‹ Des Pyrexies AbortivesChapitre 43 sur 57 · MAO · texte numérisé non relu

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« membres supérieurs ou autour du genou, devenir tout à fait noueux « dans les régions tibiales. »

Mais en tout cas, tous ces érythèmes sont le plus souvent pyrétiques et, comme tels, peuvent être abortifs : j’ajouterai même qu’ils sont le plus souvent abortifs et que la forme prolongée et grave aboutissant à la mort est relativement rare. Décrire, en effet, l’érythème polymorphe tel qu’on le comprend aujourd’hui, c'est-à-dire avec toutes ses manifestations cutanées depuis l’érythème simple jusqu’à la bulle, avec toutes ses complications ou mieux, comme le déclarent MM. E. Besnier et Doyon, ses localisations (1), depuis la fièvre simple avec légère élévation thermique, bronchite, angine érythémateuse, albuminurie, douleurs rhumatoïdes légères, jusqu’à l’hyperthermie, la broncho-pneumonie, la néphrite, etc., la mort enfin, énumérer toutes les formes aiguës de l'entité de Hébra, n’est pas dans notre sujet. D'ailleurs les grands traités récents de dermatologie, les thèses déjà signalées, donneront à cet égard toutes les indications nécessaires. Ce que je veux indiquer brièvement, ce sont les formes abortives. Avec S. Gilibert (2) nous pouvons diviser en cinq périodes la marche de ces érythèmes :

1° Période d’imminence (la fièvre se montre);

2° Période d’invasion (l’éruption apparaît) ;

3° Période d’accroissement (l’éruption se développe, et les symptômes généraux augmentent ;

4° Période de décroissement (l’éruption tend à disparaître et la fièvre cesse) ;

b° Période de terminaison.

Si la pyrexie s'arrête dès la deuxième période, elle devient abortive; et cela, je le répète, est fréquent dans l’érythème polymorphe, et a même souvent dérouté les observateurs qui en présence de ces cas légers abortifs se sont crus obligés d'admettre des affections distinctes enrichissant sans raison la dermatologie de vocables nouveaux et inutiles. Pour bien montrer ces érythèmes abortifs je renverrai aux observations de la thèse du docteur Arnaud (De l’érythème polymorphe fébrile à forme grave, Lyon 1883, et à l'observation 25, page 175 de la thèse de P. de Molènes-Mahon (déjà citée).

Qu'on compare ces observations et bien d’autres dans lesquelles on constate un léger mouvement fébrile auquel succède l'apparition de

(1) Zecons sur les maladies de li peau, par M. Kaposi. Note des traducteurs, t. 1e", p. 374. (2) GILIBERT. — Monographie du parnphiqus. Lyon, 1813, p. 236.

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placards rouges sur les poignets, le dos des mains, la face, taches rouges $2 recouvrant le lendemain de petites papules rouges, saillantes, ou de quelques nodosités, en même temps que surviennent un peu de bronchite, d'angine, d'albuminurie très légère, parfois même un souffle léser à la pointe du cœur, souffle qui pourra persister encore après la disparition de tous les autres phénomènes ainsi que cela arrive. Qu'on se rappelle enfin les douleurs légères abarticulaires, pseudo-rhumatism, pour les uns, rhumatisme vrai pour les autres; le tout évoluant en un septénaire environ sans laisser d’autres traces qu'une légère desquamation des régions où a siégé l'éruption. Que l’on compare donc ces faits, fort nombreux, aux cas graves signalés par les auteurs et dans lesquels on voit les phénomènes cutanés précédents évoluer vers la nodosité, la vésicule, la bulle, et les phénomènes généraux se compliquer de bronchopneumonie, de cardiopathies, de néphrites, ete., et se terminer par la mort. On comprendra facilement que les érythèmes polymorphes, les fièvres bulleuses, les érythèmes noueux, pyrexies manifestes, qu'ils constituent ou non la même entité morbide, peuvent, ainsi que la scarlatine, la variole, la fièvre typhoïde, etc., présenter parfois des formes complètes graves, mortelles même, des formes attnuées qui sont les plus f ‘équentes, et, enfin dans quelques cas, des formes véritablement abortives.

