DES
L’Univers a-t-il eu line origine ou a-t-il existé de tout temps? Une impulsion, une puissance incréée, sortie tout-à-coup du sein d’une éternelle immobilité, lui a-t-elle donné naissance, ou bien la matière, la propriété , le phénomène ont-ils toujours rempli le vide d’un espace infini ?
Depuis les premiers temps connus, d’innombrables foyers de chaleur et de lumière vivifient des systèmes qui roulent autour d’eux ; ces systèmes sont peuplés d’une multitude d’êtres qui, depuis la condition la plus simple de la matière , s’élèvent suc-
Avant d’examiner les races humaines , je vais d’ahord éliminer uneespèce de singe, l’orang-outang-, que quelques naturalistes ont réuni à l’homme. Mais il en diffère sous un nombre de rapports assez importants, assez essentiels, pour qu’on doive l’en éloigner, et ces rapports sont relatifs aux caractères physiques , intellectuels et moraux.
Caractères physiques. — Il a quatre mains : celle du membre inférieur est proportionnellement moins large que le pied de l’homme , et le pouce , très mobile, opposable aux autres doigts, transforme celte main en un organe de préhension et de toucher. Outre ces premiers et principaux caractères , il en est une multitude d’autres, tels que la petitesse relative du cerveau, l’absence presqu’entièredu front etsa grande inclinaison en arrière ; la direction des yeux presque entièrement tournés en avant; la grande obliquité des dents dans ce dernier sens ; le grand développement de la mâchoire inférieure; la longueur du bras ; l’étroitesse du bassin ; la gracilité de la jambe, etc.
Caractères intellectuels . — L’orang-outangs’éloigne encore plus de l’homme par ces caractères que parles précédents, car il ne paraît pas avoir plus d’intelligence que le chien. Au reste, comme tous les autres
lcraent reçues ; et d’ailleurs , quand il s’agit d'une simple définition qui, dans ce cas-ci , ne peut , je pense, donner lieu à aucun inconvénient , on peut bien se permettre de n’étre pas plus rigoureux que ne l’est Cuvier , par exemple.
DES RACLS HUMAINES.
animaux, il manque entièrement delafacullé île comparer les choses, de manière à remonter des effets aux causes; d’où son inaptitude à améliorer, à perfectionner, à se livrera une suite de découvertes propres à servir de base à une science ; inhabile à articuler des sons, il n’inventera jamais les signes d’un langage artificiel ; rien n’indique qu’il se forme des idées abstraites, qu’il généralise, et, caractère négatif bien tranché , il ne prévoit pas la fin de l’existence , ne pénètre pas dans l’avenir , ne se forme aucune idée d’un être supérieur à tous les autres , créateur de l’univers , dispensateur des récompenses ou des punitions éternelles, d’où absence de toute espèce de religion.
Caractères moraux . — L’orang-outangest sans doute susceptible d’affection, de reconnaissance et de quelques autres sentiments analogues, mais il est certainement étrangers la vénération, à lagloire, à l’honneur, etainsi de suite; il n’est capable ni de crime ni de vertu; il vit sans souvenirs honorables, comme il vit aussi sans remords ; il n’y a pour lui ni justice ni probité ; enfin , rien de ce qui est relatif à la morale ne lui sera jamais connu. On voit donc quel’orang-outangdiffere essentiellement de l’homme ; on pourrait même dire qu’il semble ne s’en rapprocher que pour rendre le contraste encore plus frappant, car à la stupidité vient s’opposer le génie, à la grimace la beauté de l’expression , et à des cris rauques ou déchirants les nobles accents de la voix qui commandé.
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Cela posé , je vais , après avoir considéré L’homme d’une manière générale , examiner les races sous le rapport, i° de leur origine ; 2<> de leurs caractères généraux; 5° de leur nombre ; 4° de leurs caractères particuliers; 5« de leurs anomalies ; 6° de leurs modifications produites par de nouveaux climats ; 70 de l’influence qu’exerce sur elles Y état sauvage , Y état social , le gouvernement , la religion et Y éducation.
