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désarmé qu’il doive renoncer tout à fait à la lutte et au triomphe ; et, comme dit Fénelon, le jeune homme n’a pas encore été tué chez lui. Beaucoup de vieux fous , d’étourdis chargés d’années, se reconnaîtront ici ; je ne leur demande que d’être sincères. N’est-ce pas aussi le rôle avilissant de certains fats surannés dont les disgrâces en amour sont méprisables et les succès complètement ridicules ? Quelquefois le mal est enraciné dans les habitudes; et, comme l’a dit un penseur de notre époque, le châtiment de ceux qui ont trop aimé les femmes est de les aimer toujours. Il n’y a que des défaites réitérées, des maladies redoutables, la marche hâtive et précipitée de la vieillesse, qui apprennent enfin à l’imprudent ce qu’il devrait savoir depuis longtemps, que le bien-être et la santé consistent, surtout à la dernière période de l’existence, dans le juste accord d’un reste de force, d’une raison éprouvée et d’une sage conduite. »
« Un autre motif pousse également certains hommes qui ont vécu, à de dangereux excès ; ce sont les exemples de vieillards qui, réellement ou en apparence, conservent des facultés que l’âge ravit toujours. Aussi ils les rappellent, ils les citent avec complaisance, avec une sorte de satisfaction intérieure, toujours disposés qu’ils sont à se ranger dans cette catégorie des prédestinés. Ainsi, le maréchal d’Estrées se maria en troisièmes noces à l’âge de 91 ans, et se maria, dit-on, très-sérieusement ; le duc de Lauzun vécut longtemps après avoir fait des excès de tout genre ; le maréchal de Richelieu se maria en secondes noces, à madame de Roth, à l’âge de 84 ans, et il se maria, dit-on, gaillardement et impunément. Alors comment croire ce que dit Bacon, que les débauches de la jeunesse sont des conjurations contre la vieillesse, et qu’on paie cher le soir les folies du matin ? On voit qu’il n’en est pas toujours ainsi, et le vieillard guilleret qui se croit rajeuni par
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quelques désirs cachés sous la cendre, est ravi de se citer à lui-même de pareils exemples. Cependant, que signifient quelques faits isolés et assurément très-rares ? Faudra-t-il se guider par de tels exemples, à moins qu’on n’ait aussi reçu de la nature une de ces constitutions exceptionnelles dont la salacité érotique ne finit qu’avec la vie? Que ce serait une bien fatale erreur (1) ! »
Outre les maux sans nombre que se prépare un vieillard par l’usage inconsidéré des plaisirs sexuels, il faut savoir que la mort subite est quelquefois la conséquence immédiate de l’acte copulateur, par hémorrhagie cérébrale ou rupture des gros vaisseaux. Ces catastrophes se produisent ici, comme à la suite de toute émotion violente et désordonnée qui accélère les contractions du cœur, ou au milieu d’un effort considérable qui exige la suspension plus ou moins absolue de la respiration.
(1) Roveillé-Parise. Loco. cit., p. 431 et suiv.
Que si Ton nous demandait à présent quelle est la limite exacte où il importe de s’abstenir, nous serions bien empêché de répondre d’une façon catégorique. Ce qu’il faut surtout prendre en considération dans ce cas, c’est la constitution propre à chaque individu, et la dépense qu’il a faite antérieurement de ses forces dans le commerce des sexes. L’abbé Maury disait à son ami Portai : « Je tiens pour certain que, passé cinquante ans, un homme de sens doit renoncer aux plaisirs de l’amour; chaque fois qu’il s’y livre, c’est une pelletée de terre quil se jette sur la tête. »
Cette maxime est d’une grande sagesse, et nous la recommandons à nos lecteurs au risque de n’être pas écouté.
Comme nous n’écrivons ici que pour les vieillards engagés dans les liens du mariage, nous n’avons pas à nous occuper du dévergondage de voluptés auquel s’abandonnent, dans les grandes villes surtout, ces lovelaces caducs que le
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célibat a pervertis de longue main. La plus dangereuse de ces manœuvres est sans contredit la variété qu’ils recherchent dans l’objet de leurs amours impudiques. C’est, en effet, le moyen le plus sûr de réveiller des sens engourdis.
