‹ Des rapports conjugaux considérées sous le tirple point de vue de la population, de la santé et de la morale publiqueChapitre 13 sur 24 · SELON L^ÉTAT SOCIAL · texte numérisé non relu

SELON L^ÉTAT SOCIAL

de tesfer, incapable d'exercer la tutelle sur ses propres enfants, et retournant elle-même en tutelle à la dissolution du mariage parla mort. La lect u re des d i verses législations païen nés est une révélation perpétuelle de son ignominie, et plus d'une, poussant la défiance jusqu'à l'extrême barbarie, l'a contrainte de suivre le cadavre de son mari et de s'ensevelir dans son bûcher, afin, remarque le jurisconsulte, que la vie du mari soit en sûreté (1). »

Mais faut-il s'étonner que la femme ait eu, dans le cours des âges, à supporter sa part des misères qu'entretiennentdans l'humanité Pesclavageet ses compagnes inséparables, l'ignorance et la superstition ? Non, il serait injuste de reprocher à l'homme le sort qu'il a fait subir à sa compagne quand la responsabilité en revient tout entière aux temps et aux institutions.

Arrivons enfin à nos jours, et reprenons haleine pour exposer l'état de la femme dans la société actuelle.

(1) Cité par Daniel Stern, Essai sur la liberté.

Mais qu'il me soit permis, au préalable, défaire encore ime excursion dans le passé, en recherchant, sous les différentes formes qu'a revêtues successivement le contrat de mariage, les phases progressives de la destinée et de la considération du sexe (1).

Dans les siècles héroïques, c'était l'homme qui dotait la femme; qui, par conséquent, l'achetait.

On trouve pourtant des exemples qui font exception à cette règle, et qui prouvent que les femmes achetaient quelquefois leurs maris, en leur apportant une dot. Ainsi, on voit dans Vlliade (liv. XI, V. 1 iG) : AgamemnoUy voulant calmer le courroux d' Achille , lui fit offrir sa fille ^ avec une dot somptueuse, »

Platon et Solon prohibaient la dot, dans la crainte de |)lacer les maris sous la dépendance de leurs femmes. Néanmoins, à Athènes, cette coutume existait, sans préjudice pour l'autorité mari-

(1) C'est à M. Troplong (Traité du contrat de mariage] , que je suis redevable iJcs documents historiques qui vont suivie.

SELON l'État social. 231 taie, au lieu qu'à Sparte, où l'homme dotait la femme, celle-ci dominait, par une anomalie des plus inexplicables. Il est vrai que, dans cette république, un grand nombre de femmes s'affranchissaient du gynécée, pour se mêler au tumulte des camps et partager les mâles travaux de leurs époux.

Plus tard, la dot a pris le nom plus relevé de douaire. Quoique, en réalité, le principe fût le même, la forme nouvelle dans laquelle il se manifestait, lui ôtait en grande partie le caractère humihant qu il avait auparavant pour la femme. Ensuite, la femme s'est dotée elle-même, et c'est là un premier pas vers son émancipation. Enfin, vient le système de communauté^ dans lequel la femme appoi'te à son mari un capital social qui leur devient commun à tous deux, et à la faveur duquel, elle entre en participation avec son époux, aux bénéfices aussi bien qu'aux pertes résultant de leur association. Avec ce régime, la femme bien que soumise à son mari, devient réellement son égale.

Pas n'est besoin, je pense, d'insister sur l'enseignement qui ressort de cet examen synthétique du contrat de mariage,

A Tétat sauvage, Thomme s'empare de la femme par le rapt.

A Y éidii barbare W Tachète.

A l'étal civilisé il se l'ASSOcrE.

Telle est, en quelques mots, la trilogie qui résume toute Thistoire de la femme, dès les temps les plus reculés jusqu'à nous.

Le moment est venu d'aborder la partie la plus délicate de ce chapitre. Le passé se raconte et se coinineiite. L'avenir se [)ressent, se déduit et se prête à l'hypothèse. On n'a pas à craindre de blesser les susceptibilités d'une génération et d'un sexe, peu endurant de sa nature, quand on se borne à disserter sur le siècle de Périclès, ou à l)àtir dds conjectures sur le sort réservé à nos arrière-neveux ; mais lorsqu'il s'agit de soumettre à une investigation morale la plus aimable moitié du genre humain, et notre contemporaine

SELON l'État social. 233 encore, on comprendra nos appréhensions et nos répugnances.

