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PYREXIES SYSTÉMATISÉES ET NON SYSTÉMATISÉES

L'invention du thermomètre, ou mieux son application aux recherches cliniques fut comme une renaissance médicale. L'étude des phlegmasies et des pyrexies fut singulièrement bouleversée : le pouls, dont les variations étaient caractéristiques pour les. médecins, nos ancêtres, perdit de son importance au moins au point de vue du diagnostic. de l’état fébrile, et l’on en revint aux idées d'Hippocrate, qui ne s’occupait pas-du pouls, appréciant la fièvre par la chaleur et celle-ci, par la palpation du corps.

C’est le travail de Gavarret sur les fièvres intermittentes en 1839 qui inaugure la thermométrie physiologique et clinique. Andral et Bouillaud le suivirent dans cette voie, mais ne surent pas tirer de cette ingénieuse -idée toutes les conclusions qu'elle comportait; et c’est Wunderlich, de Haen, etc., qui eurent le mérite de comprendre et de nous faire entrevoir la valeur des observations thermométriques prises plusieurs fois par jour. Dès lors, on eut un point de départ constant, un point de comparaison fixe pour l'étude des maladies fébriles, et cet ordre de phénomènes, vague, à peine indiqué par les auteurs du commencement du siècle, par Chomel, Louis et les autres, devint en quelque sorte précis et mathématique. L'évolution fébrile fut connue dans chaque maladie, et chacune eut sa courbe thermométrique nettement définie. De là à distinguer dans chaque maladie aiguë, des formes diverses caractérisées par une évolution fébrile différente, il n’y avait qu’un pas : et l’on peut dire que l’histoire des pyrexies abortives n’a pris véritablement naissance qu'avec l’application du thermomètre à la clinique.

Vie

Légère ou grave, la fièvre tient sous son empire les phénomènes les plus importants : établir sa courbe thermométrique par des observations régulières, c’est donc assurer le diagnostic et le pronostic de la maladie. Mais ce serait une erreur de considérer la fièvre comme le symptôme unique de toute pyrexie : l’ensemble des manifestations symptomatiques, si bien étudiées par les auteurs qui nous ont précédés, conserve encore toute sa valeur, et l'habitude de les saisir et de les coordonner révèle le tact et la sagacité du médecin. Nous avons donc été amené tout naturellement à établir notre classification des pyrexies sur l’ensemble de leurs caractères généraux, tout en tenant compte de leur évolution cyclique, évolution dont l’image la plus fidèle et la plus frappante pour l'observateur, est la courbe thermométrique.

Des pyrexies, que nous avons à étudier ici, quels sont donc les caractères qui pouvaient nous servir à mettre un peu d’ordre dans notre sujet? L'étude de la température peut nous aider à créer des formes ou des types différents d'une même maladie, à séparer une affection de celles qui lui sont voisines dans un même groupe, mais est-elle suffisante pour fonder une espèce nosologique? Les manifestations symptomatiques générales offrent plus d'importance et déjà il nous est possible, en nous fondant sur ces caractères, d'isoler quelques groupes tels que les maladies typhoïdes, les pyrexies avec ou sans exanthèmes, etc. Mais nous ne trouvons pas encore là d'assises suffisantes pour établir une division des pyrexies assez nette et qui puisse satisfaire l'esprit. Toutefois la marche générale de l'affection, sa tendance à se localiser sur certains appareils, sur certains systèmes de l'économie, ou au contraire sa tendance à rester générale, sans se systématiser en quelque sorte, nous a conduit à diviser les pyrexies en deux classes : celles qui se traduisent par des manifestations générales sans prédominance organique spéciale : et celles dont les manifestations se cantonnent ou se confinent à tel ou tel système, tel ou tel organe.

Les pyrexies non systématisées comprendront : les septicémies (charbon, fièvre traumatique, fièvre urineuse, puerpérisme, etc.) ; les maladies typhoïdes.

Les pyrexies systématisées seront celles qui porteront leurs manifestations plus spécialement sur :

a) Le système cutané et muqueux : érysipèle, érythèmes polymorphes, fièvre herpétique, fièvres éruptives.

b) Les muqueuses, la grippe, nous arrêtera quelque temps.

c) Certains appareils, les glandes par exemple, et nous verrons les oreillons.

d) Un organe : la pneumonie en sera le modèle.

