DES ARTIFICES PRÉVENTIFS DE LA FÉCONDATION
Des considérations de l’ordre le plus élevé nous commandent de faire ici celte réserve, que nous n’aurons en vue , dans tout ce qui va suivre, que le commerce des sexes légitimé par le mariage, Il ne saurait entrer évidemment dans notre pensée de favoriser la procréation dans le célibat, et de nous immiscer en quoi que ce soit dans des relations coupables , qu’elles aboutissent ou non à augmenter la population. Nous avons, en effet, cherché à réfuter un préjugé funeste aux mœurs , en prouvant que la continence peut se concilier avec l’état de santé le plus parfait, à tous les âges de la vie ; nous
préconisons la chastelé dans certaines limites , même dans l’état conjugal; et nous montrerons plus loin les dangers de rapports anormaux. N’est-ce pas assez pour nous prémunir contre toute suspicion malveillante?
Nous pouvons donc passer outre.
Les nombreux stratagèmes inventés par la débauche, pour annihiler les conséquences naturelles du coït, ont tous le même but immédiat : c’est d’empêcher le sperme, ou, si l’on veut , Y aura seminalis , d’arriver jusqu’à l’utérus. On n’altend pas de nous, sans doute, la description de tous les procédés mis en usage pour cela. Ce serait salir notre plume, sans aucun avantage pour la science que nous voulons servir. Ce que nous avons en vue , c’est de signaler les graves infractions aux lois de la nature, contre lesquelles on ne s’insurge pas en vain. Qu’on y réfléchisse un instant, et l’on verra que les grandes fonctions auxquelles se rattache la vie de l’individu, sont placées sous
l’empire de l’instinct qui veille incessamment sur leur accomplissement. Ainsi : la nutrition exige l’alimentation. Qu’on essaie de tromper la faim, cette sensation si pénible et capable de réveiller l’homme le plus apathique, si la paresse pouvait lui faire négliger le soin de sa conservation; qu’on essaie de remplir l’estomac de substances non alibiles , il en résultera l’atrophie, l’extinction des forces, et finalement la mort. Eh bien! est-il permis de croire que lorsqu’il s’agit de la conservation de l’espèce, d’une fonction pour laquelle la nature a réservé ses ressources les plus cachées dans toute la série des êtres , l’homme puisse impunément troubler les lois qui régissent l’univers, en substituant son industrie aux magnifiques combinaisons par lesquelles tout est , se maintient et se produit?
Nous répondrons à priori : non, cela ne se peut pas.
Et l’observation confirme pleinement ces vues
de l’induction philosophique , car elle nous prouve que le coït exercé autrement que sous les inspirations de l’instinct, est une cause de maladie pour les deux sexes, et de danger pour l’ordre social.
Chez l’homme, l’acte génésiaque, accompli normalement et complètement , laisse à sa suite un état de bien-être, comparable à celui qui résulte de la satisfaction d’un besoin impérieux. A l’ébranlement nerveux le plus formidable succède bientôt un calme parfait, et aux dispositions d’esprit les plus sombres, une tendance à la gaîté et à l’expansion du cœur. Au contraire, quand la fonction a été interrompue par un calcul préalable, l’éréthisme persiste, accompagné d’abattement et de fatigue, et surtout d’une teinte de tristesse où nous serions tenté de voir un phénomène de conscience, assimilable au remords, ce premier châtiment d’une faute commise.
Nous avons eu maintes fois à noter des confi-
dences confirmatives de ce que nous venons d’avancer, de la pari d’individus qui nous consultaient pour des affections nerveuses de toutes sortes. Nous nous rappelons particulièrement les cas suivants, qui se sont présentés à notre observation à une époque assez rapprochée, pour que nous puissions les rapporter avec tous leurs détails.
Observation Jre. — Un homme de trente-deux ans, d’un tempérament sanguin très-manifeste, et d’une constitution athlétique, marié depuis huit ans, était père de six enfants. Ouvrier tonnelier, son salaire ne pouvait suffire aux besoins de sa nombreuse famille, qu’à l’aide de la plus stricte économie. Mais la mesure était comble, et il ne fallait pas qu’un nouveau rejeton survint ; aussi le malheureux prenait-il toutes les précautions pour parer à cette redoutable éventualité, tout en continuant avec la même assiduité ses rapports avec sa femme. Il nous affirma que le moyen préservatif auquel il avait recours,
et qui ne différait en rien de celui qui est devenu à notre époque d’un usage presque général , était de nature à le rassurer complètement. Cette manœuvre durait depuis six mois à peine, et rien n’avait été changé dans les autres habitudes de cet homme.
