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APPARITION DES RÈGLES

Laponie suédoise.

De ce tableau, il est permis de tirer ces deux conclusions: l'^que l'époque delà puberté est d'autant plus précoce que la latitude est nioins élevée ; 2^ que des deux influences : latitude et température, c'est cette dernière qui domine, comme on peut le voir pour Gœttingue et Varsovie, situés sous la même latitude, mais ne jouissant pas d'une température identique.

Il est établi sur des données rigoureuses, que le temps pendant lequel la femme est réglée, est à peu près le même pour toutes, toutes réserves faites d'états pathologiques, en ce sens que celles où la fonction menstruelle s'établit le plus tôt, sont aussi celles qui voient arriver le plus promptement l'époque de la ménopause, et vice versa.

L'influence qu'exerce l'âge sur la fécondité, a été l'objet des recherches de plusieurs statisticiens, entre autres de MM. Quételet, Sadler et Finlayson. Elles ont conduit aux conséquences suivantes : l'' les mariages trop précoces sont souvent frappés de stérilité ; ou s'il en naît des enfants, ils ont moins de chances de vie ; 2° un mariage, s'il est fécond, à quelque âge qu'il ait lieu, produira un nombre égal de naissances, pourvu que cet âge demeure dans les limites extrêmes, d'environ 33 ans pour l'homme et de 26 pour la femme. Après ces âges, le nombre probable des enfants diminue. C'est donc avant 33 ans pour l'homme, et avant 26 ans pour la femme

28 2 DU MABTAGE.

que 's'observe la plus grande fécondité ; s'il s'agit à présent des âges respectifs des époux, on trouvera, dans un Mémoire publié sur ce sujet par M. Duchatellier (1), que les mariages les plus productifs sont ceux où le mari a au moins râge de la femme, ou un âge plus avancé, sans toutefois Texcéder notablement.

Pour préciser, notons exactement les résultats auxquels est arrivé cet observateur, en étudiant plus particulièrement les mariages les plus féconds. Quant à l'âge des conjoints, il a constaté, en formant une catégorie spéciale des mariages qui avaient donné dix enfants au moins, que, sur 51 qui se trouvaient dans ce cas, la différence moyenne d'âge entre les époux n'était que de 2 ans et un tiers, et que, sur ces 51 unions très-fécondes, il y en avait 12 dont les femmes avaient, terme moyen, 3 ans de plus que leurs maris ; 12 autres où il y avait, à deux ans près, parité d'âge entre le mari et sa femme, et enfin

(1) Annales d'hygiène puhl. et de méd. légale. Paris, 1845, t. XXXIV, p. 33G.

27 OÙ rhomme comptait en moyenne de 5 à 9 ans de plus que la femme.

D'où il faudrait évidemment conclure que^ dans les conditions ordinaires, le mariage a d'autant plus de chances de fécondité que l'âge des conjoints est plus rapproché, sans toutefois s'éloigner par trop de la période de la vie favorable à la procréation. Ces résultats de la statistique ne sont pas applicables à tous les climats, ni à toutes les races. Ils reçoivent même des démentis, par suite de l'action des modificateurs de toutes sortes sur les organismes.

c( La fécondité de la femme dure en général environ 25 ans : son abolition coïncide habituellement avec râge de 45 à 50 ans. Les exceptions à cette règle sont rares. Dans le Wurtemberg, on a compté une femme de 45 ans sur 66 accouchées, et seulement une de 50 ans sur 5, 500(1).

(( D'après des calculs établis sur les tables de

(1) Riecke, loc, cit., p. 12.

population delà Suède, pendant 16 années, et embrassant plus de 1,500,000 naissances, on voit que la plus grande fécondité des femmes se rencontre à l'âge de 30 à 35 ans. Voici ce tableau:

Age des femmes. Proportions de celles qui ont accouché.

De 15 à 20 ans l sur 40,8

20 à 25 1 sur 7,8

25 à 30 1 sur 4,6

30 à 35 1 sur 4,3

35 à 40 1 sur 5,4

40 à 45 1 sur 10,6

45 à 50 1 sur 46,5

Au-dessus de 50 1 sur 1776,0 (1).

Comme la femme demeure féconde environ 25 ans, et qu'une grossesse, quand elle est suivie de rallaitement parla mère, dure 18 mois en moyenne, il s'ensuit qu'elle peut donner le jour à 16 enfants. Cependant, il ne manque pas d'exemples de femmes qui, par suite du prolongement de la période de fécondité, ou parTeffet de grossesses multiples, ont mis au monde 24 enfants et plus, dans le cours d'un même mariage.

(1) Burdach, /oc.c?/., t. V, p. 114.

Certaines unions sont antipathiques et condamnées, par cela même qu'elles violent les lois de la nature, qui a en vue dans le mariage la multiplication et la perpétuité de l'espèce. Je veux parler des alliances entre les membres d'une même famille. La législation civile, aussi bien que les lois religieuses, ont fixé les degrés de consanguinité, en deçà desquels elles refusent leur sanction au mariage. Cette prohibition est motivée par des considérations du plus haut intérêt pour les générations, et repose sur ce double fait:

1° Qu en faisant rentrer le sang dans sa source, on aboutirait à Tabâtardissement de l'espèce ;

2° Qu'on porterait atteinte aux sentiments de famille qui constituent la base de la société, en altérant le respect que l'enfant doit à ses ascendants, et qu'il ne serait pas rare de voir un père ou une mère abuser de son autorité, pour assouvir une passion criminelle.

Mais ce sentiment naturel n'exerce pas un égal empire chez tous les peuples.

Les Tarlares épousent quelquefois leurs filles, mais jamais leurs mères. 11 est vrai qu'il peut y avoir à cela un motif autre que celui d'une déférence naturelle ; c'est que, communément, quand le fils est apte à la génération, la mère a cessé d'être féconde.

Chez les Hindous, le mariage entre parents n'est toléré que jusqu'au troisième degré; au contraire les Concis, nation peu éloignée, permettent aux hommes d'épouser toutes leurs parentes, la mère seule exceptée (1). On était libre d'épouser sa sœur au Pérou, à Siam et en Egypte; sa fille, chez les Tarlares, les Caraïbes, les Chiliens et les Scythes ; sa mère, chez les Arabes, les Perses et les Parthes, etc. (2).

Mais ce ne sont pas seulement les mariages aux degrés prohibés qu'il importe de proscrire.

(1) Zimmermann, Taschenhuch der Reisen, t. XI, p. 257 ; t. XII, p. 272.

(2) Burdach, Traité de ^physiologie, t. V, p. 53.

Les unions multipliées entre les mêmes familles ne sont pas moins désastreuses, en ce qu'elles aboutissent toutes à l'extinction prématurée des races. La démonstration de ce fait ressort péremptoirement d'un remarquable travail de Benoiston de Châteauneuf, sur la durée des familles nobles en France (1). Ce savant statisticien, après avoir établi ce fait, que la plupart des anciennes familles historiques d'une partie de l'Europe ont cessé depuis longtemps d'exister, s'applique à étayer son assertion de témoignages sans nombre, qui ne sauraient manquer de porter la conviction dans les esprits les plus rebelles.

