‹ Des rapports conjugaux considérées sous le tirple point de vue de la population, de la santé et de la morale publique (volume 2)Chapitre 11 sur 25 · CHAPITRÉ PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ PREMIER

La nature a donné à la femme des attributs qui indiquent sa véritable destinée, et le rôle qui lui est dévolu à côté de l’homme. Ainsi, la gracilité de ses formes, sa stature inférieure à celle de l’autre sexe, le joug qu’elle subit de la part des organes génitaux, la sujétion que lui impose une fonction spéciale et périodique, enfin les tendances de son caractère, tout révèle qu’elle n’a point été créée pour la lutte active et incessante contre les exigences de la vie matérielle, ni pour soumettre à sa domination les éléments hostiles du monde extérieur.

Si, d’ailleurs, nous voulons chercher dans

toutes les séries du règne animal , à éclairer le problème de la suprématie naturelle d’un sexe sur l’autre, nous verrons partout la femelle frappée d’un cachet de subordination, par rapport au mâle. Il n’est pas besoin de citer d’exemple, puisque aucune exception ne vient contredire cette loi. S’agit-il maintenant de pénétrer dans quelques détails ? Les preuves de notre assertion se présentent en foule, irrécusables et patentes.

Par exemple , nous reconnaissons à la femme la prédominance sur l’homme, par les qualités affectives, les penchants et les instincts; mais nous lui dénions une somme égale d’intelligence. Tout aussitôt l’anatomie vient déposer en faveur de notre opinion, en montrant chez la femme les parties antérieures du cerveau, — siège des facultés intellectuelles, — moins développées que les parties postérieures, qui répondent aux qualités affectives, aux instincts et aux penchants.

Ce qui distingue donc la femme, c’est le sen-

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timent; ce qui caractérise l’homme, c’est la raison.

Mais il ne sera ni sans intérêt, ni sans profit, d’entrer dans le cœur de la question, en faisant servir les connaissances anatomiques, à l’interprétation des phénomènes physiques et moraux qui spécialisent la femme et en font un être à part.

J’ai lu quelque part, que si jamais la science était dotée d’une bonne psychologie, c’est à un médecin quelle le devrait. Cette pensée est d’une vérité profonde, en ce sens qu’elle établit toute l’importance qu’il convient d’accorder aux organes et à leur aptitude fonctionnelle, dans l’appréciation des faits qui ressortissent à la métaphysique.

Cette tâche de concilier le rôle et les droits respectifs de la matière et de Y esprit dans ce qui constitue l’homme, — en tant qu’être vivant et intelligent tout à la fois, — un médecin l’a tentée

récemment, dans un ouvrage remarquable à plus d’un titre (1).

C’est lui qui m’a inspiré ce chapitre.

L’homme est d'une plus haute stature ; il a le corps plus robuste, et cet avantage n’est point dû à l’éducation diverse que reçoivent les deux sexes, parmi les nations civilisées, parce qu’il se fait remarquer chez les sauvages et partout où l’homme et la femme partagent les mêmes travaux.

Le tissu cellulaire, que l’on doit regarder comme le tissu élémentaire des corps organisés, est plus abondant chez la femme, preuve que son développement personnel est moins avancé et quelle doit fournir à d’autres développements.

Ce qu’elle perd ici du côté de la force, elle le gagne du côté de la beauté ; car le tissu cellulaire, en soulevant la peau , efface les saillies

(1) Le docteur Bertrand de Saint- Germain, Des manifestations de la vie et de l’intelligence, à l’aide de l’organisation.

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osseuses et produit ces molles inflexions et ces contours gracieux qui séduisent nos regards ; il harmonise les diverses parties du corps par des lignes courbes insensibles, et facilite la souplesse des mouvements, en lubréfiant les organes de la locomotion.

Si le cerveau, organe de l’intelligence, est plus développé chez l’homme, surtout dans ses parties antérieures, la moelle épinière l’est d’avantage chez la femme.

