‹ Des Pyrexies AbortivesChapitre 42 sur 57 · TE TENTE · texte numérisé non relu

TE TENTE

ET ne

ai 0

hole me pe nt

ROUTEUR

is Vr JE TUMPET EAU TT LE. BE

modérée qui décroît lentement du huitième au quinzième jour.

Dans la deuxième catégorie, il y à haute élévation de température, défervescence brusque vers le huitième jour.

La troisième contient les fièvres qui durent huit à quinze jours et affectent une marche rémittente typique.

Enfin dans la quatrième, l'affection tient de la synoque par les troubles gastro-intestinaux, l’eXagération des phénomènes nerveux, tandis qu’elle se rapproche de la dothiénentérie par la longue évolution de lx fièvre qui dure deux à trois septénaires.

Par leurs courbes statistiques qui portent sur un examen de dix années, on voit que les fièvres éphémères, les fièvres gastriques et la . fièvre typhoïde ont entre elles un parallélisme complet. Il leur paraît vraisemblable qu’elles ont des liens étroits.

Est-ce à dire pour cela qu’on doive conclure à l’absolue identité des deux pyrexies? Ce serait peut-être aller trop loin. La synoque, maladie générale, prrexie infectieuse parce qu’elle accompagne ou précède fréquemment, régulièrement même, les épidémies de fièvre typhoïde ou ses recrudescences endémiques, est-elle, pour ce motif seul, de la même nature que la dothiénentérie? Les travaux semblables à ceux de MM. Kelsch et Kiener, lorsqu'ils seront en nombre considérable, pour ront entraîner la conviction de l'identité des deux pyrexies; jusque-là on doit rester dans une sage réserve. Deux maladies donnant lieu. souvent à plusieurs phénomènes très comparables, presque identiques, ne sont pas nécessairement de même nature. D'autre part, on englobe sous ce terme de synoque tant d'états fébriles, depuis la fièvre éphémère jusqu’à la fièvre herpétique, qu’on à le droit de demander des preuves multiples et décisives par la puissance du nombre. Quand on lit en effet les relations de fièvre éphémère, de fièvre gastrique bilieuse, quand on compare, je ne dis pas seulement la fièvre herpétique dans laquelle ’arrot voulait faire rentrer toutes les synoques, mais je dis même les diverses formes de la fièvre éphémère ou de la fièvre synoque, on demeure convaincu qu'au milieu de toute cette symptomatologie commune, ou du moins si peu différenciée, les auteurs ont fait rentrer des maladies multiples. De même qu'il Y a pneumonies et pneumonies, de même aussi la fièvre éphémère n’est pas une, la sYnoque n'est pas une. Il y a des fièvres gastriques dont les causes morbigènes sont sans doute différentes, mais inconnues pour la plupart. Et, à ce point de vue, les travaux des médecins militaires, qui se préoccupent beaucoup de

l'importance séméiologique de la fièvre gastrique et de sa valeur pronostique à l'endroit de la fièvre typhoïde, éclairent la question d’un jour nouveau. Si l'on démontre que, toujours, les épidémies de fièvre typhoïde dans l’armée sont annoncées par une recrudescence de fièvres gastriques, on aura fait faire à ce sujet d’épidémiologie un pas décisif. On aura prouvé l’étroite corrélation qui unit la dothiénentérie à ces maladies bâtardes, mal placées en pyrétologie, et mal dénommées, qu’on appelle les.-embarras gastriques fébriles. Il faudra démontrer, en outre, que les individus atteints de cette forme abortive de la fièvre typhoïde qüu’on appelle la synoque, sont plus réfractaires que d’autres à la dothiénentérie. Le terrain sur lequel opère la médecine militaire est admirablement organisé pour ces recherches. Les observateurs se sont mis à l’œuvre et les résultats seront d'autant plus probants que la masse des documents produits aura été plus considérable. Je citerai à cet égard un mémoire intéressant du docteur Bourgeois (1) qui démontre que, dans l'effectif qu'il a eu à soigner, la fièvre typhoïde frappa moins que les autres les jeunes soldats ayant eu déjà un ou plusieurs embarras gastriques fébriles (2).

