‹ Des rapports conjugauxChapitre 21 sur 27 · UAPFORTS PENDANT L'ÉPOQUE MENSTRUELLE · texte numérisé non relu

UAPFORTS PENDANT L'ÉPOQUE MENSTRUELLE

Tous les auteurs semblaient, autrefois, d'accord sur ce fait, que la quantité de sang excrétée pendant les règles, est plus considérable dans les pays chauds que dans les contrées froides.

Mais des renseignements tout récents permettent d'affirmer que, sous les latitudes les plus opposées, qu'à Christiania comme à Rio-Janeiro, par exemple, les choses se passent à peu près de la même façon, quant à la durée des règles et à leur abondance. En effet, lorsqu'il s'agit d'une fonction de premier ordre, que ce soit la circulation, la digestion ou la menstruation, il est difficile de supposer qu'elle ne s'accomplisse pas d'une manière identique dans les différentes conlrées du globe habitées par l'espèce humaine, à qucl(|ues légères différences près. Ainsi, d'après le témoignage du D"" Faye, chez cent treize femmes de la clas?e aisée de Christiania, la durée moyenne des règles a été de quatre jours vingt-six centièmes, et elles revenaient xoutes les quatre semaines, absolument comme dans les climats tempérés. Quant à ce qui regarde les pays très-chauds, Roberton, qui a fourni des matériaux si exacts sur l'époque

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de la première menstruation aux Indes, n'eût certainement pas manqué de signaler les particularités relatives à la durée et à l'abondance de l'hémorrhagie, s'il en avait observé. D'où nous concluons qu'il n'y en a pas.

Le vulgaire se persuade que le sang des règles est de sa nature vénéneux et infect : c'est une erreur ; car si l'écoulement vient à contracter ces propriétés, ce qui n'est pas rare, il le doit à un défaut de propreté, à la chaleur des parties et au long séjour qu'il y fait.

Quant à l'origine du sang qui s'échappe de la vulve, quelques-uns la placent dans les artères de l'utérus; Haller estde ce nombre. Selon M. Goste et quelques autres, ce sont les vaisseaux superficiels de la muqueuse utérine qui laisseraient suinter le sang, par des orifices microscopiques. Ce qui est incontestable, c'est que, si on observe la matrice sur des femmes mortes au début de l'hémorrhagie, on trouve la membrane muqueuse engorgée et pointillée, à sa surface, par une multitude de gouttelettes sanguines, en même temps qu'elle est couverte en différents points de légères eccliymoses. Ce n'est que dans le cas où

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un vaisseau d'un gros calibre viendrait à se rompre, qu'il en résulterait une de ces perles graves contre lesquelles l'art est obligé, quelquefois, de diriger des secours prompts et énergiques.

La fonction cataméniale se répète avec une périodicité assez régulière. M. Brierre de Boismont fixe à trente jours l'intervalle qui sépare l'apparition d'une époque et le retour de la suivante. Sclnveigs évalue cette période à vingtsept ou vingt-huit jours. Il est plus fréquent, au surplus, de voir les règles avancer que retarder.

Pour les autres particularités relatives à la menstruation, soit l'âge où elle s'établit et celui auquel elle cesse, son influence sur la conception, etc.; nous les avons mentionnées dans différents endroits de ce livre, et nous ne voulons jias nous répéter sans utilité.

Nous arrivons, en conséquence, à l'objet principal de ce chapitre, qui est de rechercher si l'existence du flux menstruel doit être un empêchement à l'exercice de la faculté génératrice, ou, pour être plus précis, s'il est des motifs se*

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vieux de proscrire les rapports conjugaux pendant la durée des règles.

Voyons, d'abord, quels sont, à cet égard, les préceptes religieux, d'après la loi de Moïse et d'après la théologie chrétienne.

Nous citerons, en premier lieu, les textes bibliques :

« La femme qui souffrira l'accident qui lui arrive chaque mois, sera séparée pendant sept jours, et quiconque la touchera, sera impur jusqu'au soir.

» Toutes les choses sur quoi elle aura couché dans le temps de sa séparation, seront impures, aussi bien que toutes les choses sur lesquelles elle se sera assise.

» Quiconque aura touché le lit de cette femme, lavera ses vêtements, et il se lavera le corps dans l'eau, et sera impur jusqu'au soir.

» Quiconque touchera quelque chose sur quoi elle se sera assise, lavera ses vêtements, se lavera soi-même, dans l'eau, et sera impur jus^ qu'au soir.