Au demeurant, force nous est bien de poursuivre notre tâche, quels qu'en soient les périls et de la conduire à son terme.

Aujourd'hui, quiconque voudrait confondre, dans un tableau général, les conditions d'existence qu'a faites à la femme notre civilisation moderne, ressemblerait fort à celui qui chercherait à donner une idée de nos habitations par la description du Louvre.

Il nous faut donc recourir à une classification. Pour la simplifier autant que possible, je réu-^ nirai, sous la dénomination de femmes du inonde^ toutes celles qui vivent dans le luxe ou seulement dans l'aisance, et qui ne sont astreintes à aucun labeur mercenaire. Sous le nom d'ouvrières^ je comprendrai les travailleuses des champs et de l'industrie, ainsi que les domestiques.

La femme du monde jouit d'un sort parfaitement adéquat à celui de son époux. Elle partage

les prérogatives de sa position sociale, et participe à la considération dont l'entourent ses concitoyens. Jeune fille, elle était soumise à une niultitude d'entraves, à des réserves souvent futiles, mais commandées par des préjugés en grande vénération. Elle était obligée de dissimuler sans cesse ses impressions, et de se composer une physionomie impassible, un sourire insignifiant et stéréotypé. Voyez ! son exquise sensibilité est Tobjet d'une compression tyrannique, et pour rester fidèle à son rôle de vierge martyre, il faut qu'elle refoule dans les replis les plus cachés de son âme, les affections que n'autorisent point les convenances sociales. L'amour qui devrait décider en dernier ressort dans la question du mariage, n'en est que la condition accessoire et le plus souvent sacrifiée. On Tobsède d'adorations, on la circonvient d'hommages et de flatteries, et on lui fait une loi de résister aux entraînements de son cœur, en se cuirassant de raison. Chose absurde et contradictoire ! attendu que l'amour a son principe dans l'organisme et sa vie dans l'idéal,

SELON l'État social. 235 et qu'à ce double titre il est soustrait au libre arbitre (1).

Dès qu elle est devenue épouse, la femme entre en possession de son être, et sans jouir d'une liberté aussi absolue que son mari, — ce qui serait inadmissible, en raison des exigences de son sexe, — on peut dire néanmoins, que du jour oia elle s'est engagée dans les liens de Thy-

(1) En effet, la raison chez l'homme a son empire déterminé.Elle trône en souveraine là où il s'agit de juger, de prendre un parti.Elle fait contre-poids à l'instinct et constitue ainsi l'être moral; mais il ne faut pas demander à la raison ce qui est au-dessus de son pouvoir, et croire, par exemple, qu'elle ait la puissance de faire naître ou d'éteindre, selon les besoins du moment, une passion comme l'amour, qui de sa nature est irréfléchie. C'est ce qui a fait dire à Georges Sand dans Valentiney une de ses compositions les plus poétiques : « Ce qui fait l'immense supériorité de l'amour sur tous les autres sentiments, ce qui prouve son essence divine, c'est qu'il ne naît point de l'homme même ; c'est que l'homme n'en peut disposer; c'est qu'il ne l'accorde pas plus qu'il ne l'ôte par un acte de la volonté; c'est que le cœur humain le reçoit d'en haut, sans doute pour le reporter sur la créature choisie entre toutes dans les desseins du ciel ; et quand une âme énergique l'a reçu, c'est en vain que toutes les considérations humaines élèveraient la voix pour le détruire. Il subsiste seul et par sa propre puissance. » J'ajouterai que généralement, l'amour n'est pas le résultat de l'étude de la personne qui en est l'objet ; souvent, c'est à la première rencontre qu'on se sent épris.

men, elle s'est affranchie en quelque sorte delà tutelle publique, pour ne supporter plus que la censure conjugale, infiniment plus tolérante et plus tolérable.