Et cette observation si pleine d'intérêt n'est pas vraie seulement pour la France, elle l'est aussi pour les autres États de l'Europe : l'Italie, l'Angleterre, l'Espagne, où l'on cherche en vain les antiques maisons des Manrique, des Alvarès de Tolède, des Albuquerque, des Amirauté, des Aguilar, des Castro.

(i) Annales d'hygiène publ. et de méd. %a/e,t.XXXV,p.27.

Il n'en est pas autrement de TAUemagne, de la Hollande et de la Suisse, où la descendance màle de Guillaume Tell s'est éteinte, il y a près de deux siècles, en 1684.

Si quelques grands noms ont échappé au naufrage et sont parvenus jusqu'à nous, ce n'est qu'à l'aide de subterfuges de toutes sortes, d'arrangements auxquels se prêtait volontiers la complaisance des princes, tels que substitutions niîillipliées à l'infini, transmission du nom par les femmes dans des familles étrangères, etc. Les expédients de ce genre fourmillent dans les annales de l'ancienne monarchie.

Il est donc avéré que les familles nobles n'ont qu'une durée éphémère ; mais les raisons qu'on allègue sont contradictoires. Pour nous, la vérité est du côté de celle-ci, à savoir: que les nobles ne se mariant jamais qu'entre eux, il est résulté de ces unions sans croisement, un affaiblissement physique des races, qui devait finir par en amener la ruine, a Toute aristocratie qui

se renferme en elle-même^ dit Niebuhr (1), sans remplacer les maisons qui s'éteignent, se consume et meurt: si elle est sévère sur l'égalité des mariages, cela se fait avec une grande rapidité. »

Dans une lettre sur V Influence de la consanguinité sur les produits du mariage^ adressée à l'Académie de médecine, M. le docteur Rilliet (de Genève) fournit sur cette question les données les plus positives (2).

La lettre de M. Rilliet porte en substance:

Qu'il se fait à Genève un nombre considérable de mariages entre consanguins;

Que son attention a été, depuis bien longtemps, éveillée sur les résultais fâcheux qui proviennent de ce fait;, pour la santé et même pour la vie des enfants.

Ces conséquences sont:

1*" L'absence de conception ;

(1) Histowe ^ow«me, traduction Golbéry, t. II, p. 128.

(2) Bulletin de V Académie de médecine^ t. XXI, p. 746. Paris, 1856.

2^ Le retard de la conception ;

3° La conception imparfaite (fausses-couches) ;

4° Des produits incomplets (monstruosités) ;

5^ Des produits dont la constitution physique et morale est imparfaite;

6"" Des produits plus spécialement exposés aux maladies du système nerveux, et par ordre de fréquence: Tépilepsie, l'imbécillité ouTidiotie, la surdi-mutité, la paralysie, des maladies cérébrales diverses;

7"" Des produits lymphatiques et prédisposés aux maladies qui relèvent de la diathèse scrofulotuberculeuse ;

8" Des produits qui meurent en bas âge, et dans une proportion plus forte que les enfants nés dans d'autres conditions ;

9° Des produits qui, s'ils franchissent la première enfance, sont moins aptes que d'autres à résister à la maladie et à la mort.

Aces règles, il y a des exceptions dues, soit aux conditions de santé des ascendants, soit aux circonstances organiques dans lesquelles se

trouvent les parents, au moment du rapprochement des sexes.

Ainsi : 1^ rarement tous les enfants échappent à la mauvaise influence ;

2° Dans une même famille, les uns sont frappés, les autres sont épargnés ;

3^ Ceux qui sont atteints, ne le sont presque jamais de la même manière, dans la même famille ; c'est-à-dire, que l'un est épileptique, tandis queTaulre est sourd-muet, etc.

Le docteur Bemis du Kenlucky s'est livré à une étude pleine d'intérêt, sur les conséquences pernicieuses qu'entraînent après eux les mariages entre consanguins. Ses recherches lui ont prouvé que dix pour cen t des sourds-muets ; cinq pour cent des aveugles; et en viron quinze pour cent des idiots, placés dans les divers établissements hospitaliers des Etats-Unis, sont issus du mariage dedeux cousins au premier degré. Sur un chiffre de 757 mariagesentre cousins-germains, 256 avaientproduit des sourds-muets, des aveugles, des idiots. Sur 483 autres mariages, entre cousins au premier degré,

151 ont donné naissance à une progéniture maladive; un très-grand nombre ont été stériles. Plusieurs Elats de l'Union, entre autres le Kenlucky, ont adopté récemment une loi qui interdit formellement les mariages entre cousins-germains.

Dans un village du district d'Iverdon, rapporte xM. Brière (1), deux frères ont épousé les deux sœurs, leurs cousines-germaines. Les uns et les autres sont des paysans dans l'aisance, jouissant d'une bonne santé; pas d'antécédents fâcheuxdans les deux familles. L'un des deux frères a eu cinq enfants, l'autre deux ; ces sept enfants sont tous albinos au plus baut degré; décoloration com- |>lcle delà peau ; cliairs molles; cheveux blancs, argentés, fins; paupières agitées d'un incessant clignotement; iris rose, soumis à des oscillations rapides et continues, de dilatation et de resserrement; pupille rose foncé, presque rouge. Ces enfants, dont Taîné a une vingtaine d'années, ont,

(1) ÉcJio médical suisse. Août, 1869.

comme on le voit, les caractères les plus saillants de l'albinisme. Trois des enfants du premier ménage sont morts; l'un d'une chute, les deux autres de maladies de nature inconnue. Un des deux du second ménage est mort aussi ; tous en bas âge. Le père des cinq enfants a perdu sa femme ; il en a épousé une autre, avec laquelle il n'existait aucune parenté. Il en a eu quatre enfants, tous bien portants, et n'offrant aucune trace d'albinisme. Cet exemple est des plus concluants, car rien n'y manque ; pas même la contre-épreuve.

La réprobation qui frappe les mariages consanguins, se traduit dans le public par des formules nombreuses qui se résument presque toujours en disant : Tel ménage a mal réussi, amal tourné, ou quelque chose d'analogue. Saint Augustin, cherchant à expliquer les motifs religieux qui ont fait interdire ces sortes d'alliances, s'exprime ainsi: (( Qui peut douter qu'il ne soit plus honnête aujourd'hui de prohiber le mariage, même entre cousins? El non-seulement pour les raisons précédemment alléguées, afin de multiplier les affinités,

dans rintérêt de la fraternité humaine, au lieu de les réunir sur une seule tête, mais encore parce qu'il est un noble instinct de pudeur qui, en présence de personnes que la parenté nous ordonne de respecter, fait taire en nous ces désirs dont nous voyons rougir même la chasteté conjugale (1).»

