et de délire, fièvre intense, ballonnement du ventre); apparition des taches rosées au huitième jour.

Le dixième jour, il se produisit une Jorte entérorrhagie, en même temps survint une épistatis. L'hémorrhagie intestinale fut assez intense pour nécessiter l'emploi de moyens astringents.

Dès le lendemain, la température tombait presque à la normale, le pouls redevint presque lent ; les accidents nerveux disparurent et la maladie suivit un cours bénin jusqu'au quinzième jour, caractérisée par quelques phénomènes abdominaux, l'éruption plus complète des taches rosécs, et la persistance d’un léger mouvement de fièvre vespérale. La convalescence fut régulière.

Ici les phénomènes généraux plus intenses, graves même, puisqu'on prononce le nom d’ataxo-adynamie, furent jugulés, pour ainsi dire, par la poussée congestive portant à la fois sur la muqueuse des fosses nasales et sur la muqueuse de l'intestin.

D'autres complications, plus rares celles-ci, et relevant encore de l'appareil circulatoire ont été rapportées. Je signalerai tout d'abord une remarquable observation due à mon maître le professeur Vulpian (1). Il s’agit d’un jeune homme atteint d'une fièvre typhoïde légère dont la défervescence était complète le treizième jour de la maladie, et sur lequel, au bout de neuf jours de convalescence, commencèrent à se développer tous les Symptômes d’une artérite de la fémorale sans qu’il y eut gangrène du membre, Deux mois plus tard, le malade

(1) Vorprax. — Note sur deux cas d'accidents survenus pendant la convalescence de la fièvre typhoïde ; artérite de la crurale droite dans un cas, ete. (Revue de Médecine, 10 août 1883.)

était guéri. M. Vulpian insistait sur la bénignité de cette forme abortive et sur le contraste qu'offrait l’état du membre inférieur ainsi lésé. Ces artérites fémorales sont bien connues depuis les observations de MM. Lereboullet, Potain, etc. L'observation qui précède démontre leur existence possible dans les formes les plus légères en apparence et les plus écourtées de la maladie infectieuse.

Les mêmes réflexions s’appliqueraient au cas suivant dû au docteur Sorel (1) : Un jeune soldat de vingt-quatre ans, atteint depuis six jours d'une fièvre typhoïde légère dont la convalescence débuta au treizième jour (typhus abortif). Le neuvième jour de la maladie apparut subitement une hémiplégie droite avec aphasie. La motilité r'eparaît très vite dans les membres paralysés; mais les troubles de la sensibilité persistent encore, ainsi que l’aphasie, au bout de deux mois. Le docteur Sorel admit qu’il s'était produit un foyer de ramollissement cérébral atteignant la capsule interne au niveau du genou.

Tous les faits précédents montrent bien que, même dans les formes les plus courtes de la maladie, les désordres produits sont beaucoup plus profonds et étendus que l’on ne pourrait l’estimer si l’on se contentait de régler son pronostic sur les caractères de la fièvre.

TEMPÉRATURE ET POULS DANS LA FIÈVRE ABORTIVE. — Nous avons réservé pour ce chapitre les détails concernant la marche de la maladie. Nous ne reviendrons pas sur les opinions des auteurs au sujet des caractères thermométriques de la fièvre avortée. Nous nous contenterons d'étudier nos quatre-vingts courbes.

Et tout d’abord, le début de la maladie peut être brusque, la température s’élevant en quelques heures à 39 degrés et au-dessus. Dans un de mes cas la courbe atteignait le deuxième jour de la maladie 40 degrés, le début avait donc été très rapide. Dans tous mes autres faits, la température a mis trois ou quatre jours pour arriver à son élévation maxima. J’en conclus, pour ce qui est de la série d’observations que je rapporte, que le début brusque n’est pas caractéristique de la forme abortive, car il paraît avoir manqué un très grand nombre de fois. D'ailleurs, dans le Middlesex hospital Reports 1883, le début

brusque n’est signalé qu’une fois; pour toutes les autres observations

(1) Sorer. — Aphasie, hémiplégie droite avec hémianesthésie dans le cours d’une fièvre typhoïde, (Bulletin de la Société médicale des hôpitaux), 1883, p. 150.)

(treizième cas), le maximum de la température n’a été observé que les quatrième, sixième, septième et huitième jours.

Nous voici arrivés à la période d'état; ici les renseignements sont plus circonstanciés ; nous allons étudier plus particulièrement trois points qui peuvent présenter quelque intérêt À l’occasion de la forme abortive de la maladie. Ce seront :

1°. Le jour de l’acmé ; 2° Le chiffre maximum thermique observé ; 3° Les modifications dans l'allure de la courbe avant la défervescence.

1° Jour de l’acmé.— Mes observations se divisent en deux groupes : a) celles dans lesquelles le jour de l’acmé a présenté quelque intérêt tant au point de vue du quantième de la maladie, qu'eu égard à la persistance des hautes températures ; b) les tracés où la maladie n'offre rien de bien marqué, la température oscillant autour de chiffres peu élevés ; ou bien encore les courbes provenant de malades observés pour la première fois à une époque trop avancée de la période d'état. Il est fréquent, en effet, de voir ces cas de forme abortive ne s’aliter que quelques jours avant la convalescence; nous avons ainsi plusieurs courbes où seule la défervescence est inscrite.

Les courbes intéressantes me donnent les chiffres suivants. L'acmé a été atteinte :

LOIS AT A A PreL le 2° jour de la maladie et l'hyperthermie à persisté 2 jours. Se ne le 3° —— ——- 1 jour.

LATINE ATH le 3° — — 3 jours.

RE SO RS le 4° — —— 1 jour.

ea ren ta le 4° — — 2 jours.

LPS SR me 2e le 5° — — 1 jour.

INR manne le. 6° — — 1 jour.

LL Dore dE le 6° — — 2 jours.

NE One LEE = — 1 jour.

Le re le 7° — — 3 jours.

On remarquera dans le tableau qui précède, que : 1° la température a atteint son maximum à des dates très variables, ce qui ne fait que corroborer ce que nous avons dit plus haut touchant le mode de début de la forme abortive; 2 que l’acmé qui a duré le plus souvent une journée, a pu persister deux et trois jours.

Nous avons pu noter en outre, que le point de l’acmé était souvent assez éloigué du jour de l’apyrexie.

2° Enfin, et ceci nous amène à considérer les #axima thermiques alteints, nous avons très souvent observé (57 fois au moins sur 80 cas) le chiffre de 40 degrés, 40°,5; deux fois même la température a atteint 41 degrés, Par conséquent, dans sa période d'état comme dans son

Coin. ut

Fa onhée pe

mode de début la courbe thermométrique des formes abortives de la dothiénentérie n'offre rien de caractéristique en dehors de sa durée.

3° L’allure de la courbe aux approches de la défervescence a été considérée par quelques auteurs comme caractérisée par l'apparition de grandes oscillations quotidiennes. Nos observations nous donnent

6 cas seulement dans lesquels de grandes oscillations ont été observées.

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