Chez elle, le corps des vertèbres a plus de hauteur et moins d’épaisseur, et les cartilages intervertébraux occupent plus d’espace ; d’où il résulte :

1° Que la colonne vertébrale est plus longue chez la femme, ainsi que le prouvent, du reste, ses inflexions prononcées ;

2° Que le canal vertébral est plus ample, et, partant, que la moelle épinière est plus développée chez elle, en épaisseur et en hauteur.

A ce sujet, nous devons rappeler ici que

l’activité vitale est toujours en rapport avec le développement de la moelle, proportionnellement au reste du corps, et que, par un contraire, ce développement prédominant plus ou moins sur celui du cerveau, indique toujours dans la série animale un degré d’infériorité.

Les fonctions de l’élément supérieur sont donc plus favorisées par l’organisation féminine, sous le rapport de V entretien et de la conservation de Inexistence, et elles le sont d’avantage par l’organisation masculine, sous le rapport de la connaissauce et de la direction.

La femme vit en général plus longtemps que l’homme, bien qu’elle ait moins de force, et que sa santé soit plus souvent troublée.

Elle fait aussi beaucoup plus de sang ; mais l’homme, à son tour, produit plus de pensées.

Chez la femme, la circulation est plus rapide, la respiration plus accélérée ; elle vit plus vite, et vit pour deux. Son existence presque

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tout entière se rapporte à la conservation matérielle de l’espèce.

Si l’homme a l’initiative dans l’œuvre de la génération, s’il représente le principe animateur et actif, qui met en mouvement les éléments matériels et leur communique le souffle de vie, c’est la femme qui fournit ces éléments, et qui travaille le plus longtemps et avec le plus de peine à leur élaboration.

La nature a tout disposé pour cela : la région des organes génitaux est beaucoup plus développée , et toutes ses dimensions sont beaucoup plus considérables chez la femme que chez l’homme.

Le tissu cellulaire, ou tissu élémentaire, est en plus grande proportion chez la femme.

La formation du sang, ainsi que nous venons de le dire, est plus active et plus abondante chez elle, et le flux périodique auquel elle est sujette, paraît surtout établi pour la débarrasser d’un excédant qui ne trouve son emploi que par

la génération. En effet, l’arrivée des menstrues annonce l’époque de la puberté, et leur cessation définitive indique l’âge où la femme n’est plus en état de concevoir. Leur suspension a lieu d’ordinaire dès que la grossesse se déclare et pendant l’allaitement ; en tout autre temps, l’absence des menstrues est un signe de stérilité.

La femme est donc en travail pendant les plus belles années de sa vie, pour la nutrition de l’espèce.

Remarquez, en outre, que les organes de la génération ont sur elle une influence beaucoup plus marquée que sur nous : les sensations qui en émanent, retentissent dans tout son être et lui causent des spasmes étranges.

On ne peut s'imaginer à quel point le cerveau et les autres organes sont chez elle sous la dépendance de V utérus. Plus de liberté d’esprit, plus de régularité dans les opérations intellectuelles, dès que l’utérus est malade ; toute l’économie en est troublée. Comme aussi, dès

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qu’il survient quelque altération dans un autre point du corps, l’utérus s’en ressent.

Il est évident que Y utérus est un des pôles de l’organisation féminine.

L’âme suit cette direction.

Dès l’enfance, nous voyons la petite fille manifester ses penchants, par le soin qu’elle donne à sa poupée et par le plaisir qu’elle prend au ménage. Tout ce qui a pour but l’entretien de la vie matérielle l’intéresse particulièrement.

Le petit garçon, au contraire, se plaît à imiter ce qui a rapport à la vie publique, au gouvernement des villes, à l’art militaire , à la répression des délits, aux cérémonies religieuses, aux voyages, aux exercices équestres, suivant ses dispositions.

L’homme n’a pas pour la progéniture un attachement aussi sensible que la femme. Ce ne sont guères que des sympathies morales qui lient le père à l’enfant. Il y a plus que cela chez la mère ; elle aime son enfant comme le fruit

de ses entrailles, comme le plus pur de son

sang, comme sa vie.

La substance du cerveau et des nerfs a plus de consistance, plus de densité chez l’homme ; elle est plus molle chez la femme.

