CHAPITRE PREMIER
ÉTUDE COMPARÉE DE l'hOMME ET DE LA FEMME SOUS LE RAPPORT PSYCHO-PHYSIOLOGIQUE
La nature a donné à la femme des attributs qui indiquent sa véritable destinée, et le rôle qui lui est dévolu à côté de l'homme. Ainsi, la gracilité de ses formes, sa stature inférieure à celle de l'autre sexe, le joug qu'elle subit de la part des organes génitaux, la sujétion que lui impose une fonction spéciale et périodique, enfin les tendances de son caractère, tout révèle qu'elle n'a point été créée pour la lutte active et incessante contre les exigences de la vie matérielle, ni pour soumettre à sa domination les influences hostiles du monde extérieur.
Cependant, il serait oiseux de discuter le problème de la suprématie d'un sexe sur l'autre, ainsi qu'on l'a fait trop longtemps, et avec un
luxe d'arguments au moins inutile. Il ne saurait y avoir, en effet, ni supériorité, ni infériorité, entre deux êtres créés chacun en vue d'une mission spéciale, et pourvus d'une organisation en harmonie avec le but qui leur est assigné sur la terre. Il est plus exact de dire que l'homme et la femme sont égaux en mérite et en dignité, lorsqu'ils accomplissent la tâche réservée à chacun d'eux, et que celui-là est le premier qui réalise le plus complètement sa part de devoir.
La preuve de ce que nous avançons se trouve dans l'étude de la série animale, où l'on voit, tantôt le mâle, tantôt la femelle, en possession des attributs en apparence les plus incontestables de la puissance, comme la force, la beauté des formes et l'indomptable violence du caractère. Ainsi, tandis que le lion se distingue par sa royale crinière, que l'étalon l'emporte sur la cavale par une vigueur sauvage, et que le taureau étale sur son large front les insignes de sa suzeraineté, un phénomène tout opposé s'observe chez les oiseaux de proie, où les femelles sont le plus souvent bien supérieures aux mâles, par
la taille et l'énergie musculaire. « Parmi les insectes, les fourmis, les araignées, maintiennent ce fait de la supériorité féminine. Dans les espèces même, chez qui le mâle a la force en partage, cette supériorité ne \a jamais jusqu'à la domination ; il n'y a point de seigneur et maître dans les ménages d'animaux, ou plutôt il en existe dans une seule classe, et là c'est la femelle qui est le seigneur. Les ruches d'abeilles nous offrent ce curieux spectacle de pères dominés, nourris, chassés et tués parles mères » (1).
Si donc nous établissons un parallèle entre l'homme et la femme, si nous étudions leurs qualités respectives dans l'ordre physique et moral, ce n'est point, — qu'on le remarque bien, — pour en déduire le rang qu'ils doivent occuper vis-à-vis l'un de l'autre, mais simplement afin de montrer quel est le rôle que, dans l'espèce humaine, la nature a confié à chaque sexe.
Par exemple, nous reconnaissons à la femme la prédominance sur l'homme par les passions affectives, les penchants et les instincts ; mais
(1) Le Df Menville de Ponsan, Histoire philosophique et médicale de la femme, t. I, p. 136.
nous lui dénions une somme égale d'intelligence. Tout aussitôt Tanatomie vient déposer en faveur de notre opinion, en montrant chez la femme les parties antérieures du cerveau, — siège des facultés intellectuelles, — moins développées que les parties postérieures, qui répondent aux qualités affectives, aux instincts et aux penchants.
Ce qui distingue donc la femme, c'est le sentiment; ce qui caractérise l'homme, c'est la raison.
Mais il ne sera ni sans intérêt, ni sans profit, d'entrer dans le cœur de la question, en faisant servir les connaissances anatomiques, à l'interprétation des phénomènes physiques et moraux qui spécialisent la femme et en font un être à part.
Nous avons lu quelque part, que si jamais la science étai t dotée d'une bonne psychologie, c'est à un médecin qu'elle le devrait. Cette pensée est d'une vérité profonde, en ce sens qu'elle établit toute l'importance qu'il convient d'accorder aux organes et à leur aptitude fonctionnelle, dans l'appréciation des faits qui ressortissent à la mé-
laphysique. Car s'il est une métaphysique positive et expérimentale, elle ne peut être assise que sur l'étude intégrale de l'homme.
Cette tâche de concilier le rôle et les droits respectifs de la matière et de Vesprit, dans ce qui constitue l'homme, — en tant qu'être vivant et intelligent tout à la fois, — un médecin l'a tentée de nos jours, dans un ouvrage remarquable à plus d'un litre (1).
C'est dans ce livre, où la profondeur des idées ne le cède en rien à l'élégance du style, que nous avons puisé, en grande partie, la substance de ce chapitre.
La femme est plus petite de taille et moins robuste que l'homme, avons-nous dit. Mais il ne faudrait pas attribuer sa faiblesse relative à l'éducation diverse que reçoivent les deux sexes, parmi les nations civilisées, parce qu'elle se fait remarquer également chez les sauvages, et partout 011 l'homme et la femme partagent les mêmes travaux.
Le tissu cellulaire, que l'on doit regarder
. (1) Le docteur Bertrand de Saint-Germain. Des manifestations de la vie et de l'intelligence, à Vaide de l'organisation. Paris, 1848.
comme le tissu élémentaire des corps organisés, est plus abondant chez la femme; ce qui prouve que son développement personnel est moins avancé et qu'elle doit fournir à d'autres créations.