Les textes bibliques qui se rapportent à Tinterdiclion des mariages entre consanguins, prouvent assez, combien, chez les Hébreux, la parenté des époux était regardée comme une condition néfaste : ce Vous ne découvrirez point ce qui doit être caché dans la sœur de votre père. — Vous ne découvrirez point ce qui doit être caché dans la sœur de votre mère ; parce que c'est la chair de votre mère. — -Vous ne découvrirez point ce que le respect dû à votre oncle paternel veut être caché, etc.. (2). »

Nous n'en finirions pas si nous voulions rapporter tout ce que les législateurs de l'antiquité ont opposé de prohibitions aux mariages consan-

(1) Cité de Dieu, liv. XV, chap. xvi.

(2) Lévitique, liv. XVUI, vers. 12, 13, 14.

giiins, dont ils connaissaient sans nul doute, déjà, les effets désastreux, au point de vue de la durée des familles, et Pinfluence dissolvante sur les mœurs publiques.

Quant aux causes de la fréquence des unions entre consanguins, M. Devay les a rencontrées, d'une part, dans les petites villes industrieuses et riches, et, de l'autre, dans les localités pauvres^ isolées et privéesde voies de communication. Dans les premières, dit cet auteur, ce fait a lieu depuis un temps immémorial, et Ton pourrait citer des petites villes, où presque toutes les familles, surtout les plus riches, sont alliées entre elles, et à des degrés bien rapprochés ; dans lesquelles il existe un amalgame tel de parentés, que la recherche de la filiation devient inextricable. Nous en connaissons, oii des oncles sont devenus gendres de leurs propres nièces, etc.. C'est surtout parmi ces familles que l'influence de la consanguinité sur la déchéance de la race peut être fructueusement étudiée dans son ensemble. Le plus souvent ces alliances sont accomplies par le désir de superpo-

ser des fortunes lentement acquises, de les réunir dans une même famille: un fils et une fille riches sont unis et constitués les gardiens d'une opulente succession. Toutefois, il n'en est pas toujours ainsi : c'est quelquefois la connaissance plus intime que Ton a entre parents, de certaines qualités morales et vertus domestiques, c'est la croyance à l'hérédité de la propension du bien, qui fait rechercher ces unions. D'autres fois, ce sont des motifs plus louables encore; par exemple, des oncles épousant leurs nièces, pour les faire participer à des successions auxquelles elles avaient droit de prétendre, mais dont on les avait dépouillées. Le désir d'augmenter un patrimoine territorial, de le rendre plus productif, en diminuant les frais de main-d'œuvre, et un peu aussi l'amour-propre, qui fait voir en perspective la constitution d'un petit fief dans la famille, sont la cause la plus fréquente des mariages consanguins, parmi quelques gentilshommes campagnards.

Mais si, parles motifs que nous venons de faire voir , et que M. Devay signale comme les plus puis-

sants, les classes riches payent le plus large tribut à la consanguinité dans les alliances; le même fait ne manque pas, non plus, de se produire chez les classes pauvres, à la vérité sur une échelle plus restreinte, et par des causes toutes différentes. Ainsi, ce serait surtout dans les localités montueuses, séquestrées^ éloignées des voies de communication, que le fait s'observerait de préférence. On cite, par exemple, certains villages des plus misérables, où la population raréfiée se maintient dans un état remarquable de déchéance physique et morale, parla consanguinité. Dans ces cas, il ne faut accuser que les nécessités matérielles, l'ignorance et Tincurie, qui font que souvent les conjoints ignorent eux-mêmes le degré de parenté qui les rapproche (1 ).

Dans certaines contrées de laFrance, les mariages entre consanguins ont acquis une telle fréquence et amené une détérioration si manifeste de la race, que d'éminents prélats ont cru à la

(I) Fr. Devay, loc. cit., p, 249 eipassim,

nécessité d'en signaler les dangers aux fidèles de leurs diocèses, en invoquant les intérêts de riiygiène publique, non moins que ceux de la religion, pour mettre un terme à l'abus des demandes de dispenses. Nous pourrions nous étendre longuement encore sur un sujet à la fois si vaste et si intéressant ; mais la nature de cet ouvrage ne nous permet pas d'insister autrement sur les inconvénients que nous avions en vue de révéler dans les unions consanguines.

Il est cependant une autre condition généralement négligée dans la conclusion des mariages, au grand détriment des enfants qui en naissent; c'est le croisement des tempéraments, des constitutions et desidiosyncrasies, de façon à en obtenir des produits qui, en vertu de l'hérédité, procèdent des différents attributs propres à chacun des parents, et s'éloignent de toute exagération organique, d'où pourrait résulter une imminence r/2or6id^ quelconque.

Ecoutonsce que dit, à ce sujet, un auteur dont le nom doit faire autorité en pareille matière.

c( Les mariages, au point de vue physique, devraient être combinés de manière à neutraliser, par l'opposition des constitutions, des tempéraments et des idiosyncrasies, les éléments d'hérédité morbide que l'on peut craindre dans les deux époux. Il faudrait défendre l'union de deux lymphatiques, de deux sujets éminemment nerveux. Deux familles également prédisposées aux affections de poitrine, ne devraient jamais mêler leur sang : même danger dans l'union de deux sujets frappés de débilité générale, etc. La prédisposition à des affections analogues constitue, aux yeux du médecin , une autre incompatibilité au mariage. Scrofule et phthisie formeront une sordide pépinière; tandis qu'une femme, issue de parents tuberculeux et mariée à un homme robuste et sain, peut devenir l'heureuse mère d'une génération valide, qui, croisée à son tour avec un sang de bon aloi, produira une autre génération, tout à fait irréprochable ; car la propension aux maladies héréditaires finitpar s'épuiser . Stahl, Bordeu, Buchan, Pujol, Baumès, Gintrac, P. Lucas, pen-

sent ainsi. Des faits prouvent la disparition spontanée d'une affection de parenté; d'autres, plus nombreux, attestent l'efficacité du croisement, pourTextinclion des germes héréditaires. Malheureusement, les médecins restent étrangers à la confection des lois, et rien n'est stipulé, dans nos codes, en faveur de l'amélioration physique de l'espèce humaine, si ce n'est la limitation du mariage à certains degrés de consanguinité et l'époque de la nubilité légale (1). »

Il est d'observation vulgaire, que les parents communiquent à leurs descendants, une conformité d'organisation plus ou moins frappante aux yeux, et qui souvent s'étend jusqu'aux qualités morales et intellectuelles. C'est ce qui constitue le fait de t hérédité.

L'hérédité éclate chez l'homme, dit encore M. Michel Lévy (2), et dans sa forme générale, et dans la proportion relative de ses parties. Elle

(1) Michel Lévy, Traité d'hygiène publi</ue et privée^ troisième édition. Paris, 1857, t. I, p. 154.

