CELLULES PIERREUSES
Cinchona cordifolia, Mutis; G. lancifolia, ftlulis; C. subcordata, Pavon; C. microphylla, Pav.; C. macrocalyx, Par.; C. stupea, Pav.; C. lucumaïfolia, Pav.
(Berg et Schmidt, loc. cit., XV, a-b.)
3° Les écorces du C. pubescens présentent une structure tout aussi spéciale. Comme dans le cas précédent, la surface interne est fibreuse, l'externe celluleuse ; les fibres corticales forment des séries irrégulières et concentriques dans la moitié interne de l'écorce ; elles sont enveloppées d'un tissu cellulaire abondant ; leurs dimensions sont très-considérables, trois ou quatre fois plus que celles des types précédents , ce qui résulte de ce que plusieurs d'entre elles sont soudées ensemble et réunies en faisceau.
Ces trois types forment le centre d'autant de groupes encore incomplètement déterminés, mais qui, dans leur ensemble, ne cadrent pas trop mal avec la distribution systématique des Cinchona. Les recherches des micrographes paraissent du moins autoriser cette conclusion, et c'en est assez pour que la botanique systématique ne néglige point cette nouvelle source de caractères, où elle pourra sûrement puiser de précieux renseignements.
Ce qui parait en tout cas bien démontré pour le moment, c'est que dans les diverses portions d'une même écorce, la disposition des fibres corticales est foncièrement la même. Il en résulte un moyen de juger presque à coup sûr de l'identité spécifique de deux échantillons. Aux caractères trop souvent variables de la coloration et des apparences extérieures, vient se joindre un signe d'une tout autre valeur , qui tient à la constitution même du sujet à classer. On conçoit quelle a dû être l'utilité d'un pareil moyen pour la recherche des origines Volaniques des divers produits commerciaux.
Le G. Calisaya et le C. puhescens sont les plus caractérisés de ces types : ils forment pour ainsi dire les deux pôles opposés du genre Cinchona. Autour du premier se groupent les espèces qui représentent le mieux ce genre, les Cinchona vrais, riches en alcaloïdes; autour du second, au contraire, se trouvent les espèces les plus inférieures, ne contenant que très-peu de principes actifs. Ces dernières confinent au genre Cascarilla, qui ne fournit aucune espèce vraiment officinale. La structure anatomique indique bien ce rapprochement. « On remarquera, dit M. Weddell, que les écorces des Cascarilla se rapprochent , par leurs caractères anatomiques, des écorces de Cinchona de qualité inférieure, à cela près que, clans ces dernières, la soudure des fibres du liber n'atteint jamais le même degré que dans une écorce de Cascarilla 1 . »
Malgré les rapports bien évidents de ces espèces inférieures avec les Cascarilla, le genre Cinchona reste parfaitement limité. Les caractères anatomiques, d'accord avec les résultats des analyses chimiques, légitiment, en effet, la séparation en deux types distincts d'espèces qu'on dirait au premier abord congénères, et qui ne diffèrent dans leurs traits extérieurs que par une particularité bien peu essentielle en apparence : le mode de déhiscence de la capsule. M. Karsten2 a indiqué avec détails ces différences analoiniques entre les deux genres; elles peuvent se résumer en quelques lignes.
1 Weddell, loc. cit., note de la page 78.
2 Karsten; Medic. Chinariiiden Neu-Granada's , pag. 41-49. — Ex How., loc. cit.
l0. Les cellules fibreuses restent souvent iacoraiiplète-n ment développées et présentent toujours une lumière beaucoup plus large dans les Casearilla que dans les Cinchona; 2° Les lacunes ou vaisseaux laticifères persistent beaucoup plus longtemps dans les Casearilla; les espèces vraiment officinales de quinquinas n'ont jamais de pareils vaisseaux dans les branches de vingt ans et plus; 3° Les cellules à cristaux sont beaucoup plus rares dans les quinquinas que dans le genre voisin ; 4° Enfin, et c'est le caractère qui parait le plus important après celui des fibres corticales mentionné par M. Weddell, tandis que les cellules à résine existent dans Técorce interne des Cinchona, c'est surtout dans les couches externes des Casearilla qu'elles se développent. C'est ce caractère sur lequel paraît insister l'auteur de YHistoire naturelle des quinquinas, dans la note suivante: « Gomme conséquence de cette soudure des fibres corticales entre elles, on voit le tissu cellulaire interposé aux fibres du liber beaucoup moins abondant et surtout moins gorgé de sucs résineux dans les faux que dans les vrais quinquinas. D'un autre côté, la tunique cellulaire des Casearilla est généralement imprégnée d'une matière gommorésineuse plus abondante et plus tenace que dans la couche analogue de l'écorce des Cinchona. Elle doit même à la présence de ces sucs une telle dureté , qu'à ce seul signe on peut souvent reconnaître avec certitude un faux quinquina1. »
