‹ Des rapports conjugaux considérées sous le tirple point de vue de la population, de la santé et de la morale publiqueChapitre 3 sur 24 · L.01îDRi:S ] NEW-YORK · texte numérisé non relu

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Quatre éditions en peu d'années, attestent assez haut le succès de cet ouvrage, destiné, dans son origine, exclusivement au monde médical.

A la vérité, depuis cette époque, nous avons fait subir à notre travail de profonds changements, à mesure que nous constations mieux l'accueil flatteur dont il était l'objet. 11 faut convenir, d'ailleurs, qu'un tel sujet comporte toujours de nouveaux développements et qu'une réimpression est tout à la fois pour l'auteur une occasion favorable et une obligation impérieuse de tenir son livre au niveau de la science et du mouvement de l'opinion ; car la science et l'opinion se modifient parfois et se transforment même radicalement sur

MAYER. l

frir au public de toutes les conditions, non plus une simple ébauche, mais une étude consciencieuse et complète sur l'une des questions les plus dignes de fixer l'attention des esprits sérieux.

Nous avons fait à notre précédent travail de nombreuses additions; et tel qu'il est actuellement, nous aurions pu le présenter comme une œuvre nouvelle, en lui donnant un titre plus général et plus en harmonie avec la diversité des matières qui y sont traitées. Mais il nous a semblé plus convenable de laisser à ce livre le carçictère d'une quatrième édition, en lui maintenant son titre primitif.

Dans le temps où nous publiâmes notre mémoire sur les rapports conjugaux, nous n'avions qu'un seul but : celui de traiter le point de vue qui se rattache au problème de la population. Ce n'a été qu'incidemment, en quelque sorte, que nous avons

touché à d'autres considérations, en apparence étrangères à notre sujet, mais qui, en réalité, s'y rapportaient plus ou moins immédiatement et ne pouvaient être éludées sans dommage pour l'ensemble de notre plan.

Mais depuis nous nous sommes imposé une tâche nouvelle. Nous avons voulu étudier le mariage dans son essence, c'està-dire dans son but; examiner la question du divorce^ et prouver que sa réintégration dans nos codes serait une source inévitable de calamités pour notre état social ; démontrer le danger des unions répétées entre les mêmes familles, en invoquant à l'appui de notre thèse le témoignage de Thistoire, et éveiller l'attention publique sur les conséquences fâcheuses des mariages si fréquents de notre temps entre vieillards et jeunes filles; enfin nous avons cru ne pas faire un hors-d'œuvre, en esquissant aussi

succinctement que possible la physiologie spéciale de la femme, et en déterminant le rôle que celle-ci est appelée à remplir dans la civilisation moderne, après avoir exposé les phases successives de sa condition dans les sociétés anciennes.

Notre premier projet, avons-nous dit plus haut, se bornait à élucider, à l'occasion des rapports conjugaux, un point du problème de la population. On pourrait par là supposer que nous avions la prétention de nous placer sur le terrain de l'économie politique, et Dieu sait si nous y songions ! Nous avons donc besoin d'entrer Il ce propos dans quelques explications, parce que, pour lire et apprécier un livre, il importe d'être initié aux intentions de Fauteur. — Eh bien ! — nous en faisons ici l'aveu dans toute la sincérité de notre âme ; — médecin avant tout, notre première pensée a été de faire une œuvre

toute médicale. Nous nous étions proposé de stigmatiser un vice profondément enraciné dans nos mœurs^ à ce point qu'on peutaffirmerpm^^w— nous y mettons cette restriction par pure condescendance — que très-peu de familles en sont exemptes.

Nous n'exceptons pas même celles où la vertu est héréditaire et où les sentiments religieux ont conservé tout leur empire. Nous confondons dans notre affirmation toutes lesclassesde la société, hormis celles qu'abrutit la misère et l'ignorance. C'est à notre sens un malheur et une iniquité; sans contredit c'est une des causes qui agissent le plus puissamment sur la dégradation morale de notre siècle. C'était là d'abord ce que nous voulions répéter après tant d'autres, mais dans un langage différent ; car jusqu'alors cette mission était demeurée l'apanage des casuistes.