(2) Michel Lévy, ouvrage cité.

se manifeste par les propriétés intimes de la fibre organique, si l'on peut ainsi dire ; les mouvements, les allures, les traits du visage, le son de la voix, les singularités fonctionnelles, tout témoigne du rapport vivant qui se continue entre le produit et ses facteurs, même après la séparation de l'être nouveau qui, émancipé de Tincubation utérine, se pose au dehors de la sphère de son individualité. Nous ne disons pas que les êtres procréateurs se répètent exactement dans leur progéniture ; mais ils lui impriment avec la vie, une partie de la direction spéciale que la vie avait prise chez eux. Ce qui se transmet d'abord, des parents à l'enfant, c'est le type physique, la con« formation extérieure, la physionomie, la taille, la couleur. Il y avait des familles romaines appelées NasoneSy Labeones^ du trait saillant qui accusait sur leur visage l'influence héréditaire. Le tempérament, les idiosyncrasies, les caractères généraux de l'organisme, ne se transmettent pas moins que les ressemblances extérieures. Les vices et les monstruosités primordiaux se

transmettent souvent. Tels sont : la cécité, la surdi-mutité, l'imbécillité, Tidiotisme, le becde-lièvre, les hernies, etc.. ainsi, tous les auteurs citent des exemples d'individus sex-digilaires de père en fils.

Anna cite, d'après Burdach, un père et un fils qui avaient, tous les deux, douze doigts et autant d'orteils. Van-Derbach parle d'une famille espagnole, dont quarante membres étaient porteurs de doigts surnuméraires. Mais la science fourmille de faits du même genre. Adrien de Jussieu communiquait en 1827, à deux sociétés savantes, une observation pleine d'intérêt, eu égard à l'hérédité. La femme qui en fait le sujet, présentait trois mamelles, dont une, placée à la région inguinale, servait d'ordinaire à l'allaitement. La mère de cette femme était, comme sa fille, pourvue de trois mamelles, avec celte seule différence que, chez elle, ces trois organes siégeaient à la partie antérieure du thorax (1).

{{) Gazette médicale de Paris, du 25 janvier 1845.

Burdach et Piorry rapportent des cas de mutilations accidentelles, devenues chez les parents un élément d'hérédité pour leur progéniture. Chez les animaux, ce phénomène est plus fréquent encore que chez l'homme.

La prédisposition aux maladies est une triste et dernière preuve de la solidarité ascendante qui lie entre elles les générations successives d'une même famille.

La meilleure manière de corriger les dispositions morbides héréditaires, telles que laphthisie, la goutte, le cancer, les scrofules, etc., c'est le croisement des races et des tempéraments, afin qu'il s'établisse une sorte de compensation entre les qualités négatives de l'un des organismes et l'excès en sens contraire de l'autre, d'où résulte, en dernière analyse, une pondération profitable à la constitution delà progéniture.

Un médecin de Paris, qui s'est attaché pendantsa longue pratique, à élucider cette question, et à recueillir des observations dans ce but, M. le docteur Serrurier, parlant des maladies

héréditaires qui, pour lui, sont des motifs rigoureux d'éloignement de toute alliance, ajoute qu'il ne faut pas toujours regarder ces maladies comme complètement guéries, parce que des accidents habituels ont mis l'intervalle le plus long à se manifester de nouveau.

c( Consulter à ce sujet son médecin ; ne pas craindre d'entendre la vérité sortir de sa bouche ; Tencourager même à s'expliquer catégoriquement; lel est le devoir des pères et mères. C'est un acte d'humanité que chaque famille doit rem|)lir. Le médecin, de son côté, par l'importance de son ministère, doit agir avec toute la sincérité de sa conscience, et se placer comme juge impartial entre les familles, pour rejeter les alliances dont les suites ne pourraient qu'être funestes à l'un ou à l'autre des époux, ou aux deux à la fois (1). »

c( Les familles sont exposées à s'engager dans une voie fausse et contraire aux intérêts de leurs

(I) /)// mariage considéré dans ses rapports physiques et moraux, etc., par M. le, docteur Serrurier. Paris, 1845, p. 7.

enfants, lorsque, avant d'arrêter ou de conclure un mariage, elles ne font une enquête que pour la forme seulement, sur l'origine constitutive du jeune homme ou de la jeune fille. Elles éviteraient, par des renseignements pris et donnés avec sagesse, avec conscience,de confondre, par ces alliances, de simples prédispositions maladives, avec d'autres dispositions non moins fâcheuses, par le développement d'affections dont la marche serait d'autant plus progressive, qu'elles rencontreraient un terrain vierge, disposé à les féconder et à les perpétuer (1). »

(( il est évident que, pour pouvoir transmettre à leur progéniture une modalité organique quelconque, l'un ou l'autre des parents doivent la posséder, au moment même de la génération, ou pour le moins l'avoir possédée antérieurement, soit à titre de simple prédisposition, soit comme ayant favorisé la manifestation de quelque affection morbide. Mais il n'est nullement essen-

(1) Serrurier, ihid., p. 21.

liel, pour quecette transmission puisse s'effectuer, que le père ou la mère aient directement hérité de leurs parents de la modalité en question. Celleci, ayant existé chez l'un ou l'autre des aïeux, peut avoir franchi une génération et ne sévir que sur la suivante. Elle peut aussi être le résultat de circonstances accidentelles ; et, cependant, de quelque façon qu'elle se soit établie, elle n'est pas moins susceptible de se propager par voie d'hérédité (1). »

Ce qui précède, relativement aux dispositions organiques accidentelles et à leurtransmissibilité, nous amène naturellement à mentionner celles qui procèdent de diverses influences auxquelles la mère peut avoir été exposée pendant la grossesse. Ces données, que la croyance populaire avait admises, dès les temps les plus reculés, sont aujourd'hui sanctionnées par la science, qui les a fait intervenir dans l'explication des monstruosités et

(I) A. J. Gaussail, De l'influence de Vhérédité sur la production de la surexcitation nerveuse. Paris, 1845, p. 53. — P. Lucas. Traité philosophique et physiologique de l'hère'dite'. Paris, 1447.

arrêts de développement, pour constituer la tératologie.

Enfin l'hérédité est une tendance, en vertu de laquelle l'organisme réalise, selon l'opportunité de l'âge, et moyennant le concours de causes suffisantes, la lésion patliologique dont la virtuaHté ou le germe lui a été transmis au moment même de l'imprégnation séminale del'ovule.

Cependant , il ne faut pas croire que la considération de l'hérédité morbide et des dangers delà consanguinité, soit la seule dont les familles aient à se préoccuper, à Toccasion des alliances matrimoniales. Le fait de lalransmissibilité de certaines maladies, par voie de cohabitation, ne mérite pas moins la plus sérieuse attention. En effet, il n'est plus douteux, pour personne, que certaines affections se propagent d'un époux à l'autre, et de préférence, du mari à la femme, s'il faut en croire les observations que la science a enregistrées jusqu'aujourd'hui. En tête de ces maladies contagieuses, il faut placer la syphilis, non-seulement dans ses manifestations primitives, mais encore dans sa période

d'infection constitutionnelle. Sur le second plan vient imniédialement après, la phlhisie pulmonaire, à laquelle succombent souvent lev organisations en apparence les moins prédisposées à la consomption, et qui finissent, néanmoins, par se flétrira la longue, sous l'influence d'une espèce d'empoisonnement chronique.

Cette contamination nuptiale multiplie chaque jour ses victimes, à Tinsu des gens du monde, dont l'attention n'a pas été suffisamment attirée sur cette matière, parce que l'avis des médecins n'est presque jamais réclamé dans la conclusion des mariages.