Nous pourrions montrer encore ici les relations qui*
1 Weddell, loc. cit., note de la page 78.
unissent la structure anatomique à la richesse des écorces en alcaloïdes ; mais il nous paraît plus convenable d'étudier auparavant ces produits eux-mêmes.
Principes immédiats des quinquinas. — L'analyse chimique des diverses espèces de quinquinas a fait connaître, jusques à aujourd'hui, les principes suivants : quinine, cinchonine , quinidine , cinchonidine , acides quinique , cinchotannique et quinovique, rouge de quinquina, matière colorante jaune, matière grasse de couleur verte, amidon, gomme et cellulose. Sans insister sur ces produits, nous allons indiquer brièvement les principaux traits de leur histoire.
1° Quinine. — Isolée pour la première fois en 1820, par MM. Pelletier et Caventou, cette substance a pris depuis lors une importance énorme. Obtenue du sulfate de quinine au moyen de l'ammoniaque, elle forme une masse blanche, poreuse, friable et amère. Sa formule est d'après Laurent: G3,H*2N204; on l'obtient cristallisée en prismes à six pans, en la dissolvant dans l'alcool et laissant évaporer spontanément la liqueur ; elle contient alors 6 équivalents d'eau.
La quinine se dissout dans 240 parties d'eau bouillante, 400 parties d'eau froide, 2 parties d'alcool bouillant et 60 parties d'éther.
Elle produit un grand nombre de sels, en se combinant avec les acides. Ces sels, facilement cristallisables, ont d'ordinaire un aspect nacré ; ils sont, très-amers et plus ou moins solubles dans l'eau, l'alcool et les éthers.
Ils forment deux séries parallèles, l'une contenant les sels neutres ( un équivalent d'acide pour un équivalent de base ), l'autre contenant les sels acides ( 2 équivalents d'acide pour 1 de base).
Le plus important de tous ces sels est le sulfate, qui sert à la préparation de la quinine et de tous ses composés. Il est blanc, cristallisé en petites houppes soyeuses. Il s'effleurit à l'air, en perdant 12 parties de son eau de cristallisation. Il faut 740 parties d'eau froide et 30 parties d'eau bouillante pour le dissoudre. Il abandonne en bouillant deux équivalents d'eau.
Le sulfate acide ou bisulfate de quinine est beaucoup plus soluble dans l'eau, et à cause de cela beaucoup plus employé dans la pratique médicale. Il se forme immédiatement par l'addition d'une certaine quantité d'acide sulfurique au sulfate neutre, et c'est ainsi qu'on le prépare très-souvent au moment même de l'administrer, en ajoutant quelques gouttes d'eau de Rabel à la potion de sulfate neutre.
La quinine forme encore d'autres sels, employés en médecine, et dont l'usage se répandra probablement de plus en plus : ce sont des lactates, valérianates, tannâtes, tartrates, oxalates, etc., etc.
On a donné le nom de quinine amorphe à une variété de la quinine supposée incristallisable et qui se trouve dans les eaux mères d'où le sulfate de quinine a été précipité. Mais on a encore des doutes sur la pureté de cette substance, que quelques chimistes ont regardée comme de la quinine ordinaire combinée avec une matière résineuse.
2Q Ginchonine. — La cinchonine est, après la quinine, la base la plus importante. Elle est connue depuis 1810, époque à laquelle Gomès l'obtint à l'état de pureté, mais sans constater ses caractères basiques. Elle existe surtout dans les quinquinas gris. Précipitée lentement de sa dissolution alcoolique, elle se présente en cristaux blancs, anhydres, formés de prismes quadrilatères terminés par des facettes obliques. Sa saveur est amère, moins cependant que celle de la quinine. Elle est moins soluble dans l'eau et l'alcool, à peine soluble dans l'éther.