Que conclure de tout ce qui précède? Ceci : la synoque est une maladie générale fébrile à évolution cyclique, à défervescence souvent critique qui peut se différencier de la fièvre typhoïde commune dont elle ne comporte jamais la gravité, mais qui se confond bien souvent en clinique avec les formes abortives de la dothiénentérie. Pour certaines variétés de la synoque, tout au moins, l'identité de nature avec la fièvre typhoïde est probable, presque démontrée. Reste à savoir si toutes les synoques sont causées par le même germe infectieux.

Ces considérations sur la synoque nous ont quelque peu éloigné du diagnostic différentiel de la fièvre tvphoïde abortive. Toutefois elles nous permettront de ne pas revenir sur la fièvre éphémère, non plus que sur la fièvre herpétique.

Dans les formes les plus écourtées de la typhoïde abortive, on pourrait peut-être, lorsque la maladie éclate chez des jeunes enfants, penser à cette fièvre de croissance bien étudiée par le docteur Bouilly, sur-

(1-2) A. BourGrors.—Etude sur la fièvre typhoïde atténuée. Mémoire inédit adressé à la Société médico-pratique de Paris, 1885.

Son travail porte sur 308. malades atteints fe fièvre typhoïde; 172 d'entre eux eurent une forme atténuée; 16 succombérent,.

tout quand les malades se plaignent de brisement des membres et de douleurs diffuses avec courbature. Cette fièvre, qui survient pendant la période d’accroissement du squelette, s'accompagne d’un état de grand malaise, de courbature, de céphalalgie ; la langue est sale; mais la fièvre est brusquement élevée; on constate en outre au niveau des épiphyses du tibia, du fémur, de l’humérus, une sensibilité exagérée à la pression et aux mouvements.

La Jièvre syphilitique, étudiée par M. le professeur Fournier, s’accompagne d’une hyperthermie qui peut atteindre 40-41 degrés. Le visage est pâle, les forces sont déprimées; il existe de la prostration, et la céphalalgie est la règle. Toutefois, et ce symptôme a une importance de premier ordre, le plus souvent l'appétit est excellent, parfois même exagéré, et l'appareil digestif fonctionne normalement. Le pouls au lieu d’être ample et plein est au contraire mou et faible. D’ordinaire, l’examen méthodique du malade met sur la voie du diagnostic.

La grippe, quand ses déterminations gastro-intestinales sont prédominantes et que ses manifestations thoraciques sont peu marquées, peut ressembler trait pour trait à la fièvre typhoïde la plus bénigne ou même la plus grave. Il n’est pas jusqu’à la tuméfaction de la rate que l’on n’ait signalée dans certaines formes de grippe (1). A vrai dire, dans ces cas de grippe abdominale, l'appréciation bien souvent n’est qu’affaire d'impression personnelle.

On devrait encore, avec Griesinger, esquisser le diagnostic de la fièvre typhoïde atténuée avec « les mouvements fébriles de courte durée survenant dans les maladies des organes sexuels de la femme ». Il suffit, je pense, de songer chez la femme aux affections pelviennes toutes les fois qu’une telle malade présente un état typhoïde plus ou moins marqué.

Quand à la néphrite aiguë que Griesinger différencie de la fébricule typhoïde, les travaux récents de MM. Bouchard, E. Gaucher, Charrin, A. Robin ont démontré que les néphrites infectieuses primitives sont habituellement graves, si elles ne sont pas toujours mortelles. La congestion aiguë primitive du rein, décrite par M. A. Robin s'accompagne d’un état général intense, typhique même, mais ne ressemble guère à la forme abortive de la dothiénentérie.

(1) CHAUVEAU. — Contribution à l'étude dela grippe. Thèse de Paris, 1884

Je ue reviens pas sur la pneumo-typhoïde et sur le diagnostic différentiel qu’elle réclame. Les preumonies typhoïdes qui ne tuent pas vite durent d'ordinaire plus longtemps que les formes abortives les plus longues de la fièvre dothiénentérique.