» Si quelque chose a été sur le lit de cette femme ou sur le siège où elle aura été assise,

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celui qui touchera cette chose sera impur jusqu'au soir.

)) Si un homme s'approche d'elle, pendant qu'elle sera en cet état, il sera impur pendant sept jours, et tout lit sur lequel il dormira sera souillé.

» Lorsqu'une femme souffre le flux, pendant plusieurs jours, hors les temps ordinaires, ou (ju'il ne cesse point lorsqu'il devrait cesser, tandis qu'il durera, elle sera souillée, comme elle l'est au temps de ses purgations accoutumées.

» Toute couche sur laquelle elle aura dormi dans tout le temps qu'elle souffrira ce flux, sera impure, comme celle où elle dort dans le temps de ses purgations, et tout ce sur quoi elle s'assied sera souillé, comme il le serait alors.

» Quiconque aura touché ces choses-là sera impur; il lavera ses vêtements, il se lavera lui-même dans leau, et sera impur jusqu'au soir.

V Quand elle sera délivrée de ce flux qui la rend impure, elle comptera sept jours, au bout desquels elle sera purifiée.

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» Le huitième jour, elle prendra deux tourterelles... {[). »

Dans la loi de Manou, commQ dans la loi de Moïse, la femme est réputée impure à l'époque de ses règles, ainsi qu'il résulte de ce passage : a Quelque désir qu'il éprouve, il (l'homme) ne doit pas s'approcher de la femme, lorsque les règles commencent à se montrer, ni reposer dans le même lit (2). »

Le Talmud, renchérissant encore sur la rigueur de ces prescriptions, dispose que :

« Si une femme a cohabité avec son mari, la veille de l'éruption des règles, quelle que soit la durée de celles-ci, elle ne peut commencer à compter les jours d'impureté, qu'à dater du cinquième jour qui suit la cohabitation. » Ce qui reporte la purification au douzième jour.

On voit, dans l'un des versets du Lévi tique transcrit plus haut, qu'il est question d'un flux hors les temps ordinaires, ou ne cessant pas lorsqu'il devrait cesser. Les commentateurs se sont exercés cà discerner, parmi ces écoulements, ceux

(1) Lévilique, chap. xx, v. 19 à 29.

(2) Lois de Manou, liv. IV, v. 10.

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qui proviennent véritablement de la même source que les menstrues, de ceux qui sont dus à toute autre cause, et, dans cette vue, ils ont clierché des caractères spécifiques dans la couleur du sang qui s'échappe de la vulve.

Cinq sortes de sangs sont réputées impures : le roucje^ le noir, celui qui a la nuance du safran ou celle de l'eau mélangée de terre argileuse, ou enfin celle de l'eau coupée avec du vin (1).

Il n'est pas besoin de faire observer combien sont fugaces et infidèles des signes de cette nature, pour distinguer le flux cataménial des hémorrhagies de cause pathologique qui peuvent apparaître par les voies génitales.

De nos jours et dans l'état actuel de la science, une pareille confusion ne serait guère possible, si ce n'est dans le cas où une métrorrliagie, par exemple, viendrait à succéder î'mmédiatement aux règles, et sans laisser à celles-ci le temps de parcourir toutes leurs phases; car, si déjà le sang s'était décoloré et avait repris, à peu près, l'aspect du mucus vaginal, l'erreur ne

(i) Miscliiia, Traile Nida, c!i.i|i. m, (5.

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serait point permise, et il faudrait considérer comme accidentelle la perte qui se serait déclarée à nouveau. A plus forte raison est-il possible de reconnaître le caractère d'un écoulement sanguin qui se produit entre deux périodes menstruelles, aux symptômes qui sont propres à la fonction physiologique, ou à l'état pathologique dont l'hémorrhagie ne serait qu'une manifestalion.

Au demeurant, la distinction est assez insignifiante, par rapport à la question qui nous occupe; car si les rapprochements sexuels doivent être évités pendant l'époque des règles, à plus forte raison, seraient-ils pernicieux durant une hémorrhagie qui aurait pour siège un point quelconque des parties génitales, ainsi que nous le ferons voir.

Les lois de pureté prescrites par Moïse sont encore observées, à notre époque, par le plus grand nombre des femmes juives, et il n'y aurait aucune témérité, selon nous, à leur reconnaître une grande part dans le maintien des qualités physiques qui distinguent les Israélites, à côté de la dégénération qui frappe les autres races.