Elle forme avec les acides une série de sels correspondant à ceux de la quinine, et dont les plus importants sont le sulfate neutre et le sulfate acide.
3° et 4° Quinidine et Cinchonidine. — Sous le nom de quinidine, MM. Henry et Delondre avaient signalé en 1833 un alcaloïde particulier, qu'ils reconnurent plus tard n'être qu'un état d'hydratation de la quinine. Après eux, d'autres chimistes donnèrent ce nom à des produits différents, et il devint bientôt difficile de se reconnaître au milieu des divergences et même des contradictions dont cette base était l'objet. Ce ne fut qu'en 1853 que le mémoire de M. Pasteur Sur les alcaloïdes des quinquinas débrouilla ce chaos. Il démontra que les quinidines des divers auteurs étaient des mélanges en proportions différentes de deux alcaloïdes distincts « ayant des formes cristallines, des solubilités et des pouvoirs rotatoires trèsdifférents1.» «L'une des bases, dit M. Pasteur, à laquelle
1 Pasteur; Note sur la quinidine, in Journal de pharmacie et de chimie, 3e série, tom. XXIII; 1853.
je conserve le nom de quinidine, est hydratée, effloreseente, isomère avec la qmnim, tlcvie à droite le plan de polarisation et possède, à l'égal de son isomère la quinine, le caractère delà coloration verte par addition successive du chlore et de l'ammoniaque. L'autre hase, à laquelle je donne le nom de cinchonidine, est anhydre, isomère de la cinchonine, exerce à gauche son pouvoir rotatoire, et ne possède pas le caractère précité de la coloration verte. C'est elle qui est aujourd'hui la plus abondante dans les échantillons commerciaux. Il est toujours très-facile, en exposant à l'air chaud une cristallisation récente de cinchonidine, de reconnaître si elle renferme de la quinidine. Tous les cristaux de cette dernière base s'effleuriront immédiatement en conservant leurs formes, et se détacheront en blanc mat sur les cristaux de cinchonidine demeurés limpides. On peut également recourir au caractère delà coloration verte par le chlore et l'ammoniaque1. » La quinidine et la cinchonidine engagées dans une combinaison saline et soumises à l'action de la chaleur, se transforment en des produits isomères de ces bases, que M. Pasteur a appelés quinicine et cinckonicine ; ces alcaloïdes, très-amers et fébrifuges, s'obtiennent aussi par un traitement analogue sur la quinine et la cinchonine, de telle manière que « des quatre bases principales renfermées dans les quinquinas : quinine, quinidine, cinchonine, cinchonidine, les deux premières peuvent être transformées, poids par poids, en une nouvelle base, la quinicine, ce qui prouve
1 Pasteur; Comptes-rendus de l'Acad. des sciences, 1853, pag. 110-
qu'elles sont elles-mêmes forcément isomères; et les deux autres, dans les mêmes conditions, se transforment en une seconde base, la cinchonicine , ce qui prouve que de leur côté elles sont elles-mêmes forcément isomères 1 . »
5° Acide quinovique. — Cette substance a été découverte par Pelletier et Caventou dans le quinquina nova, où elle est probablement combinée à la chaux. Elle existe aussi dans certaines écorces très-riches en quinine, le Calisaya et le quinquina rouge, par exemple. Elle est blanche, amorphe, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'éther. Sa formule est C,2H903. L'acétate de plomb, le bi-chlorure de mercure et les sels de cinchonine forment un précipité dans une dissolution de quinovate de magnésie.
6° Acide quinique. — Cet acide, dont la formule est C7H404.2H0, existe dans les écorces de quinquina en combinaison avec la quinine, la cinchonine et la chaux.
Les sels qu'il forme avec les deux premières bases sonttrès-solubles dans l'eau, insolubles dans l'alcool à 36°, mais se dissolvent bien dans l'alcool plus faible.