3° FIÈVRE HERPÉTIQUE. — Fièvre ZoSTER. — à) Fièvre herpétique. — L’herpès fébrile peut être observé dans deux conditions différentes : D'une part l’éruption herpétique peut se rencontrer dans un grand nombre de maladies aiguës infectieuses; d’autre part il se présente aussi comme une #aladie idiopathique analogue pour les uns, identique pour les autres aux fièvres éruptives ; il est alors la seule manifestation organique de la fièvre.

Dans le premier cas, l’herpès fébrile vient compliquer une maladie déjà existante. Il apparaît à la suite où dans le cours d’une pyrexie ayant pour point de départ une autre lésion organique, un trouble fonctionnel ou une perturbation générale de l'organisme dont la cause et la nature sont parfaitement connues. |

C’est un épiphénomène qui pour les uns posséderait un caractère critique et qui pour d’autres ne serait qu’un symptôme banal et sans valeur.

Les maladies dans lesquelles on observe le plus fréquemment l’herpès,

sont : le coryza, la grippe, la bronchite aiguë, la pleurésie, la pneumonie, les angines inflammatoires, l'embarras gastrique, la jèvre éphémère chez les femmes en couche, les fièvres intermitientes, le typhus abortif, la méningite cérébro-spinale épidémique, ete. Il est rare dans le choléra, on Va observé assez souvent dans la fièvre jaune. Féréol en cite un cas dans la scarlatine (1).

D'après le professeur Hardy, on ne l'observerait pas dans la fièvre typhoïde où du moins ce fait est si exceptionnel que l'apoarition d’un herpès dans un cas douteux doit suffire pour faire rejeter le diagnostic de fièvre typhoïde (2).

Quoi qu’il en soit, cet herpès fébrile, qui n’est pour certains auteurs qu'un simple épiphénomène, revêt au contraire pour d’autres un caractère critique favorable et c’est surtout à propos de Ja pneumonie avec herpès qu'ont été émises les opinions les plus divergentes.

Le professeur Hardy déclare que le développement de cette éruption accessoire ne peut servir en rien au pronostic, quoi qu’on en ait dit. Les médecins allemands n’accordent, eux aussi, aucune valeur pronostique à cette éruption.

Au contraire, Grisolle, Trousseau, Chomel, Tardieu, Jaccoud, font de l'apparition de l’herpès dans la pneumonie, un signe favorable.

Parrot et surtout Lagout, décrivent une pneumonie herpétique et en font une fièvre herpétique avec manifestations sur le poumon.

Ceci nous amène naturellement à parler de la forme d’herpès fébrile qui nous intéresse surtout ici, de l’herpès fébrile, idiopatique de la fièvre herpétique de Parrot et Lagout. Dans son remarquable mémoire, en effet, Parrot (3) conclut « qu’il existe une espèce morbide, que nous avons appelée fièvre herpétique, et qu'il faut comprendre sous cette dénomination la plupart des cas de fièvre synoque, éphémère, gastrique, angioténique et d’origine .herpétique. » Il y fait rentrer l’angine herpétique décrite par Gubler.

La plupart des auteurs sont aujourd’hui d'accord avec lui pour reconnaître qu’il existe une entité morbide appelée fièvre herpétique.

Déjà Morton (Synopsis febrium) plaçait l’herpès à côté de la fièvre varioleuse.

(1) FÉRÉOL. — Société médicale des hôpitaux de Paris, t. VI, 2° série. Paris, 1871, p. 16. (2) HARDY. — Dictionnaire de nédecine et de chirurgie pratique, t&. XVII, p. 637. (3) J. PARROT, — Voies sur lu fiévre herpélique. (Gaxette hebäomadaire, 1871.

Cazenave et Schedel (1838) signalent ies rapports qui existent entre l’herpès, la varicelle et la vaccine.