De C Homme en général.
Caractères p hj sic/ ues. L’homme, destiné à se placer, à se mouvoir dans une situation verticale, a le pied large et très concave en dessous, surtout du côté interne , côté sur Lequel agit principalement le poids du corps j les orteils sont courts, moyennement mobiles, et le premier, extrêmement volumineux, parce qu’il est placé en dedans , diffère du pouce en ce qu’il 11’est ni plus mobile que les autres auxquels par conséquent il n’est pas opposable , ni situé sur un plan plus avancé vers la plante du pied ; il en diffère encore par sa longueur relative qui souvent est égale à celle du second. Enfin, le pied est placé à angle droit audessous de la jambe , ce qui fait que celle-ci repose sur la convexité de sa voûte légèrement flexible, et il la dépasse en arrière d’une assez grande quantité, du tiers ou de la moitié du calcanéum qui fournit ainsi un long bras de levier aux muscles qui , en surmontant le poids du corps, détachent le talon du sol. Ob-
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servonsque tout, dans les os, les ligaments et les muscles du pied, est disposé, de la manière la plus favorable à la station et à la progression , ainsi qu’à la diminution de l’ébranlement que reçoit si souvent le cerveau de la part du squelette. On peut retrouver dans la plus petite facette osseuse le témoignage des soins qu’a pris la nature pour soustraire le centre de la sensibilité et du mouvement aux accidents si graves de la commotion.
On voit que le pied offre toutes les conditions qui constituent un appui souple et solide, mais qu’il n’est point un organe de toucher et de préhension , quoique à la rigueur on puisse par son moyen reconnaître , jusqu’à un certain point, les formes des corps et saisir ceux qui n’offrent qu’un très petit volume ; telles sont, par exemple , les inégalités du sol auxquelles le pied s’accroche pour ainsi dire dans la station et la progression , lorsque le plan sur lequel il repose est plus ou moins incliné. On sait , au reste , que les individus privés de mains, soit par accident, soit d’une manière naturelle, parviennent, à force d’exercice, à remplacer jusqu’à un certain point l’organe essentiellement destiné à toucher et à saisir ; et nous avons aujourd’hui l’exemple de Ducornet qui , entièrement privé de bras, fait des tableaux que ne désavoueraient pas plusieurs de nos peintres les plus célèbres.
La jambe est un peu oblique en avant et en dedans, et non parfaitement verticale, comme on le dit, disposition qui lui donne une légère tendance à se ren-
DLS RACES HUMAINES.
verser vers les plans interne et antérieur, ce qui cependant ne peut pas avoir lieu à cause de l’action musculaire, et diminue jusqu’il un certain point la dureté d’appui qu’offre l’articulation tibio-tarsienne.
L’os de la cuisse est fortement oblique en bas et en dedans, infléchi en haut à angle plus ou moins ouvert, ce qui augmente encore son obliquité ^ et ajoute un très haut degré de mollesse au point d’appui offert à la fois par les articulations fémoro-tibiale et coxo-fémorale. Cette obliquité a encore le grand avantage d’établir en haut , entre les deux os , un grand espace propre à recevoir les grosses masses charnues si nécessaires pour ramener le membre inférieur en dedans, lorsque ce membre, chargé de tout le poids du corps ou même encore de poids surajoutés, a été fortement porté en dehors.
Le bassin, très large, offre une base de sustentation dont l’étendue augmente l’espace dans lequel peut se balancer le centre de gravité des parties placées au-dessus de ce groupe osseux. Les deux fémurs en avant et sur les côtés , la colonne vertébrale en arrière, tendent à le faire rouler sur luimême, et le pressent par conséquent en sens contraire, avec un très haut degré de mollesse, d’où résulte toujours l’affaiblissernentdes chocs et des secousses. N ’oublions pas de faire remarquer l’obliquité du bassin en bas et en arrière, obliquité qui, déjà favorable aux effets qui viennent d’être indiqués , rejette en arrière le sommet du bassin au-delà de la saillie que (orme la portiou lombairede la colonne vertébrale, et soustrait
ainsi en grande partie la cloison molle qui constitue ce sommet à l’action de la colonne viscérale de l’abdomen , colonne alternativement pressée de haut en bas par l’action du diaphragme (i).