Nous anètcrons-nous, h présent, à l'examen des doctrines qui ont régné, à diverses époques, sur rinterprélalion du phénomène delà transmission héréditaire des maladies et des prédispositions ? Relaterons-nous les hypothèses longtemps en vogue de Stahl, d'IIofTmann et de Van Helmont?Non. 11 nous faudrait rechercher^ et ce n'est point ici le lieu, si les germes préexistants ou instantanément produits et vivifiés, sont capables

de contracter une altération qui puisse devenir la cause première de cette transmission. Nous préférons nous en tenir à cette opinion, qui ne préjuge rien, et que nous avons simplement indiquée plus haut, à savoir : que la lésion pathologique est communiquée à l'ovule, au moment même de son imprégnation par le sperme.

Nous ferons cependant une exception en faveur du père de la médecine. Hippocrate donne de rhérédité la théorie suivante, à l'occasion des macrocéphales, qui recherchaient chez leurs enfants rallongement de la têle, et employaient dans ce but des machines et des bandages de différentes sortes, ce D'abord , dit-il , c'était l'usage qui opérait, de force, le changement dans la configuration de la tête : mais, avec le temps^ ce changement est devenu naturel, et l'intervention de l'usage n'est plus nécessaire. En effet, la liqueur séminale provient de toutes les parties du corps; saine des parties saines, altérée des parties malades. Si donc, de parents chauves, naissent généralement des enfants

chauves ; de parents aux yeux bleus, des enfants aux yeux bleus; de parents louches, des enfants louches, et ainsi du reste, pour les autres variétés de la forme, où est l'empêchement qu'un macrocépliale n'engendre un macrocéphale (1)? »

On ne saurait donc tenir Irop de compte, dans les unions matrimoniales, des considérations que je viens d'exposer si longuement, afin de préserver la progéniture des chances funestes que lui créerait, de la part des parents, l'accouplement de deux tempéraments identiques et dont l'exagération serait arrivée à cette limite qui différencie à peine la santé de la maladie. Je sais bien que toutes ces recommandations sont vaincs; et que, de tous les intérêts qu'on pèse communément, avec tant de soin, à l'occa-* sion du mariage, celui dont je parle est le seul qu'on néglige. 11 serait pourtant bien urgent d'ôter au notaire un peu de son influence, pour la donner au médecin; on léguerait peut-être

(1) Hippocrate, Œuvres complètes, trad. Littré, Des airs, des eaux et des lieux, t. U. Paris, 1840.

moins de fortune à ses enfants; mais souvent on leur transmettrait un sang plus pur, une constitution plus robuste, et en définitive une existence plus heureuse. Il me semble qu'il y aurait bien compensation !

Je n'abandonnerai pas celte question, sans stigmatiser de toutes mes forces, l'incurie de la société, qui permet le mariage à des femmes vouées à une mort presque certaine, dès leur première grossesse; soit à cause d'une conformation vicieuse du bassin, soit par suite d'une affection organique, que la parturition rend fatalement mortelle.

La prudence la plus vulgaire fait un devoir aux familles de s'éclairer des conseils d'un homme de l'art, pour peu qu'il existe quelque présomption d'infirmité, incompatible avec Faccomplissement normal de la fonction procréatrice, but du mariage; et cela, en attendant que la loi en fasse une condition rigoureuse de sa sanction.

Si je me suis étendu si complaisamment sur

les convenances physiques qu'il importe de rechercher dans le mariage, c'est parce que je me suis jusqu'ici exclusivement préoccupé de ce qui, dans cette institution fondamentale, se rapporte à sa fin naturelle, qui est la génération.

Mais il est temps que nous le considérions sous un autre point de vue : celui de l'art ou de \ Esthétique^ qui se résume dans l'amour.

On dit vulgairement que \ homme ne vit pas rien que de pain : ce qui signifie qu'il n'a pas seulement des besoins physiques, mais encore des besoins intellectuels et moraux , lesquels demandent aussi, et non moins impérieusement, à être satisi'ails.

Celle salisfjiclion, l'homme a le droit et le devoir de la rechercher, sous peine de descendre à la condition de brute et de faillir à sa destinée providentielle.

Le sentiment de l'art le pousse incessamment vers la recherche du beau et du bon. Dans tout ce qu'il façonne, c'est la perfection qu'il se propose, et tous ses efforts tendent à se personnifier

dans son œuvre, en ne laissant à la matière que le moins de part possible dans la valeur de ses produits.

11 en est de même en amour. Le plaisir charnel, grossier, dégagé de toute participation du cœur, devient bientôt pour lui une source de dégoûts et un objet de répulsion. Il n'est réellement heureux que dans la possession spirituelle de rêtre aimé, et ce bonheur-là, à nul autre comparable, est le seul que le temps ne parvienne point à émousser en lui.

Le mariage a conséquemment une double fin, qui s'applique à la double nature de l'homme. La procréation pour l'animalité et lamour pour la perfectibilité.

« L'amour donc, aussitôt qu'il s'est déterminé et fixé par le mariage, tend à s'affranchir de la tyrannie des organes : c'est cette tendance impérieuse, dont l'homme est averti dès le premier jour, par la tiédeur de ses sens, et sur laquelle tant de gens se font si misérablement illusion, qu'a voulu exprimer le proverbe: Le ma-

riage est le tombeau^ c est-à-dire l'émancipation de V amour.

c( Le peuple, dont le langage est toujours concrel, a entendu ici, par amour, la violence du pruril, le feu du sang: c'est cet amour, entièrement physique, qui, suivant le proverbe, s'éteint dans le mariage. Le peuple, dans sa chasteté native et sa délicatesse infinie, n'a pas voulu révéler le secret de la couche nuptiale ; il a laissé à la sagesse de chacun, le soin de pénétrer le mystère et de faire son profit de Tavertissement, 11 savait, pourtant, que le véritable amour commence à cette mort; que c'est un effet nécessaire du mariage, que la galanterie se change en culte; que tout mari, quelque mine qu'il fasse, est au fond de Tâme idolâtre; que s'il y a conspiration ostensible entre les hommes, pour secouer le joug du sexe, il y a convention tacite pour l'adorer ; que la faiblesse seule de la femme oblige, de temps à autre, l'homme à ressaisir l'empire; que, sauf ces rares exceptions, la femme est souveraine ; et que là est le principe

de la tendresse et de rharmonie conjugales (1). »

L'auteur qui dépeint avec tant d'âme et de vérité l'amour conjugal, est cet homme qu'on regarde si mal à propos comme l'ennemi de la famille , et le corrupteur des mœurs : c'est P. J. Proudhon.

L'amour dans le mariage (2) n'est pas seulement une condition de bonheur domestique, que chacun devrait rechercher, de préférence à tous les autres éléments qui entrent, d'ordinaire, dans les combinaisons matrimoniales; c'est encore

(1) Système des contradictions économiques^ ou philosophie de la misèrCy t. II, p. 483 et suiv.