L’état général n’avait éprouvé aucune altération. L’appétit était conservé et la digestion se faisait comme par le passé. Cependant il maigrissait ; un léger tremblement agitait son corps dans la station verticale, et souvent il était obligé d’interrompre son travail. « De plus, — ajoutaitil, — je m’aperçois que je perds la tête, et souvent « au milieu de la rue, je vois les maisons tourner « autour de moi. » Rien dans l'état organique de ce malade ne pouvant, nonobstant la plus minutieuse exploration, nous éclairer sur la cause de symptômes si graves, nous pensâmes un instant avoir affaire à une spermatorrhée. Mais après de nouvelles investigations, nous dûmes encore rejeter ce diagnostic. Alors nous
nous arrêtâmes définitivement à cette idée — qui, nous devons l’avouer, nous souriait, parce que c’était une nou velle occasion de vérifier une opinion qui nous préoccupait vivement, — à savoir : que l’état pathologique que nous avions sous les yeux, était dû à une perturbation nerveuse, déterminée par des rapports sexuels anormaux. Nous n’eûmes plus dès-lors qu’à nous souvenir de cet axiome classique : sublalâ causa , tollitur effectus , et toute notre prescription se borna à recommander au malade, non pas de restituer à la nature ses droits, — il aurait pu nous demander qui se chargerait de son septième enfant, s’il ne pouvait l’élever, et il aurait eu raison, — nous l’engageâmes à observer la continence, en lui représentant les dangers auxquels l’entraînait sa conduite antérieure, et nous prîmes à tâche de lui indiquer les ressources que lui offrait l’hygiène, pour atténuer le sacrifice que nous exigions de sa volonté. Nos conseils furent ponctuellement suivis, car en-
viron deux mois plus tard, nous eûmes la satisfaction de revoir notre malade qui venait nous remercier, et que nous eûmes peine à reconnaître, tant était étonnant le changement qu’il présentait dans son habitude extérieure. Il avait repris tout son embonpoint et il ne ressentait plus aucune trace de ses accidents d’autrefois.
Qu’il nous soit permis de voir dans ce fait autre chose qu’une coïncidence fortuite, et de lui attribuer quelque valeur, surtout si nous le rapprochons des suivants, qu’il nous a été donné de recueillir, depuis que nous avons publié la première édition de ce livre.
Observation IL — M. M. . . est un jeune homme de 25 ans, d’un tempérament nervoso-sanguin très-prononcé. Il occupe la place de teneur de livres dans une forte maison de commerce. Il a joui toute sa vie d’une santé irréprochable, jusques il y a environ huit mois, date des accidents qui l’amènent à me consulter.
M... me raconte qu’il a toujours usé modérément des plaisirs de l’amour, mais qu’il ne s’est jamais astreint à une continence rigoureuse depuis cinq ans, où pour la première fois il a accompli l’acte génésiaque. Il n’a jamais eu de maladie vénérienne quelconque.
Cependant, depuis deux ans il remarquait, lorsqu’il était pressé de besogne et qu’il voulait en finir vite, un prurit qui se manifestait vers le méat urinaire, et bientôt une pollution avec sensation voluptueuse. Notons que ceci se passait sans excitation aucune , et même en l’absence de toute pensée érotique. Cet accident se renouvelait fréquemment , et bientôt il ne se passait pas un jour sans qu’il se reproduisît. La santé générale n’en fut point sensiblement affectée, à cela près que les érections perdirent un peu de leur énergie, sans que les sollicitations des sens fussent moins vives qu’ auparavant.
Sur ces entrefaites , M... contracta des relations amoureuses avec une jeune fille qui tra-
vaillait à côté de lui dans le même bureau , et qui, par sa condition et sa position de fortune, paraissait n’être point destinée à devenir jamais sa femme.
Comme il éprouvait pour cette jeune personne une véritable affection , et qu’il redoutait par-dessus toute chose la révélation de leur inconduite, il n’y avait pas d’artifices et de précautions de tout genre qu’il ne mît en œuvre pour tromper la nature, tout en satisfaisant son ardente passion, dans des limites qui n’avaient néanmoins rien d’exagéré.