J'en dirai de même pour les endocardites aiguës, localisations parfois primitives d’une maladie infectieuse. L’endocardite infectieuse la plus bénigne n’avorte pas comme la fièvre typhoïde.

L'anatomie pathologique de la fièvre typhoïde abortive ne nous arrêtera pas longtemps ; car la règle est la guérison. Nous l'avons dit, avec Griesinger, Niemever, Laveran, Jaccoud et la presque totalité des observateurs, il est logique d'admettre que dans ces formes écourtées les lésions profondes des organes n’ont pas le temps de se produire. Sans doute nous ne devons pas oublier, comme le disait déjà Chomel, qu'il n’y a dans la fièvre typhoïde aucun rapport entre les lésions de l'intestin et la gravité des symptômes. Qui n’a assisté à l’autopsie d’individus ayant succombé en quelques jours à une fièvre typhoïde grave, suraiguë, et dans l'intestin desquels on ne trouvait, en cherchant bien, qu’une très légère tuméfaction des plaques de Peyer?

Pour ce qui est de la forme abortive, il n’est pas possible d'admettre qu’en huit ou dixjours les organes lymphoïdes de l'intestin s’enflamment,

s’infiltrent, s'ulcèrent et se réparent (Laveran). D'ailleurs, M. Laveran

a pu pratiquer l’autopsie d'un malade mort subitement au début de la convalescence d’une fièvre typhoïde abortive : « Les altérations des pla- « ques de Peyer étaient caractéristiques mais très limitées. Une sym- « physe cardiaque complète et ancienne avait dû jouer le rôle de cause « prédisposante. »

Le pronostic de la maladie est donc extrêmemant favorable. Toutefois il faut classer, à ce point de vue, les fièvres abortives en deux groupes : celles qui se jugent par une seule attaque; celles qui rechutent. La fièvre abortive à rechute est plus grave; la rechute n'est pas toujours abortive; on cite des cas graves et rapidement mortels (Bernheim). La distinction est done valable. Comme d'autre part, les camplications secondaires à l'infection dothiénentérique ne sont pas fréquentes, le pronostic général de cette forme est bien meilleur, d’une manière absolue, que ne l’est celui des formes communes ou moyennes de la maladie.

D'autres points mériteraient d’être étudiés encore. Peut-on par

exemple, comme le veulent quelques auteurs, porter dès le début d’une fièvre typhoïde le pronostic suivant : ce cas sera une forme abortive de la fièvre typhoïde? sur quels symptômes appuyer ce pronostic favorable à courte échéance? Est-ce l'ascension brusque de la température? peut-être, surtout si viennent s’y joindre quelques phénomènes précoces, comme l'apparition hâtive des taches rosées lenticulaires. Cependant, en général, ce pronostic d’une forme abortive en évolution est bien souvent impossible. Toutefois on doit penser aux formes abortives quand on assiste à une épidémie bénigne et peu meurtrière, ainsi que l’ont signalé à Paris, Coindet, Bucquoy, Villemin, Laveran, Rendu, ete., dans les dix dernières années.

La fièvre abortive est arrivée à sa période d’état, la défervescence commence ; peut-on à ce moment prévoir la rechute prochaine? D'ordinaire, quand la défervescence s’est accompagnée de phénomènes critiques urinaires (polyurie, décharge de matériaux solides) ou sudoraux, ou même selon la remarque de M. Chauffard, d’abcès phlegmoneux de bonne nature, la convalescence est assurée et la rechute n’a pas lieu. |

Quelques mots, en terminant, à propos de l'éféologie et de la pathogénie. Pourquoi la fièvre typhoïde avorte-t-elle, et comment se fait cette évolution? En réalité les causes de la forme abortive sont presque toutes du domaine de la théorie. Effectivement la constitution du malade, son tempérament, n’ont aucune influence sur cette détermination ébauchée de la fièvre (Laveran). Sans doute on peut croire que la récidive d’une fièvre typhoïde peut être une condition d’abortivité pour la deuxième attaque. Toutefois la fièvre typhoïde qui, à linstar de la variole, ne récidive pas volontiers, peut donner, lors de la seconde attaque, naissance à une forme grave et rapidement mortelle,

Force est bien d’en revenir aux notions presque banales de l’étiologie générale : l’état du malade et la maladie elle-même.