La colonne vertébrale, par ses inflexions alternatives qui se corrigent mutuellement, offre pour la solidité de superposition les avantages de la rectitude
(i)Dans cette appréciation de l’action à laquelle sont soumises les parties molles du sommet du bassin , je n’indique point le poids des organes , dont on ne cesse de parler, auquel on rapporte les hernies , divers embarras dans la circulation du sang veineux, etc., et je ne l’indique point, parce que tous les organes thoraciques et abdominaux sont absolument impondérables les uns à l’égard des auires. En effet , les poumons , toujours pénétrés par l’air qui ne cesse de les distendre dans tous les sens, sont comme fixés, comme adhérents aux parois de la cavité thoracique. Pour qu’ils pussent s’en détacher , il faudrait qu’il s’établît un vide entre eux et ces parois ; or, c’est ce que ne saurait permettre l’air extérieur. Abstraction faite de l’adhérence du diaphragme au péricarde, la face supérieure de ce muscle est partout contiguë; elle est dans un contact immédiat avec la base des poumons, et elle ne peut pas plus se séparer de ces organes, que ceux-ci ne peuvent abandonner les parois delà poitrine; pour qu’elle pût s’en séparer, il faudrait qu’un vide se formâtau point de contiguité , et c’est encore ce à quoi s’oppose l’air extérieur qui pèse sur les parois molles de l’abdomen. Le foie , l’estomac sont au diaphragme ce que celui-ci est aux poumons, ce que ceux-ci sont aux parois thoraciques ; l’arc du colon , le mésocolon transverse, partout contigus aux parties qui les entourent , leur sont fixés aussi solidement que s’ils leur fussent unis, et ainsi de suite à l’égard de tous les autres organes.
Mais à quoi servent donc les divers liens, tels que le péricarde, les ligaments suspenseur, coronaire , triangulaires du foie, ceux de la vessie et de l’utérus , toutes les expansions péritonéales dé-
et pour l'affaiblissement du choc, tous ceux de la courbure , la tête se balance comme sur un ressort élastique, qui revient sur lui-même après avoir cédé.
ployées autour des intestins ? Ils servent à empêcher , dans un sens quelconque , mais à un degré déterminé par celui de leur étendueou de leur laxité, le déplacement des organes auxquels ils sont fixés. Ainsi, sans le péricarde, le cœur pourrait, au préjudice des fonctions pulmonaires, s’éloigner beaucoup trop de la place qu’il occupe. Le foie, en glissant sur les parties voisines, pourrait aller occuper le fond du bassin, ou, selon l’état des viscères, se placer dans un autre point de l’abdomen ; et alors que deviendrait sa fonction ainsi que celle de l’appareil digestif? Tous ses vaisseaux ne seraient-ils pas rompus , ou au moins tiraillés ou comprimés à-un degré tel, que la circulation des liquides qu’ils renferment ne pourrait plus se faire ? Comment la bile pourrait-elle parvenir au duodénum? Comment s’effectuerait le cours des matières alimentaires , si lè tube intestinal, dépourvu du mésentère, pouvait se mêler, se confondre avec tous les autres organes , etc. , etc.
C’est l’inspection cadavérique qui a donné lieu à l’erreur. Des organes mis à découvert , soumis à l’action de l’air atmosphérique , ont obéi à tout leur poids , l’estomac s’est affaissé sur les intestins , ceux-ci se sont précipités vers la cavité pelvienne , etc. Que dis-je cependant ? Sur ce même cadavre, quelques organes ont conservé leur impondérabilité. Ainsi , tant que la poitrine n’est point ouverte, les poumons restent fixés aux parois thoraciques j vainement tiraillé par le foie , le diaphragme ne sc détache point de la base de ces organes ; tout ici se comporte comme dans l’état de vie : c’est qu’en effet les conditions de cet état ont persisté ; les poumons ont partout leur surface contiguë aux parois de la poitrine , et le diaphragme leur est également contigu. Ouvrez la poitrine, et tout tombe, tout s’affaisse, ainsi que cela a eu lieu pour l’abdomen , dès que ses parois ont été divisées.