Certes, si nous n'eussions eu rien de plus

à dire, nous n'aurions pas pris la plume ; mais nous avions conçu un plan tout différent, et nous avions à faire valoir des arguments qui n'avaient point encore été invoqués. Nous voulions, appelant à notre aide la science, non plus nous adresser à la foi, au sentiment; mais à la raison. Nous voulions persuader que les pratiques conjugales que nous condamnons, sont réprouvées par le vœu de la nature, et démontrer les suites désastreuses pour la santé, qu'elles entraînent dans les deux exes. Nous voulions établir, en un mot, que les lois qui président à la propagation et à la conservation de l'espèce humaine, ne sauraient être impunément enfreintes.

Voilà le motif vrai auquel est dû ce livre. Mais malgré nous, et dès les premières pages, nous nous sommes trouvé entraîné, en quelque sorte irrésistiblement, hors de notre cadre, par des questions que

nous n'avions pas prévues et dont il fallait nécessairement déblayer la roule. Nous ne pouvions d'ailleurs les éviter, à cause de leur intime connexion avec notre sujet.

Nous ne nous dissimulons pas que plus d'un lecteur sera désappointé, en ne trouvant pas dans ce volume ce qu'il aura cru y trouver sur la foi du titre. Nous savons de quelle vogue jouissent de nos jours les ouvrages qui, sous le masque de la science, s'adressent à la curiosité libidineuse de certain public, en lui offrant en pâture des détails obscènes et des tableaux du plus odieux dévergondage. Avonsnous besoin de dire que jamais notre plume n'a ambitionné un succès de cette nature?

Aux yeux de ceux qui nous connaissent,

notre protestation serait superflue ; et

pourtant nous ne nous plaindrions pas,

lors même que notre livre devrait à un motif de si mauvais aloi des lecteurs qu'il n'eût pas obtenus sans cela. Peu nous importe, en effet; pourvu que nous par«venions à vulgariser nos idées et à les faire pénétrer dans les masses, certain que nous sommes de toucher du doigt une plaie hideuse, et en la mettant à nu, de frapper les esprits d'une terreur salu-taire. Mais nous tenons à rassurer les hommes sérieux qui se laisseraient rebuter par l'étiquette, du dessein de voir ce qu'il y a dessous, et qui craindraient le dégoût qu'inspire aux cœurs honnêtescette littérature de lupanars, dont les annonces s'étalent effrontément à la quatrième page des journaux, à la honte de notre siècle. Notre œuvre, conçue à un point de vue éminemment moral, ne peut choquer la susceptibilité la plus délicate, ni appeler la rougeursurle front le plus pudique.

Le jeune homme avide de sensations voluptueuses, et le vieillard usé, qui chercherait à ranimer des feux mal éteints, en se repaissant d'images capables de surexciter de grossiers appétits, n'ont rien à voir dans ces pages, où Faustérité du but n'a cessé de dominer l'expression de la pensée.

Le public auquel nous nous adressons nous tiendra compte, sans doute, du courage qu'il nous a fallu pour entreprendre la tâche de dire la vérité sur une question qui, jusqu'à présent, était restée en dehors du domaine de la science que nous cultivons. Ce n'est pas non plus sans efforts que nous sommes parvenu à surmonter de nombreuses difficultés, pour revêtir d'une forme sévère et décente, certains détails sur les scènes les plus intimes de l'alcôve conjugale. La penîe était glissante, et cependant nous avons la conscience de n'avoir pas oublié un seul instant ce que nous de-

— lavions à notre dignité personnelle, et au corps médical auquel nous nous faisons honneur d'appartenir.

11 est un reproche qu'on nous a jeté à la face^ et auquel nous confessons avoir été quelque peu sensible. Autrefois on nous a appelé Malthusien^ ce qui est à peu près synonyme de barbare, parce que nous nous sommes constitué l'adepte de quelquesunes des doctrines de l'économiste anglais. Nous nous en sommes consolé, toutefois, en songeant qu'on ne nous avait pas compris. Mais il nous restait l'ardent désir de nous justifier d'une accusation qui nous atteignait dans nos sentiments les plus intimes, ceux du cœur. On a pu nous croire indifférent aux souffrances du plus grand nombre de nos semblables, et capable d'une impiété assez monstrueuse pour leur dénier le droit de prendre place au banquet de la vie, par cela seul qu'ils naissent déshéri-

tés. Déjà nous avons protesté de toutes nos forces, contre une telle inculpation, et c'est à nos amis que nous nous sommes adressé plus particulièrement. A ceux-là qui connaissent les opinions que nous avons défendues dès notre plus jeune âge, à ceux-là qui ont cru voir une contradiction manifeste entre nos paroles et nos écrits, nous devions une explication qui ne laissât subsister aucun doute dans leur esprit.

