‹ Des rapports conjugaux considérées sous le tirple point de vue de la population, de la santé et de la morale publiqueChapitre 14 sur 24 · SELON L^ÉTAT SOCIAL · texte numérisé non relu

SELON L^ÉTAT SOCIAL

inflexible, et se prête peu à la versatilité qui est le cachet de la femme. Il y a donc tout un ordre d'études dont l'accès lui est interdit. Les sciences exactes exigent une persévérance infatigable de la part de celui qui s'y applique, et une rigueur excessive dans les déductions. La moindre fantaisie d'humeur peut faire dévier le raisonnement. A ces divers titres, l'inaptitude de la femme apparaît manifeste. 11 n'en est pas de même de la littérature légère, comme le roman ou le genre épistolaire.

Dans ces carrières déterminées, les femmes possèdent évidemment des avantages marqués sur nous, car leur talent d'observation est bien plus fin, et plus vraie est leur manière d'exprimer le sentiment. Elles sont également douées de toutes les qualités qui font réussir dans les beaux-arts. La vivacité de l'esprit, la sensibilité et la poésie de l'imagination, sont des apanages qu'on ne saurait leur contester sans injustice. Aussi, les romanciers et les artistes comptent-ils dans leurs rangs une nombreuse pha-

lange de femmes dont les noms ne pér iront pas.

La nomenclature de toutes celles qui se sont illustrées dans les lettres serait trop longue pour trouver place ici. Sans parler de celles qui appartiennent au siècle dernier, je pourrais citer plusieurs noms de femmes, comme occupant le premier rang, parmi nos auteurs les plus réputés.

Dans les arts, il n'est pas une branche dont les fastes ne soient émaillés aussi de noms de femmes.

Eh bien ! nonobstant de si glorieux succès, celle dont le front sera orné d'une auréole de gloire, excitera sans doute une admiration enthousiaste, mais rarement elle iiis[)irera un véritable amour ; parce qu'en voyant s'allumer en elle la flamme du génie, elle a senti s'éteindre en inùme temps le foyer du cœur. Ce n'est plus une femme, puisque c'est un poêle, romancier ou un peintre (1).

(1) Je maintiens mon opinion, nonobstant lescontradicteurs qu'elle m'a suscités. C'est dans les arts et les lettres surtout, qu'on a voulu me montrer de ces natures exquises et aimantes qui sont comme le prototype de la femme. Mais je reste

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Les annales de la science ont enregistré quelques exemples, rares à la vérité, de femmes qui ont été admises dans les académies, et d'autres qui ont obtenu des grades universitaires. Hélène-Lucrèce Piscopia Cornaro subit les épreuves du doctorat en théologie, devant la Faculté de Padoue, et allait être coiffée du bonnet, lorsque le cardinal Barbarigo, interposant son autorité, l'obligea d'accepter en échange, le titre de docteur en philosophie (25 juin 1678) (1).

Le même grade fut conféré, par la même université, à mademoiselle Patin (2). Laure Bassi, de Bologne (Italie), reçut le titre de docteur en médecine. Maria-Cartana Agnesi occupait une chaire de mathématiques dans cette même ville en 1750.

De notre temps, madame Boivin, célèbre ac-

convaincu qu'en creusant un peu avant le cœur de ces divinités auxquelles nous brûlons tous l'encens le plus pur, on n'y trouverait pas cet amour naïf et dépouillé d'artifices qui fait le charme de la nature féminine.

(1) Bayle, Œuvres, t. I, p. 361.

(2) Fille de Charles Patin, et petite-fille du célèbre docteur Gui-Patin, l'auteur des Lettres.

coiicheiise et auteur de plusieurs ouvrages trèseslimés, relatifs à Fart obstétrical et aux maladies des femmes, était aussi en possession du diplôme de docteur en médecine.

Les Etats-Unis sont entrés largement dans cette voie. Je doute que ce soit avec succès.

Que le beau sexe se serve de ces quartiers de noblesse pour confondre ses détracteurs, rien de mieux ; mais que Dieu nous garde d'une épidémie de femmes savantes I

Nous qui croyons à la perfectibilité indéfinie de rhomme et par conséquent de la société qui n'est que Thomme collectif, nous entrevoyons dans l'avenir, à propos de la condition de la femme, des réformes qui pourront bien être retardées à force d'obstacles suscités par l'esprit de routine, mais qu'il n'est donné à aucun pouvoir humain d'ajourner au delà de certaines limites. Et qu'est-ce que des siècles dans la vie d'un peuple !

11 n'entre pas, au surplus, dans notre projet d'(^xposer un plan d'ordre social. Le nombre en est déjà trop grand, pour qu'il soit besoin de l'aug-

SELON l'État social. 251 menter encore. Mais nous affirmons comme un fait fatidique, la transformation incessante de la société, dans le sens du progrès, et nous nions son état stationnaire à Fégal de sa rétrogradation.

Il est vrai que des civilisations avancées se sont éteintes dans certaines contrées, mais pour briller, à leur tour, ailleurs, d'un plus vif éclat et pour faire jouir d'autres peuples de leurs bienfaits.

