‹ Des rapports conjugauxChapitre 22 sur 27 · RAPPORTS PENDANT L'ÉPOQUE MENSTRUELLE · texte numérisé non relu

RAPPORTS PENDANT L'ÉPOQUE MENSTRUELLE

le diable en fabrique les araignées, les puces, les chenilles et tous les autres insectes dont l'air et la terre sont peuplés.

» Le sang des règles ne diffère en rien du sang ordinaire, et n'a aucune mauvaise qualité, si la femme qui le rend est saine; car, dans le cas contraire, il doit avoir quelque influence sur les objets extérieurs, ainsi que les autres excrétions, lorsqu'elles se font dans un corps affeclé de quelque maladie (i). »

Mais si le sang menstruel est ordinairement exempt des propriétés malfaisantes qu'on lui avait attribuées injustement, il n'est que trop vrai qu'il les contracte, souvent, par son séjour trop prolongé dans le canal utéro-vaginal qu'il est obligé de parcourir. Là, il se corrompt et acquiert tous les caractères des liquides animaux en décomposition, c'est-à-dire une âcreté et une virulence proportionnelles à la durée de sa stagnation dans les parties et à la température des lieux, sans compter encore qu'il participe d'autres conditions idiosyncrasiques de la

(l) M. de Lijnac, De. l'komme et de la femme, considérés phyxiquemeut dans l'élal de mariage. Lille, 1774, t. Jl, p. 106.

femme, dont il nous est impossible d'apprécier exactement l'influence. Du contact de ce liquide vicié, sur la muqueuse du gland et de l'urètre, peuvent résulter, et cela arrive fréquemmeni, des excoriations superficielles qui simulent des chancres, sans en avoir la gravilé, et des blennorrhagies qui en imposeraient pour la gonorrhée de nature spécifique, si elles ne cédaient habituellement, en quelques jours, à un traitement approprié. Nous n'appuierons pas plus longtemps sur ces faits qui sont d'expérience vulgaire.

Quant à la progéniture issue de ce commerce impur, nous en parlerons peu et pour une double cause. D'abord, c'est que nous croyons les conceptions fort rares pendant la durée des règles, eu égard au processus de l'ovule, si la théorie de M. Pouchet est vraie; et, d'autre part, parce que l'observation rigoureuse et scientifique est, jusqu'à présent, muette sur ce point. Il nous faudrait invoquer de vieux préjugés et des croyances populaires, si nous voulions risquer d'émettre autre chose qu'une présomption, à l'endroit des éventualités fâcheuses

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qui pèsent sur les enfants procréés durant la période menstruelle. La tradition veut qu'ils naissent cacliecliques, affectés de scrofules ou de rachilismc, et avec une intelligence obtuse. Nous le répétons, les faits manquent à l'appui de cette croyance, qui rallie cependant de nombreux partisans.

Peu importe, à tout prendre, qu'il y ait ou non danger pour la génération, s'il est indéniable qu'il existe pour les parents. Aussi n'insisterons-nous pas davantage.

Après les intérêts de l'hygiène, d'autres intérêts, non moins respectables, sont engagés dans cette question. Ce sont ceux de la morale.

En effet, la femme qui a ses règles, met le plus grand soin à le cacher à tous les yeux. Elle se sent instinctivement atteinte, nous dirions volontiers, dans sa dignité. Elle considère son état comme une souillure ou une infirmité, et pour peu que sa pudeur, — la plus incendiaire des vertus féminines, — ait été épargnée par l'omnipotence du mari, elle rougit presque à ses propres yeux, du tribut qu'elle est obligée de payer à la nature. La contraindre, dans cette

condition, à subir les caresses conjugales, c'est évidemment faire violence à ce qu'il y a de plus respectable en elle, c'est la faire déchoir de son piédestal, c'est la dépouiller du prestige que lui assurent les grâces de son sexe. L'amour a besoin de poésie, et il s'accommode mal des réalités grossières de la vie animale. Ne cherchons donc pas à contrarier d'aussi légitimes répugnances. Un premier pas, dans celte voie, conduit infailliblement à des infractions de plus en plus regrettables.

Mais ce n'est pas seulement à l'époque menstruelle que la femme devrait dérober à son époux les détails infimes des exonérations auxquelles elle est assujettie comme lui. Nous voudrions la voir attentive à ne jamais se dépouiller complètement de ses charmes naturels, même dans rintimité de l'alcôve. Elle y gagnerait plus qu'on ne pense, en constance et en amour, dont les plus cruels ennemis sont la désillusion et la satiété.

Plus d'une femme mariée trouverait dans ces quelques lignes, si elle voulait y chercher toute notre pensée, l'explication de son délaissement

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prématuré, et la solution d'une énigme inclccliilTral)lc pour son amour-propre, à savoir : la cause du triomphe remporté par une rivale, souvent moins bien douée qu'elle, au physique et au moral.

Nous savons bien que, sous ce rapport, nous sommes encore en dissidence formelle avec M. Michelet; mais nous sommes loin de nous en affliger et d'en prendre souci ; car un homme de bon sens ne s'arrête jamais sérieusement devant des fadaises comme celle-ci : après avoir conseillé à la jeune épouse de congédier sa femme de chambre, pour en confier à son mari les hautes fonctions, voici l'objection qu'il prête à son idole (l) :

« Hélas! hélas! comment rester Dieu!... Et n'est-ce pas l'effet naturel d'une si intime intimité, que, ne pouvant à nul moment échapper à celui qui aime, à ses tendres inquiétudes, on livre les côtés vulgaires et inférieurs de la vie?... Qui est sur d'être poétique vingt-quatre heures par jour? de ne pas être ramené par l'inflexible nature du haut idéal à la prose?... Et la prose

(l) iMichelet, L'Amour, p. 104.

est Iroj) liauLe encore. Dans ua Icle-à-Lêle éternel, la plus fîère a beau éluder: à tel moment imprévu, l'humanité apparaît, et elle est humiliée. »

Ces inquiétudes de la jeune femme nous paraissent assez plausibles, et, sans doute, aux yeux de la plupart des lecteurs, elles ne manqueront pas d'une certaine valeur; pour M. Michelet ce sont là de vaines alarmes, qu'il réfute en ces termes :

a Vraie pensée déjeune fille, parfaite etcomplétement ignorante de la réalité des choses! Ceux qui connaissent l'amour savent bien que ce n'est pas là que s'effeuille le bouquet de noce ; nulle de ces choses naturelles, innocentes, ne fait tort à celle qu'on aime. »

Nous soupçonnons fort le célèbre historien d'avoir connu l'amour un peu trop tard, pour être apte à en parler savamment. Tout son livre en fait foi.

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