Faut-il voir dans ces différences organiques la cause pour laquelle la femme jouit d’une excitabilité plus grande, et l’homme d’une réceptivité plus durable ? Il est sûr que la femme est plus vivement et plus facilement émue, et que l’homme retient plus longtemps les sensations, ce qui permet chez lui au principe actif et supérieur de réagir plus librement.

La femme est donc moins capable que l’homme de réflexion.

Par cela même quelle est d’une excitabilité extrême, tout ce qui donne lieu à des sensations exagérées la trouble ou l’entraîne.

L’homme, moins sensible, est plus maître de lui ; car la sensibilité, qui multiplie nos rap-

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ports extérieurs, quand elle est trop développée, nous asservit.

Les nerfs émanant du rachis sont plus gros chez la femme, proportionnellement au volume des muscles.

La femme nous offre tous les caractères du tempérament nerveux : aussi en a-t-elle les qualités et les défauts, et nous la voyons souvent tomber dans les inconvénients qui se rattachent à l’exagération de ce genre de tempérament.

Extrême dans le bien, elle l'est aussi dans le mal ; elle est inconstante et mobile, elle veut et ne veut pas ; elle flotte, elle hésite ; elle prend bientôt en dégoût ce qu’elle recherchait avec le plus d’ardeur ; elle passe de l’amour à la haine avec une étonnante facilité ; elle est pleine de contradictions.

Capable des actions les plus héroïques, elle l’est aussi des crimes les plus atroces. La jalousie transforme souvent cet ange de paix en dé-

mon de la guerre ; elle empoisonne sa rivale tout aussi bien qu’elle ferait elle-même le sacrifice de sa vie pour son amant.

Douce et impétueuse tour à tour, timide et craintive par le sentiment qu’elle a de sa faiblesse, elle est susceptible d’un courage extraordinaire ; et, si l’on considérait le courage selon son étymologie française, comme une sorte de rage de cœur , comme un état d’exaltation, il serait vrai de dire que la femme a plus de courage que l’homme, et l’homme plus de bravoure que la femme.

L’homme, mû par une volonté ferme, voit le danger et l’affronte ; la femme ne calcule rien ; elle voit un but, elle veut l’atteindre.

Si vous contrariez sans ménagement ses désirs impétueux, sa mobilité se change en opiniâtreté; vous la briseriez plutôt que de la réduire. Elle est terrible dans ses vengeances.

Les émotions populaires , les terreurs de la superstition, l’ivresse du fanatisme politique ,

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se propagent parmi les femmes comme un incendie.

Se croient-elles menacées du courroux céleste, elles remplissent l’air de leurs gémissements ; les temples ne peuvent les contenir.

Le souffle des révolutions vient-il à ébranler les bases d’un État, elles se jettent avec furie dans la tourmente ; les réactions des partis nous les montrent plus acharnées, plus sanguinaires que les hommes.

Mais, d’un autre côté, quand les sentimens généreux les exaltent, elles deviennent sublimes et nous laissent bien loin derrière elles. Arthémise et Lucrèce sont des types qui n’ont point d’analogues parmi les hommes. On ne rencontrerait pas chez nous un amour aussi désintéressé, aussi ardent que celui dont Héloïse a fait preuve au moyen âge. Son amant Abeilard offre un contraste caractéristique : plus sensuel que tendre , il ne se passionna réellement que pour les disputes de l’École, et sa correspon-

dance nous montre une âme satisfaite et fière de sa conquête, plutôt que touchée du dévouement d’Héloïse.

C’est une femme, Madeleine, qui personnifie le repentir, comme sainte Thérèse personnifie la dévotion , et Jeanne d’Arc l’enthousiasme politique.

La femme porte le sentiment et les passions du cœur à leur dernière limite , précisément à cause de la facilité avec laquelle elle cède aux influences étrangères : Y individualité est chez elle moins prononcée. Il y a dans son organisation physique quelque chose d’indéterminé et de fuyant, quelque chose d’insaisissable qui ajoute à ses moyens de séduction, en irritant les désirs. Le sentiment de la pudeur dont la nature l’a douée , et qui l’enveloppe comme un voile, agit dans le même sens.