(2) Sous ce titre : L'Amour dans le mariage^ M. Guizot a publié en 1855, dans ce style inimitable qu'on lui connaît, la plus charmante étude qu'il soit possible d'imaginer, sur les joies si pures d'un ménage sans cesse illuminé par la tendresse réciproque des époux. C'est un épisode de l'histoire d'Angle, terre, se rattachant à la vie d'un grand seigneur, William Russell, qui épousa, en 1670, une jeune veuve, lady Vaughan, dont il était éperdûment amoureux. Engagé dans une conspiration contre Charles II, lord Russell fut condamné à mort le 13 juillet 1683, et exécuté sept jours après. Rien n'est plus touchant que les marques d'amour que donna lady Russell à son mari pendant leurs jours de prospérité, et le dévouement dont elle l'entoura dans le malheur. Pendant treize ans, sa passion ne se refroidit pas un seul instant.

une des causes qui influent le plus puissamment sur les qualités de la progéniture. Les enfants de Tamour se distinguent habituellement par une intelligence précoce, qui se révèle dans le cours des études par de remarquables succès. Ce sont les élèves d'élite, qui font la gloire de leurs maîtres, et qui, plus tard, brillent dans les carrières qu'ils embrassent. Leur caractère est enjoué, leur esprit fm et pénétrant, et sur leur physionomie se reflètent, comme en une glace, les impressions qui les agitent. Ils sont francs^ souvent espiègles et toujours ardents aux jeux de leur âge. D'une grande mobilité nerveuse, ce sont ces enfants qui payent un si large tribut aux affections convulsivcs, et dont la dentition est traversée par les accidents les plus redoutables du côté du cerveau. Qu'on porte un instant son attention sur ce fait, et il sera facile d'en vérifier l'exactitude. 11 suffit pour cela, de comparer les premiers-nés d'une famille avec les autres rejetons, procréés tardivement et alors que les parents, mariés depuis

un grand nombre d'années, ne recherchent plus, dans les rapprochements sexuels, qu'à répondre, par habitude, aux sollicitations grossières des sens, sans y être entraînés par les élans passionnés du cœur.

Il nous faut relater ici une observation grave et judicieuse qui est due à un écrivain des plus spirituels et des plus profonds de notre époque :

« On a remarqué, dit M. Toussenel, que les mariages d'inclination, c'est-à-dire les mariages les plus heureux et les plus naturels, donnaient plus de filles que de garçons^ et quHl naissait plus de mâles des unions tourmentées y forcées^ illégitimes. De là, suivant de profonds physiologistes, la supériorité de bon sens et de lucidité dévolue à la femme. On sait que les enfants se ressentent généralement de l'influence passionnelle qui a présidé à leur conception. La plupart des idiots sont des enfants procréés dans l'ivresse bachique (1). »

(1) A. Toussenel, Le monde des oiseaux. Ornithologie passionnelle^ 1. 1, p. 106. Paris, 1853.

C'est d'autre part un fait acquis, que l'excédant des naissances de garçons, sur celles de filles, est plus considérable pour les enfants légitimes, que pour les enfants nés hors du mariage (1).

Il résulte, en effet, des renseignements fournis par M. Hoffmann, directeur des bureaux de la statistique de Berlin, et publiés par M. Babbage (2), qu'il est né en Prusse, pendant les années 1816 à 1823, sur 10,000 filles.

10,609 garçons provenant d'union légitime j

et seulement 10,278 provenant d'union illégitime.

Pour certaines contrées cette différence est plus sensible encore.

M. le capitaine Bickes est arrivé au même ré-

(1) La contradiction qui semble ressortir de ces deux ordres de faits n'e>t qu'apparente; car pour M. Toussenel une union est ilk'fjitiîne quand elle est tourmentée, forcée^ lors même qu'elle serait consacrée par la religion et par la loi, tandis que pour les statisticiens, une naissance est considérée comme illégitime quand elle a lieu en dehors de l'état de mariage.

(2) Journal de-^ sciences d'Èdirnhourg (Cahier de juillet 1829).

En moyenne :

sultat,dans un travail (1) qui embrasse les principaux États d'Europe. Cet auteur regarde la légitimité et rillégitimité comme les causes déterminantes de la naissance, qui donnent ici beaucoup de filles, et là beaucoup de garçons. Selon lui, les localités oii les jeunes gens sont de bonnes mœurs et où les époux demeurent fidèles, se distingueraient par un nombre proportionnellement plus grand de garçons, que dans les lieux où règne une morale relâchée.

En résumé, il est constant qu'il naît plus de garçons que de filles, et que le rapport des sexes dans les naissances, variable selon les différents pays, n apoint changé, pour chacun d'eux, depuis que des observations régulières ont été instituées.

Mais ce rapport diffère également entre les naissances légitimes et les naissances illégitimes, en ce que l'excédant des garçons est plus considérable pour les premières que pour les secondes.

(1) Gazette allemande des sciences médicales, du 7 février 1831.

On ne pourrait expliquer ce phénomène, sans entrer dans les régions hasardeuses de l'hypothèse, et nous préférons nous en tenir à la constatation du fait, laissant à l'avenir le soin d'en donner la signification.

11 nous reste à parler de la part que l'âme prend à la génération, pour faire bien saisir Tinfluence que peuvent exercer sur la progéniture, les dispositions morales des parents, au moment de l'accomplissement de l'acte génésiaque.

C'est un fait d'observation vulgaire, que la fonction génératrice est vivifiée par la propension à la gaieté, par le contentement de soi, par toutes les passions expansives enfin; au lieu que les passions dépressives, comme le chagrin, la crainte, les soucis, la paralysent. Les travaux d'esprit et les émotions trop violentes en détournent. Le pouvoir de l'imagination est tout aussi bien démontré, en ce qui touche les plaisirs de l'amour. Sous le seul empire des idées voluptueuses, l'érection se produit, la sécrétion du sperme augmente, l'activité plastique des ovaires s'exalte et amène les ovules à

maturité. Enfin, la fécondation elle-même, selon le témoignage des auteurs, semble être, jusqu'à un certain degré, sous la dépendance de l'état moral qui préside au rapprochement des époux.

Veut-on maintenant des preuves de ce rapport intime qui relie physiologiquement la génération et les fonctions qui s'y rapportent, aux mouvements de l'âme, à la simple imagination? En voici quelques-unes :

On trouve dans Treviranus(l), l'histoire d'une femme, dont les seins se remplissaient de lait chaque fois qu'elle entendait les vagissements d'un nouveau-né ; et celle d'une autre femme qui ressentit les douleurs de l'enfantement, parce qu'elle se croyait enceinte et parvenue, d'après ses calculs, au terme de sa grossesse. Pichon (2) cite un cas non moins curieux dans le même genre : Une femme de quarante-huit ans, qui depuis quatre ans n'était plus réglée, et dont la sensibilité était fort exaltée, fut prise, en assis-

(1) Biologie^ t. VI, p. 29.

(2) Archives générales de médecine, t. XVIip p. 126.

tant à raccouchement long et pénible d'une de ses sa urs, de douleurs absolument semblables à celles de la parturilion ; quelques heures après survint une hémorrhagie par les parties génitales, qui dura plusieurs jours, et trois jours après la cessation de cet écoulement, les seins non-seulement se tuméfièrent, mais encore fournirent une sécrétion de lait.

