CHAPITRE V
Différents auteurs ont injecté du bleu de méthylène aux femmes éclamptliques, afin de déterminer quel était le mode d'élimination au cours des accès.
1° Bard, Ménu et Mercier ont d’abord recherché la perméabilité rénale au bleu de méthylène à la fin de la grossesse normale. [ls ont trouvé que sur 2 femmes enceintes à terme dont la grossesse avait évolué sans aucune complication le bléu est apparu au bout d’une demi-heure, et l'élimination s’est terminée en 36 heures. Ce mode d'élimination correspond au type observé par MM. Achard et Castaigne chez les individus normaux à rein perméable el non alléré.
Chez # femmes albuminuriques la date d'apparition du bleu, a été sensiblement normale: cependant la durée de l'élimination a été prolongée avec des décharges intermittentes de bleu entrecoupées de période de non élimination.
Enfin, chez quatre femmes éclamptiques 1ls ont observé une apparilion rapide du bleu enrapportavec une néphrite épithéliale constatée dans deux autopsies :
Il résulte donc des expériences de Bar Ménu et Mercier que le bleu s’est éliminé dans un délai normal aussi bien chez les femmes dont la grossesse a vait évolué sans accident que chez les femmes dont la grossesse avait été compliquée soit par l'apparition abondante d'albumine dans les urines, soit même par des accès d'éclampsie grave ayant délerminé la mort. Si maintenant on adopte l'opinion de MM. Achard et Castaigne
PART relativement à la signification du mode d'élimination du bleu il faut en conclure que chez ces quatre éclampliques ce mode d'élimination ayant été normal, leursreins n'étaient nullement allérés mais avaient conservé leur intégrité anatomique et fonclionnelle.
f° Deux autres auteurs ont recherché la perméabnité rénale au moyen dubleu de méthylène chez les femmes éclamptiques.
Potocki a publié quatre observations de ce genre.
La première observation est celle d’une femme qui est prise d'accès éclamptliques au cours du travail. La malade à six accès le premier jour : on emploie le traitement classique, chloroforme, saignée de 300 gr. On fait une injection de bleu qui, une heure après, c’est-à-dire dans le délai normal, apparait dans l'urine. Malgré des recherches réitérées et minulieuses, on ne {rouve pas la moindre lache d’albumine dans les urines. La malade meurt brusquement le troisième jour : le rein examiné sur coupes ne présente que de la congeslion des vaisseaux asceudants des pyramides de Malpighi: mais les tubes contournés ne présentent rien à signaler ; il n'y à pas non plus de glomérulite.
Seconde observation : femme de 20 ans, primipare, prise d'accès pendant le travail. L'urine contient 1 gr. d’albumine au moment des accès el 7 gr. après. La malade a de l'ædème des membres inférieurs. Injection de bleu : au bout d’une heure, l’urine est verte : le bleu s’est éliminé sous la forme de chromogène. La malade guérit.
Troisième observation : femme de 20 ans primipare. Accouche d’un garçon vivant de 3,770 gr. Cinq heures après premier accès d’eclampsie : quinze accès consécutifs, À partir du septième accès, le coma persiste dans l'intervalle des crises. Traitement classique : l’état s'améliore progressivement.
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On injecte le bleu en pleine crise éclamptique ; une heure plus tard, l'urine est verte et contient du chromogène : maximum de coloration au bout de trois heures.
Quatrième observation : femme de 20 ans primipare accouche d'un enfant vivant de 3659 gr. Quatre heures après, premier accès convulsif. La malade à 2 gr. d’albumine et depuis un mois elle avait de lœdème des jambes, du mal de téte et des troubles de la vue. Deux jours après la malade sort guérie.
Injection du bleu la veille de l'accouchement avant tout début detravail : au bout d’une heure, l'urine est vert pâle et contient du chromogène : deux heures plus lard maximum de coloration.
Guénard a, de son côté, publié quatreobservationstrès complètes que nous allons rapidement résumer.
Première observation : femme de 29 ans ayant eu vers Île deuxième mois de sa grossesse de la céphalie, de lœdème des membres inférieurs. Eile entre à l'hôpital vers la fin du septiène mois se plaignant d’avoir une céphalée violente {et des frissons : le lendemain de son entrée la malade à deux accès d'éclampsie. L'épreuve du bleu est faite le soir de son entrée. Une demi-heure après l’injection l'urme est neltement verte : la teinte devient plus foncée, pass par un maximum, décroit insensiblement et disparait complètement vers la 50% heure. En somme, apparition du bleu et élimination normale.
Plusieurs semaines après, la malade ne présente d'autre symptôme morbide qu’une assez notable quantité d’albumine dans les urines. On fait une seconde injection de bleu ; comme pour la première fois le bleu passe dans les délais normaux le maximum de colloration a lieu vers la 5" heure l’éliminalion est continue et dure jusqu’à la 50"° heure.