La cohésion des parties est moindre chez la femme : tout son corps est plus flexible et plus mou. La peau , qui est l'organe Imitateur

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de V individu , est chez elle plus mince , plus douce, à mailles moins serrées et plus extensibles.

Tandis que la femme perd la fraîcheur de la jeunesse, tandis que la finesse de la peau, la délicatesse du teint et la vivacité de la turgescence diminuent chez elle, l’accroissement de la masse lui conserve le charme des formes extérieures. L’expression vivante d’une vie satisfaite dans sa vocation , crée pour elle un nouveau genre de beauté ; et , quoique plus tard ses organes perdent aussi de leur flexibilité, elle n’en conserve pas moins de la grâce dans tous ses mouvements.

, Les influences atmosphériques, la température et l’électricité agissent plus puissamment sur la femme que sur l’homme ; la femme est dans une union plus intime avec la nature, elle appartient plus au tout; elle en est moins distincte. Voilà pourquoi sa volonté personnelle est plus faible, et ses instincts plus forts.

Les instincts sont des manifestations de la

raison impersonnelle , qui agit dans les animaux sans leur participation réfléchie, pour les conduire au but providentiel.

Plus le principe actif s’individualise , plus l’intelligence devient personnelle, par la prédominance des fonctions cérébrales ; moins il y a d’instinct, plus il y a de raisonnement et de conceptions propres. C’est ce que l’on observe dans toute la série animale ; c’est ce qui a lieu pour l’homme à l’égard de la femme.

La femme accomplit par instinct , avec facilité, une multitude de choses auxquelles nous n’arrivons pas aussi facilement par la réflexion; mais nous lui sommes incontestablement supérieurs dans tout ce qui demande de l’application et du raisonnement, comme dans l’interprétation des lois de la nature, dans la philosophie, les sciences mathématiques.

L’homme a toute la force physique qu’exigent les grands travaux pour la culture du sol et sa défense.

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La femme a la souplesse et la dextérité que demandent les œuvres minutieuses et les détails domestiques. Elle ne saisit point les objets dont elle veut s’emparer avec autant de puissance que nous, mais elle les manie plus habilement, plus délicatement. Vous observerez qu’elle a la main plus petite et les doigts plus effilés. Elle excelle dans les travaux à l’aiguille, dans la broderie et la tapisserie. Si elle s’adonne à la peinture, elle réussit mieux dans la miniature qu’en tout autre genre.

Elle mesure moins d’espace que nous en marchant, et accomplit plus difficilement de longs trajets ; mais sa démarche a une légèreté et une grâce que nous ne saurions égaler. Elle est la première, sans comparaison, dans l’art de la danse, dans cette association de mouvements harmoniques et cadencés.

En général, les organes sont plus exigus chez la femme ; en compensation ils sont doués d’une sensibilité plus vive , et leur texture organique

a plus de finesse ; ce qui leur donne l’avantage dans les opérations qui demandent moins de réceptivité et de force, que de prestesse et d’acuïté.

La femme a le globe oculaire moins gros et le cristallin plus convexe, de sorte que si elle ne peut recevoir autant de rayons lumineux que nous en recevons, elle voit pourtant mieux de près ; habile à distinguer les nuances délicates, elle a de la peine à mesurer les proportions d’un corps volumineux ou éloigné.

Elle a l’oreille plus petite et le conduit auditif plus étroit ; mais ce conduit est chez elle plus cylindrique qu’infundibuliforme , c’est-à-dire qu’il se rétrécit moins rapidement ; et s’il admet moins d’ondes sonores, si, par conséquent, il perd les sons lointains, ceux qu’il reçoit arrivent plus directement à la membrane du tympan, et la femme est en état de discerner le timbre des sons les plus légers qui se font entendre à peu de distance.

Les organes du goût et ceux de l’olfaction ont

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également chez elle moins de développement et plus de ténuité; aussi la femme donne-t-elle la préférence aux aliments d’une saveur douce et aux parfums délicats.

Ces rapports différentiels dans les propriétés extérieures et les fonctions sensoriales se retrouvent dans les facultés intellectuelles et les opérations cérébrales.