Plus heureuse que Thomme, elle n'est point assujettie au travail; et si elle s'occupe, c'est à façonner, pour elle et les siens, de ces petits riens qui concourent à la toilette ou à rornement du

On est alors fasciné comme par enchantement, et sollicité par une sorte d'attraction invincible vers la personne aimée. Qu'on cherche à se rendre compte du phénomène et on n'y parviendra pas. Certes, les qualités physiques jouent, dans ce cas, un rôle excessivement important; c;»r, en définitive, ce sont les seules qui, à première vue, soient appréciables. Peul-on dire, cependant, (lue l'amour du beau soit le mobile du sentiment qu'on éprouve dans ces circonstances ? Nullement; car la beauté n'est pas rigoureusement nécessaire, pour faire éclater de ces passions soudaines, qui ont fait déjà tant de victimes et emj)oisonné de si nombreuses existences. Qu'est-ce alors? Selon moi, il y a une aflinilé congéniale entre certains organismes, comme qui dirait entre le fluide magnétique ou vital qui leur est propre, de même qu'il existe une répulsion irréfléchie et fatale entre des individus donnés. C'est là, à mon avis, le secvel ûej^ sympathies et des antipathies qui ont tant défrayé l'imagination des psychologues. Est-ce à dire, pourtant, que no is soyons désarmés devant les redoutables éventualités de l'amour ? Non, mais la prudence et aussi la vertu commandent d'en réprimer les premières atteintesquand le mariage ne peut en être le but et la sanction.

SELON L^ÉTAT SOCtAL. 23 7

logis. Au mari seul le souci des affaires ; pour la femme, le calme du sanctuaire domestique et la haute juridiction du ménage. Pour tous deux, les soins que réclament l'éducation des enfants et la responsabilité de leur avenir.

A part quelques restrictions légales, relatives à certaines circonstances de la vie civile, rhomme et la femme reçoivent de la société, en France, une protection égale. Les mœurs publiques sont des plus favorables à la femme. Les égards et le respect ne lui font jamais défaut dans notre pays, terre classique de ce qu'on appelle la galanterie.

Dans les régions les plus élevées de la hiérarchie sociale, la femme devient un type curieux à étudier, parce qu'elle représente une création artificielle, une sorte de variété de l'espèce. L'oisiveté qui l'amollit, le milieu anormal dans lequel elle s'agite, l'habitude qu'elle a contractée de faire de la nuit le jour, et du jour la nuit, sa réclusion dans des appartements oii l'air est saturé de parfums et où n'arrivent que de rares

•2 3 8 UliSTlNÉE DE LA lliiUftllL

rayons lumineux, l'usage de ne sortir qu'en voilure hermétiquement close, toutes ces causes réunies concourent à un même résultat, l'appauvrissement du sang et la prédominance du système nerveux.

De là à la surexcitabilité morbide il n'y a qu'un pas, et ce pas une fois franchi, nous nous trouvons en lace d'une maladie bien caractérisée, et qui fait le plus souvent le désespoir de la médecine, la névropalhie protéilorme.

Certes, l'impressionnabilité et la mobilité du caractère sont des attributs qui constituent la femme ce qu'elle est. La nature Ta voulu ainsi pour la réalisation de ses vues, et l'éducation est venue en aide à la nature, afin de faire dominer davantage ces qualités, sources de tant de biens, et de maux plus nombreux encore.

La malheureuse, afleclée de cette surexcitabilité nerveuse^ et chez laquelle la moindre impression se répercute comme le son sur un tam-tam^ recherche encore les émotions les plus violentes et les plus variées. C'est ce besoin

SELON l'État social. 239 que rien ne peut apaiser, qui conduisait les femmes romaines aux spectacles oii les hommes étaient dévorés par des bêtes féroces, et qui, actuellement encore, les attire aux combats de taureaux et aux exécutions capitales. C'est le vide d'une âme inquiète et sombre qui recherche un but d'activité, qui se cramponne au moindre incident de la vie, pour en faire jaillir une émotion qui lui échappe toujours ; c'est enfin la déception et le dégoût de l'existence.

Voici comment M. Ed. Auber dépeint, au physique, la femme dont nous venons de retracer le portrait, quant au moral :

(( Les femmes nerveuses sont pâles, défaites et languissantes ; leur peau est sèche, froide ou brûlante; elles ont l'œil abattu ou hagard, timide ou caressant ; le teint couvert, la physionomie langoureusement expressive et trèsmobile. Il est rare qu'elles n'aient pas quelques traits particuliers; leur démarche est tantôt nonchalante, tantôt vive, heurtée, précipitée ; elles parlent de tout avec chaleur, avec en-

2 40 DESTINÉE DE LA Vmmi

thoiisiasme et même avec ime sorte d'exaltation, qui tient chez elles à Pexagéralion du sentiment, ce qui leur donne par moments un air vraiment inspiré (1). »

Tel est le fâcheux état de santé, que la civilisation moderne a créé au plus grand nombre des femmes du monde, à force de les avoir encensées et détournées de leur destination.