L’habitude du lit conjugal met à l’abri de ces dangereux excès ; et si nous avons à préconiser la modération aux époux arrivés au déclin de la vie, nous n’avons pas, du moins, à les prémunir contre des excitations factices dont ils ne sont guère coutumiers.
Au point de vue moral, la continence chez le vieillard est peut-être encore un besoin plus impérieux. Ecoutons à cet égard les réflexions si judicieuses de l’auteur que nous avons déjà cité : « Quand vous voyez un vieillard plein de jugement, doué d’une ferme raison, dont l’esprit éclairé, actif, est encore capable de bien diriger ses affaires, d’être utile à la société, soyez convaincu que cet homme est sage, continent ;
que la tempérance, si justement appelée sophro syne , gardienne de la sagesse chez les anciens, a en lui un fervent adorateur.
ce Dans le fait, sa complète liberté morale ne lui est-elle pas acquise? Ne s’est-il pas affranchi d’une violente tyrannie? C’était l’opinion de Cicéron. Voici, dit-il, une bonne réponse de Sophocle à quelqu’un qui lui demandait si , étant vieux, il jouissait encore des plaisirs de l’amour : « Que les Dieux m'en préservent , répondit-il ; je les ai abandonnés aussi volontiers que j'eusse quitté un maître sauvage et furieux, y) Certes, un homme qui a pris son parti d’une manière si nette et si ferme, annonce une vigueur morale très-remarquable. Du reste, il faut le dire, cet homme n’a suivi que les indications de la nature...
« Quoi qu’il en soit, les imitateurs de Sophocle n’en seront pas moins dignes de louanges, tant les hommes, sous ce rapport, sont peu disposés au plus léger sacrifice. 11 faut pourtant vous y
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résoudre, vous que la vieillesse touche de près, et vous qu’elle a déjà atteints. Vous désirez vivre le plus longtemps possible et avec le moins de douleur possible, difficile solution du grand problème de l’existence. Eh bien ! renoncez à ce qui n’est plus en rapport avec votre âge, avec votre tempérament, avec vos forces ; acceptez de la vieillesse la paix, le repos, la sagesse, en échange des transports et des feux de l’amour. Sachez d’ailleurs, que quitter avant de perdre entièrement est, sous bien des rapports, un article essentiel du Code hygiénique des vieillards (1). »
§ 8. — du mariage entre vieillards et jeunes filles.
On a vu à toutes les époques de l’humanité, à partir des patriarches, comme on voit encore fréquemment aujourd’hui, de ces alliances qui répugnent à la nature, entre des hommes qui touchent à la décrépitude et de pauvres jeunes
(1) Réveillé-Parise. Loco cit., p. 431 et suiv.
AU POINT DE VUE DU MARIAGE. 377 filles que les parents sacrifient à des intérêts de position ou de fortune. Il y a dans ces alliances monstrueuses, que nous ne saurions flétrir assez énergiquement, à considérer la situation réciproque des époux abusivement accouplés, et le sort de la progéniture qui peut en être le résultat.
Admettons pour un instant que le mariage ait été conclu du plein consentement de la jeune fille, et qu’aucune pression étrangère n’ait été exercée sur sa volonté, comme c’est la règle cependant; il n’arrivera pas moins que la réflexion et l’expérience amèneront de tardifs regrets, et d’autant plus poignants que le mal sera sans remède; mais que la violence ou la persuasion, ce qui est souvent la même chose, ait été mise en œuvre pour obtenir l’aveu qu’exige la loi, la révolte n’en sera que plus prompte et plus véhémente. Dès ce moment, la vie commune deviendra odieuse à la malheureuse victime, et des espérances coupables naîtront dans son cœur
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désolé, tant lui paraît lourde la chaîne qu’elle supporte. C’est qu’en effet les amours du vieillard sont ridicules et hideux, nous l’avons déjà dit dans un autre endroit de ce livre (1), et l’on ne saurait assez plaindre l’infortunée que le devoir condamne à les subir. Qu’on y songe un instant, et l’on sentira malgré soi une répulsion comparable à celle qu’inspire l’idée seule de l’inceste. En réalité, tout est ici contraste, au physique comme au moral, et la chasteté est forcément absente, dans ces ébats où la brutalité des sens n’est point amortie et poétisée en quelque sorte, par les élans passionnés du cœur. Aussi, que voit-on le plus souvent? Ou la jeune femme rompt violemment des liens qu’elle maudit, ou bien elle se résigne, et alors elle cherche à combler le vide de son âme dans des amours illicites. Telle est la sombre perspective de ces unions sacrilèges qui défient les plus respectables instincts, les plus nobles penchants et les
(I) Voy. pages 292 et 293.