Ce qu'elle perd ici du côté de la force, elle le gagne du côté de la beauté ; car le tissu cellulaire, en soulevant la peau, efface les saillies osseuses et produit ces molles inflexions et ces contours gracieux qui séduisent nos regards ; il harmonise les diverses parties du corps par des lignes courbes insensibles, et réalise la souplesse des mouvements, en lubréfiant les organes de la locomotion.
Si le cerveau, organe de l'intelligence, est plus développé chez l'homme, surtout dans ses parties antérieures, la moelle épinière l'est davantage chez la femme.
« La tête de la femme, dit M. Menville, diffère de celle de l'homme par la forme, le volume et le poids. Nous pensons que plus la tête se rapproche de la forme sphérique et plus elle a de développement à la partie supérieure latérale, plus elle a acquis en perfectibilité Le front
de la femme est plus déprimé que celui de l'homme; il y a plus d'élévation et plus dè rectitude dans la ligne frontale. La sculpture antique qui ne connaissait pas la phrénologie, en avait pourtant l'intuition, lorsqu'elle exprimait cette particularité analomique qui distingue les deux sexes, par le développement accordé au front de Jupiter Olympien et par le rétrécissement du front de Vénus.
» Mais si le front de la femme est plus court et plus arrondi, la partie postérieure du crâne offre une plus grande étendue. On sait aujourd'hui, par les données de la phrénologie les plus positives, qu'à cette conformation se rattache la faculté plus grande de sentir et de nourrir les sentiments affectueux : or, c'est là , en grande partie , la psychologie de la femme (1). »
Chez la femme, le corps des vertèbres a plus de hauteur et moins d'épaisseur, et les cartilages intervertébraux occupent plus d'espace; d'où il résulte :
lo Que la colonne vertébrale est plus longue
(1) Menvillede Ponsan, loco citato, t. l, p. 165.
chez la femme, ainsi que le prouvent, du reste, ses inflexions beaucoup plus prononcées;
2° Que le canal vertébral a plus d'ampleur, et, partant, que la moelle épinière est plus développée, chez elle, en épaisseur et en hauteur.
A ce propos, nous devons rappeler ici que l'activité vitale est toujours en corrélation directe avec le développement de la moelle, proportionnellement au reste du corps, et que, par contre, ce développement, prédominant plus ou moins sur celui du cerveau, indique dans toute la série animale un degré quelconque d'infériorité.
Les fonctions de l'élément supérieur sont donc plus favorisées par l'organisation féminine, sous le rapport de l'entretien et de la conservation de l'existence, et elles le sont davantage par l'organisation masculine, sous le rapport de la connaissance et de la direction.
La femme vit en général plus longtemps que l'homme, bien qu'elle ait moins de force, et que sa santé soit plus souvent ébranlée.
Elle fait aussi beaucoup plus de sang ; mais l'homme, à son tour, produit plus de pensées.
Chez la femme, la circulation est plus rapide, la respiration plus accélérée ; elle vit plus vite et vit pour deux. Son existence presque tout entière se rapporte à la conservation matérielle de l'espèce.
Si l'homme a l'initiative dans l'œuvre de la génération, s'il représente le principe animateur et actif, qui met en mouvement les éléments matériels et leur communique le souffle de vie, c'est la femme qui fournit ces éléments et qui travaille le plus longtemps et avec le plus de peine à leur élaboration.
La nature a tout disposé pour cela : la région des organes génitaux est beaucoup plus développée, et toutes ses dimensions sont sensiblement plus considérables chez la femme que chez l'homme.
La formation du sang, ainsi que nous venons de le dire, est plus active et plus abondante chez elle, et le flux périodique auquel elle est sujette, se rattache à la ponte spontanée ou à l'ovulation, qui lui est commune avec les femelles de plusieurs espèces animales. Eu effet, l'arrivée des menstrues annonce l'époque
de la puberté, et leur cessation définitive indique l'âge où la femme n'est plus en état de concevoir. Leur suspension a lieu d'ordinaire dès que la grossesse se déclare, et pendant l'allaitement; en tout autre temps, l'absence des menstrues est presque toujours un signe de stérilité.
La femme est donc en travail pendant les plus belles années de sa vie, pour la propagation et la nutrition de l'espèce.
Remarquons, en outre, que les organes de la génération ont sur elle une influence beaucoup plus marquée que^ur nous : les sensations qui en émanent retentissent dans tout son être et tourmentent profondément son existence.
On ne peut s'imaginer à quel point le cerveau et les autres organes sont, chez elle, sous la dépendance de l'utérus. Plus de liberté d'esprit, plus de régularité dans les opérations intellectuelles : dès que l'utérus est malade, ou seulement en état d'orgasme physiologique, toute l'économie en est troublée. Comme aussi, il arrive souvent que, lorsqu'il survient une altération grave dans un autre point du corps, l'utérus s'en ressent.
C'est pourquoi l'utérus est un des pôles de l'organisation féminine, et l'âme elle-même est soumise à sa domination.
Dès l'enfance, nous voyons la petite fille manifester ses penchants, par le soin qu'elle donne à sa poupée et par le plaisir qu'elle prend aux jeux qui ont trait au ménage. Tout ce qui a pour but les choses de la vie matérielle l'intéresse particulièrement.
Le petit garçon, au contraire, se plaît à imiter ce qui a rapport à la vie publique, à l'art militaire, aux cérémonies religieuses, aux voyages, aux exercices équestres, suivant son tempérament et ses goûts individuels.
S'agit-il du passage de l'enfance à la puberté, cette révolution organique s'accomplit d'une façon bien différente dans l'un et l'autre sexes.
