MICRON
Sur une question aussi vaste que celle qui m’est échue parle sort, il est évident que j’aurai fait bien des omissions, et que quelques chefs de considérations auront pu m'échapper. J’accepte donc d’avance toutes les objections qui pourront m’être faites à cet égard , en espérant toutefois qu’on voudra bien reconnaître que la vie d’un homme profondément instruit suffirait à peine pour traiter convenablement un sujet qui se rattache aux études et aux recherches les plus élevées de l’histoire , de la philosophie , de l’archéologie , de l’ethnographie, des sciences géographiques , etc. , etc.
J’aurais désiré, il est vrai , donner à ma thèse (et c’était chose facile) plus de volume, à défaut de plus de mérite ; mais l’homme ne peut pas toujours tout ce qu’il veut; il est des circonstances impérieuses devant lesquelles la volonté la plus énergique est forcée de s’incliner.
Qu’il me soit permis aussi de présenter une observation qui peut me mettre à l’abri de certains reproches. Tout en sentant que le but de cette thèse est essentiellement anatomique et physiologique, j’ai pu, j’ai du même , d’après la nature de la question , traiter, en terminant, de l’influence exercée sur les peuples par l’état sauvage, l’état social, le gouvernement, la religion et l’éducation. Ces modificateurs n’agissent pas, il est vrai, directement sur le physique; leur action est essentiellement intellectuelle et morale; cependant ils doivent à la longue faire éprouver
a l'organisation des changements plus ou moins apparents, et, sous ce rapport, j’ai pu m’en occuper sans trop m'éloigner de l’objet principal.
Que si l’on trouvait que j’ai donné trop de développements à quelques idées , je dirais d’abord qu’il faut beaucoup de temps pour s’exprimer à la fois d’une manière claire et concise, et ensuite que j’ai présenté assez souvent des idées qui me sont propres, et, par cela même, plus difficiles peut-être à faire accepter de prime abord. J’ai donc été plusieurs fois naturellement engagé à donner une certaine étendue à leur exposition.
Au reste, j’ose espérer qu’on voudra bien tenir compte de la nature souvent fort entraînante du sujet, et de cette espèce de tendresse paternelle pour tout ce qui est le fruit de réflexions qu’on ne doit qu’à soi-même. C’est une faiblesse si générale qu’elle me sera, je l’espère, généralement pardon née.