plus légitimes espoirs. Tels sont aussi les terribles châtiments réservés à l’imprévoyance et au fol orgueil de ces vieillards dissolus, qui prodiguent leur dernier souffle de vie à la recherche de perfides voluptés.
Nous ne reviendrons pas sur les dangers que nous avons assez longuement exposés dans le paragraphe précédent, et qui sont inhérents à l’exercice du sens génital dans un âge avancé. Ces dangers n’existent que pour l’homme , ce qu’il est facile de prévoir ; mais ils sont d’autant plus menaçants que la jeune épouse sera plus capable de surexciter les appétits vénériens par ses grâces, sa fraîcheur et tous les autres attraits dont elle est douée. Malheur à l’imprudent qui voudrait boire sans ménagements à cette coupe de délices ! la nature saurait en pareil cas venger cruellement l’infraction à ses lois.
A barbon gris jeune souris , est un proverbe qui décèle la corruption de nos mœurs et le
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stupre infâme qui fait de la couche nuptiale un antre de débauche mille fois plus méprisable que le plus fangeux lupanar.
Maintes fois déjà, dans le cours de ce livre, nous avons eu l’occasion de faire appel au législateur, pour réparer les maux que nous signalions, ou corriger les vices que nous touchions du doigt. Mais la plaie que nous découvrons à cette heure est, sans contredit, de celles qui réclament avec le plus d’urgence l’intervention d’une loi prohibitive , dans l’intérêt de la descendance de ces couples mal assortis.
Les produits de la vieillesse sont généralement cacochymes, malingres et voués de prédilection aux atteintes de tous les agents morbifiques.
La cause de ce fait est complexe, et se trouve dans la constitution anormale du sperme à une période avancée de la vie, et sans doute aussi dans le peu de part que prend la femme à l’acte génésiaque. Enfin, la disproportion d’âge entre
les conjoints , que nous avons vue exercer une influence incontestable sur la procréation , achève d’expliquer la viciation des produits de la vieillesse.
Quoi qu’il en soit, chacun a pu faire cette observation un plus ou moins grand nombre de fois, à savoir, que les enfants issus de vieillards se distinguent habituellement par un air sérieux et triste répandu sur leur physionomie , et qui tranche manifestement avec l’expression enfantine qui plaît tant chez les petits êtres du même âge, engendrés dans d’autres conditions. A mesure qu’ils grandissent, leurs traits revêtent de plus en plus le caractère sénile, si bien que chacun le remarque et que, dans le monde, c’est chose toute naturelle. Les commères prétendent que ce sont de vieilles âmes dans un jeune corps. Elles prédisent à ces enfants une mort précoce, et de fait, l’événement justifie souvent cet horoscope. Notre attention s’est, depuis plusieurs années, fixée sur ce point, et nous pou-
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vons affirmer, sous la réserve de l’insuffisance de nos observations, que la plupart des rejetons de cette provenance sont débiles, torpides, lymphatiques, sinon scrofuleux, et ne promettent pas de fournir une longue carrière. A la statistique, établie sur une assez vaste échelle, est réservée la tâche d’apporter quelque lumière sur cet intéressant problème. Nous y convions de toutes nos forces les travailleurs experts en ces sortes de recherches.