« La femme, en avançant vers la puberté, s'éloigne moins sensiblement que l'homme, de sa constitution primitive. Délicate et tendre, elle conserve toujours quelque chose du tempérament propre aux enfants; la texture de ses organes ne perd pas toute sa mollesse originelle, le développement que Page opère dans toutes
les parties du corps, ne parvient jamais à leur donner le même degré de consistance qu'elles acquièrent chez l'homme; cependant, à mesure que les traits de la femme se fixent, on aperçoit dans sa taille, dans sa forme, dans ses proportions, des différences, dont les unes n'existaient point auparavant, et les autres n'étaient point sensibles. Quoiqu'elle parte du même point que l'homme, elle se développe néanmoins d'une manière qui lui est propre, et elle parvient, plus tôt que lui, au dernier période de son développement. Partout la puberté dans la femme devance l'époque où elle se manifeste dans l'homme; la nature aurait-elle plus à faire dans celui-ci que dans l'autre, et la perfection de l'homme lui coùterait-elle plus que celle de la femme? Quoi qu'il en soit, l'homme est encore pleinement dans l'enfance et soumis aux lois de cet âge, que la femme éprouve déjà une nouvelle manière d'exister, se trouve, peut-être avec étonnement, pourvue de nouveaux attributs et sujette à un nouvel ordre de fonctions, étranger à l'homme et jusqu'alors étranger à elle-même. Dès cet iuslant, il se découvre en elle une nou-
velle chaîne de rapports physiques et moraux, qui sera pour l'homme le principe de ce nouvel intérêt qui doit bientôt l'attirer vers la femme, et qui est déjà devenue, pour elle, une source de nouveaux besoins et de nouvelles fonctions (1).»
L'homme n'a pas pour sa progéniture une tendresse aussi exquise que la femme. Ce ne sont guère que des sympathies morales qui attachent le père à l'enfant. Il y a plus que cela chez la mère ; elle aime son enfant comme le fruit de ses entrailles, comme le plus pur de son sang, comme sa vie, et cela se conçoit aisément.
Chez l'homme, la substance du cerveau et des nerfs a plus de consistance, plus de densité ; elle est plus molle et moins volumineuse chez la femme.
Dans ces différences organiques si nombreuses réside la cause pour laquelle la femme jouit d'une excitabilité plus grande, et l'homme d'une réceptivité plus durable. Chacun sait que la femme est plus vivement et plus facilement émue, et que chez l'homme les sensations sont
(1) Roussel, Système physique et moral de la femm^.
plus durables, ce qui permet au principe actif et supérieur de réagir plus librement en lui.
La femme est donc moins apte que i'bomme à la réflexion.
Par cela même qu'elle est d'une excitabilité extrême, tout ce qui donne lieu à des émotions exagérées la trouble et l'égaré.
L'homme, moins sensible, s'appartient davantage ; car la sensibilité, qui multiplie nos rapports extérieurs avec le monde, quand elle dépasse certaines bornes, nous asservit et nous livre sans guide à tous les hasards de la passion : c'est ce qui a fait dire à J.-J. Rousseau ; « La femme a plus d'esprit et l'homme plus de génie ; la femme observe et l'homme raisonne. »
Les nerfs émanant du rachis sont plus gros chez la femme, eu égard au volume des muscles.
La femme présente tous les caractères du tempérament nerveux : aussi en a-t-elle les qualités et les défauts; et nous la voyons souvent en butte aux inconvénients qui se rattachent à l'exagération de ce genre de tempérament.
Extrême dans le bien, elle l'est aussi dans le mal ; elle est inconstante et mobile, elle veut et ne veut plus ; elle flotte, elle hésite sans cesse ; elle prend bientôt en dégoût ce qu'elle recherchait avec le plus d'ardeur : elle passe de l'amour à la haine avec une prodigieuse facilité ; enfin, elle est pleine de contradictions et de mystères.
Capable des actions les plus héroïques, elle ne recule pas devant les crimes les plus atroces. La jalousie transforme souvent cet ange de paix en véritable furie : elle empoisonne sa rivale tout aussi bien qu'elle ferait elle-même le sacri ■ fice de sa vie pour celui qu'elle aime.
Douce et impétueuse tour à tour, timide et craintive par le sentiment qu'elle a de sa faiblesse, elle est capable d'un courage surhumain ; et, si l'on considéraitle courage selon son étymologie française, comme une sorte de rage de cœur^ il serait vrai de dire que la femme a plus de courage que l'homme, et l'homme plus de bravoure que la femme.
L'homme, mû par une volonté ferme, voit le danger, le mesure et l'affronte; la femme ne cal-
cule rien ; elle voit un but, et veut l'atteindre à tout prix.
Si vous contrariez sans ménagement ses désirs impétueux, sa mobilité se change en opiniâtreté ; vous la briseriez plutôt que de la réduire. Elle est terrible dans ses vengeances.
Les émotions populaires, les terreurs de la superstition, l'ivresse du fanatisme politique, se propagent parmi les femmes comme un incendie.
Se croient-elles menacées du courroux céleste, elles remplissent l'air de leurs doléances ; les temples ne peuvent contenir leur empressement.
Le souffle des révolutions vient-il à ébranler les bases d'un État, elles se jettent avec furie dans la tourmente ; les réactions des partis nous les montrent plus acharnées, plus sanguinaires que les hommes. Les exemples ne manqueraient pas à l'appui de cette assertion, si nous voulions évoquer les souvenirs sanglants de la révolution française.