Aiasi donc aucun des organes examinés ne soutient, aucun
Le crâue, oblique en bas et en arrière, donne lieu par suite de cette disposition à de si grands avantages, qu’il est bien étonnant que personne n’en ait encore parle. Cette obliquité en effet est pour le cer- , veau un puissant moyen de protection , car cet organe si mou, si délicat, si facilement altérable par la pression et l’ébranlement, tend à glisser, ne porte point de tout son poids sur la base inclinée, échappe * par conséquent en partie à l’action de ce poids qui tend à l’écraser, et n’est que faiblement soumis aux diverses secousses que le squelette peut lui transmettre. Par suite de la même disposition , la colonne vertébrale s’unit à angle aigu à l’occipital , ce qui donne encore lieu à des avantages semblables aux précédents. L’espace anguleux formé par labase du crâne et une ligne horizontale tangente à la partie la plus reculée de cette base, reçoit la face qui, ainsi natu--
n’est soutenu ; chacun d’eux, soumis à l’action d’une force extérieure , reste à sa place dans le sens vertical , et ses glissements latéraux trop considérables sont prévenus par un certainnombre de liens, Mais non-seulement la chose est,ilestencore nécessaire qu’elle soit. Que deviendraient, en effet, les fonctions des organes les plus inférieures soumis à tout le poids de la colonne viscérale? La circulation du sang veineux serait suspendue dans ses vaisseaux affaissés ; la vessie persévérerait dans un état complet d’aplatissement ; le rectum serait comme écrasé contre le sacrum et le coccyx; enfin l’exercice des fonctions les plus importantes ne cesserait d’être troublé ou suspendu, tandis qu’à la faveur de l’impondérabilité relative, l’organe le plus délicat et situé à la partie la plus inférieure, s’exerce, remplit ses usages avec autant de facilité que celui qui occupe la place la plus élevée. C’est peut-être ici que la nature a su le mietix soustraire le jeu du solide vivant à l’influence du poids de la matière.
Tellement tournée vers le plan antérieur, donne à l’organe de la vue la situation la plus favorable à l’exercice de sa fonction , et transmet en même temps à l’homme son caractère de noblesse et de grandeur.
Si le crâne eût été horizontal > la face, tristement / Journée vers la terre , aurait transmis à l’œil la I même direction, et, ramené aux conditions de la brute, l’hoinme aurait perdu toute sa dignité. Dans la même supposition, le centre de gravité du crâne se serait balancé à peu près au-dessus du milieu de sa base et pour que ce système osseux eût été sensiblement en équilibre sur la colonne vertébrale, il aurait fallu que celle-ci s’appliquât presque contre la région postérieure de la face; mais alors que serait devenu cet espace occupé par l’organe si important qui reçoit les aliments élaborés par les organes de la bouche? L’inclinaison au contraire rejette de plus en plus en arrière le centre de gravité, la colonne vertébrale pour rester à peu près au-dessous de ce point, peut se retirer dans la même proportion vers le plan postérieur, et l’intervalle qui s’établit entre elle et la face est occupé par le pharynx; enfin la colonne vertébrale , ainsi rejetée en arrière , s’articule avec l’os le plus reculé de la base du crâne , et l’ébranlement transmis, ayant à parcourir tous les os placés au-
devant de celui-là, c’est-à-dire le plus grand nombre
possible, perd une grande partie de son intensité.
Les membres supérieurs , latéraux, mais rejetés en arrière , ramènent dans ce sens le centre de gravité dont la situation , déjà trop antérieure par suite du
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volume de la poitrine, a rendu nécessaire la concavité antérieure de la portion dorsale de la colonne vertébrale et la grande courbure de la partie postérieure des côtes ; dispositions en effet qui projettent ce centre vers le plan postérieur.
