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symptôme anormal jusqu'au commencement de février. À ce moment elle eut quelques pertes hydrorrhéiques, très espacées et peu abondantes ; tout d’abord elle n'y prit pas garde. Au bout de deux semaines, les écoulements allèrent en se rapprochant et en augmentant; parfaitement limpides au début, ils commencèrent à ce moment à changer de teinte et à devenir roussâtres, mais en restant intermittents. La sage-femme traitant, quoique fort instruite, pensa qu'il s'agissait d’une ouverture accidentelle de l'œuf, et considérant la fausse-couche comme imminente, se mit en devoir de prévenir la survenue des contractions douloureuses. Elle condamna la malade au repos au lit absolu; et administra l’opium de facon régulière et continue sous forme de lavements laudanisés à XX gouttes, administrés une fois par jour.
L'utérus demeura très calme ; mais l'écoulement aqueux n’en continua pas moins. Les flots se reproduisaient brusquement, sans cause
occasionnelle, à intervalles de deux à cinq jours.
Au bout de quelques semaines survinrent des manifestations d'intoxication par le laudanum qui avait été continué. Un médecin appelé en méconnut la nature et pour combattre les vomissements pratiqua une injection de morphine. Naturellement, l'état général fut loin de s’amender sous cette influence.
Monsieur le Docteur A... vit alors la malade ; il reconnut la nature des accidents généraux et les fit cesser par la suspension de l'emploi du laudanum, et par l’ingestion de quelques stimulants. L’hydrorrhée durait à ce moment depuis cinq semaines ; la malade sentait remuer son enfant depuis quelques jours; la grossesse était arrivée au début du cinquième mois.
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Lorsque je vis la malade, je la trouvai en parfait état de santé générale. Toutes les fonctions s'accomplissaient régulièrement ; elle n'éprouvait aucun malaise du côté de l'utérus. Mais à ce moment Z’hydrorrhée allait en augmentant, les flots se reproduisaient tous les deux ou trois jours, quelquefois sous forme de deux ou trois jets successifs, survenant dans une même journée. Des linges imbibés qui me furent montrés, les uns étaient simplement humectés de sérosité parfaitement claire, et de consistance différant peu de celle de l'eau, d’autres portaient des 4 taches légèrement roussäâtres, entourées d’un halo plus foncé ; d’autres enfin, indiquaient un écoulement sero-sanguinolent analogue à celui qu’on observe au début de la menstruation. Aucune trace de caillots sanguins.
L'examen de l'utérus me permit de constater l'existence d'un ballotte-
ment fœtal tant abdominal que vaginal. L’œuf renfermait une quantité de liquide amniotique en rapport avec l’âge de la grossesse. La malade sentait l’enfant se déplacer en tous sens ; les battements du cœur étaient normaux.
Je portai le diagnostic d'hydrorrhée déciduale et prescrivis de maintenir la malade immobile au lit dans le décubitus dorsal, en veillant à l'évacuation régulière de l'intestin et de la vessie.
Je vis la malade trois semaines après, à la fin de mars. Les écoulements hydrorrhéiques avaient persisté, ayant une tendance manifeste à augmenter. L’intervalle de la plus longue durée entre les écoulements liquides avait été d’une semaine, depuis ma première visite ; mais les flots Sanguinolents étaient plus fréquemment observés que les flots à teinte citrine. De plus quelques-uns plus foncés semblaient avoir été constitués par du sang presque pur.
Cependant l'enfant continuait à se développer et la quantité du liquide amniotique contenue dans l’œuf demeurait normale.
Sauf une légère sensation de constriction perçue dans le bas-ventre à la suite de quelques écoulements particulièrement abondants et ne durant que quelques instants, jamais la malade n’avait éprouvé de contractions utérines douloureuses. Le col avait sa consistance et sa longueur normales. J'espérais voir la grossesse arriver à terme, ou du moins continuer jusqu’à ce que l’enfant eut suffisamment dépassé les limites de la viabilité.
Pendant tout le mois d'avril, l’hydrorrhée persiste toujours abondante, tantôt citrine, tantôt sanguinolente, mais presque exclusivement sanguino-
lente dans la seconde moitié de ce mois.
La malade demeurait immobile au lit. A Ja fin d'avril il devint nécessaire de la déplacer à cause du voisinage d'un malade dangereux atteint de gangrène des extrémités. Sous l'influence des mouvements que nécessita le changement de chambre d’un étage à l’autre, l'accouchement prématuré se déclara. Il se fit brusquement un écoulement de liquide citrin, beaucoup plus abondant que les précédents. L'œuf était rompu. Les contractions douloureuses survinrent aussitôt après.
L'administration du laudanum ne put les enrayer et la malade expulsa un enfant vivant, du terme de six mois et quelques jours qui ne vécut que deux heures.
La délivrance se fit spontanément; mais il ne sortit que le placenta avec l'amnios et le chorion. Ces deux membranes étaient friables et
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-elles furent déchiquetées par le seul fait de la délivrance spontanée.
La caduque entière resta dans l'utérus. Cependant quelques lambeaux furent expulsés peu après l’arrière-faix ; üls éfaient singulièrement épaissis, ramollis, de teinte brunâtre, d’une odeur fade et offrant exactement la même apparence que dans le cas de rétention prolongée du fœtus mort et macéré.
Je vis la malade trois jours après l'accouchement, — malgré toute la rigueur du traitement antiseptique qui avait été institué dès le début du travail, il y avait des signes d'infection putride légère. Température à 399, frisson erratique et de courte durée, sueurs profuses, céphalée légère, lochies fétides. Nulle douleur locale au niveau de l'utérus. II suffit de pratiquer deux injections utérines à l’aide d'une solution de permanganate de potasse à 4 pour 2000, pour voir disparaître les accidents. Toute fétidité des lochies disparut après les premières toilettes intra-utérines. La caduque fut expulsée par la suite sous forme de détritus mélangés de quelques lambeaux très irréguliers, mais dont les dimensions n’'excédaient pas 1 à 2 centimètres ».
Cette observation que nous devons à l’extrême obligeance de M. Bonnaire nous paraît des plus intéressantes
et des plus concluantes au point de vue de la thèse que
nous soutenons.
Sans essayer d’en tirer de suite tout le bénéfice possible, bornons-nous dès à présent, à relever et à résumer les détails les plus importants. Il s'agit d’une mullipare, infectée dans un accouchement antérieur ; vers la fin du 3° mois de sa grossesse, elle se met à perdre de l’eau. Le liquide d’abord clair, puis sanguinolent s'écoule à intervalles plus où moins espacés. Ces flots se reproduisaient brusquement sans cause occasionnelle ; ils durèrent trois mois et demi ; du milieu de février à la fin d’avril ; pendant tout ce temps, le fœtus s'était développé et on avail toujours constaté le ballottement abdominal et vaginal. Lorsque le sang devint plus abondant, la scène se prépara
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