Mais, d'un autre côté, quand les sentiments généreux les exaltent, elles deviennent sublimes
et nous laissent bien loin derrière elles. Artémise et Lucrèce sont des types qui n'ont point d'analogues parmi les hommes. On ne rencontrerait pas, chez nous, un amour aussi désintéressé, aussi ardent que celui dont Héloïse a fait preuve au moyen âge. Son amant, Abeilard, offre un contraste caractéristique : plus sensuel que tendre, il ne se passionna réellement que pour les disputes de l'École, et sa correspondance nous montre une âme satisfaite et fière de sa conquête, plutôt que touchée du dévouement d 'Héloïse.
C'est une femme, Madeleine, qui personnifie le repentir, comme sainte Thérèse personnifie la dévotion, et Jeanne d'Arc l'enthousiasme politique.
La femme porte le sentiment et les passions du cœur à leur dernière limite, précisément à cause de la facilité avec laquelle elle cède aux influences étrangères : l'individualité est chez elle moins prononcée. Il y a dans son organisation physique quelque chose d'indéterminé et de fugace, quelque chose d'insaisissable qui ajoute à ses moyens de séduction, en irritant les désirs. Le
sentiment de la pudeur dont la nature l'a douée, et qui l'enveloppe comme un voile, agit dans le même sens.
La cohésion des parties est moindre chez la femme : tout son corps est plus flexible et plus mou. La peau, qui est l'organe limitateur de V individu, est chez elle plus mince, plus douce, à mailles moins serrées et plus extensibles.
Tandis que la femme perd la fraîcheur de la jeunesse, tandis que la finesse de la peau, la délicatesse du teint et la vivacité de la turgescence diminuent chez elle, l'accroissement de la masse lui conserve le charme des formes extérieures. L'expression vivante d'une vie satisfaite dans sa vocation, crée pour elle un nouveau genre de beauté; et, quoique plus tard ses organes perdent aussi de leur flexibilité, elle n'en conserve pas moins de la grâce dans tous ses mouvements, et une certaine douceur qui l'accompagne jusque dans la vieillesse.
Les influences atmosphériques, la température et l'électricité, agissent plus puissamment sur la femme que sur l'homme ; la femme est dans une union plus intime avec la nature, elle
appartient plus au tout; elle en est moins distincte. Voilà pourquoi sa volonté personnelle est plus faible, et ses instincts plus forts.
Les instincts sont des manifestations de la raison impersonnelle, qui agit dans les animaux sans leur participation réfléchie, pour les conduire au but providentiel, mais qui chez l'homme est souvent une fort mauvaise conseillère.
Plus le principe actif s'individualise, plus l'intelligence devient personnelle, par la prédominance des fonctions cérébrales, moins il y a d'instinct, plus il y a de raisonnement et de conceptions propres. C'est ce que l'on observe dans toute la série animale; c'est ce qui a lieu pour l'homme à l'égard de la femme.
La femme accomplit par instinct, avec facilité, une multitude de choses auxquelles nous n'arrivons pas aussi sûrement par la réflexion ; mais nous lui sommes incontestablement supérieurs dans tout ce qui demande de l'application et du raisonnement, comme dans l'interprétation des lois de la nature, dans la philosophie et les sciences mathématiques.
Le sentiment de justice n'existe pas chez la
femme ; ce qu'elle rêve, ce sont les distinctions, les préférences, les privilèges. Ce qui pèse le plus à son amour-propre, c'est d'êlre perdue dans la foule et de n'être pas remarquée. C'est pourquoi la justice qui tend à niveler les rangs lui est insupportable. L'aristocratie pour elle est le véritable ordre de la nature, le type de l'ordre social. Aussi, si Pon voit aux heures de commotions politiques, les hommes se passionner pour la liberté et l'égalité, on voit, d'autre part, les femmes opposer la plus vive résistance et se liguer avec les partis réactionnaires.
L'homme a toute la force physique qu'exigent les grands travaux, pour la culture du sol et sa défense.
La femme a la souplesse et la dextérité que demandent les œuvres minutieuses et les détails domestiques. Elle ne saisit point les objets dont elle veut s'emparer avec autant de puissance que nous, mais elle les manie plus habilement, plus délicatement. Vous observerez qu'elle a la main plus petite et les doigts plus effilés. Elle excelle dans les travaux à l'aiguille, dans la broderie et la tapisserie. Si
elle s'adonne à la peinture, elle réussit mieux dans la miniature qu'en tout autre genre. En somme, il est bien évident que la femme tient de son organisation une constitution en tous points plus frêle que la nôtre. Quelles que soient d'ailleurs les modifications que lui impriment le climat, l'éducation, la manière de vivre, l'exercice, elle porte toujours avec elle le caractère de son infériorité, sous le rapport de la force, quand on la compare à l'homme. On en peut conclure qu'elle n'est destinée qu'à des travaux faciles et qu'elle trompe les intentions de la nature, lorsqu'elle se livre à des exercices qui réclament un déploiement de forces considérable. Aussi, ne peut-on voir sans une profonde pitié chez certains peuples, qui ne sont point encore sortis des langes de la barbarie, les femmes condamnées aux travaux les plus rudes, par la nonchalance et la cruauté de leurs maris. Sous l'empire de cette coutume, on ne tarde pas à voir les femmes perdre graduellement tous les attributs de leur sexe; et sans acquérir, néanmoins, aucun des caractères qui font la beauté de l'homme, elles voient s'effacer
une à une, les grâces qui les distinguaient, pour tomber dans une sénilité précoce, où l'on ne saurait plus reconnaître ni l'homme ni la femme. Et il n'est pas besoin, du reste, d'aller bien loin pour vérifier ce fait d'observation. H suffit de voir ce qui se passe parmi les classes pauvres de la campagne et chez certaines catégories d'ouvriers dans les villes, — les balayeurs des rues, par exemple, — où les femmes partagent, sans merci, les labeurs de l'homme et s'épuisent prématurément.