Il est aisé de voir que tout ce qui vient d’ètre exposé est dans le rapport le plus parfait avec la des^ tination de l’homme à l’attitude bipède. Mais il est encore d’autres dispositions plus ou moins favorables à cette attitude. Ainsi, les muscles extenseurs du pied et de la cuisse sont très développés, d’où le volume proportionnel du mollet et de la fesse, plus grand dans l’homme que dans les autres animaux. Les artères qui se distribuent au cerveau n’offrent point à la base du crâne ces nombreuses subdivisions qui ont lieu chez beaucoup de quadrupèdes, subdivisions dont les effets sont sans doute remplacés par ceux auxquels donne lieu la situation bipède ; il semble
en effet que , relativement au degré d’excitation , il y ait compensation entre une masse de sang lancée, d’un côté, par des vaisseaux d’un gros calibre, mais de bas en haut, et, de l’autre, par un lacis de vaisseaux plus ou moins déliés, mais dans une direction horizontale. Cependant l’homme passe une assez grande partie de sa vie en donnant à son corps cette dernière direction , et il n’en résulte pas les fréquentes apoplexies, qui, dit-on, auraient lieu s’il marchait sur ses quatres membres; elles ne seraient pas sans doute plus fréquentes que ne le seraient les syncopes pour les quadrupèdes qu’on ferait tenir debout.
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L’homme est extrêmement ■ remarquable par la conformation de sa main , dont la perfection répond à celle de son intelligence. Composée d’un grand grand nombre d’os qui lui transmettent les uns beaucoup de solidité et les autres une mobilité très grande, elle est pourvue démuselés extrinsèques qui donnent lieu à des mouvements de totalité, et à des mouvez ments partiels, relatifs aux doigts, et de muscles intrinsèques qui agissent exclusivement sur ces dernières parties. Le pouce, plus court', plus gros, plus mobile que les autres doigts , est placé sur un plan antérieur à celui qu’ils occupent , et il leur devient ainsi opposable , ce qui transforme la main en un quadruple compas à branches brisées , compas qui, déstiné à apprécier les formes et à saisir des objets peu volumineux , termine lui-même les branches du grand compas formé par les membres supérieurs et destiné à saisir , à embrasser les corps d’un grand volume. Les doigts constituent de petits membres qui sont au corps de la main ce que les grands sont au corps proprement dit , et les parties qui les constituent sont entre elles ce que le bras et l’avantbras sont l’un à l’égard de l’autre. Ainsi, la prènrère phalange et l’humérus exécutent de part et d’autre les grands mouvements ; la seconde est par son extrémité supérieure un petit cubitus qui s’étend et se fléchit sur la première, analogue par son extrémité inférieure . à un petit humérus , etc. Tous les doigts qui forment des limites sont pourvus de deux extenseurs , tels sont le pouce, l’indicateur et le petit
doigt , ces deux derniers limitant l’espèce de palette qu’ils forment avec les deux du milieu. Les quatre derniers doigts ont deux longs fléchisseurs , le pouce n’en a qu’un , et celui-ci ainsi que le cinquième ont de plus un court fléchisseur , etc. Enfin , la pulpe de chaque doigt , placée du côté de la flexion, reçoit de gros vaisseaux et des nerfs volumineux qui lui transmettent un degré de vie et de sensibilité en rapport avec la délicatesse du tact dont elle est pourvue, et l’ongle q.ui la sou tient, favorise l’exercice de ce sensy en résistant à la pression qu’elle exerce sur les corps' auxquels elle s’applique.
L’homme , pourvu de beaucoup, d’adresse, n'a pas en général un degré proportionné de force; il n’a reçu de la nature ni des armes offensives ni des armes' défensives , de sorte qu’il est, sous ce rapport, beaucoup moins favorisé de la nature que la plupart des animaux , mais son intelligence lui procure ample-' ment tout ce qui lui a été refusé.
Son cerveau , siège de cette intelligence , est relativement plus volumineux et pourvu de plus grosses circonvolutions que celui des autres animaux.
Ses sens , tous assez délicats, sont plus remarqua-* blés par l’harmonie qui existe entre eux que par un: haut degré de perfection.