Gintrac met l’herpès phlycténoïde ou diffus au nombre des fièvres éruptives et exanthèmes aigus.

Bazin indique comme idiopathiques ou pseudo-exanthématiques, certains cas d’herpès labialis, preputialis, vulvaris ou zoster qu’il réunit sous le nom commun d’herpès phlycténode.

Mais c’est au regretté Parrot que revient le mérite d’avoir donné la première description complète de la fièvre herpétique. X la considère comme l’analogue des autres fièvres éruptives, mais elle en diffère parce qu’elle n’est pas contagieuse et qu’elle peut récidiver.

En 1873 M. le docteur Lagout (1) dans sa monographie sur l’herpès labialis, conclut à la similitude parfaite et s'exprime ainsi : « L’herpès labialis est une fièvre éruptive vésiculeuse avec tous les caractères inhérents à cette classe pathologique. »

M. Coutagne (2) et M. Goudounèche (3) dans leurs thèses inaugurales, arrivent aux mêmes conclusions.

Avec tous ces auteurs nous croyons donc à une fièvre herpétique, maladie générale, unique, à localisations multiples et par suite à symptômes variables.

La fièvre herpétique présente des formes normales et anormales, bénignes, graves, mortelles. En se guidant sur lamarche de la température on a reconnu à la fièvre herpétique un type continu, rémittent ou intermittent. On a décrit une forme subcontinue où les intermittences n'étaient pas séparées par de Papyrexie (4). Mais pouvons-nous trouver ici une forme abortive de cette affection? La durée de la fièvre herpé tique est variable suivant les différentes formes; l’éruption peut apparaître le même jour ou ne se montrer que deux, trois, quatre, cinq, sept jourset plus quelquefois après le début de la maladie. Sinous cherchons à fixer une moyenne nous obtenons trois ou quatre jours (5), Or,

(1) D' LAGOUT. — Mémoire sur l'herpès labialis. (Société inédicale des hôpitaux de Paris, annéc 1873.)

(2) COUTAGNE. — Thèse de Paris, 1871. Zerpès gendralisé fébrile.

(3) GOUDOUNÈCHE. — Thèse de Paris, 1882. ivre herpélique.

(4) GOUDOUNÈCHE. — Zoc. cié.

(5) La figure ci-jointe est un bel exemplede fièvre herpélique développée sousnos yeux chez

un malade atteint de néphrite subaiguë. La maJadie se jugea par une plaque herpétique sur la joue droite.

il y a des cas de fièvre herpétique où la fièvre est vive et de courte durée. Après vingt-quatre heures ou trente-six heures, la température est revenue au degré normal. Souvent la fièvre herpétique ne se manifeste que par un seul accès fébrile d’une durée de douze heures, de vingtquatre à trente-six heures, et, lorsque apparaît l’herpès le malade n'a plus de fièvre, il est complètement guéri : c'est alors surtout dans ces formes écourtées abortives qu’on peut considérer l’herpès comme un phénomène critique. Ce sont ces cas qu'on à rangés dans la fièvre éphémère et que nous croyons pouvoir considérer comme des formes abortives de la fièvre herpétique.

Fièvré Herpétique

On trouve d'assez nombreux exemples de cette fièvre herpétique abortive dans la littérature médicale.

Nous lisons dans le mémoire de M. le docteur Lagout(1)}, les lignes suivantes :

(1) Société médicale des hôpitaux de Paris, 1873, D. 97.

« Un de mes clients a, tous les ans vers le commencement du printemps, un frisson initial, puis une fièvre de 36 heures environ qui se termine par une éruption d’herpès aux lèvres. » C’est une observation journalière qui se traduit dans nos campagnes par cette locution usuelle : « La fièvre lui est sortie par la bouche. »

Plus loin dans le même ouvrage il parle d’un cultivateur qui quelquefois « surpris par la pluie pendant son travail des champs, rentre le « soir plus fatigué que de coutume; dès le lendemain ou le surlende- < main au plus tard ilest pris d’un frisson et d’une forte fièvre; puis « quarante-huit heures après il lui sort autour des lèvres de gros bou- « tons et la fièvre cesse. II lui faut le reste de la semaine pour reprendre « ses forces et se mettre à travailler. »

Nous ne pouvons je crois considérer ces formes éco: té s de fièvre herpétique autrement que comme des formes abortives.