En préconisant la contrainte morale dans le mariage, nous avons eu en vue la limitation de la progéniture aux ressources des parents. Sans doute, l'abstention devait être d'autant plus cruelle et plus tyrannique que les époux auxquels nous la recommandions étaient plus dénués et soumis déjà à de plus dures épreuves. Mais qu'on y réfléchisse sans prévention. Peut-on voir sans une douleur poignante, ces familles nom-^ breuses qui manquent de tout, et dont

chaque nouvel arrivant est une source nouvelle de calamités, au lieu d'être une joie pour le foyer domestique ? Peut-on ne pas déplorer amèrement l'insouciance qui préside à l'union de deux êtres, qui accouplent leurs destinées fatalement vouées au malheur, et qui vont augmenter encore l'amertume de leur sort, en procréant des enfants condamnés d'avance à une mort précoce, ou à une existence de lutte incessante contre la faim? Que si, en pareille occurrence, un remède s'offre sous la main, fautil le repousser parce qu'il ne satisfait pas complètement nos aspirations philanthropie qiies ? Faut- il le dédaigner parce qu'il n'est pas le dernier mot de la science sociale? Tel n'a pas été notre avis. Et, bien que convaincu qu'il n'est ni juste, ni conforme aux vues du Créateur^ que le pauvre soit forcé de renoncer au mariage, qui est de droit naturel, ou de restreindre le nombre

de ses rejetons, — cette bénédiction du ciel^ selon FÉcriture sainte, — nous avons pensé et nous pensons encore, qu'àtitre de moyen essentiellement transitoire, celui que nous proposons, est à la fois le plus efficace et le plus moral, pour atténuer le mal qui travaille notre société.

Sans doute, nous avons foi en un avenir meilleur, où les choses nécessaires à la vie seront plus équitablement réparties entre tous les membres de la grande famille humaine; et nous appelons de nos vœux les réformes qui doivent réaliser ce rêve des âmes honnêtes. L' avènement de cette ère de réparation nous est môme révélé par des signes précurseurs qui frappent les yeux les moins clairvoyants. L'histoire n'est-elle pas là, d'ailleurs, pour attester les lois de l'évolution sociale, et ne suffit-il pas de peser les événements qui se sont accomplisdepuis la fin du dernier siècle, pour com-

prendre le but providentiel des révolutions successives qui ont bouleversé le monde à de si courts intervalles ? Mais en attendant qu'ait sonné l'heure de l'abolition du paupérisme, étayons l'édifice social menacé de ruine, et n'assistons pas dans une contemplation oisive à un inévitable cataclysme.

Voilà ce que nous avions à dire pour ne laisser aucune prise à l'équivoque ; ce qui ne nous garantit nullement contre les attaques malveillantes de ceux qui veulent à tout prix un prétexte pour nous dénigrer. Uno avulso non déficit aller. Mais de ces cerveaux malades nous ne nous soucions que médiocrement et nous ne tenterons même pas la tâche difficilede lesrendremeilleurs. Nous savons nous contenter de Testime des honnêtes gens, qui ne recherchent dans la controverse que le triomphe de la science, c'est-à-dire de la vérité. Quant aux autres, à quoi bon s'en occuper ?

Le sujet que j'entreprends de traiter ici intéresse tout à la fois la médecine, l'économie politique, la morale publique et les dogmes religieux. Mon but cependant, n'est pas de l'envisager sous ces différentes faces, parce que je ne me sens ni la force, ni le talent d'accomplir une œuvre de cette importance. Ce que je me propose uniquement, c'est d'appeler l'attention de mes confrères sur une cause fréquente de maladies dont on s'est trop peu préoccupé, à mon avis, jusqu'à présent, et d'avertir les gens du monde du danger que court la société, par suite des abus qui se sont introduits dans les relations conjugales. Tel est, du moins, le cadre restreint