Chez l’homme, l’intelligence servie par des organes plus fermes et plus développés, embrasse un horizon plus vaste et s’élève à des considérations d’un ordre plus élevé.

Chez la femme , l’intelligence personnelle a moins d’étendue et moins de puissance, mais elle est plus subtile et plus déliée.

La vivacité et la multiplicité des sensations, probablement aussi la conformation des lobes cérébraux antérieurs, ne permettent pas à la femme d’apprécier exactement le rapport des choses, leurs effets et leurs causes.

Elle a de la peine à fixer longtemps son at~

M. il

tention sur un même objet, elle est peu propre à l’abstraction et aux généralités ; mais en revanche elle saisit merveilleusement les qualités sensibles et les vérités de détail, et pour tout ce qui ne demande que du tact, de la finesse et du goût, elle est supérieure à l’homme.

Elle a plus de ce qu’on nomme esprit , mais rarement elle atteint les hauteurs sublimes du génie. Aucune des grandes découvertes qui ont éclairé le monde n’est due aux femmes. Nous ne leur devons aucun des chefs-d’œuvre qui honorent l’humanité, soit dans les arts, soit dans les lettres, et cependant beaucoup d’entre elles se sont adonnées aux arts et aux lettres par goût et par inclination (1).

Quelle est la femme que l’on peut opposer à Phidias ou à Raphaël, à Platon ou à Virgile? Trouvons-nous parmi elles un Aristote? Elles réussissent dans le genre familier, dans l’ex-

(1) Quelques individualités font exception à cette règle; mais elles sont si rares qu’elles n’infirment qu\à un bien faible degré le principe que nous venons d’énoncer.

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pression des sentiments tendres et délicats, dans le commerce épistolaire et dans les peintures de mœurs ; mais lorsqu’elles veulent s’élever à de plus hautes considérations , elles brûlent leurs ailes à la lumière.

La femme est curieuse à l’excès, non par amour pour la vérité, mais parce qu’elle a besoin d’émotions, et c’est en quoi notre curiosité diffère de la sienne. Nous recherchons laborieusement tout ce qui agrandit la sphère de notre intelligence ; la femme recherche surtout ce qui l’amuse ou l’intéresse. Les scènes de la vie privée ont pour elle plus d’attrait que les secrets de la science.

Ce ne sont point les législateurs qui, les premiers, ont assigné aux deux sexes des attributions diverses, c’est la nature ; elle seule a marqué les rangs par la différence des organisations. Tous les théoriciens du monde ne pourront rien contre elle.

La voix, qui est un indice de l’étal des forces

et des qualités intimes de l’être , est plus grave et plus étendue chez l’homme; elle a le ton du commandement.

Chez la femme elle est douce, flexible, suppliante, plus appropriée que la nôtre aux diverses intonations du chant.

La voix de l’homme convient mieux aux discussions publiques et à l’enseignement de l’école ; aussi ses organes vocaux sont-ils plus développés et plus fermes. C’est là un fait anatomique bien établi.

L’excitabilité étant plus vive chez la femme, et l’individualité étant moins arrêtée, moins finie si l’on peut ainsi dire , elle reçoit plus aisément les impressions et les traduit au dehors plus fidèlement et plus promptement ; sa physionomie est plus expressive et plus mobile que la nôtre. Son âme est en quelque sorte transparente sous la frêle et délicate enveloppe dont elle est revêtue. Comme cette âme est moins retirée en elle-même, qu’elle s’appartient moins,

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elle reflète avec une grande facilité les émotions passagères et empruntées : voilà pourquoi les femmes réussissent si bien au théâtre , dans la mimique, et pourquoi l’on trouve plus de comédiennes habiles que de bons acteurs.

L’instinct musical est plus répandu parmi les femmes , et l’instinct poétique parmi les hommes. C’est que la musique est la langue du sentiment non converti en perception, et que la poésie veut des sentiments et des idées. La musique éveille l’intelligence et provoque la naissance des idées, de toute sorte d’idées, suivant son caractère, mais elle n’en exprime aucune formellement.