7» Rouge cinchonique insoluble. — Ce corps, obtenu par Schwartz, est inodore, insipide, d'un rouge brunâtre, presque insoluble dans l'eau froide, peu soluble dans l'eau bouillante, davantage dans l'alcool et les al-
1 Pasteur, ibid.
.'■Si
calis : les acides favorisent sa dissolution dans l'eau. Les solutions alcalines sont d'un rouge intense. Berzélius et Schwartz regardent cette substance comme le produit de l'oxydation du rouge cinchonique soluble (acide cinchotannique).
8° Rouge cinchonique soluble ('acide cinchotannique. — Le rouge cinchonique soluble de MM. Pelletier et Caventou est une espèce d'acide tannique différant de celui Ja noix de galle en ce qu'il forme un précipité vert avec les sels de sesquioxyde de fer, et en ce que, sous l'influence des alcalis, il absorbe très-facilement l'oxygène de l'air. Ses sels sont plus solubles que les tannâtes ordinaires.
Huile volatile de quinquina. — Cette huile, préparée d'abord par Fabroni, puis par Tromsdorf , s'obtient en distillant une solution de quinquina dans l'eau. L'huile vient flotter à la surface du liquide distillé ; elle est butyreuse et a l'odeur particulière del'écorce \
Quelques autres produits avaient été signalés dans les écorces de quinquina, mais leur existence a été contestée. Telle est Yaricine, indiquée par MM. Pelletier et Corriol dans un quinquina de Cuzco ou quinquina d' Arica. Ce serait, d'après ces auteurs, une substance blanche, cristallisée en aiguilles rigides comme la cinchonine, et qui aurait pour caractère principal de se colorer fortement en vertpar l'action de l'acide nitrique concentré.
1 Ex Pereira's Materia medica, pag. 1651.
M. Guibourt n'a pu retrouver ce corps dans les écorces indiquées, et Pelletier lui-même n'est arrivé dans de nouveaux essais « qu'à des résultats négatifs qui lui ont laissé beaucoup de doutes sur la nature particulière de l'aricine'.»
M. Manzini avait aussi signalé dans le quinquina de Jaen un nouvel alcaloïde, auquel il donnait le nom de cinchovatine, mais qui n'est, paraît-il, autre chose que l'aricine, trouvée par M. Boucha rdat dans la môme écorce.
Ces divers produits sont loin d'avoir la même importance pourla pharmacie; les seuls auxquels on ait attribué quelque valeur thérapeutique sont: la quinine, la cinchonine, la quinidine, la cinchonidine et les principaux sels de ces bases , enfin l'acide cinchotannique et le rouge de quinquina.
La quinine est trop connue comme fébrifuge pour que nous insistions sur ses propriétés; ses sels et particulièrement le sulfate sont employés journellement à ce titre.
La cinchonine et ses combinaisons salines paraissent aussi douées des mêmes vertus, mais à un moindre degré; les doses de cette substance doivent être deux fois plus fortes que celles de la quinine.
Les propriétés de la quinidine sont beaucoup plus sujettes à discussion. Les inductions tirées àpriori des rapports de cette base avec la quinine ne peuvent suffire à établir sa réputation. Il faut pour cela que l'expérience décide dans le même sens. Or les observations
' Guibourt, /oc cil., pag. 160.
qui semblent indiquer son efficacité contre les fièvres intermittentes, sont encore trop isolées pour qu'il soit permis d'en rien conclure de définitif. M. Pereira, dans sa Matière médicale*, dit avoir administré cet alcaloïde dans un hôpital de Londres, avec le même succès que le sulfate de quinine. M. Rampon m'assure, dans les notes qu'il a bien voulu me transmettre, que la quinidine est aussi efficace que sa congénère. « Pendant notre séjour dans la Nouvelle-Grenade, nous avons, dit-il, trèssouvent employé l'écorce de ce quinquina (quinquina à quinidine, quinquina rouge et rosé de Mutis, d'après Delondre et Bouchardat) contre toute espèce de fièvres d'accès, toujours avec un plein succès, et quelquefois dans des cas où le sulfate de quinine pur avait échoué"2.»
Nous devons faire les mêmes réserves pour la cinchonidine, qui compte également quelques observations en faveur de son efficacité. Ce qu'il y a surtout de bien remarquable, c'est qu'elle existe en abondance dans l'écorce qu'on suppose avoir guéri la comtesse d'El Chinchon; la cure qui avait fait la réputation du quinquina devrait donc lui être en grande partie attribuée. M. Howard3, qui fait cette curieuse observation , croit pouvoir assigner à l'action du même alcaloïde un très-grand nombre de guérisons de fièvres intermittentes, traitées par le docteur Cullen à l'hôpital de Philadelphie.