Mais bientôt surviennent chez M... des accès de céphalalgie à la région sincipitale, un affaissement de l’intelligence tel, qu’il ne peut plus lier ses idées et poursuivre un raisonnement quelque peu compliqué. Il est contraint, enfin, de demander un congé à son patron jusqu’à son rétablissement. N’oublions pas d’ajouter que ce jeune homme a beaucoup maigri , que ses digestions sont devenues laborieuses, et que
le moindre exercice musculaire le fatigue vite. Pendant six semaines je lui prodigue les antispasmodiques sous toutes les formes, le fer, le charbon de Belloc , les bains froids que la saison permettait, et surtout un régime corroborant. Aucun changement nesurvenait, malgré les combinaisons d’un traitement que je croyais pourtant bien approprié , lorsque le malade lui-même , dans un moment d’épanchement, me mit sur la voie des investigations que j’avais négligées jusqu’alors. Une fois édifié sur les habitudes de M..., je n’hésitaî pas à rattacher tous les symptômes morbides dont il était affecté, à V accomplissement anormal de Vacte génèsiaque , et je lui conseillai résolûment l’abstention complète de ses rapports coupables, lui laissant le choix entre la continence absolue ou le retour à une pratique plus conforme aux vœux de la nature, dans des circonstances où la délicatesse et l’honneur ne se trouveraient point engagés.
Je tâchai d’agir assez fortement sur l’esprit
de mon malade pour en être écouté, et j’y réussis pleinement, comme on va voir.
Un aveu plein de franchise eut lieu , et il s’ensuivit une scène touchante entre les deux amants. La jeune fille se montra inconsolable, et fit si bien qu’elle devint madame M...
Il y avait trois mois que le mariage avait eu lieu, lorsque je rencontrai un jour, par hasard, M..., qui me fit part de son bonheur et de sa guérison radicale. Il suivait alors volontiers mes conseils, et s’en trouvait assez bien, pour n’être pas même tenté de les enfreindre.
Observation III. — Un homme vint un jour me consulter, me disant qu’il se sentait s'en aller de jour en jour, — c’était son expression, • — et que ses forces s’épuisaient, malgré qu’il eût son appétit ordinaire, qu’il digérât avec facilité et qu'il se nourrît assez confortablement. Il ajouta, tout de suite, qu’il ne souffrait nulle part et qu’il ne savait à quoi attribuer son état. Voici d’ailleurs l’histoire circonstanciée de ce malade :
M. B... est âgé de 36 ans. Il exerce la profession de dessinateur. D’un tempérament nerveux et d’une constitution originairement robuste, mais actuellement détériorée, il est marié depuis sept ans et déjà père de cinq enfants , tous en vie. Mon attention est immédiatement portée vers la cause probable du désordre nerveux dont cet homme portait l’empreinte sur sa physionomie. A mes interrogations dirigées dans ce sens, il me répond que sa femme ayant vu sa santé fortement ébranlée par une suite de grossesses non interrompues, et ayant couru le risque de mourir pendant le travail de son dernier accouchement , il avait résolu avec elle d’entourer leurs rapprochements des précautions les plus minutieuses, pour prévenir une nouvelle conception. Il entra, à ce sujet, dans des détails que je crois inutile de rapporter ici. Qu’il me suffise de dire que cet homme mettait en jeu, pour rassurer les terreurs de sa femme, très-ardente d’ailleurs , les raffinements les
mieux calculés de l’onanisme conjugal. 11 advenait de ces manœuvres un collapsus qui tenait le mari dans un état de demi-syncope dont la durée s’étendait parfois jusqu’à une heure. La femme elle-même était en proie depuis lors à des accidents nerveux et à un dépérissement manifeste. Ma prescription fut celle-ci :
Renoncer complètement aux rapports conjugaux, ou les pratiquer normalement, sous peine des conséquences les plus graves pour l’un et l’autre des époux. Cependant je me crus autorisé à conseiller, à titre de simple précaution (car je ne croyais pas encore à l’efficacité de cette mesure), de n’approcher sa femme qu’après le douzième jour à dater de ses époques menstruelles. J’ai revu ce malade six mois plus tard, et je l’ai trouvé littéralement transformé. Tous les symptômes énoncés plus haut avaient disparu, et la santé était revenue complète, sous l’influence d’une conduite plus régulière. Notons en passant que madame B... n’était pas
redevenue enceinte pendant un espace de près de deux ans , passé lesquels je l’ai perdue de vue.