Inférieur pour la voix à plusieurs animaux ; il est parmi les mammifères le seul qui ait la faculté d’articuler des sons et le seul de tous les animaux qui soit doué de la parole, moyen dont il se sert pour* exprimer ses pensées et ses sentiments.
L’homme est omnivore; ses trois espèces de dents le prouvent, et ce qui le prouve encore mieux , c’est qu’il mange de tout.
En rapport avec cette destination , il est pourvu d’un tube intestinal d’une longueur médiocre. Le cæcum, gros et court , est surmonté d’un appendice qui paraît être sans usage , ou qui du moins est ignoré.
L’homme est en tout temps porté à l’amour, et
* en aucun il ne s’y livre avec cette fureur qui chez les animaux porte le nom de rut.
La femme est pourvue d’une matrice à cavité unique et de deux mamelles pectorales.
De son union avec l’homme provient un nouvel être qui est mis au jour neuf mois après le moment de la conception.
Longtemps faible et incapable de satisfaire à ses besoins, l’enfant, à mesure qu’il avance en âge, croît
• toujours de moins en moins, tandis qu’avant de naître, „ son développement a lieu selon une progression croissante ; il cesse , en général , dé croître vers l’âge de
ê dix-huit ans , il devient pubère de douze à seize ans, la jeune fille plus précoce , l’est de dix à douze ans ; mais cette époque varie beaucoup selon les climats.
La puberté se manifeste par des signes différents dans les deux sexes. Le jeune homme qui se dépouille du caractère enfantin du premier âge prend une expression plus mâle, une attitude plus assurée, le timbre de sa voix change , il revêt le caractère de .celui de l’homme, en même temps, un léger duvet
couvre son menton, et souvent il devient sombre, mélancolique ; l’amour a déjà fait palpiter son cœur. Quant à la jeune fille, conservant encore les traits qui caractérisent l’enfance et le ton aigu de la voix, elle prend, en général, plus d’embonpoint, ses membres s’arrondissent, sa taille se prononce, son sein surtout se développe, la menstruation s’établit, enfin elle devient timide, modeste, et commence à rougir.
A une époque plus ou moins postérieure à celle où le corps cesse de croître en hauteur, l’homme 1 commence à acquérir plus d’épaisseur par l’accu- ^ mulation de la graisse dans le tissu cellulaire , peu à peu ses organes se raidissent, s'exercent difficilement, s’altèrent de diverses manières , ses cheveux * blanchissent et tombent , son front se ride , tous ses traits s’affaissent, perdent leur expression, son corps, faible et vacillant, se courbe, s’incline vers la terre, et enfin il rend à ce réservoir commun de la matière les éléments qu’il en avait reçus.
Il parvient ainsi du moment où il reçut le jour à celui où il cesse d’étre, en passant successivement par les différents âges : l’enfance, l’adolescence , la jeunesse, l’âge viril, la vieillesse, la caducité et la
décrépitude , dernier terme de la vie dont un siècle mesure rarement la durée.
Caractères intellectuels et morauoc. — Ces caractères sont ceux qui impriment à l’homme les traits les plus spéciaux, mais, comme leur examen m’entraînerait beaucoup trop loin, je me bornerai à dire que
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ceux de ces caractères que j’ai d’abord refusés a l’orang-outang pour le placer à coté des autres animaux, appartiennent essentiellement à l’homme.
Origine des races .
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Le genre humain, formé d’espèces si différentes, esl-il issu d’un premier homme, ou bien provient il de plusieurs ? En d’autres termes, l’origine est-elle U unique ou multiple? Il est évident qu’il est impossibiede répondre à celte question, du moins lorsqu’on se borne à la considérer d’une manière philosophique. Ainsi , qu’il me suffise de l'avoir énoncée'.
Caractères généraux des races .