L'âge du malade, par exemple, offre un certain intérêt : il est très évident que la forme abortive a une prédilection pour l'enfance. Est-ce que ces terrains jeunes résistent mieux et plus vivement? y-a-t-il une autre raison encore mal déterminée ? je n’insiste pas et je renvoie à mes considérations étiologiques générales sur les formes abortives des pyrexies. Il reste acquis que la fièvre typhoïde est bénigne chez l’enfant et qu’elle revêt fréquemment la forme abortive, Sur 59 observa-

tions de fièvre typhoïde chez l'enfant que j'ai reçues, provenant pour une grande partie du service de M. Cadet de Gassicourt, j'ai trouvé 20 enfants au-dessous de 15 ans, ce qui est presque le tiers.

A l’autre extrémité de la vie, chez le vicillard, la fièvre typhoïde est plus rare (1); mais peut-être aussi est-elle plus rarement abortive. La seule observation que nous ayons recueillie a trait à un vieillard de 65 ans; il y eut une rechute.

L'état de grossesse ne nous arrêtera pas. En effet, il semble résulter de la plupart des observations que j'ai pu consulter et de 14 cas de fièvre typhoïde dans la grossesse que la forme clinique n’est jamais ou presque jamais abortive, souvent même elle est prolongée.

Je ne parle pas des influences atmosphériques capables de modifier la forme de la maladie ; les documents en ce qui concerne la forme abortive me font totalement défaut. I1 n’en est pas de même du caractère des épidémies. On sait bien aujourd’hui que certaines épidémies sont très bénignes. Souvent aussi, à la fin de l'épidémie, comme on le vit en 1876 à Paris par exemple, la constitution médicale dothiénentérique s’atténue au point de donner lieu à une proportion prédominante de formes atténuées ou abortives. Les mêmes réflexions s'appliquent au début des épidémies qui se caractérise alors par une véritable constitution médicale préépidémique selon la remarque du docteur J. Héricourt (2). Tous les observateurs ont été frappés de ces faits, et l’on peut consulter avec fruit, à ce propos, dans les bulletins de la Société médicale des hôpitaux, les rapports de la commission des maladies régnantes pour constater l'unanimité des observations pendant certaines années.

Toutefois il ne faudrait pas croire que ces formes atténuées et même abortives de la fièvre typhoïde n’appartiennent qu'aux épidémies légères. En pleine poussée de maladie infectieuse, dans des circonstances bien précises, alors qu’on connaît la source unique de l'infection et qu’on sait les raisons déterminantes d’une épidémie circonscrite, on peut encore en observer. Je ne rappellerai que les épidémies familiales de Griesinger, de Murchidson, le cas du Middleseæ hospital Reports déjà cités; je signalerai encore l’endémie locale, observée par MM. Bernheim et Simon, dont j'ai déjà parlé dans le cours de cette étude, et enfin je

(1) Josras. — Fièvre typhoïde chez le vicillara. Thèse de Paris, 1881. (2) J. IHÉRICOURT. — Les maladies cpidémiques atténuces el les constifulions médicales préépidémiques. (Revue de médecine, février 1886, p. 139.)

terminerai en rappelant une épidémie de caserne observée l’an dernier à Paris (1), 71 malades contaminés par l’eau d’une citerne mal nettovée : les uns offrirent les symptômes d’une fièvre bilieuse intense, d'autres esquissèrent un ictère typhoïde, enfin 13 hommes contractèrent une fièvre typhoïde bien caractérisée, 3 succombèrent.

Quand au traitement de la fièvre typhoïde, je crois qu’on ne peut pas, quel qu’il ait été, le mettre en cause pour expliquer la forme abortive. On attenue la dothiénentérie, on la guérit, on ne peut se flatter de la faire avorter. Le calomel qui jouissait d’une si grande faveur, la quinine, la -balnéation ne peuvent véritablement servir qu’à favoriser l’évolution normale de la maladie.