A côté des principes fébrifuges des alcaloïdes du quinquina, mentionnons les substances astringentes et toni-
1 Pereira's Materia medica, pag. 1666.
2 Rampon ; Notes inédites.
3 Howard, loc. cit.: Sub. Chahuarguera.
ques, qui concourent puissamment aux effets salutaires de l'écorce. Ce sont surtout les deux variétés de l'acide tannique auxquelles on a donné le nom de rouge de quinquina soluble et insoluble. Les effets des acides quinovique et quinique sont très-peu connus. Le premier est un amer qui doit participer des propriétés toniques de la plupart des éléments du quinquina.
Les diverses écorces de quinquina sont loin de contenir ces principes en égales proportions. Les unes sont principalement riches en quinine, d'autres en cinchonine , d'autres enfin en principes astringents ou aromatiques. Ces variations dans la richesse des écorces tiennent à deux circonstances principales : 1° à la valeur de l'espèce botanique qui fournit le quinquina ; 2° aux conditions dans lesquelles ont vécu les individus.
Les espèces qui se rangent autour du Calisaya sont généralement regardées comme les plus riches en alcaloïdes ; ce sont principalement des arbres à feuilles lisses, glabres , luisantes , de dimensions moyennes , souvent scrobiculées : les espèces à feuilles grandes etpubescentes se rapportent le plus souvent au type du Cinchona pubescens , inférieur au point de vue des produits officinaux.
La structure analomique des écorces paraît être aussi un indice de leur richesse en quinine ou en cinchonine. C'est du moins ce que semblent prouver les recherches microscopiques de M. Weddell confirmées par celles de M. Phœbus sur les écorces décrites par MM. Delondre
i Weddell, loc. cit., 24-25.
et Boucliardat dans leur Quinologie. Les espèces les plus riches en quinine sont celles qui se rapprochent le plus dans leur structure anatomique du type Calisaya, et dont la fracture transversale est par suite courtement fibreuse sur toute son étendue. Les écorces à fracture filandreuse à l'intérieur, subéreuse à la partie externe , répondant par conséquent au type Scrobicuiata , sont moins riches en alcaloïdes ; enfin , les plus pauvres en principes actifs et particulièrement en quinine, sont ceux dont la fracture, cellulaire à l'extérieur, ligneuse dans les couches internes, rappelle celle du C. pubescens.
Ces faits paraissent actuellement bien établis. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est le siège des alcaloïdes dans l'écorce. Sur ce point important , deux opinions diamétralement opposées sont en présence.
M. Weddeil a résolu la question de la manière suivante: « La quinine a de préférence son siège dans le liber, ou, pour parler plus exactement, dans le tissu cellulaire interposé aux fibres du liber, et la cinchonine occupe plus particulièrement celui qui constitue la tunique ou enveloppe cellulaireproprement dite1. » Cette assertion repose sur ce que les écorces les plus riches en quinine sont celles qui ne contiennent que les couches du liber, tandis que celles où prédomine l'enveloppe cellulaire contiennent surtout de la cinchonine. Cette opinion a été adoptée et soutenue par plusieurs auteurs, et entre autres par M. Karsten dans son Mémoire sur les écorces officinales de la Nouvelle-Grenade. Des expé-
> Weddeil, ibid.
riences directes semblent cependant la contredire ou lui enlever du moins le caractère de généralité qui lui est attribué. C'est M. Howard' qui a entrepris les recherches curieuses que voici :
Une écorce de Cinchona lancifolia a été divisée en deux portions: l'une extérieure contenant la couche cellulaire et quelques fibres corticales ; l'autre intérieure, uniquement formée des- couches du liber. L'analyse chimique des deux portions a donné les résultats suivants:
Pour la portion extérieure :
Quinine 4,18 %
Ginchonine et cinchonidine . . 1 ,02
Total 2,20
Pour la portion intérieure :
Quinine 0
Cinchonine et cinchonidine. . 0,93
Total 0,93
Cette expérience, dont les conséquences sont tout à fait contraires aux idées de MM. Weddell etKarsten, s'est trouvée confirmée par une autre, faite sur les écorces de la même espèce.