Si l’on ne trouve pas beaucoup d'observations de fièvre herpétique abortive dans la littérature médicale, c’est que la plupart des cas étant de courte durée passent inaperçus et ne sont pas relatés.

Quelles sont les idées doctrinales sur la pathogénie de la fièvre herpétique? Pour le professeur Gubler, c’est une maladie « frigore. Elle est due à l’influence du froid sur les principales fonctions de l'économie. En réalité, il existe deux théories principales :

1° La théorie de Parrot qui tient compte du froid et des germes : « C’est par le fait d’un changement brusque de la température qui s’abaisse rapidement, aprés s'être élevée d’une manière anormale, que l'organisme subit une perturbation à la faveur de laquelle s’élaborent les germes herpétiques. »

Pour le docteur Lagout c’est aussi le germe Dernrique qui serait le virus de la fièvre herpétique.

2° La seconde théorie fait de la fièvre une maladie générale, une pyrexie rentrant dans les maladies dites infectieuses. Dans son article fièvre du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, Hirtz place la fièvre herpétique à côté de la rougeole, de la variole et de la scarlatine. Dans sa communication au grand congrès médical de Londres M. le professeur Bouchard énumère un certain nombre de maladies infectieuses dans lesquelles il a trouvé des carac-

tères spéciaux de l'urine (albumine rétractile, bactéries) et parmi ces maladies se trouve la fièvre herpétique (1).

On peut donc admettre en terminant que la fièvre herpétique est une maladie aiguë, de tous points comparable aux fièvres éruptives, comme elles exanthématique et comme elles infectieuse, dont les formes abortives sont des plus communes. Il faut toutefois se demander en terminant, si, chez certaines personnes prédisposées, qui font avec la plus grande facilité, à la faveur d’un léger refroidissement ou d’une fatigue accidentelle, une poussée herpétique, il s’agit toujours là de la même maladie aiguë, fébriie, pyrétique. L'herpès n’est, après tout, qu’un signe commun et banal, et la distinction de la fièvre herpétique pour être valable, demande, il me semble, à rester isolée et indépendante de tous les herpès symptomatiques.

Lb) Fièvre Zoster. — Ceci m’amène à dire quelques mots d’une maladie aiguë, fébrile, comme l'avait déjà rappelé Parrot après Borsieri, le zona ou herpès zoster. Ici encore, il faut sévèrement différencier, comme le demande M. Landouzy (2), le zona-fièvre ou fièvre zoster du zona-symptôme, éruption secondaire à toute une série de lésions nerveuses. Or, la fièvre qui se traduit et se juge par une éruption de zona, le vrai zoster est une maladie générale, aiguë, s’accompagnant des symptômes caractéristiques de la fièvre. Non seulement en effet la température s'élève jusqu’au moment de l’éruption et persiste même souvent jusqu’à ce que l’éruption soit terminée (Landouzy), mais encore l'état gastrique, les sueurs, les urines fébriles, l’abattement, la céphalalgie, existent souvent et complètent l'appareil fébrile.

La courbe ci-contre que je dois à l’obligeance de M. Landouzy, est intéressante à ce point de vue. La température ne tomba que le septième jour de la maladie.

Or, le zona, pyrexie qui produit une détermination locale sur le trajet connu d’un ou de plusieurs filets nerveux, ne récidive pas. M. Hardy a peut-être observé deux ou trois récidives de zona. De plus

(1) GOUDOUNÈGHE. — Zoc. cit., p. 48.

(2) LANDOUZY. — Mièvre zoster el exanthèmes zostériformes. Lecon. (Semaine médicale, 20 septembre 1883 )

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