Il arrive un âge oii les sexes ne se distinguent presque plus, ni par les traits du visage, ni par le son de la voix, ni par la démarche, ni par rien, enfin, de ce qui fait le charme extérieur de la compagne de l'homme, telle qu'elle sort des mains de la nature.
Elle mesure moins d'espace que nous en marchant, et accomplit plus difficilement de longs trajets ; mais sa démarche a une légèreté et une grâce que nous ne saurions égaler. Elle est la première, sans comparaison, dans l'art de la danse, dans cette association de mouvements harmoniques et cadencés, où se sont illustrées
les Taglioni, les Fanny Essler, et tant d'autres dont les noms nous échappent.
En général, les organes sont plus exigus chez la femme ; en compensation, ils sont doués d'une sensibilité plus vive, et leur texture organique a plus de finesse; ce qui leur donne l'avantage dans les opérations qui demandent moins de réceptivité et de force, que de prestesse et d'acuité.
La femme a le globe oculaire moins gros et le cristallin plus convexe, de sorte que si elle ne peut recevoir autant de rayons lumineux que nous en recevons, elle voit pourtant mieux de près; habile à distinguer les nuances délicates, elle a de la peine à mesurer les proportions d'un corps volumineux ou éloigné.
Elle a l'oreille plus petite et le conduit auditif plus étroit; mais ce conduit est chez elle plus cylindrique qu'infundibuliforme , c'est-à-dire qu'il se rétrécit moins rapidement; et s'il admet moins d'ondes sonores, si, par conséquent, il perd les sons lointains, ceux qu'il reçoit, arrivent plus directement à la membrane du tympan, et la femme est en état de discerner le
A. MAYER, RAPP. CONJ. m
timbre des sons les plus légers qui se font entendre à peu de distance.
Les organes du goût et ceux de l'olfaction ont également, chez elle, moins de développement et plus de ténuité; aussi la femme donne- t-elle la préférence aux aliments d'une saveur douce et aux parfums délicats.
Ces rapports différentiels dans les propriétés extérieures et les fonctions sensoriales, se retrouvent dans les facultés intellectuelles et les opérations cérébrales.
Chez l'homme, l'intelligence, servie par des organes plus fermes et plus développés, embrasse un horizon plus vaste et s'élève à des considérations d'un ordre plus élevé.
Chez la femme, l'intelligence personnelle a moins d'étendue et moins de puissance, mais elle est plus subtile et plus déliée.
La vivacité et la multiplicité des sensations, probablement aussi la conformation des lobes cérébraux antérieurs, ne permettent pas à la femme d'apprécier exactement le rapport des choses, leurs effets et leurs causes; c'est ce
qui explique leur infériorité dans les sciences métaphysiques.
Elle a de la peine à fixer longtemps son attention sur un même objet; elle est peu propre à l'abstraction et aux généralités ; mais, en revanche, elle saisit merveilleusement les qualités sensibles et les vérités de détail, et pour tout ce qui ne demande que du tact, de la finesse et du goût, elle est supérieure à l'homme.
Elle a plus de ce qu'on nomme esprit, mais rarement elle atteint les hauteurs sublimes du génie. Nous ne lui devons aucun des chefsd'œuvre qui honorent l'humanité, soit dans les arts, soit dans les lettres, et cependant beaucoup de femmes se sont adonnées aux arts et aux lettres par goût et par inclination (1).
Écoutons, à ce sujet, le témoignage d'une femme d'esprit, Daniel Stern : « Dans ses plus brillantes manifestations, le génie féminin n'a point atteint les hauts sommets de la pensée; il est pour ainsi dire resté à mi-côte. Non-seu-
(1) Quelques individualités font exception à cette règle; mais elles sont si rares qu'elles n'infirment qu'à un bien faible degré le principe que nous venons d'énoncer.
28 GÉNÉRALITÉS SUR LA FAMILLE HUMAINIi
lement dans les sciences et dans la philosophie elles ne paraissent qu'au second rang, mais encore dans les arts, pour lesquels elles sont si bien douées, elles n'ont produit aucune œuvre de maître (1). »
Quelle est la femme que l'on peut opposer à Phidias ou à Raphaël, à Platon ou à Virgile ? Trouvons-nous parmi elles un Aristote? Elles réussissent dans le genre familier, dans l'expression des sentiments tendres et délicats, dans le commerce épislolaire et dans les peintures de mœurs; mais lorsqu'elles veulent s'élever à de plus hautes considérations, elles brûlent leurs ailes à la lumière. La femme n'a enrichi l'humanité d'aucune des grandes découvertes qui ont changé la face du monde. Si l'on consulte les documents du ministère du commerce, on trouve que la part des femmes est bien minime dans les inventions qui ont été inscrites depuis qu'on délivre en France des brevets. En effet, depuis le 1" juillet 1791 jusqu'au l^"" octobre 1856, sur 54,108 brevets d'invention ou de perfectionnement qui ont été délivrés, cinq
(1) Daniel Stern, Esquisses morales.
OU six seulement ont été pris par des femmes pour des articles de modes ou de nouveautés. La femme n'a pas même inventé son fuseau et sa quenouille. (P. /. Proudiion.)
La femme est curieuse à l'excès; non par amour pour la vérité, mais parce qu'elle a besoin d'émotions variées, et c'est en quoi notre curiosité diffère de la sienne. Nous recherchons laborieusement tout ce qui agrandit la sphère de notre intelligence ; la femme recherche surtout avec avidité ce qui l'amuse ou l'intéresse. Les scènes de la vie privée ont pour elle plus d'attrait que les secrets de la science.