Nous avons actuellement à examiner la question de savoir si, à toutes les époques de la vie matrimoniale, les rapports conjugaux peuvent avoir lieu sans inconvénient, ou si, au contraire, la continence ne devient pas quelquefois, sinon obligatoire, (lu moins excessivement désirable, soit comme mesure hygiénique, soit comme sacrifice à la morale. Voyons, en effet :

Toute (onction a sa raison d'activité. La nature n'a rien créé sans but. Un organe sans emploi, une action physiologique sans utilité, sont des choses qui répugnent à fesprit. Or, les relations sexuelles ont pour fin la génération. Mais la femme n'est pas en état d'engendrer à toutes les

périodes de son existence. Avant l'établissement des règles et après leur disparition^ elle est inféconde ; pendant la gestation, elle ne peut concevoir de nouveau, à moins de rares anomalies ; durant l'allaitement elle est généralement stérile. Livrés à la seule inspiration de leur instinct, les sexes se fuient chez les animaux, lorsque la copulation serait sans fruit. Mais Phomme, à quelles lois doit-il obéir dans ses relations avec sa femme, alors qu'il n'a d'autre guide que sa conscience, pour combattre les incitations aveugles de ses sens ?

En premier lieu, les institutions sociales protègent la virginité de la jeune fille, avant qu'elle ne soit nubile. Dans l'état conjugal, il serait peutêtre convenable que la femme n'eût pas à subir les approches de son mari, pendant la grossesse et la lactation. Dans ces conditions, où toute commotion nerveuse d'une certaine intensité a ses dangers, l'abstinence serait sans nul doute d'une sage pratique. Mais, en définitive, il serait difficile de concilier ces exigences avec la pureté

32 4 DU MAKIAGE.

des mœurs et la monogamie. Iln'estdonc besoin, en pareilles circonstances, que de ménagements et de prudence ; et les époux devraient savoir d'eux-mêmes en apprécier les avantages.

Cependant, il arrive un moment, où les droits et les devoirs des parents sont plus exactement définis, c'est Tépoquede Tadolescence des enfants. Alors naissent, à l'égard de ceux-ci, des obligalionsque lesparents ne peuvent méconnaître, sans injustice et sans immoralité.

(( Sans injustice, parce que dès l'instant où Tenfant est apte au travail, lui donner des frères, à l'entretien desquels il est forcé de concourir, c'est lui susciter une charge à laquelle il n'a point volontairement consenti. C'est un abus d'autorité.

(( Sans immoralité, car il n'y a plus d'amour, là où n'est plus la jeunesse, la beauté et la grâce, il n'y a plus de chasteté, là où il n'y a plus de poésie. Et la volupté sans amour et sans chasteté, c'est l'impudeur et la turpitude. C'est pourquoi l'amour des vieillards est ridicule et dégoûtant.

c( Qu'Homère nous montre Pâris et Hélène, dormant ensemble sur leur lit suspendu, ils sont beaux malgré leur adultère ; coupables d'injustice, la jeunesse, la grâce, l'esprit, semblent les couvrir encore d'un voile d'honnêteté. Mais Saturne et Rhée, Deucalion et Pyrrha, David et Abisag me révoltent : le titre d'époux n'y fait rien, ils sont obscènes..... (1). »

Le mariage exerce sur les individus une influence bienfaisante, qui se traduit par l'amélioration des mœurs privées, et comme conséquence naturelle, par une augmentation sensible dans la longévité.

A rencontre du célibataire, dont le caractère dominant est l'égoïsme, l'étroitesse des vues, la bizarrerie et l'entêtement, l'homme marié se rattache plus étroitement aux grands intérêts de la société, possède le sentiment du droit et de la justice, se soumet spontanément au joug de la loi, prend sa part du bonheur de tous, et em-

(1) P. J. Proudhon, loc. cit.

pcche son esprit de s'égarer à la contemplation d'un horizon sans bornes et de se consumer en rêveries stériles.

« D'un autre côté, reman[ue Burdach (1), l'union conjugale fait naitre le goût des enfants, car elle est, elle-même, comme une répétition de la \ie enfantine ; la femme soigne son mari, comme le ferait une mère, et le mari la dirige, la protège, la nourrit, comme s'il était son père. En se donnant mutuellement les noms de père et de mère, les vieux époux expriment la cordialité de leur union. C'est ainsi que le mariage attache à la vie par l'amour ; aussi, la plupart de ceux qui tranchent leurs jours par dégoût de la vie, sont des célibataires (2). »

Le mariage met en jeu toutes les forces et oblige à Tactivité; en faisant varier sans cesse les conditions de la vie, il ne laisse pas un moment d'inaction à Tesprit. L'uniformité de la

(1) Buiclach, ioc. cit., t. V, p. 117.

(2) Voltaire, si nous ne nous trompons, a, le premier, émis celle opinion.

vie des célibataires fait, qu'en général, ils n'atteignent point un âge si avancé que les personnes mariées (1).

Nous avons déjà mentionné cette observation précédemment, en ce qui concerne la femme (2).

Enfin, le mariage est un remède contre la débauche, en ce sens qu il modère la violence des penchants sexuels, par la facilité de les satisfaire ; il préserve, par cela même, des excès dans les plaisirs de Tamour, et ménage les forces, pendant le temps où la femme est inepte aux rapprochements conjugaux.

Rien ne saurait donner une idée plus exacte sur le degré de considération dont le mariage est entouré chez les différents peuples, que les coutumes qui président à la conclusion de cet acte, et les facilités plus ou moins grandes laissées à l'homme pour se dégager des liens matrimoniaux.

Nous allons donc jeter un coup d'œil rapide

(t) Hufeland, la Macrobiotique y ou F Art de prolonger la vie de l'homme, p. 123. Paris, 1838. — Deparcieux, j&^^az sur les probabilités de la vie humaine. Paris, 1766.

(2) Voir p. 97.

sur les usages qui régnent en diverses contrées du globe, à l'égard du choix de la femme ; quant à ce qui concerne les moyens de rupture, nous nous réservons de les examiner au chapitre suivant, à l'occasion du divorce.

Chez certains peuples^ la liberté du choix n'existe réellement pas pour les futurs époux. Ce sont les parents qui fiancent leurs enfants, longtemps avant que ceux-ci n'aient atteint l'âge de la puberté. 11 en est ainsi chez les Iroquoiset chez les Péruviens, en Corse et aux Célcbes. Dans d'autres pays, comme à Sierra-Leone et sur la Côle-d'Or, les fiançailles sont conclues, même avant la naissance des enfants. En Chine et en Egypte, suivant Savary, ce sont également les parents qui décident les mariages, et les conjoints ne se voient pour la première fois, qu'après Taccomplissement des cérémonies nuptiales. On conçoit (jue le cœur ne peut avoir aucune part dans ces unions où la volonté réciproque des époux n'a point été consultée. Aussi, il ne saurait y avoir là qu'une association plus ou moins durable,

un accouplement livré au hasard, mais non point un mariage, dans le sens que donnent à ce mot les nations civilisées.