Pour n’avoir pas à notre disposition une seule observation qui prouve rigoureusement l’influence désastreuse du coït anormal chez la femme, nous ne nous croyons pas moins autorisé à l’admettre par induction d’abord, et en second lieu, en nous appuyant sur les renseignements que nous a fournis notre expérience personnelle. Un grand nombre de névroses générales nous paraissent ne pas reconnaître une autre cause ; beaucoup de femmes que nous avons interrogées à ce point de vue, nous ont fortifié dans cette manière de voir. Mais ce qui, chez nous, est passé à l’état de vérité incontestable, c’est que les troubles de l’innervation utérine chez les femmes mariées, les symptômes hystériques qu’on rencontre presque aussi souvent chez elles que chez les jeunes filles vierges, tiennent aux pratiques vicieuses em-
ployées par les maris dans leurs rapports conjugaux. Nous recommandons ce point de doctrine étiologique aux investigations et aux méditations de nos confrères. Mais il est une affection beaucoup plus grave qui se propage chaque jour d’avantage et qui, si rien n’arrête ses envahissements, aura bientôt atteint les proportions d’un fléau; nous voulons parler des dégénérescences de la matrice. Nous n’hésitons pas à placer au premier rang, dans l’étiologie de cette redoutable maladie, le raffinement de la civilisation, et particulièrement les artifices ■ introduits de nos jours dans l’acte génésiaque. Quand il n’y a point de procréation, quoique la faculté procréatrice soit excitée, on voit survenir des pseudomorphoses. Ainsi, les polypes et les squirrhes de la matrice sont communs chez les prostituées. (1) Et iln’est pas difficile de se rendre compte du mode d’action de cette cause pathogénique, si l’on considère combien il est vrai-
(1) Burdach, loc. cit., t. V, p. 17.
semblable que l’éjaculation et le contact du sperme avec le col utérin, constituent pour chacun des conjoints la crise de la fonction génitale, en apaisant l’orgasme vénérien, en calmant les convulsions de la volupté sous lesquelles s’agitait frémissante, l’économie tout entière. Et puis enfin, qui nous démontre qu’il n’existe pas dans la liqueur fécondante, quelque propriété spéciale, sui generis , qui fait de sa projection sur le col de l’utérus et de son contact avec cet organe, une condition indispensable à l’innocuité du coït?
Cette opinion, que nous n’avons trouvée consignée dans aucun livre, un praticien des plus distingués, M. le professeur Villars, de Besançon, nous affirme qu’il la partage complètement, et que depuis de longues années il n’a cessé de la propager dans ses cours et de la défendre chaque fois qu’il en a trouvé l’occasion.
Mais nous venons de dire qu’il était facile de
concevoir l’un des modes d’action de la cause palhogénique dont il est ici question ; et nous nous expliquons : Le col utérin, de même que le pénis, se congestionne pendant la copulation. Or, tandis que, chez l’homme, cette congestion se dissipe avec le stimulus qui l’a provoquée, chez la femme, elle persiste à un degré plus ou moins considérable, alors que la fonction génitale ne s1 est pas achevée normalement ; et de nouvelles congestions, venant successivement s’ajouter aux précédentes, dans les mêmes circonstances, il en résulte d’abord des engorgements inflammatoires ou atoniques, puis des ulcérations, et enfin, pour peu qu’il y ait de prédisposition, des dégénérescences encéphaloïdes, auxquelles tant de malheureuses créatures doivent une mort prématurée.
On trouve dans la statistique la démonstration péremptoire de ce que nous avançons, par la disproportion qu’on constate dans le degré de fréquence relative des affections utérines, à la
ville et à la campagne. Nous ne prétendons pas assurément attribuer le privilège dont jouissent à cet égard les femmes qui vivent loin des cités, exclusivement à la pureté de leurs mœurs; mais nous mettons cette cause au premier rang de celles qui leur font une sorte d’immunité contre la plupart des lésions de la matrice.