Ces caractères , étrangers à l’essence de l'organisation , ne portent que sur des modifications de forme, de volume et de couleur. Ainsi , celles de forme et de volume sont relatives à la totalité delà tête , au crâne , à la face , aux diverses parties de cette dernière , telles que les lèvres, le nez , les yeux , etc. ; et celles de couleur appartiennent spécialement aux cheveux et à la peau, et plus particulièrement à celleci. Mais observons que, pour avoir de la valeur , ces caractères doivent être en certain nombre ; car un Européen , par exemple , qui aurait les lèvres et le nez semblables à ceux du Nègre , n’en appartiendrait pas moins à la race Européenne. Lui ressemblât-il même en tout, excepté sous le rapport de la couleur,
il n’en serait pas moins essentiellement différent. Enfin un homme parfaitement noir pourrait ne pas être de la race Nègre , car certains Asiatiques peuvent avoir la peau extrêmement noire.
Les caractères des races actuelles sont-ils primitifs, c’est-à-dire en tout semblables à ce qu’ils étaient à l’origine des premiers hommes , ou bien sont-ils secondaires, c’est-à-dire, ont-ilsété modifiés par la combinaison successive des différentes races? 11 est évident qu’en mêlant presque partout les peuples, les migrations, les invasions, les guerres -, lecommerce,
la navigation , les naufrages, ont dû faire éprouver aux caractères primitifs des altérations plus ou moins profondes, de sorte que depuis longtemps, devenus secondaires, ils sont chaque jour de plus en plus modifiés^ mais, sans ces circonstances, se seraient-ils transmis jusqu’à nous dans toute leur pureté? On répond en général affirmativement , quoiqu’il me semble qu’on puisse raisonnablement douter , car quelle raison a-t-on pour assurer qü’une multitude de circonstances physiques , intellectuelles et morales sont incapables de changer le type primitif des caractères de l’homme? On cite les Juifs qui, comme une espèce inaltérable , traversent les siècles sans éprouver aucune espèce de changement ; mais ne faut-il pas tenir compte de la persévérance de ce peuple singulier à conserver toutes ses habitudes, ses mœurs, sa religion, à se soustraire à l’influence si puissante de l’éducation générale , à rester calme et impassible au sein des agitations qui troublent , pervertissent de
toutes les manières le corps social ? D’ailleurs , quel est celui qui connaît le temps nécessaire pour opérer un changement sensible dans le type primitif de l’organisation? Ce changement, que doivent peut-être décidément amener quelques milliers de siècles , ne peut-il pas être aujourd'hui assez peu avancé pour échapper à l’observation la plus pénétrante , la plus soutenue? Certes , je n’en sais rien ; mais ceux contre lesquels je disserte n’en savent pas assurément da- . vantage.
On cite aussi un grand nombre d’Européens qui , vivant depuis un ou deux siècles dans des régions lointaines, conservent encore tous les traits de leur race. Ici je reproduirai les dernières raisons que je viens de donner. Enfin on cite la persévérance des animaux dans leurs caractères primitifs, après un certain séjour dans des climats plus ou moins éloignés, et l’on invoque à cette occasion M. Roulin , qui a observé que les animaux domestiques, transportés de l’ancien monde dans le nouveau , n’ont éprouvé aucune modification essentielle. J’apprécie infiniment les talents de M. Roulin , que j’ai beaucoup connu en Amérique ; mais ne pourrait-il pas se faire qu’il eut été dans l’impossibilité de saisir un comnien cernent de différences essentielles? L’âne américain, par exemple , est beaucoup plus petit que l’âne européen; or puisque ce changement très sensible s’est déjà opéré, pourquoi ne s’en serait-il pas opéré plusieursautresnon susceptibles encore d’être apercus?D’ailleurs, l’analogie n’est pas l’identité, et elle ne peut jamais
conduire qu’à la probabilité , à la croyance. Ce qui arrive en effet à l’animal pourrait bien ne pas arriver à un être qui en diffère sous un si grand nombre de rapports ; et enfin je répéterai que si l’expérience pouvait avoir assez de durée, ce qui aurait été longtemps insensible deviendrait peut-être extrêmement apparent.