Toutefois il estibon de traiter la fièvre typhoïde abortive avec la même sévérité et avec la même régularité qu'on ferait en présence d’une forme commune ou grave. D'autant mieux que la médication et l'hygiène auxquelles on soumet les malades, s'oppose peut-être pour une part, si faible qu’elle soit, au seul danger sérieux de la pyrexie abortive, la rechute.

(1) ROUFFIGNAC. — Swr une épidémie de caserne (Nouvelle-France, 1885). Fièvre à manirestations bilieuses. Fièvre typhoïde. Thèse de Paris, 1885.

IL — PYREXIES SYSTÉMATISÉES

Généralités.

On pourra trouver que notre division des pyrexies prête à la critique : elle repose cependant sur les caractères les plus généraux de ces affections. D'ailleurs toutes ces classifications ont nécessairement quelque chose d’arbitraire et il ne peut en être autrement : elles sont fondées sur l'observation des cas types, alors que la considération des cas atténuës semble vouloir interdire toute classification, toute séparation nette entre les diverses séries et les diverses formes. Bien plus, le classement des maladies dans tel ou tel groupe est souvent discuté : c’est ainsi que Hirsch à voulu retrancher le typhus exanthématique de la classe des maladies typhiques pour le faire entrer dans le groupe des pyrexies exanthématiques, telles que la scarlatine ou la rougeole. Il en est de même pour la méningite cérébrospinale que Griesinger regrette de voir classée par certains auteurs dans le groupe des maladies typhoïdes et que, pour son compte, il met absolument de côté. M. Jaccoud au contraire considère le typhus cérébro-spinal, comme l’une des trois formes d’une même espèce. C’est dire que si les divisions sont absolument nécessaires au point de vue didactique, pour la clarté du sujet, il n’en existe pas moins, en clinique, un grand nombre de types intermédiaires qui établissent la transition d’un groupe à l’autre. On ne s’étonnera donc pas de nous voir commencer cette seconde partie par l'étude des fièvres éruptives, ou d’une façon plus générale, des pyrexies à exanthème. Dans la dothiénentérie que nous venons d’exposer à la fin du précédent chapitre, nous avons observé à côté d’un certain état général, dit état typhoïde, des exanthèmes, comme ceux que lon trouve dans certaines maladies que nous allons décrire. Ses lésions aussi tendent à se localiser

sur le système lymphoïde. Mais ces tendances seront plus manifestes encore dans toutes les affections dont nous allons parler. En sorte que l'on peut, il nous semble, considérer la fièvre tsphoïde comme le trait qui unit les pyrexies non systématisées aux pyrexies systématisées. Nous passons maintenant à l'étude de ces dernières, — et celles qui attirent notre attention, sont celles qui‘ont tendance à localiser leurs manifestations du côté de la peau et des muqueuses, — tel est l'érysipèle.

A. — PyYREXIES A PRÉDOMINANCE CUTANÉO-MUQUEUSE.

1° ErvawèLe aAgorrir. — L'érysipèle, cette maladie infectieuse à

forme exanthématique si constante, évolue comme toutes les pyrexies et peut, par conséquent, offrir des formes abortives. Si l’on accepte avec tous les auteurs que la durée moyenne d’une plaque érysipélateuse est de quatre à cinq jours environ, on comprend que la maladie se prolonge souvent au delà de sept à huit jours.

En clinique, il n’est pas rare d'observer des cas légers et bénins qui tournent court subitement, à un moment où l’éruption est encore, pour ainsi dire, en pleine efflorescence. C’est qu’en effet ici encore, comme dans toute maladie éruptive et pour généraliser davantage, comme dans toute pyrexie s’accompagnant de lésions matérielles, la marche de la maladie se règle moins sur l’évolution des lésions inflammatoires que d'après les manifestations générales réactionnelles qui en sont l'élément pathogénique par excellence.