Ce ne sont point les législateurs qui, les premiers, ont assigné aux deux sexes des attributions diverses, c'est la nature ; elle seule a marqué les rangs, par la différence des organisations. Tous les théoriciens du monde ne pourront rien contre elle.
La voix, qui est un indice de l'état des forces et des qualités intimes de l'être, est plus grave et plus étendue chez l'homme : elle a le ton du commandement.
Chez la femme elle est douce, flexible, sup-
pliante, plus appropriée que la nôtre aux diverses intonations du chant.
La voix de Thomme convient mieux aux discussions publiques et à l'enseignement de l'école; aussi ses organes vocaux sont-ils plus développés et plus fermes. C'est là un fait anatomique bien établi.
L'excitabilité étant plus vive chez la femme, et l'individualité étant moins arrêtée, moins finie si l'on peut ainsi dire, elle reçoit plus aisément les impressions et les traduit au dehors plus fidèlement et plus promptement; sa physionomie est plus expressive et plus mobile que la nôtre. Son âme est en quelque sorte transparente, sous la frêle et délicate enveloppe dont elle est revêtue. Gomme cette âme est moins confinée en elle-même, qu'elle s'appartient moins, elle reflète avec une grande facilité les émotions passagères et empruntées : voilà pourquoi les femmes réussissent si bien au théâtre, dans la mimique, et pourquoi l'on trouve plus de comédiennes habiles que de bons acteurs.
L'instinct musical est plus répandu parmi
les femmes, et l'instinct poétique parmi les hommes. C'est que la musique est la langue du sentiment, non converti en perception, et que la poésie veut des sentiments et des idées. La musique éveille l'intelligence et provoque la naissance des idées, de toute sorte d'idées, suivant son caractère, mais elle n'en exprime aucune formellement.
Comme la femme est plus dépendante que l'homme de ce qui l'entoure, comme elle est moins cjistincte du tout universel et que les instincts ont sur elle plus d'empire, elle est plus intimement avertie , plus sensiblement convaincue qu'un esprit infini gouverne et vivifie le monde. Elle est plus religieuse que l'homme par le côté affectif. Ce qui manque essentiellement à la femme est la méthode : de là, le hasard introduit dans ses raisonnements, et trop souvent dans ses vertus.
Ce qui égare la femme est l'espri t de chimère ; elle le porte dans tout : en religion, en amour, en politique.
a Les femmes ne méditent guère ; penser pour elles est un accident heureux, plutôt qu'un état
permanent. Elles se contentent d'entrevoir les idées, sous leur forme la plus flottante et la plus indécise. Rien ne s'accuse, rien ne se fixe dans la brume dorée de leur fantaisie (1). »
Mais la puissance réflective et la raison personnelle étant moins développées en elle, elle subit plus aisément le joug des hypothèses, que l'imagination et l'ignorance ont substituées aux vérités fondamentales. Elle est enfin plus disposée que nous à la superstition et aux croyances mythologiques, qui personnifient les attributs de Dieu : elle adhère à ces croyances avec enthousiasme, tandis qu'il est toujours difficile de lui faire accepter des notions simples et sans images. Mais nous devons respecter jusqu'à ses erreurs, si elles sont nécessaires pour entretenir un sentiment dont l'absence donnerait la mort à l'âme; et la religiosité est un besoin de sa nature.
Puisque la femme est dans une union plus étroite avec l'infini, il n'est pas impossible que son esprit dépasse, quelquefois, les limites du temps et de l'espace, et qu'il entrevoie des
(1) Daniel Stern, loco citato.
ÉTUDE COMPARÉE DE L'HOxMME ET DE LA FEMME 33
choses qui s'accomplissent à degpandes distances et qui sont encore dans les secrets de l'avenir. Il est sûr que les femmes ont plus souvent que nous de ces pressentiments merveilleux, de ces illuminations soudaines qui trouvent dans les faits leur complète réalisation. On ne saurait nier ces phénomènes, sans renverser l'autorité de l'histoire qui en a recueilli les preuves, d'après le témoignage des hommes les plus recommandables.
Les meilleurs esprits de l'antiquité et les plus graves d'entre les modernes n'y auraient point ajouté foi, si la chose était dépourvue de fondement, et nous ne trouverions pas, dans tous les temps et chez tous les peuples, cette croyance aux pressentiments et au don de seconde vue, presque aussi généralement établie, que le sentiment même de la divinité. Il faut que cette croyance s'appuie sur des faits assez souventrépétés et assez positifs, pour avoir acquis ce caractère d'universalité.
Du reste, il n'est presque personne qui, dans son expérience propre, ne puisse citer quelques faits extraordinaires de ce genre.
Disons donc que les pressentiments et les vues de l'esprit à travers l'espace, ne doivent pas toujours être confondus avec les hallucinations, résultant d'un état morbide du cerveau; sans quoi, il faudrait taxer de folie, comme quelques-uns en ont entrepris la tâche, la plupart des hommes célèbres qui nous assurent avoir eu, dans le courant de leur vie, de ces pressentiments ou de ces révélations intimes que l'événement a justifiés d'une manière éclatante. Cicéron et Plutarque en donnent des exemples. L'empereur Napoléon y croyait fermement, et de grands physiologistes, au nombre desquels il faut compter Burdach (1), admettent la possibilité et la réalité du phénomène.