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A la vérité, dans les grandes capitales, comme Paris, entre autres, il est permis de supposer que les femmes juives enfreignent assez volontiers les Hois de leur culte qui règlent les rapports conjugaux, pendant la période menstruelle. Mais aussi il est facile de reconnaître, que là les caractères du type primitif commencent à s'effacer; ce qui tendrait encore à corroborer notre interprétation.

Ces mômes institutions peuvent être regardées, jusqu'à un certain point, comme des règlements de police médicale, inspirés par certaines idées d'hygiène mystique, répandues parmi les peuples de l'Orient, avec un caractère religieux généralement accepté. Si l'on compare, sous ce point de vue, la législation des Hébreux avec celle des Égyptiens et des Hindous, on sera frappé de ce fait, que Moïse a beaucoup simplifié les pratiques de la purification, en supprimant tout ce qui n'était fondé que sur la superstition, et en ne maintenant que ce qui pouvait être réellement utile à l'iiygiène et favorable aux mœurs. Mais la pureté du corps avait un autre but, d'un ordre infiniment

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supérieur. Elle était le symbole de la pureté intérieure, et elle est mise, par le législateur, dans un rapport intime avec le culte de Jéhova et avec la sainteté qu'exigeait ce culte.

Nous allons exposer actuellement les opinions d'un casuiste catholique, le R. P. Debreyne, dont nous avons, précédemment déjà, mis à contribution le profond savoir, en matière de médecine et de cas de conscience.

« On sait, dit cet auteur, que plusieurs théologiens, d'après l'autorité de saint Thomas, regardent comme une faute mortelle l'usage du mariage dans le temps de la fonction menstruelle, parce que, suivant eux, cette circonstance grave expose au péril d'engendrer des enfants lépreux ou monstrueux. Sanchez et un trèsgrand nombre d'autres théologiens affirment que la loi du Lévitique : Qui coierit cum muUere in fluxu menstnw... interficientur ambo (xx, 18), n'est qu'une prohibition purement cérémoniale qui n'oblige plus sous la loi évangélique.

» Nous pensons, nous, ou plutôt nous sommes convaincu que ce précepte est autant mo^ ral que cérémonial, parce que l'acte conjugal,

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exercé pendant l'époque cataméniale, emporte line malice théologique, en ce sens qu'il est plus ou moins nuisible ou défavorable à sa fin princi])ale, la génération; non parce que, comme disent les théologiens, il en naîtra des enfants lépreux ou monstrueux, ce que nous ne croyons nullement, mais parce que, très-souvent, il n'en naîtra pas du tout, ni normaux, ni anormaux. Et pourquoi cela? Parce que la menstruation n'est qu'une fonction préparatoire, une excrétion déplétive et expulsive, et, par conséquent» très-peu propre à la génération; il s'ensuit donc naturellement, que le temps qui la suit immédiatement est le plus favorable à la conception, et c'est, en effet, ce que l'expérience prouve tous les jours.

» Vous voyez, d'après cela, que nous n'avons pas même besoin de nous appuyer du passage d'Ézécliiel : Qui ad menstruatam non accesserit et iixorem proximi non violaverit (xviii, G), où l'on voit que la cohabitation pendant la crise menstruelle se trouve placée au rang de l'adultère (1). »

Comme conclusion, ajoute plus loin le môme

(1) Debreyne, loc. cit., p. .'.02 et suiv.

auteur, « la leinme n'est pas lenu€ à la reddition du devoir conjugal, pendant l'époque du flux menstruel (1). »

11 résulte donc de ce qui précède, qu'au point de vue religieux, l'acte du mariage doit être proscrit pendant l'époque menstruelle , au moins d'après les lois juives et chrétiennes, avec cette différence, cependant, que les premières ajoutent à l'interdiction un certain nombre de jours après la cessation de l'écoulement, tandis que les secondes réduisent la prohibition à la durée de celui-ci.

Un livre qui a paru récemment et qui se trouve entre les mainsde la plupart des femmes, représente la fonction menstruelle sous un aspect pour le moins étrange. Non content de rétablir la véritable signification d'un acte essentiellement physiologique, et de venger la plus belle moitié du genre humain de l'abjection que l'antiquité avait trop longtemps fait peser sur elle, l'auteur de ce livre, sans compétence, d'ailleurs, pour traiter un tel sujet, considère la femme comme une sorte de divinité, précisé-

(1) Debreyne, loc. cit., p. 3 13.