que je m'étais tracé tout d'abord ; mais à mesure que je groupais les matériaux de mon travail, je voyais s'élargir mon horizon, à ce point que bientôt je m'aperçus que je ne pourrais me dispenser d'aborder une question préalable, et qui dominait toutes les autres. Elle est le sujet du chapitre F' de la première partie, à savoir : si r instinct seul doit présider chez V homme à Vacte de la reproduction? Cette question était, à la vérité, fondamentale, et de sa solution dépendaient toutes les doctrines que j'avais à développer. J'ai voulu pour cette partie de mon livre consulter les écrits des économistes les plus en renom, et les auteurs qui se sont occupés de ce sujet sous le rapport religieux. Je dois dire que celui qui m'a rendu le plus de services est un traité exprofesso sur la matière, intitulé : Essai sur le principe de population, par Malthus. J'y ai puisé à pleines mains,

parce que nulle part je n'ai trouvé plus de raisons concluantes en faveur de l'opinion que je tenais à faire prévaloir.

Après ce chapitre, j'aborde le côté purement médical de mon sujet, et je cherche à élucider les deux points suivants :

r Quels sont les obstacles au développement excessif de la population, qui ne soient contraires ni aux lois de l'hygiène, ni à celles de la morale?

2' Quels sont les dangers des artifices préventifs delà fécondation?

Je fais voir le désordre partout : aussi bien chez l'homme qui vit au sein de l'opulence, que chez le malheureux que recouvrent les haillons de la misère, et je signale ses funestes résultats sur la société tout entière, comme sur l'individu isolé. En effet:

Le riche est ambitieux, et craint de voir ses descendants déchoir du rang élevé

qu'il occupe lui-même. Cependant, la contrainte qu'il s'impose pour que l'héritier de son nom jouisse sans partage d'un brillant patrimoine, est illicite et contraire aux lois de la nature.

Le pauvre, de son côté, est insouciant et abruti par les privations. 11 use avec avidité, comme s'ils allaient lui échapper, des plaisirs sensuels qu'il trouve à sa portée, et qui lui sont d'autant plus précieux, que ce sont les seuls auxquels il lui soit permis d'aspirer. Dénué de tout, il n'a nulle crainte de léguer à sa progéniture une existence plus misérable et plus précaire que la sienne, et il fournit le spectacle de ces familles nombreuses, vouées dès leur origine aux travaux meurtriers des manufactures, ou condamnées, comme leurs ascendants, à chercher dans la mendicité des ressources que ceux-ci ne leur ont point préparées avant de les mettre au monde.

avant-phopos. 2i Ainsi, de part et d'autre et par des voies opposées, on voit que l'ignorance des lois véritables qui doivent régir le mouvement de la population, aboutit à des conséquences également funestes et compromettantes pour l'avenir de notre société, si la voix de la science et de la morale ne vient à être entendue, pendant qu'il en est temps encore.

J'ai donc pensé que c'était une œuvre utile que celle qui avait pour but de signaler un péril si pressant, et d'indiquer les moyens de le conjurer ; d'attaquer des préjugés universellement acrédités et d'y substituer des principes salutaires généralement méconnus.

Cet ouvrage est divisé en deux parties. La première est consacrée à l'étude des matières les plus intimement liées au sujet principal, La seconde partie comprend des chapitres additionnels dont l'ensem-

ble pourrait être scindé et recevoir un titre à part, mais qui en réalité complètent ce livre, sans nuire à son homogénéité. Ainsi, j'étudie dans cette division, la nature de la femme et ses attributs les plus essentiels, au point de vue psyciio-physiologique : je jette un coup d' œil sommaire sur les diverses phases de son existence collective à travers la série des âges^ pour montrer l'influence qu'exerce sur sa condition le milieu social dans lequel elle vit. Je consacre des chapitres spéciaux au mariage, dont je tâche de caractériser l'essence, après en avoir retracé les vicissitudes dans le passé ; au divorce, que je montre incompatible avec nos mœurs actuelles; à la menstruation, que je considère dans ses rapports immédiats avec l'état conjugal, et enfin, à la vieillesse, envisagée surtout chez l'homme qui contracte une de ces unions scandaleuses, si fréquentes à

notre époque, avec une femme jeune encore et pleine de sève, dont la progéniture reflétera fatalement la disproportion d'âge entre les conjoints.

Ajoutons, pour terminer, que tous ces sujets sont traités selon une pensée exclusive et convergent vers un même but:

celui d'éclairer les époux sur leurs droits el leurs devoirs dans les pratiques matrimoniales.

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