Le tracé ci-joint provient d’un malade de vingt Erysipèle de la face ans atteint d’érysipèle de la face. La presque totalité du visage avait été envahie quand il arriva à l'hôpital. La température tombant dès le commencement du quatrième jour à la normale jugea la maladie, bien que la face restàt notable- . ment tuméfiée, que les ganglions sous-maxillaires fussent encore engorgés et que l’état des voies digestives se caractérisit encore par un embarras gastrique très marqué. La maladie est donc abortive au sens pyrétologique du mot et la chute de la température avant l’heure s'associe

à l’atténuation soudaine ou rapide des troubles généraux, tandis qu'un grand nombre de phénomènes fonctionnels et de signes physiques peuvent persister de plusieurs heures à plusieurs jours après la crise. N’en est-il pas de même chaque jour à la fin de la pneumonie franche aiguë, les signes physiques prolongeant leur durée alors que la maladie est depuis plusieurs jours en pleine convalescence? Cette localisation d’une maladie infectieuse sur la peau ou sur les muqueuses,

Sorel. Erysipèle en D

Lou OCT

NRÉRREDS RROOUMTRTER 72 5

caractéristique de l’érysipèle, montre bien la distinction nécessaire entre les lésions matérielles propres à la maladie et l’état réactionnel de l’organisme blessé par l'explosion d’un virus organisé. Ce virus agit tout d’abord sur place, sauf à généraliser ses désordres ultérieurement. Le docteur Sorel (1), qui a étudié récemment la pyrexie érysipélateuse, a démontré que la fièvre présente une marche cyclique correspondant à trois types fondamentaux. Les deux variétés qui m’intéressent sont représentées dans la figure, elles sont abortives puisqu'elles tournent court, dans le type n° 1 : du troisième au quatrième jour (A. B. C. D.) ou même avant le cinquième jour; et le type n° 3, du troisième au quatrième jour. Sur ces tracés on ne trouve pas la défervescence brusque et critique qui se rencontre assez fréquemment dans l’érysipèle de plus longue durée.

Pour cet auteur, l’érysipèle limité au nez et aux pommettes, cons-

(1) F. SOREL. — De la fièvre dans l'érysipèle et de nieite des variétés médicale et chirurgicale. (Gaxette hebdoïadaire de médecine el de chirurgie, 3 avril 1885.)

TS

titue souvent une forme abortive qui pourrait même parfois être absolument apyrétique.

Les conditions qui font avorter spontanément l’érysipèle dit médical sont assez mal déterminées. Plus l'affection reste circonscrite et localisée, plus courte sera la durée de la maladie; une plaque unique peut se résoudre en moins de cinq jours. D’autre part l’érysipèle à répétition est souvent bénin. On cite des observations d’érysipèle cataménial se terminant en 48 et 72 heures. Enfin, chez les sujets lymphatiques, l’érysipèle blafard qui leur est propre et dont les caractères sont si marqués, évolue souvent en 36 et 48 heures. Mais la poussée cutanée est alors si légère que bien souvent on pourrait se demander si le diagnostic était exact, n’était l’adénopathie sous-maxillaire et la desquamation lamellaire qui ne peuvent guère tromper.

2° ERYTHÈMES PoLYMoRPHES. — Il existe un groupe de maladies qui, étudiées autrefois presque exclusivement par les dermatologistes, semblent, depuis la conception nouvelle des maladies infectieuses, devoir sortir de ce cadre restreint et entrer dans le domaine de la pathologie interne proprement dite. Je veux parler des dermatoses bulleuses aiguës, des pemphiqus aigus, des érythèmes noueux, papuleux, vésiculeux, marginés, etc., polymorphes, en un mot, comme les a appelés Hébra.

Naguère en effet le pemphigus, vieux terme employé par Hippocrate et dont on s’est si souvent servi depuis pour désigner les affections les plus disparates, la fièvre bulleuse, la fièvre vésiculeuse, l’érythème bulleux, constituait une affection spéciale de la peau bien déterminée (Bazin (1), S. Gilibert (2), etc.).