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ment à cause du tribut spécial que son sexe paye h la nature, t Nous connaissons, s'écrie-t-il dans un accès d'enthousiasme lyrique , cet être sacre qui, justement en ce que le moyen âge taxait d'impureté, se trouve en réalité le sûint des saints de la nature (1). »

Nous n'aurions pas relevé une si choquante exagération, si ce n'eût été pour dire combien il est pénible de voir un écrivain, justement estimé pour ses travaux historiques, commettre la faute d'usurper un terrain qui lui est étranger et faire servir le prestige de son nom, à la propagation d'opinions fausses et préjudiciables à la société.

En effet, s'il fallait en croire M. Michelet, la femme serait une malade, atteinte de la blessure iVamour qui saigne toujours en elle (2), et le devoir du mari consisterait à demeurer dans une perpétuelle adoration devant ce fétiche. On conviendra que (le pareilles doctrines sont profondément subversives de toutes les idées admises au sein des ménages.

(1) iMicliolci, L'Amour, inirod., p. viii. (2j Id. ibU., p. XIX.

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Mais nous avons hâte d'aborder la question qui nous occupe, sous une auLre face, où nous serons plus à l'aise pour nous prononcer, c'està-dire sous le rapport hygiénique.

Aujourd'hui que l'hygiène n'a plus la foi pour auxiliaire, ses prescriptions, pour n'être pas méprisées , doivent s'étayer sur le raisonnement et l'expérience.

Nous nous servirons donc de l'un et de l'autre pour démontrer que les relations sexuelles, pendant l'écoulement menstruel, sont dangereuses pour la femme, pour l'homme, et peut-être aussi pour le produit, lorsque par hasard il y a conception.

Quant à la femme, il est hors de doute que toute émotion vive lui est préjudiciable à l'époque des règles. La pratique journalière nous montre des suppressions, résultats d'une commotion profonde, comme la colère, la frayeur, etc. Quelquefois les mêmes causes déterminent l'effet contraire, l'hémorrhagie. Eh bien! n'esl-il pas évident que l'ébranlement nerveux qui accompagne le coït, peut aboutir aux mêmes conséquences, et de préférence amener des pertes?

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Mais il ne s'agit pas, en ce moment, d'une vue de l'esprit, d'une probabilité; nous avons eu sous les yeux, maintes fois, des preuves de ce que nous avançons, et tous nos confrères en auront, sans doute, recueilli un bon nombre, chacun de son côté.

Au surplus, l'influence nerveuse n'est pas seule en cause ici. L'action mécanique, ellemême, joue un rôle important dans la production des accidents qui surviennent parfois dans les circonstances dont il est question. Elle augmente la turgescence des parties et exagère la fluxion normale, jusqu'à lui faire atteindre 1('S limites du molimen hémorrhagique, qui se résout en un écoulement immodéré, en une véritable perte.

Enfin, le péril que nous signalons ici ne naît pas exclusivement à l'occasion du flux cataménial; il est inhérent à l'acte génésiaque luimême, toutes les fois qu'il existe une hémorrhagie par la vulve, de quelque source qu'elle émane, du reste. Nous estimons donc qu'il serait oiseux de chercher, pour ce motif, à difïérencier par l'aspect du sang ou par tout autre

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signe, l'écoulement qui appartient à la fonction périodique, de celui qui n'est que le symptôme d'un état morbide. Quelle que soit donc son origine, l'écoulement du sang par les parties génitales de la femme commande impérieusement le repos de ces organes.

Pour l'homme, le danger résulte, non pas de qualilés virulentes qui seraient propres au sang des menstrues, comme le pensaient les anciens et comme quelques-uns le croient, encore, à l'heure actuelle. Non, « le sang des règles n'a point cette malignité que lui ont prêtée certains naturalistes. C'est à tort que les auteurs ont écrit que les femmes, dans le temps de cet écoulement, font mourir, par leur toucher, une vigne qui pousse; qu'elles rendent un arbre stérile; qu'elles font tourner les sauces, aigrir le vin et le lait; rouiller le fer et l'acier; qu'elles procurent des fausses couches à une femme grosse ; qu'elles en rendent une autre stérile; qu'elles font enrager un chien, rendent un homme fou, etc., etc.

0 Paracelse regardait le sang menstruel comme le plus subtil des poisons; il assure que

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