Les écorces toutes jeunes, qui ne contiennent guère que l'enveloppe cellulaire, ont donné :
Quinine . . 4,07%
Cinchonine et cinchonidine 0,88
Total 4,95
i Howard ; loc. cit. : Microscopicals observations, pag. 4-5.
Les morceaux enroulés, d'un quart de pouce de diamètre :
Quinine 4
Cinchonine et cinchonidine 0,90
Total 4,90
Ceux d'un demi-pouce de diamètre, avec un liber trèsdéveloppé :
Quinine 0,74
Cinchonine et cinchonidine 4,03
Total 4,74
Les mêmes expériences faites avec le quinquina rouge ont donné des résultats analogues.
Une circonstance que les derniers voyageurs ont surtout remarquée, pouvait du reste faire prévoir une pareille solution du problème. Les conditions climatériques qui paraissent les plus favorables à la production des alcaloïdes sont les plus contraires au développement des fibres corticales. Les troncs qui ont prospéré dans les vallées chaudes des Andes , sont remarquables par la prédominance de leurs fibres sur les autres tissus; ils renferment peu de principes actifs. Les individus delà même espèce, sous l'influence des froids tempérés des hauteurs, deviennent au contraire riches en alcaloïdes, tandis que le tissu du liber cède la place aux zones cellulaires.
Cette influence de l'exposition et de la hauteur sur la richesse des écorces , paraît bien constatée1 pour plu-
1 Voir Howard, ibid., et sparsim.
sieurs espèces, les C. lancifolia, C. Pitayensis, C. succirubra, etc., etc., et il est probable que les observations ultérieures ne feront que confirmer et étendre les résultats de ces premières recherches.
Préparations 'pharmaceutiques. — Sous quelle forme la pharmacie utilise-t-elle les principes contenus dans les quinquinas? C'est ce qu'il nous faut maintenant examiner brièvement.
Les préparations ont pour base, soit les alcaloïdes et les sels qui en dérivent, soit les écorces officinales ellesmêmes.
1° Préparations de quinine. — Elles sont éminemment fébrifuges, et doivent être employées de préférence à toute autre, dans le cas où il faut agir rapidement et sûrement : dans les fièvres intermittentes graves, les accès malins, par exemple.
On n'administre que rarement la quinine elle-même, c'est le plus souvent son sulfate qu'on prescrit, en poudre, en vin, en potion, en sirop ou en pilules. On le fait parfois absorber par la peau, à l'état de teinture alcoolique ou de pommade.
Les nitrate , citrate, tartrate, hydrochlorate, hydroferrocyanate, et surtout le valérianateetle lactate de quinine, sont aussi employés dans les mêmes circonstances et sous les mêmes formes. Enfin , quelques auteurs recommandent un éther quinique qui, absorbé par les voies respiratoires , peut avoir des avantages dans quelques cas particuliers.
Sous le nom de quininebrute{ , MM. Trousseau et Pidoux préconisent un mélange de quinine, de cinchonine, de matières grasses et de parties colorantes, qu'on obtient en traitant les écorces par l'acide chlorhydrique, la chaux et l'alcool, et faisant ensuite évaporer à siccité. Cette substance est moins amère que le sulfate de quinine ; elle a en outre l'avantage d'agir à plus petite dose.
La quinoïdine se rapproche beaucoup par sa composition de la quinine brute : elle contient comme elle de la quinine, de la cinchonine et des produits provenant de l'altération de ces bases2.
Préparations de cinchonine. — Les mêmes que celles de quinine. Elles sont beaucoup moins employées, bien qu'aussi efficaces à doses un peu plus élevées.