Passons maintenant à des considérations d’un autre ordre. Au point de vue de la morale, les fraudes conjugales sont coupables, par ce motif qu’elles frustrent la nature des garanties sur lesquelles est basée la perpétuité des espèces, et qu’elles rendent illusoire la plus importante de toutes les fonctions. En effet, l’anatomie comparée nous révèle toute la sollicitude dont cette fonction a été l’objet, pour l’accomplissement du but auquel elle est destinée, par le luxe de précautions dont le Créateur l’a entourée dans toute la série des êtres. Tous les actes qui concourent à ce grand but, s’enchaînent irrésistiblement chez les animaux, et s’exécutent facilement dans
les circonstances les plus défavorables en apparence, grâce à l’admirable disposition des organes qui y président. Citons un exemple : le chien, qui n’éjacule que goutte à goutte, avait besoin que son coït fût prolongé pour être fécondant. Pour que sa durée fût suffisante, il ne fallait pas l’abandonner au hasard des déterminations de l’animal. En conséquence, son pénis acquiert après son introduction dans le vagin un volume considérable, et l’érection ne se produit qu’ après l’intromission, à la faveur d’un os qui communique au membre sa solidité. Mais, chose remarquable, c’est surtout vers la base de cet os que la verge se gonfle ; de telle sorte que ses dimensions dépassent notablement celles de la vulve qu’elle a précédemment franchie sans obstacle.
Procédé providentiel, grâce auquel l’animal, contre son gré, termine avec douleur parfois, un acte qu’il a recherché d’abord, guidé par l’instinct, et commencé sous l’impulsion du plaisir.
Il est aussi des espèces chez lesquelles une seule copulation peut être accomplie par le même couple, le mâle devant périr immédiatement après, et la femelle ne lui survivre que jusqu’après la ponte.
C’est à l’épuisement général que les insectes et les arachnides doivent de trouver la mort dans la copulation. La plupart d’ailleurs, s’ils ne succombent pas, donnent les signes d’un collapsus profond et d’une sorte de syncope, soit chez le mâle, soit chez la femelle, durant les coïts rapides et quelquefois même durant ceux qui se prolongent ou se répètent perpétuellement, pendant un certain temps, comme on le voit pour le mâle du hanneton, la femelle de plusieurs araignées, etc. (1).
Nous avons dit ailleurs (2) pourquoi l’homme, en sa qualité d’être raisonnable et moral, devait demeurer libre dans l’acte de reproduction ,
(1) Dugès, Traité de physiologie comparée de l'homme et des animaux, t. III, p. 285.
(2) Voir ch. i, p. 55 etsuiv.
comme il l’est aussi dans les fonctions qui se rapportent à la vie de l’individu. Nous ne reviendrons donc pas sur ce sujet. Il lui fallait cependant un mobile qui le sollicitât d’obéir à la loi en vertu de laquelle les espèces se perpétuent, et ce mobile est double : 1° l’attrait du plaisir ; 2° le sentiment de la paternité. Que ce dernier soit obscur, et le premier sera encore assez efficace. Mais que celui-ci soit éludé, et nulle sécurité n’existera plus, et les générations risqueront de s’éteindre. Alors cet élément si puissant dans l’ordre de l’univers, se trouverait abandonné aux hasards du libre arbitre, s’il pouvait naître un conflit dangereux entre l’intérêt de l’individu et celui de l’espèce.
Qu’il nous soit permis de signaler enfin, dans les artifices imaginés pour prévenir la fécondation, un danger immense et d’une incalculable portée. Nous ne craignons pas d’être démenti ni taxé d’exagération, en l’élevant aux proportions d’une véritable calamité.
N’est-il pas vrai, en effet, que les mœurs publiques doivent en grande partie leur dégradation, et les familles leur désordre, aux scènes scandaleuses de l’alcôve, trop souvent transformée en véritable lupanar ? L’immoralité du mari apprend à sa jeune épouse les ingénieux stratagèmes inventés par la débauche. Révoltée d’abord dans sa pudeur, jusque-là respectée , secrètement avertie par sa conscience de l’outrage à la morale dont elle se constitue l’innocente complice, la femme se souviendra, si jamais sa vertu vient à succomber, des leçons qu’elle a reçues, pour tromper la nature et s’assurer l’impunité, tout en violant odieusement la foi conjugale, ce palladium des sociétés. A qui la faute ? si ce n’est à l’imprudent qui n’a pas su conserver précieusement chez sa compagne, la chasteté, cette sauvegarde que Dieu lui-même a placée dans le cœur de la femme, pour préserver sa faiblesse et l’avertir du danger ; car la femme qui ne rougit plus, est livrée