De même, les érythèmes marginés, circinés, papuleux, vésiculeux, iris, tuberculeux, noueux ne sont pour les uns que de simples maladies de la peau (Willan, Bateman, Alibert, Biett, Cazenave); pour d'autres, au contraire, des dermopathies rhumatismales (Bazin (3), Shanahan (4), Ferrand (5), Dechambre (6), Drivon (7), Couland (8),

(1) BAZIN. — Zecons sur les affections génériques de la peau, ». 244.

(2) STANISLAS GILIBERT. — Monographie des pemphiqus. Lyon, 1813.

(3) Bazin. — Affections de nature arthritique et durtreuse.

(4) SHANAHAN. — De l'érythèine noueux. Thèse de Paris, 1853.

(5) FERRAND, — Zes exanthèmes du rhumatisme. Thèse de Paris, 1862.

(6) DEGHAMBRE. — Considerutions sur les éruptions dans leurs rapports avec le rhuinatisme. (Garette hebdomadaire, 1860, p. 676).

(7) DRIVON. — Des éruplions rhumatisimales. Thèse de Montpellier, 1862.

(8) COULAND. — Zrythème papuleux uns ses rapports avec le rhuimatisme. (Archives générales de médecine, août 1874.)

Watson (1), Begbie (2), Fox (3), Bohn, Neumann, etc.). Mais tous ces différents auteurs n’observaient généralement que la lésion cutanée. Un examen plus approfondi des malades montra que les symptômes généraux, dans la plupart des cas, dominaient les manifestations cutanées, et que, par conséquent, ces dernières n'étaient que la manifestation extérieure d’un état général plus ou moins grave : pyrexie essentielle pour les uns (Chomel, Grisolle, Tardieu, Gintrac, Hardy, Roger, Gubler (4), G. Sée (5), etc.), maladie infectieuse pour d’autres (Uffelmann (6), Senator, Barduzzi (7), Cantani, Baeresprung, Spillmann (8), Hébra, Kaposi (9), de Molènes-Mahon (10), Marquet (11), Arnaud (12), etc.

Quant à la lésion cutanée elle-même, d’après Hébra, le créateur de l'entité érythème exsudatif multiforme où mieux polymorphe, elle varie suivant le stade du processus irritatif qui commence à l’érythème et aboutit à la bulle. Dans sa classification en effet (13) il existe une classe des exsudations cutanées qui renferme :

1° Les dermatoses exsudatives aiguës contagieuses (rougeole, scarlatine, variole);

20 Les dermatoses exsudatives aiguës non contagieuses (érythème polymorphe).

Vraiment, il semble assez particulier de trouver dans un livre de dermatologie des descriptions fort belles, il est vrai, de la variole, de la scarlatine, de la rougeole, mais l’école d'Hébra ne voit jamais que la lésion cutanée. Cependant cette classification montre bien les liens qui unissent ces différentes pyrexies et l’érythème polymorphe.

Déjà en outre depuis longtemps des épidémies de fièvre bulleuse, de pemphigus aigu sont signalées et tendent à démontrer qu’il s’agit là de pyrexies vraies. Nous ne signalerons que les plus intéressantes, les

1) WATSON. — Zectures of Le pract. of Phys, VOL. IT, p, 8306. 2) BEGBIE. — Archives générales de médecine, 1850. 3) T.. FOX. — Pathologie cutanée. London, 1873. ) GUBLER. — Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, 12 octabre 1859. ) G. SÉE. — Bulletin de lu Société médicale des hôpitaur, 1859. ) UFFELMANN. — Deuisches Archiv. für klin. méd., Band, 1873, n°° 4 et 5. } BARDUZZI. — Giornale itul. delle maladvener della pelle, 1879, fase. 3. 8) SPILLMANN. — Annales de Dermulologie, 1885. (9) Kaposr. — 7raité des inuladies de la peau, traduction E. Besnier-Doyon. (10) P. DE MOLÈNES-MAHON.— Contributions à lélude des maladies infectieuses. De l'Erythème polymorpie. Thèse de Paris, 1884. Coccoz, édit. (11) MARQUET. — De l’érythème polymorphe. Thèse de Paris, 1884. (12) ARNAUD. — L’erythème polyinorphe jébrile à forme grave. Thèse de Lyon, 1883. (13) HÉBRA. — Traité des maladies de la peau, traduction Doyon, t. I", p. 284. Paris, 4278."