Il y aurait alors, en se plaçant dans cet ordre d'idées, suspension momentanée de l'individualité intellectuelle ; car ce n'est que par notre relation avec l'infini que nous pouvons traverser le temps et l'espace. Ce phénomène trouve dans nos doctrines une explication naturelle; mais il n'en est pas moins un fait exceptionnel, un fait rare,
(1) Burdach, Traité de physiologie, traduit de l'allemand, p. 227. Paris, 1839.
que l'on ne doit admettre qu'avec la plus grande réserve, parce qu'il touche de trop près aux hallucinations morbides, et qu'il a trop souvent servi de prétexte à l'imposture, pour tromper l'ignorante crédulité.
La femme, naturellement exaltée et crédule, s'est plus d'une fois persuadée que cet état tout à fait anormal pouvait être un état habituel, et soit qu'elle fût dupe d'elle-même ou qu'elle voulût régner sur des imaginations plus faibles, elle s'est donnée comme interprète de l'avenir et des choses cachées, et s'est assise sur le trépied de la devineresse. Cette déplorable manie est beaucoup plus commune chez les femmes que chez les hommes (1), surtout parmi les peuples enfants et dans les temps barbares, où tout ce qui est singulier et accidentel est regardé comme une manifestation particulière de l'esprit de Dieu.
En présence de l'aptitude divinatoire de la femme, on a vu l'homme, prosterné devant les
(1) Parmi les somnambules, prétendus lucides, qui abusent aujourd'hui de la crédulité publique, en s'altribuant le pouvoir de guérir les maladies et de lire dans l'avenir, il y a incomparablement plus de femmes que d'hommes.
36 GÉNÉHALITÉS SUR LA FAMILLE HUMALNE
superstitions de sa compagne, ne pas comprendre que son irrationalité même lui donne quelque chose de fatidique. Partout, dit P. J. Proudhon, qui l'a si bien étudiée, on la trouve prophétesse, devineresse, druidesse, sibylle, pyttionisse, sorcière, tireusede cartes, etc., une vraie table tournante. Inesse quin etiam feminis sanctum aliquid et providum putant, dit Tacite en parlant des Germains; ils pensent que les femmes ont en elles quelque chose de divin et de providentiel. On a cité ce passage, en preuve des hautes prérogatives de la femme ; c'est juste le contraire qui en résulte. Plus il y a de puissance spéculative chez l'homme, moins il y a de capacité de deviner. Qu'il arrive à une femme comme à un chapeau, à une clef, à une baguette de coudrier, de découvrir une chose cachée ou perdue, de traduire avec plus ou moins de bonheur ce que pense celui qui l'interroge, il y a plutôt de quoi la plaindre que la féliciter. C'est le miroir qui réfléchit le soleil, le prisme qui en décompose les rayons. Demandez à ce miroir une théorie de la lumière, et vous verrez ce qu'il vous dira.
ÉTUDE COMPARÉb: DE L'HOMME Eï DE LA FEMME 37
En résumé, l'individualité humaine est moins prononcée chez la femme que chez l'homme, ainsi que l'indique l'organisation respective de l'un et de l'autre sexes, sur laquelle nous allons revenir.
Les traits du visage sont plus accentués chez l'homme ; son front est plus large et plus élevé; tout son corps a plus de développement et de vigueur.
Le corps de la femme a des proportions plus exiguës, si ce n'est du côté des orgaaes de la génération, et il a aussi moins de consistance et de force.
Le cerveau est chez elle moins développé dans ses parties antérieures.
La femme jouit d'une sensibilité sensoriale plus vive, et l'homme d'une puissance de création plus grande.
La femme, étant plus impressionnable que r homme, est par cela même moins indépendante. Non-seulement elle cède plus aisément aux influences extérieures, mais encore elle est mue intérieurement par des instincts plus puissants et plus multipliés que les nôtres, c'est-à-dire que l'in-
A. MAYEII, RU'P. CO.NJ. «
telligence lui est moins personnelle et qu'elle agit moins librement.
Ses sens, quoique plus impressionnables que les nôtres, ont moins de portée, et il en est de même des organes cérébraux.
Ce qui domine chez la femme, c'est le sentiment, c'est l'instinct, c'est la maternité.
Chez l'homme, c'est la force, le raisonnement, la volonté.
Dans l'œuvre de la génération, l'homme a l'initiative ; son rôle est plus actif, il est d'un ordre supérieur, mais il est aussi de peu de durée. Celui de la femme, que l'on nous passe cette expression, est plus substantiel et se prolonge bien davantage. La femme y est employée tout entière et pendant les plus belles années de sa vie.
Comme la plante, elle semble particulièrement destinée à la germination ; on dirait une fleur animalisée; elle en a la délicatesse comme elle en a l'éclat; son parfum, c'est son âme.
Le monde matériel est subordonné à l'homme. 11 subjugue la femme.
Telle qu'elle est, la femme sert de complé-
ment à la nature humaine et l'embellit. Elle représente le côté sensible. L'aménité, la fécondité, la beauté, sont ses attributs distinctifs.
Si l'homme a la force du corps et la supériorité intellectuelle en partage, la femme a pour elle l'harmonie des formes, la souplesse des mouvements, la fmesse de l'esprit.
Elle est visiblement née pour le:- talents d'agrément et les détails domestiques, comme l'homme est né pour les grands travaux et la direction sociale.
Les qualités affectives sont plus développées chez la femme; le dévouement est sa loi, le sacrifice est son triomphe. Jeune fdle, épouse ou mère, elle n'est jamais à elle, et son abnégation fait sa grandeur.
Elle est plus pieuse que nous, parce qu'elle est plus fidèle aux instincts primitifs. Son cœur est un sanctuaire que l'homme de bien respectera toujours; le tfiple flambeau de la foi, de l'espérance et de l'amour, y brûle sans cesse.