Comme la femme est plus dépendante que l’homme de ce qui l’entoure, comme elle est moins distincte du tout universel et que les instincts ont sur elle plus d’empire, elle est plus intimement avertie , plus sensiblement convaincue qu’un esprit infini gouverne et vivifie le monde. Elle est plus religieuse que l’homme

par le côté affectif ; mais la puissance réflective et la raison personnelle étant moins développées en elle, elle subit plus aisément les diverses hypothèses que l’imagination, l’ignorance et la politique ont substituées aux vérités fondamentales. Elle est enfin plus disposée que nous à la superstition et aux croyances mythologiques qui personnifient les attributs de Dieu; elle adhère à ces croyances avec enthousiasme, et il vit toujours difficile de lui faire accepter des notions simples et sans images. Nous devons respecter jusqu’à ses erreurs, si elles sont nécessaires pour entretenir un sentiment dont l’absence donnerait la mort à l’âme.

Puisque la femme est dans une union plus étroite avec l’infini, il n’est pas impossible que son esprit dépasse quelquefois les limites du temps et de l’espace, et qu’il entrevoie des choses qui s’accomplissent à distance ou qui sont encore dans les secrets de l’avenir. Il est sûr que les femmes ont plus souvent que nous de

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ces pressentiments merveilleux, de ces illuminations soudaines qui trouvent dans les faits leur complète réalisation. On ne saurait nier ces phénomènes, sans renverser l’autorité de l’histoire qui en a recueilli les preuves, d’après le témoignage des hommes les plus recommandables.

Les meilleurs esprits de l’antiquité et les plus graves d’entre les modernes , n’y auraient point ajouté foi, si la chose était dépourvue de fondement, et nous ne trouverions pas dans tous les temps et chez tous les peuples cette croyance aux pressentiments et au don de seconde vue, presque aussi généralement établie, que le sentiment même de la divinité. Il faut que cette croyance s’appuie sur des faits assez souvent répétés et assez positifs, pour avoir acquis ce caractère d’universalité (I).

Du reste, il n’est presque personne qui, dans

(1) Cette interprétation assez ingénieuse appartient au docteur Bertrand de Saint-Germain. ( Loc . cit .)

son expérience propre, ne paisse citer quelques faits extraordinaires de ce genre.

Disons donc que les pressentiments et les vues de l’esprit à travers l’espace, ne doivent pas toujours être confondus avec les hallucinations résultant d’un état morbide du cerveau; sans quoi, il faudrait taxer de folie la plupart des hommes célèbres qui nous assurent avoir eu, dans le courant de leur vie, de ces pressentiments ou de ces révélations intimes que l’événement a justifiés d’une manière éclatante. Cicéron et Plutarque en donnent des exemples. L’empereur Napoléon y croyait fermement, et de grands physiologistes, au nombre desquels il faut compter Burdach (1), admettent la possibilité et la réalité du phénomène.

Il y aurait alors suspension momentanée de l’individualité intellectuelle, car ce n’est que par notre relation avec l’infini que nous pouvons

(1) Traité de physiologie, traduit de l’allemand. Paris, 1839, p. 227.

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traverser le temps et l’espace. Ce phénomène trouve dans nos doctrines une explication naturelle, mais il n’en est pas moins un fait exceptionnel, un fait rare que l’on ne doit admettre qu’avec la plus grande réserve, parce qu’ il touche de trop près aux hallucinations morbides, et qu’il a trop souvent servi de prétexte à l’imposture, pour tromper l’ignorante crédulité (1).

La femme naturellement exaltée et crédule, s’est plus d’une fois persuadé que cet état toutà-fait anormal pouvait être un état habituel, et soit qu’elle fût dupe d’elle-même ou qu’elle

(1) C’est peut-être le cas de rapporter ici une illusion d’optique fort singulière dont il nous arrive souvent d’être le jouet et qui rentre tout à fait dans le phénomène de vue à travers Vespace. Voici : Nous sommes dans la rue. Nous apercevons de loin une personne qui nous est parfaitement connue. Il n’y a, dans notre esprit, nul doute à cet égard. Parvenu tout près de cette personne, nous remarquons avec un profond étonnement que nous avons commis une erreur grossière et qu’il n’y a pas la moindre ressemblance entre les deux individus que nous avons pris l’un pour l’autre. Mais il est rare qu’au détour de la première rue nous ne nous trouvions pas face à face avec la personne que nous avions cru voir primitivement. Nous ne sommes sans doute pas le seul à qui pareille chose arrive.