Quant à nous, il nous importe peu de savoir à qui, de Fourier, de Cabet, de Proudhon ou de Louis Blanc, nos descendants donneront gain de cause. Au reste, nous n'admettons pas qu'un homme, quel qu'il soit, devienne jamais l'oracle de l'humanité, et parvienne à lui imposer son système. Lorsqu'une idée nouvelle surgit, si elle est vraie et féconde, elle fait son chemin de quelque part qu'elle vienne. La raison générale s'en empare et elle s'ajoute à la somme des conquêtes de l'esprit humain. Mais que la société accepte et expérimente les doctrines telles quelles d'un réformateur, c'est à quoi nous ne pouvons croire.

La raison universelle esl essentiellement impartiale et n'obéit qu'à la vérité.

Ceci dit, passons, et revenons à noire sujet : la destinée de la femme dans les temps futurs.

Tout d'abord, il y a urgence que nous fassions justice de la niaiserie qui a nom émancipation de la femme.

Je ne me suis jamais parfaitement expliqué la prétention des cerveaux creux qui se sont faits lesapôlresde cette absurdité. Vous voulez émanciper la femme; c'est-à-dire, apparemment, lui octroyer les mêmes droits et sans doute aussi lui imposer les mêmes devoirs qu'à l'homme? — Vous voulez lui donner une éducation égale à celle de riiomme, pour la rendre apte à toutes les fonctions publiques, qui sont aujourd'hui le privilège exclusif de celui-ci ?

i\Jais vous ne songez point sans doute, qu'il faudrait avant tout émanciper la femme du joug de son organisation, ce qui n'est pas en votre pouvoir.

En effet : nous vous avons prouvé par l'ana-

SELON l'État social. 253 tomie et la physiologie, que la femme est créée et mise au monde, pour perpétuer Fespèce d'abord, et ensuite pour contribuer, dans la sphère déterminée par sa nature, à la vie sociale ; qu'elle a des qualités et des défauts qui lui sont propres, que ses instincts sont plus sûrs et son intelligence moins développée que chez nous, que surtout, elle est maîtrisée par l'appareil génital, — ce qui fait qu'elle ne se possède pas complètement, — et soumise à une fonction périodique susceptible de modifier tout son être moral ; et vous ne lisez pas clairement dans cette œuvre de Dieu, la cause finale de son existence ! Au surplus, se demande M. Michelet, les femmes adoptent-elles les paroles de combat qu'on dit en leur nom ?

c( Une dame, — madame de Gasparin, — dans un beau livre mystique, éloquent, tendre autant qu'austère, nous déclare que leur bonheur est d'obéir, et qu'elles veulent que l'homme soit fort, qu'elles aiment ceux qui commandent et ne haïssent pas la fermeté du commandement.

« Cette dame assure qu'une obéissance inerte et de patience ne suffit pas à la femme ; qu'elle veut obéir d'amour, activement, obéir même d'avance, au désir possible, à la pensée devinée et sans dire jamais : Assez.

((.... Qui aura maintenant le courage de discuter si elle est plus haut ou plus bas que l'homme. Elle est tous les deux à la fois. H en est d'elle comme du ciel pour la terre ; il est dessous et dessus, tout autour.... (1). »

A part réxagération poétique du célèbre écrivain, nous croyons avec lui que l'immense majorité de nos mères, de nos épouses et de nos filles, désavouent et méprisent les champions sans mandat, qui plaident la cause de l'émancipation de la femme.

Disons, à présent, quelles sont les réformes que devraient poursuivre les philosophes qui s'occupent avec tant de raison du sort de la femme. Ce sont celles qui se rapportent aux besoins de sa nature physique et morale.

(1) Michelet; Uamovr. I8G0, p. xxii.

SELON l'État social. 255 En effet, dans les classes inférieures, j'ai fait voir des malheureuses, aux prises avec des forces trop inégales et des nécessités incoercibles, laisser sur le champ de bataille les plus nobles attributs de leur sexe : la beauté et la vertu.

Dans les rangs élevés, j'ai signalé l'oisiveté et la dépravation du luxe, comme une cause de marasme du corps et de l'esprit.

Je voudrais donc, pour la femme en général, des travaux en harmonie avec ses aptitudes spécifiques : pour les unes, — celles que l'opulence affranchit du labeur salarié, les soins du ménage, qui resteraient tout entiers à leur charge, par l'abohtion de la domesticité; pour les autres, — celles qui ne trouvent que dans leur activité, le pain de chaque jour, — des fonctions appropriées à leurs vocations et non plus les métiers abrutissants réservés aux machines. Là serait la source véritable de leur émancipation ; car la femme sera libre, le jour où elle pourra subvenir à ses besoins, aussi bien que l'homme, par son travail.

Pour toutes les femmes, enfin, je demande qu'une éducation sagement entendue développe intégralement leurs facultés, en vue de la mission que la Providence leur a dévolue ici-bas ; que le mariage ne soit plus un trafic qui lie entre eux des intérêts matériels, mais Funion de deux cœurs qui se recherchent et s'harmonisent j qu'à cette fin, le consentement que la loi exige de la part de la femme, cesse d'élre une fiction hypocrite, pour devenir un acte de sa pleine et entière spontanéité.

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