Si la femme a besoin d'appui, l'homme voué au travail a besoin d'encouragement et de consolation. Il trouve cet encouragement, cette
consolation, dans le commerce de sa compagne; les grâces dont elle est ornée lui font oublier les fatigues de la vie ; son sourire dissipe nos ennuis; la persuasion est sur ses lèvres; la douleur s'endort à sa voix, et le malade trouve par ses soins un adoucissement à ses maux.
Elle veille au foyer domestique comme un génie protecteur, tandis que l'homme explore la nature et la soumet à son empire.
La douceur de caractère propre à la femme corrige la rudesse de nos mœurs.
La rectitude de ses instincts sert quelquefois à ramener notre esprit qui s'égare, ou qui flotte incertain.
Nous sommes, il est vrai, plus riches que la
femme enintelligence personnelle, mais la femme est'plus riche que nous en sentiment et en affection.
C'est ainsi que les deux sexes sont unis, entre eux, par leurs qualités respectives et qu'ils se complètent mutuellement.
Les femmes ont moins besoin d'affranchissement que les hommes, et elles-mêmes le sentent communément, bien que des amis mal in-
spirés plaident, en leur nom, l'égalité devant les fonctions sociales. Les alTections les dédommagent du joug; elles ont au fond du cœur des consolations pour leurs misères, leurs sujétions, leurs souffrances. La femme, la mère surtout, n'a-t-elle pas le dévouement pour compensation de la liberté ?
C'est par son esclavage et sa soumission même que la femme se relève ; car c'est par là qu'elle devient mère et qu'elle parvient à sa haute
dignité.
Par cela même qu'elles ne trouvent point à se répandre en dehors du foyer domestique, les vertus féminines les plus suaves et les plus nobles se dérobent aux yeux de l'observateur, et demeurent cà jamais ignorées de tous ceux qui vivent éloignés de la sphère qu'elles illuminent.
Le monde, — on ne le sait point assez, contient un grand nombre de candides et pures jeunes filles, tout absorbées dans leur chaste ignorance, en qui le sentiment de la pudeur est demeuré aussi profond qu'il l'était dans la première femme, quand elle est sortie des mains du
Créateur, toute revêtue de modestie. Pour les natures délicates, se donner est un sacrifice immense et toujours nouveau ; car si la déchéance a frappé la femme dans son âme devenue faible, dans son corps devenu infirme, et dans ses sentiments que la volonté ne gouverne plus, elle a, — chose étrange ! — elle a respecté cet admirable instinct de pudeur dont Eve fut primitivement douée. Plus la femme est jeune et pure, plus elle est chaste dans ses pensées de vierge ; et sa nature est ainsi faite, qu'elle n'arrive aux pensées grossières, qu'après un long contact avec le monde qui ne croit pas à sa pudeur, et qui la froisse et la blesse sans cesse comme sans pitié.
Dans les relations amoureuses, le rôle actif et provocateur appartient à l'homme, et il y met d'autant plus d'ardeur que les obstacles qu'il rencontre sont plus difficiles à vaincre. La pudeur, qui est l'attribut le plus noble du sexe, est ainsi ménagée ; et la pudeur est la vertu par excellence de la femme, celle dont la perte en fait un être dégradé et des plus abjects : c'est d'ailleurs de toutes les vertus celle qui sup-
pose la plus longue éducation et le plus complet développement de l'intelligence et du sens moral. Chez les enfants, elle n'existe pas, et jusqu'à l'âge de la puberté elle n'apparaît que fort peu. Chez les sauvages et les peuples primitifs, elle est complètement inconnue. La pudeur est, en un mot, une des manifestations de la dignité personnelle, de ce sentiment propre à l'homme, qui, par respect pour luimême, rompt avec les mœurs de la brute et se complaît à épurer les siennes. Cependant, et tout en respectant précieusement les lois de cette pudeur qui lui confère je ne sais quel parfum de perpétuelle virginité, il fallait que la femme eût à sa disposition les moyens d'attirer les yeux, et d'exciter les désirs de celui qu'elle préfère et qu'elle veut subjuguer. De là, cet art subtil qu'elle apporte dans ses vêtements, dans sa parure, dans ses attitudes et dans tout son extérieur. De là, ce charme infini qu'elle sait imprimer à ses moindres actions, à son regard, à l'intonation de sa voix, à tout son être enfin.
On a donné à ces mille ruses, si familières aux
femmes, la dénomination pittoresque de coquetterie.. Cette expression, prise en bonne part, désigne une qualité inhérente à la nature féminine. On la trouve également chez les animaux, où la femelle recherche le mâle par mille artifices et lui donne le signal ; elle se concilie parfaitement avec la vertu et la modestie, quand elle demeure confinée dans certaines limites et qu'elle est mise en œuvre dans un dessein avouable ; mais elle devient une arme perfide et dangereuse au service des âmes frivoles et inconstantes, qui recherchent plutôt les hommages nombreux et passagers, que les jouissances durables et licites d'un amour pur et vrai. On rencontre dans le monde de ces femmes, aux dehors candides et aux mœurs hypocrites, qui se font un jeu cruel de s'entourer d'adorateurs, de se composer une cour qui satisfasse leur orgueil, pour le seul plaisir de dominer et de devenir l'objet d'ardentes convoitises. Ces sortes de femmes, que les poètes ont symbolisées dans la création fantastique de la Sirène^ constituent une véritable monstruosité, une déviation du sens moral, un fléau pour les
hommes inexpérimentés qui les prennent au sérieux.
Comédiennes perfides, vous ne savez donc pas que si la prostitution du corps est une souillure, celle du cœur est une profanation qui n'a pas même l'excuse de l'entraînement !