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voulût régner sur des imaginations plus faibles, elle s’est donnée comme interprète de l’avenir et des choses cachées, et s’est assise sur le trépied de la devineresse. Cette déplorable manie est beaucoup plus commune parmi les femmes que parmi les hommes (1), surtout chez les peuples enfants et dans les temps barbares, où tout ce qui est singulier et accidentel est regardé comme une manifestation particulière de l’esprit de Dieu.

En résumé, l’individualité humaine est moins prononcée chez la femme que chez l’homme, ainsi que l’indique l’organisation respective de l’un et de l’autre sexe.

Les traits du visage sont plus accentués chez l’homme ; son front est plus large et plus élevé; tout son corps a plus de développement et de vigueur.

Le corps de la femme a des proportions moin-

(1) Parmi les somnambules magnétiques qui abusent aujourd’hui de la crédulité publique, en s’attribuant le pouvoir de guérir les maladies et de lire dans l’avenir, il y a incomparablement plus de femmes que d’hommes.

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dres, si ce n’est du côté des organes de la génération, et il a aussi moins de consistance et de force.

Le cerveau est chez elle moins développé dans ses parties antérieures.

La femme jouit d’une sensibilité sensoriale plus vive, et l’homme d’une puissance de création plus grande.

La femme étant plus impressionnable que rhomme , est par cela même moins indépendante. Non-seulement elle cède plus aisément aux influences extérieures, mais encore elle est mue intérieurement par des instincts plus puissants et plus multipliés que les nôtres, c’està-dire que l’intelligence lui est moins personnelle et qu’elle agit moins librement.

Ses sens, quoique plus impressionnables que les nôtres, ont moins de portée, et il en est de même des organes cérébraux.

Ce qui domine chez la femme, c’est le sentiment, c’est l’instinct, c’est la maternité.

Chez l’homme, c’est la force, le raisonnement, la volonté.

Dans l’œuvre de la génération, l’homme a l’initiative ; son rôle est plus actif, il est d’un ordre supérieur, mais il est aussi de peu de durée. Celui de la femme, que l’on me passe cette expression, est plus substantiel et se prolonge bien davantage. La femme y est employée tout entière et pendant les plus belles années de sa vie.

Comme la plante, elle semble particulièrement destinée à la germination ; on dirait une fleur annualisée ; elle en a la délicatesse comme elle en a l’éclat; son parfum c’est son âme.

Le monde matériel est subordonné à l’homme. Il subjugue la femme.

Telle qu’elle est, la femme sert de complément à la nature humaine et l’embellit. Elle représente le côté sensible. L’aménité, la fécondité, la beauté, sont ses attributs distinctifs.

Si l’homme a la force du corps et la supério-

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rité intellectuelle en partage, la femme a pour elle l’harmonie des formes, la souplesse des mouvements, la finesse de l’esprit.

Elle est visiblement née pour les talents d’agrément et les détails domestiques , comme l’homme est né pour les grands travaux et la direction sociale.

Les qualités affectives sont plus développées chez la femme : le dévouement est sa loi, le sacrifice est son triomphe. Jeune fille, épouse ou mère, elle n’est jamais à elle, et son abnégation fait sa grandeur.

Elle est plus pieuse que nous, parce qu’elle est plus fidèle aux instincts primitifs. Son cœur est un sanctuaire que l’homme de bien respectera toujours ; le triple flambeau de la foi, de l’espérance et de l’amour, y brûle sans cesse.

Si la femme a besoin d’appui, l’homme voué au travail a besoin d’encouragement et de consolation. 11 trouve cet encouragement, cette consolation, dans le commerce de sa compagne ;

les grâces dont elle est ornée lui font oublier les fatigues de la vie ; son regard approbateur est un des plus beaux rayons de la gloire; son sourire dissipe nos ennuis; la persuasion est sur ses lèvres ; la douleur s’endort à sa voix, et le malade trouve par ses soins un adoucissement à ses maux.