Ce qui précède ne s'applique, à la vérité, qu'à une certaine classe de la haute société, ainsi que j'ai eu soin de le dire. Mais on se fera une idée assez exacte des rangs immédiatement inférieurs, en tenant compte, pour la détermination de la vie physique et morale de la femme, des conditions plus ou moins somptueuses dans lesquelles elle se trouve placée.

On arrive de la sorte à l'ouvrière qu'il importe de diviser en deux catégories distinctes.

Et d'abord, celle qui s adonne à des travaux en harmonie avec ses forces et ses goûts; qui est

(1) Hygiène des femmes nerveuses, etc., par le docteur Ed. Auber.

SELON l'État social. 241 née dans la cité et dont Téducation, pour n'avoir pas été l'objet d'un grand soin, a néanmoins fait éclore en elle le caractère propre à la femme. Son frottement continuel avec les régions plus éclairées suffirait, d'ailleurs, à la différencier et à en faire une classe à part.

Je veux parler de la tailleuse, de la modiste, de la demoiselle de comptoir, de la coiffeuse, de la fleuriste, de la repasseuse, etc., etc. Le sort de ces femmes se modifie, parfois, par le mariage avec un ouvrier, dont le salaire est assez élevé pour subvenir aux besoins de la famille. Le plus souvent, cependant, elles sont obligées de fournir leur contingent de travail, jusqu'à ce qu'elles en soient empêchées par les devoirs de la maternité. Si l'esprit d'ordre et la moralité président à l'administration de leur ménage, ces femmes sont appelées à goûter un bonheur calme et modeste que plus d'une grande dame leur envierait, si elle en connaissait toutes les douceurs.

Dans la seconde catégorie d'ouvrières, je range celles qu'emploient la grande industrie et l'agri-

MAYER. l 4

2 4i DESTlNÉli DE LA FEMME

culture, les domestiques et toutes celles qui doivent leur subsistance à des travaux pénibles et rebutants. La plupart, originairesdela campagne, n'ont reçu aucune instruction, et, si elles sont nées dans les villes, leurs premières années se sont écoulées dans l'abandon le plus complet de la part de leurs parents, étrangers eux-mêmes à toute culture intellectuelle.

Parmi les ouvrières de la grande industrie manufacturière, le libertinage coule à pleins bords. Leur salaire est si exigu, que, sans la subvention que leur procure le concubinage, elles seraient incapables de pourvoir à leur entretien. Les patrons et les commis, qui le savent bien, exploitent leur pénurie, et achètent sans scrupule les faveurs des plus jeunes et des plus jolies. Malheur à celles que la nature a traitées en marâtre ? leur vertu est obligée de se réfugier dans le cloaque oii les ouvriers de l'autre sexe la polluent à prix réduit .

En définitive, on peut dire que les ouvrières sont forcément chair à prostitution. C'est ce qui explique Télégance de leur tenue du dimanche,

SELON l'État social.

si peu en rapport avec le gain de leur journée (1). Voilà, certes, une plaie hideuse, qui marque

(1) Il y a des industries où les femmes gagnent de 10 à 15 centimes par jour ; par exemple, à Lille, la position desdentôlières est des plus malheureuses. On peut regarder, d'après M. Thouvenin (Voy. Annales d'hyg. publ. et de me'd. légale, Paris, 1 846, t. XXXVI, p. 32), comme un fait incontestable que, sur cent jeunes filles de cinq à six ans, à qui Ton fait apprendre la fabrication de la dentelle, dans un âge aussi tendre, et pendant quatre ans, comme c'est Tusage, la moitié au moins sera bossue à cinquante ans, ou atteinte de maladies des yeux, si ce n'est de cécité absolue, à cause de la fatigue de la vue qu'entraînent leurs travaux. Celles qui auront échappé à ces infirmités, seront affectées de manifestations scrofuleuses, de pâleur et de maigreur extrême, et cette proportion de femmes infirmes ira en augmentant de plus en plus a\ec l'âge; si encore ces infortunées trouvaient à celte misérable condition, une compensation pécuniaire ! mais non ; les meilleures ouvrières qui gagnaient deux et trois francs par jour, il y a trente ans, ne gagnaient plus, en 1845, qu'un franc par jour, et c'étaient les plus favorisées.