plus communes, à savoir : celle dé Cranone relatée par Hippocrate (1), du comté de Tecklembourg en juin 1777 (Finke) (2), de l’hôpital militaire d'Antibes en 1789 (Salabert) (3), l'épidémie de fièvre synoque avec éruption bulleuseà Londres en 1672, bien décrite par Morton(4), le pemphigus des camps à Prague en 1736, par Thiéry (5), le pemphigus helveticus de Langhans (6) 1752, enfin lés épidémies récentes d'érythème polymorphe signalées par Œhme (1) et Gall en Bosnie et Volquardsen (8) à Saint-Louis. Tous ces faits et de nombreuses observations plus modernes tendent à prouver qu’on est en présence d’une maladie infectieuse (9) dont le microbeaurait été vu par Gibier (10) et par Spillmann (11). C’est en effet fort probable pour les formes bulleuses de l’érythème polymorphe ou pemphigus aigu, plus discutable pour les érythèmes simples annulaires, marginés, gyratés, cireinés, papuleux, tuberculeux et surtout noueux.

Car, si Hébra et beaucoup d'auteurs récents rapportent à un seul type morbide toutes les modalités cutanées de l’érythème, un certain nombre d'auteurs sont affirmatifs dans un sens contraire, et retirent de l’érythème polymorphe la variété noueuse qu’ils décrivent à part comme une maladie spéciale (Neumann (12), Fabre(13), Rondot(14), Germain Sée et Talamon (15), Behrend (16), etc.). Ils sont, en un mot, non identistes. Parmi les identistes signalons l’opinion de MM. Besnier et Doyon (17): « Malgré l'opinion contraire émise par quelques auteurs, « l'érythème noueux ne constitue qu’une variété de l’érythème multi- « forme; la nodosité elle-même dépend souvent d’une manière exclusive « du siège de l’érythème aux membres inférieurs et particulièrement « aux jambes, où la faculté d’œdématie est portée à un haut degré. « Iln’est rien d'aussi ordinaire que de voir l’érythème assez plat aux

(1) HIPPOGRATE. — Des épidémies, 1° paragraphe du second livre.

(2) FINKE. — De mnorbis biliosis anomulis, etc., D. 118.

(3) SALABERT. — Jowrnal de médecine, t. LXXXI, D. 65.

(4) MORTON.— Append. ad evercit, I, p. 163.

(5) THIERY. — Médecine expérimentale, p.131, et SAUVAGES, Nosologie.

(6) LANGHANS. — ACé& helvetica, vo1. II, p. 260, el SAUVAGES, Nosologie.

(7) ŒuxMue. — Archiv der Hell, Bd XVIN, 1877.

(8) VOLQUARDSEN. — SChimdls, JahTb, 1877., Bd CLXXV, n° 1.

(9) Voir Thèse de Molènes-Mahon, loc. cit., p. 114 et suivantes. :

(10) GIBIER. — Zu Bactérie du pemphiqus. (Archives de dermatologie. 1882, D. 101.)

(11) SPILLMANN.-— Annales de dermatologie, 1885, n°5 8-9.

(12) NEUMANN.— Wiener medisinische Wochenschrift, 1879, n° 44.

(13) FABRE (DE COMMENTRY). — De la maladie de Hébra. Paris, 1883.

(14) E. RONDOT. — Zrythème noueuzx fébrile el ses complications, 1883.

(15) G. Sée et TALAMON. — Clinique de vHOtel-Dieu. (Progrès médical, 1883, n° 15 et 16.) (16) BEHREND. — Article Zry/hème in Reul Œncyclop. der Gesammten Heilh, Berlin. 1883. (17) KaAPOSI. — Zoc. cif., D. 379, L. Ier.

Page 1