Il reste bien entendu que nous ne voulons indiquer par ces dénominations de pyrexies systématisées ou non systématisées, qu’une tendance des symptômes à se manifester toujours dans le même sens, et non deux espèces de pyrexies absolument distinctes et définies. |

Nous allons aborder, dans les quelques pages qui vont suivre, un petit nombre de maladies pyohémiques ou septicémiques pouvant revêtir la forme abortive ; toutefois, nous devons faire remarquer que les courtes notes que nous consacrerons à l’étude de ces différentes maladies infectieuses encore mal connues ne sont que des points de repère au milieu de ce dédale de questions pathogéniques, étiologiques et doctrinales qui bouleversent en ce moment la pyrétologie toute entière. Sans aller loin, prenons un exemple plein d'actualité, on peut le dire, le choléra, qui est une maladie infectieuse et qu’on ne peut pourtant pas faire entrer sans effort dans la classe des pyrexies. Le choléra n’a-t-il pas ses formes abortives ? Les discussions retentissantes à l’Académie de ces temps derniers semblent avoir élucidé un point jusque-là très litigieux, celui des diarrhées prémonitoires du choléra. J. Guérin affirmait cette constitution prémonitoire. Or, on peut expliquer ces malaises intestinaux s’accompagnant de crampes et de vomissements qui éclatent sur un grand nombre d'individus avant l’explosion du choléra confirmé. Sans forcer les faits, il se passe alors dans la contrée qui va être atteinte ostensiblement, une sorte d'adaptation à l'épidémie. C’est ce qu'on à pu appeler la constitution médicale cholérique (Héricourt) (1). Tous ces cas abortifs sont les avant-coureurs de l'épidémie ; le terrain, lentement ensemencé ou revivifiant les germes endormis des épidémies antérieures, se prépare à la poussée épidémique; et l’organisme humain, inoculé d’abord à petites doses par le poison cholérique naissant, est peut-être, par là même, rendu réfractaire à la prochaine contagion.

Il est une autre maladie générale infectieuse au premier chef, pyrétique, contagieuse sinon épidémique, la {uberculose miliaïre aiguë, qui aurait pu se placer aussi dans le cadre de ces courtes études consacrées aux maladies infectieuses. On pourrait s'étonner au premier abord de

(1) HÉRICOURT, — Revue de Médecine, 10 novembre 1884, et 2024, 10 octobre 1855.

le

nous voir faire entrer dans les pyrexies abortives une maladie si éminemment grave, si souvent mortelle que l’est la granulie, A cela je répondrai avec MM. Potain et Landouzy que l’on observe en clinique des jeunes gens paraissant atteints tout d’abord de fièvre typhoïde et chez lesquels la maladie se prolonge presque indéfiniment avec son allure infectieuse. Chez ces malades, qui ressemblent absolument au bout de nombreuses semaines à des tuberculeux atteints de tuberculose miliaire, le pronostic fatal est tout tracé; et grande est la surprise du médecin quand, au bout de trois ou quatre mois de fièvre atypique oscillant souvent de 37 à 40 degrés, lemalade entre en convalescence, atteintde lésions tuberculeuses pulmonaires où autres peu marquées où même inappréciables. Les cas de granulie gaérie sur lesquels M. Empis insistait déjà, ont été soumis à l'étude par M. Landouzy (1) qui a montré en outre que l'énfection tuberculeuse peut tuer sans grandes lésions tuberculeuses, mais aussi qu’elle peut guérir, avorter par conséquent, Il faudrait plus de temps que nous n’en avons eu pour rechercher des cas analogues aux belles observations qu’il rapporte. Toutefois cette notion de Ia curabilité de la tuberculose à fait, même du côté de ses formes aiguës, depuis quelque temps, de grands progrès (2). Ne sait-on pas qu’il existe des observations bien probantes de méningite tuberculeuse guérie ou du moins arrêtée dans sa marche? A tous ces faits on peut toujours objecter l'absence d’autopsie, ce qui est un mauvais argument puisqu'il s’agit de malades guéris. Quoi qu’il en soit, le sujet de la curabilité et par conséquent de l'avortement possible de la tuberculose infectieuse est à l'étude et ce n'est certes pas l’un des moins intéressants proposés à la vigilance des observateurs.

(1) LANDOUZY. — Zerons cliniques failes à là Charité, oclobre 1884 et octobre 1885, anal. in Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 1884 et 1885.

(2) L. BERNARD.— De lu curabilité de lu tuberculose aiguë à localisations multiples, considérée chez l'adulte. Thèse de Paris, 1885.

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