La dignité du mariage exige que le jeune homme obtienne la main de celle qu il recherche, de son consentement d'abord, et ensuite avec Tassentiment des parents de celle-ci. Il est cependant des nations où les filles sont tellement soumises au pouvoir de leurs parents, que leur adhésion n'est même pas réclamée. Il suffit au futur de Taveu du beau-père. Cette pratique est surtout en usage, selon les voyageurs^ parmi les sauvages de la baie d'Hudson. Le plus souvent, après avoir obtenu le consentement des parents, le jeune homme recherche encore celui de la jeune fille. A la Louisiane, chez les Chavranons, il s'approche le soir de la couche de cette dernière et lui découvre le visage. Si elle se cache de nouveau, c'est une preuve qu'elle refuse (1). Le Hottentot partage le lit de celle qu'il recherche

(1) Perrin du Lac, Reise in die heiden Louisianeriy t. I, p. 115.

line nuit entière. Si elle lui résiste, elle conserve sa liberté. Le Lapon lui apporte des présents qu'elle accepte ou qu'elle refuse, pour exprimer sa volonté (1). Suivant Schubert, la coutume dans le nord de la Suède est celle-ci : à certains jours de la semaine, le jeune homme, d'accord déjà avec les parents, rend une visite nocturne à la jeune fille ; mais il doit venir, sans être aperçu de personne et s'éloigner de même. Les deux jeunes gens peuvent se serrer les mains, mais non s'embrasser; ce n'est souvent qu'après plusieurs années de visites semblables, que le mariage vient enfin à se conclure ; cependant, ajoute Burdach, qui cite ces particularités : c( Le caractère sérieux de l'homme du Nord, et la honte attachée au hbertinage, rendent les enfants illégitimes infiniment plus rares qu'ils no le sont dans d'autres contrées ; le jeune homme qui s'enivre et la fille qui fait un faux pas, perdent le droit de la visite nocturne (2). »

(1) Demeunier, Veber Sitien und Gehro.uche der Vôlker, t. J, p. 100.

(2) Nous avons entendu raconter souvent, qu'une coutume

Quelquefois un sentiment de pudeur ne permet pas aux jeunes gens d'exprimer, l'un ses désirs et l'autre son consentement. C'est ce qui a donné lieu, chez quelques nations, à de singuliers usages. Chez les Crics, le jeune homme se rend dans la demeure de la jeune fille, et plante en terre, devant la famille assemblée, un roseau, près duquel la fille en enfonce un autre, pour témoigner son assentiment. Après quoi, on fait un échange de ces roseaux (1). Chez les Lroquois, il lui rend visite pendant la nuit et lui présente un morceau de bois enflammé, qu elle éteint quand elle est disposée à l'accepter pour époux. Souvent le jeune homme ne présente pas luimême sa demande et emploie à cet effet des intermédiaires, comme chez les Samoyèdes et les Ostiaques. Au Pérou ce sont les parents qui se chargent de ce soin. Chez les HottentotS;, c'est le père; chez les Birmans, c'est la mère; à Siam, ce sont

analogue existait encore dans certaines localités de la Franche- Comté, voisines de la Suisse.

(1) Zimmermann, loc, cit., t. IV, p. 184.

des femmes, et chez les Hindous, c'est un ami du futur.

Dans toutes ces circonstances et bien qu'il s'agisse de nations pour la plupart sauvages, on voit que l'union conjugale repose, du moins, sur le consentement réciproque des époux, et que par là est sauvegardée la principale condition qui fait du mariage un contrat légitime et sacré; tandis que, lorsque la femme n'est point consultée, c'est un signe évident qu'elle n'est destinée qu'à servir d'instrument de volupté à son mari et nullement de compagne et d'amie. Par exemple, les mêmes peuplades de la baie d'Hudson, que nous avons vues acquérir leurs femmes du seul consentement des parents, ne se font aucun scrupule de les jouer les unes contre les autres. Et les femmes assistent impassibles à ces jeux dont elles sont le prix (1).

Nous n'en finirions pas si nous voulions faire l'historique de toutes les coutumes qui accom-

(1) HeSiTue^ Reise in der Hudsonsbai^ p. 73.

pagnent les préliminaires du mariage chez les différents peuples de la terre. Nous avons voulu seulement faire voir, par quelques exemples, combien sont différentes les manières dont se nouent les liens conjugaux, selon le degré d'estime qu'on accorde à la femme.

Parmi les peuples civilisés, le consentement de la femme est toujours exigé ; la loi n'intervient même, pour consacrer le mariage, qu'à cette condition expresse. Mais que de fois l'aveu de la jeune fille est illusoire et obtenu par la pression que ses parents exercent sur elle ! Et lorsque la liberté du choix lui est laissée dans toute sa plénitude, n'estil pas vrai encore, que les intérêts matériels, ce qu'on dipT^eWe \di position sociale^ influent plus sur sa détermination que les préférences du cœur ?

Le matérialisme de notre temps, qui ne voit en toutes choses que le résultat en chiffres, a fait du mariage, comme de tout le reste, une spéculation, un moyen de s'enrichir; aussi on ne demande plus qui on épouse, mais combien on épouse. Les unions désintéressées sont prises en

pitié par nos esprits forts, et tournées en ridicule, sous le nom de mariages d'inclination^ ce qui, dans le vocabulaire des gens dits raisonnables, est synonyme de niaiserie et de bêtise. Et qu'on n'oublie pas qu'en Tan de grâce 1860, il existe à Paris, la capitale du monde, des agences matrimoniales qui tiennent boutique ouverte sur la rue, et qui se cliargent de la négociation des mariages, — c'est le terme consacré, — moyennant une remise sur la dot, tout comme se négocie une affaire quelconque. Honte et opprobre ! Qu'on me dise après cela s'il est quelque chose (jui caractérise mieux notre siècle, que le mensonge inlroduil dans le foyer domestique pour cacher d'odieux calculs, et la plus sainte de toutes les institutions transformée en un trafic sacrilège!

Mais tant de turpitude ne peut résister à l'action du temi)S, et le jour luira bientôt, — espérons-le, du moins, — oii la société reconnaîtra la voie funeste dans laquelle elle s'égare, et rendra au mariage son prestige et sa dignité.

« Aristophane, dans sa Discussion sur T amour, dit, que la passion, quand elle est violente, donne le désir de fondre notre existence dans celle de l'objet aimé, et de ne faire qu'un seul et même être avec lui. Arislote a reproduit cette idée dans sa Politique. Le mariage réalise ce désir en l'épurant ; et quand un choix sage et réfléchi le rend heureux^ il semble que Platon ait exprimé une vérité plutôt qu'une fable ingénieuse, lorsqu'il représente dans son Banquet les deux moitiés, comme n'ayant fait qu'un dans un monde primitif, et se cherchant, se reconnaissant, et s'unissant dans une nouvelle union (1). »

(1) Troplong, Traité du confinât de mariage. Préface,

p. CLII.

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