Aujourd'hui, c'est bien pis encore, au rapport de M. Blanqui, qui porte à vingt ou trente centimes le prix delà journée de seize heures, ce qui réduit à presque rien le salaire de la femme mariée, qui a besoin de consacrer une partie de son temps aux soins du ménage.

Dans d'autres grands centres manufacturiers, le salaire de la journée est, pour les femmes, de 30 à 60 centimes, particulièrement dans les deux branches de la filature et du tissage. Notons que le minimum est la règle et le maximum l'exception. Voilà donc un travail qui tue à la longue le corps et l'intelligence, et qui ne suffit pas, malgré ses dangers et ses fatigues, à procurer à l'ouvrière les choses de la plus impérieuse nécessité.

d'un sceau honteux les temps modernes, et qui serait digne d'occuper la philanthropie de nos hommes d'Etat. Mais qu'a-t-on fait pour y remédier jusqu'à ce jour ? Constater le mal et voilà tout....

Abruties de bonne heure par la nature de leurs travaux, les jeunes ouvrières, dont je viens de parler^ finissent par ne conserver de leur sexe que les attributs organiques. Il n*est pas jusqu'à l'expression de leur physionomie qui ne se confonde bientôt avec celle de l'homme, sous l'influence du contact permanent et de la condition commune qui les rapproche.

Dans cette classe malheureuse il ne faut plus chercher la femme ; vous n'y trouverez plus que la femelle de l'homme !

Actuellement, récapitulons et résumons-nous.

La femme, à quebjue rang qu'elle appartienne, obtient dans notre socié(é la justice qui lui est due, et partage le sort de l'homme auquel elle est unie par le mariage. C'est là, sans doute, tout ce que devraient exiger ses plus ardents défenseurs.

SELON l'État social. 2 45

Et cependant je ferai voir tout à l'heure, les prétentions excessives qui se sont produites dans ces dernières années, sous prétexte d'émancipation de la femme.

On apprécie, aujourd'hui, le double rôle réservé à la femme, d'une part dans la famille, et de l'autre dans la société. Le premier est en hon neur dans toutes les classes; seulement, les hommages qu'on lui rend, diffèrent selon les conditions de fortune et le degré de Téducation. Le second est également respecté, et pour si peu qu'il reste de sociabilité dans la dernière couche de la population, la femme est encore l'objet de certaines immunités, qui rappellent de loin, il est vrai, le culte qu'on lui voue dans une sphère plus haut placée.

On se préoccupait, anciennement, de la question de savoir si les femmes n'avaient rien à perdre pour leur innocence de la culture des lettres, des sciences et des arts. Les avis étaient partagés sur ce point. Ainsi, tandis qu'un proverbe hébreu leur conseille de rester à leur quenouille^

et ijue Sophocle regarde le silence comme l(Mir plus bel ornemenl, Platon, et d'autres encore, déclarent qu'elles doivent se familiariser avec toutes les occupations des hommes. Il y a de l'exagération de part et d'autre.

En général, les études spéculatives, ainsi que je l'ai déjà dit, me paraissent ne pas convenir à Torganisalion et au rôle de la femme. C'est par le cœur qu'elle doit vivre, et c'est dans le cœur qu elle trouvera toutes les ressources dont elle peut avoir besoin, pour accomplir sa mission sur la terre. Or, il est à craindre que toutes les œuvres qui exigent une certaine contention d'esprit, n'afïaiblisent en elle la pureté et l'intensité des sentiments affectifs, et ne la rapprochent, au moral, de l'homme dont elle est appelée à tempérer le positivisme, par l'effet du contraste des caractères. Cet inconvénient n'est pas le seul ; l'intégrité des mœurs n'est peut-être pas moins intéressée à ce que la femme reste étrangère à des élucubrations qui ne sont pas appropriées à sa nature spéciale. En effet, la logique est

Page 1