Elle veille au foyer domestique comme un génie protecteur, tandis que l’homme explore la nature et la soumet à son usage.

La douceur de caractère propre à la femme corrige la rudesse de nos mœurs.

La rectitude de ses instincts sert quelquefois à ramener notre esprit qui s’égare.

Nous sommes, il est vrai, plus riches que la femme en intelligence personnelle , mais la femme est plus riche que nous en sentiment et en affection.

C’est ainsi que les deux sexes sont unis entre eux par leurs qualités respectives et qu’ils se complètent mutuellement.

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Les femmes ont moins besoin d’affranchissement que les hommes, et elles-mêmes le sentent communément. Les affections les dédommagent du joug ; elles ont au fond du cœur des consolations pour leurs misères, leurs sujétions, leurs souffrances. La femme, la mère surtout, n’at-elle pas le dévouement pour compensation de la liberté?

C’est par son esclavage et sa soumission même que la femme se relève ; car c’est par là qu’elle devient mère et qu’elle parvient à sa haute dignité.

Le monde, — on ne le sait point assez, — contient un grand nombre de candides et pures jeunes filles, tout absorbées dans leur chaste ignorance, en qui le sentiment de la pudeur est demeuré aussi profond qu’il l’était dans la première femme, quand elle est sortie des mains du Créateur, toute revêtue de modestie. Pour les natures délicates, se donner est un sacrifice immense et toujours nouveau ; car si la déchéance

196 ÉTUDE PSYCHO-PHYSIOLOGIQUE a frappé la femme dans son âme devenue faible, dans son corps devenu infirme, et dans ses sentiments que la volonté ne gouverne plus, elle a, — chose étrange ! — elle a respecté cet admirable instinct de pudeur dont Eve fut primitivement douée. Plus la femme est jeune et pure, plus elle est chaste dans ses pensées de vierge ; et sa nature est ainsi faite, qu’elle n’arrive aux pensées grossières, qu’après un long contact avec le monde qui ne croit pas à sa pudeur, et qui la froisse et la blesse, sans cesse comme sans pitié.

Dans les relations amoureuses, le rôle actif et provocateur appartient à l’homme, et il y met d’autant plus d’ardeur que les obstacles qu’il rencontre sont plus difficiles à vaincre. La pudeur, qui est l’attribut le plus noble du sexe, est ainsi ménagée. Mais il fallait que la femme eût à sa disposition les moyens d’attirer les yeux, et d’exciter les désirs de celui qu’elle préfère et qu’elle veut subjuguer. De là cet art subtil

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qu’elle apporte dans ses vêtements, dans sa parure, dans ses attitudes et dans tout son extérieur. De là ce charme infini qu’elle sait donner à ses moindres actions, à son regard, à l’intonation de sa voix, à tout son être enfin.

On a donné à ces mille ruses si familières aux femmes, la dénomination pittoresque de coquetterie. Cette expression prise en bonne part désigne une propriété inhérente à la nature féminine. On la trouve également chez les animaux ; elle se concilie parfaitement avec la vertu et la modestie, quand elle demeure confinée dans certaines limites et qu’elle est mise en œuvre dans un dessein avouable; mais elle devient une arme perfide et dangereuse au service des âi$es frivoles et inconstantes, qui recherchent plutôt les hommages nombreux et passagers, que les jouissances durables et licites d’un amour pur et vrai. On rencontre dans le monde de ces femmes au dehors candide et aux mœurs hypocrites, qui se font un jeu cruel de s’entourer

d’adorateurs, de se composer une cour qui satisfasse leur orgueil, pour le seul plaisir de dominer et de devenir l’objet d’ardentes convoitises. Ces sortes de femmes, que les poètes ont symbolisées dans la création fantastique de la Sirène , constituent une véritable monstruosité, une déviation du sens moral, un fléau pour les hommes inexpérimentés qui les prennent au sérieux.

Comédiennes sataniques, vous ne savez donc pas que si la prostitution du corps est une souillure, celle du cœur est une profanation qui n’a pas même l’excuse de l'entraînement!

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