Préparations pharmaceutiques des écorces de quinquinas. — Toutes les écorces riches en principes actifspeuvent être employées dans les préparations pharmaceutiques; on ne doit en repousser aucune. Longtemps les quinquinas de Loxa ont été préférés à tous les autres; devons-nous, comme on le fait trop souvent aujourd'hui, les laisser de côté, parce qu'ils ont été reconnus moins fébrifuges que les quinquinas jaunes, riches en quinine, et ne méritent-ils pas à d'autres égards l'importance qu'on leur accordait il y a quarante ans? M. Soubeiran a fait à ce sujet des observations pleines de bon sens, et
1 Trousseau et Pidoux ; Thérapeutique et matière médicale. Paris, 1855, tom. 11, pag. 357.
2 Bouchardat; Formulaire magistral. Paris, 1856, pag. 292.
qu'il est utile de bien méditer : « Quand on ne se laisse pas dominer par une idée préconçue, qu'on examine avec sang-froid et surtout qu'on a manié comparativement l'une et l'autre écorce, on s'aperçoit que ce quinquina gris, tant honni, a bien quelques qualités que l'on ne trouve pas au même degré chez son antagoniste, le quinquina jaune : il est moins amer, mais il est aromatique, mais il a une saveur plutôt astringente qu'amère, mais il rend à l'eau plus de parties solubles, et à cet égard il peut revendiquer sa part d'avantages. Je ne sache pas que, parce qu'il fait la base de préparations officinales, les médecins aient pour cela cessé de prescrire ces préparations et de s'en bien trouver, et l'on serait fort embarrassé, je crois, de citer des expériences qui témoignent de son. infériorité, quand il ne s'agit pns d'une action antipériodique franche. Cessons donc de le proscrire ; le quinquina jaune et le quinquina gris sont des écorces bonnes toutes deux, bien qu'à des titres différents1. » Il s'agit donc desavoir choisir suivant les indications : si nous reprochons au Codex d'avoir trop souvent prescrit les quinquinas gris pour les préparations officinales, ne tombons pas dans une exagération analogue en n'estimant une écorce que d'après sa richesse en quinine.
Le quinquina peut être administré en poudre comme fébrifuge, ou bien encore sous les formes diverses qui résultent de son traitement par l'eau , l'alcool , et les boissons fermentées. On fait aussi un sirop, des bols et
l Soubeyraa; Journal de pharmacie, 1852, pag. 302.
des électuaires dont le quinquina forme la principale base.
" 1° Traitement des écorcespar l'eau. — La macération du quinquina dans l'eau produit une liqueur peu énergique, qui ne renferme qu'une faible proportion de principes actifs. L'infusion est plus efficace : on ne peut cependant l'employer comme fébrifuge, mais simplement comme tonique. La décoction paraît au premier abord plus chargée de principes actifs. M. Orrillard a montré cependantqu'elle devait être moins efficace que les autres préparations aqueuses f .
Les extraits obtenus au moyen de l'eau sont aussi différents dans leurs effets. L'extrait sec ( sel essentiel de de Lagarraye) ne renferme que peu de quinine : c'est un excellent tonique , qui peut rendre de grands services. L'extrait mou contient beaucoup plus de quinine et de cinchonine ; on ne l'emploie cependant d'ordinaire que comme tonique ou hyposlhénisant.
2° Traitement par l'alcool. — Ce liquide épuise le quinquina de ses principes fébrifuges , toniques et astringents: aussi toutes les préparations alcooliques sontelles très-efficaces. Ce sont surtout les extraits qui agissent activement dans les fièvres intermittentes. Quelques-uns méritent une mention spéciale :
La résine de quinquina, qui n'est autre chose qu'un extrait alcoolique, est employée très-habituellement à Montpellier, seule ou associée au sulfate de quinine ; elle agit très-efficacement comme tonique et fébrifuge.
1 Orrillard ; Étude sur les préparations galéniques de Quinquina, ex Réveil. (Annuaire pharmaceutique, 1863, pag. 34.)
Le quinium, ou extrait alcoolique à la chaux, a été préconisé par M. Labarraque'; il doit être préparé de manière à contenir 2 °/0 de quinine et 1 °/0 de cinchonine; on fait des pilules et du vin de quinium.
Il ne faut pas confondre avec ce quinium une substance de couleur jaune et d'apparence résineuse, qui porte le nom de quinio. On la retire de l'écorce fraîche de quinquina en la traitant successivement par la chaux et par l'alcool. Le produit paraît très-riche en alcaloïdes2.
3° Traitement par les liqueurs fermentées. — Le vin chargé de tous les principes actifs du quinquina est un excellent tonique; plus rarement on le donne comme fébrifuge. On prescrit aussi quelquefois de la bière au quinquina.
§ iv.