Concluons de là que les caractères primitifs de l’homme sont depuis longtemps profondément altérés, et q,u’on ignore complètement si dans les circonstances les plus favorables, ils nous seraient parvenus dans toute leur pureté. L’origine de l’homme se perd dans un passé si éloigné, si ténébreux , que ce qu’il est ne nous apprend pas plus ce qu’il fut, que nous ne savons ce qu’il deviendra en passant de l’instant présent au dernier instant de l’éternité. Nous ne pouvons pénétrer qu’un atome de la masse des temps, et nous voudrions voir au-delà d’une suite indéfinie de siècles !
Nombre des races.
Un penchant bien funeste et malheureusement' général , consiste à réaliser de simples manières de voir, à chercher dans la nature ce que l’esprit seul a créé, et c’est ce dont nous offre un exemple bien remarquable l’objet dont il s’agit. Suivant qu’il a un esprit plus ou moins diviseur, chaque savant voit un nombre de races plus ou moins restreint, plus ou
moins étendu , et la latitude est telle que , pour le soulagement de la pensée , le véritable nombre se balance très exactement entre trois et seize (i). Ajoutez à cela que les classifications sont au moins au nombre de neuf. Il résulte de là un véritable chaos capable de désespérer celui qui cherche à se faire une idée du genre humain; car, pour comprendre les divers auteurs, il faut les comparer, et c’est ce que très souvent il est difficile, ou même impossible de faire. Il est aisé de mettre en évidence cette désolante vérité , en présentant les neuf classifications indiquées.
(i) La nature n’a pas fait des races ; elle n’a créé que des individus , et c’est nous qui, dans l’impossibilité de saisir chacun de ces êtres innombrables , les réunissons de manière à former des groupes qui nous offrent le simple caractère de l’individualité; il ne faut donc pas chercher dans ces groupes l’importance qu’offrent les choses pourvues d’une existence réelle. Us ne sont pour nous qu’une sorte d’échafaudage au moyen duquel notre esprit opère d’une manière à la fois plus sûre et plus rapide. Trop peu nombreux , ils facilitent extrêmement l’exercice des opérations intellectuelles, mais ils renferment des êtres trop différents les uns des autres; trop nombreux , au contraire , ils rendent ces opérations extrêmement complexes, mais ils nous rapprochent beaucoup de la vérité, qui ne se rencontre que dans l’individu.
Toutes les divisions et subdivisions que nous faisons éprouver aux choses ne devraient jamais cesser d’avoir pour régulateur la satisfaction du besoin ; car enfin dans une recherche quelconque , quel est notre objet, notre but, si ce n’est de combler le vide auquel donne lieu ce besoin ; or ici la division, poussée plus ou moins loin, n’a pas des avantages proportionnés à son étendue; car plus elle se multiplie, plus la complication s'accroît sans entourer les objets de beaucoup plus de lumière. Quelle est donc la classification qu’il convient d’adopter? Celle qui réunit les conditions suivantes : simplicité; groupement d’objets assez analogues pour que la réunion , aidée de quelques subdivisions, n'offre rien de choquant ; généralité telle des caractères, qu'aucune des parties du tout divisé ne soit négligée ; identité dans la nature de ces caractères , et cependant traits distinctifs assez marqués pour que chacun d’eux ne rentre trop aisément ni dans celui qui le suit , ni dans celui qui le précède : or il est aisé de voir que , parmi toutes les classifications précédentes, celles de M. Gerdy offre les conditions indiquées. Je ne balance donc pas à lui donner la préférence. Mais, en en faisant usage, j’aurai soin d’indiquer sa correspondance avec les autres, c’est-à-dire , d’énumérer les différentes races que comprend chacune des divisions.
M. Gerdy, fondé sur des considérations d’histoire naturelle, admet des sous-genres que constituent les quatre couleurs principales qu’il a adoptées , des espèces et des variétés. Il exclut ainsi le mot race qui,
offrant un sens trop précis, est avantageusement remplacé par celui de sous-genre , qui n’exprime qu’une simple division toujours également applicable, quelle que soit ridée qu’on puisse y attacher.
Caractères spéciaux des races examinées chacune
en particulier.