Deuxième observation : femme de 39 ans secondipare. Accès
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éclamptiques à la fin du 5"° mois : l'urine contient 8 grammes d'albumine. On fait l'épreuve du bleu : une heure après l'urine est leintée en bleu: l'élimination est continuée et se termine vers la 60"° heure.
Quatre jours après on fait une seconde injection de bleu : on constate encore sa présence dans l'urine à la fin de la première heure: élimination continue sans oscillations.
Quinze jours après 3" piqüre: apparition du bleu et du chromogène dans l'urine de la première demi-heure: lPélumination dure 68 heures : pas d’oscillations.
Troisième observation : Femme de 23 aus primipare amenée à l'hôpital en proie à de violentes crises d’éclampsie. On fait une injection de bleu maisles urines ne peuvent être recueilies : la malade a d’abord de l’anurie puis de lincontinence d'urime el est bientôt plongée dans un coma profond. On peut cependant constater le passage du bleu car la garniture placée sur les organes"génitaux élait fortement colorée en bleu d'ou l’on put conclure à une élimination normale. La malade mourut le soir même: on put faire l'examen histologique des reins: il n'existait pas de lésions rénales mais seulement un peu de congeslion.
Quatrième observation: femme de 21 ans primipare. Elle est prise de crises convulsives 6 heures après la délivrance. On fait une épreuve de bleu qui apparaît dans l'urine dès la première heure présente un maximum entre la 4"° el la G"*° heure : l'élimination est continue et se termine après 36 heures: le rein était done perméable.
Trois jours après on fait une nouvelle épreuve: celte fois le bleu n’est constaté dans l’urine que 6 heures après et l’élimination dure 30 heures. L'auteur en conclut que le rein à ce moment avait perdu sa perméabilité: et en effet l’état de la
malade est allé s'aggravant: elle est tombée dans le coma et est morte 24 heures après. :
En somme, si nous résumons les résultats des expériences faites avec le bleu de méthylène chez les femmes éclamptiques nous arrivons aux conclusions suivant{es:
Le bleu apparait dans l’urine des éclampliques au bout d'une demi-heure ou au plus (ard une heure après l'injection : le mode d'élimination est celui qu'on constate chez les individus normaux. |
Or, d'après MM. Achard el Castaigne ce mode d’éliminaon correspond à lélat d'intégrité anatomique et fonctionnel des reins. De plus, d'après eux, le bleu est censé mesurer la perméabilité du rein. Si donc le bleu passe dans un délai normal on peut en déduire que le rein est perméable et parfaite ment apte à éliminer toutes les substances de déchet de Ho uisme.
Il est aisé de voir quelles sont les conséquences d’une pareille conception en ce qui concerne spécialement la pathogénie de l’éclampsie. Du moment que les reins des femmes éclamptiques laissent passer le bleu, il faudrait en conclure logiquement qu'ils laissent passer aussi bien Îles toxines accu mulées dans l'organisme de la mère et du fœtus. C’est d’ailleurs ce qu’affirment Potocki etGuénard. Celui-ci s'appuie sur une récente communicalion de MM. Guyon et Albarran qui ont . montré qu’un rein imperméable au bleu, laissait aussi passer moins durée de phosphates et de chlorures:
On peut faire à cetie théorie, d'importantes objecuons.
4° Comme l’a dit Lépine, les résultats fournis par le bleu de méthylène ne valent que pour celle substance el les analogues. Ils ne donnent pas la mesure de la perméabilité du rein pour les différentes substances organiques et inorganiques. Il peut arriver que les reins d’une femme atteinte d’éclampsie
DE soient ,perméables au bleu, mais on n’est pas en droit d'en conclure que les accès éclamptiques qui menacent la vie de cette femme ne sont pas sous la dépendance d’une accumulation de toxines dans son organisme. Il peut très bien se faire, en effet, que le rein laisse passer le bleu très facilement, et ne laisse pas passer du tout les toxines et les différeats matériaux de désassimilation qui doivent être éliminés ; il semble plus logique de penser que chaque substance a son coefficient propre de passage, el qu'en conséquence, on ne peut rigourensement conclure de l’une à l'autre.
IE est un point inportant de l'étude du bleu, sur lequel les auteurs qui sen sont occupé ne sont pas d'accord; par suite, la valeur du procédé peut être sérieusement mise en doute. On sait que le bleu peut subir dans l'organisme des décoloralions diverses aux quelles le rein parait ctranger. Il arrive souvent qu'après avoir injeelé du bleu à an mdividu normal, on ne constate à aucun moment la teinte bleue caractéristique de l'urine. Dans ce cas, le bleu à été réduit dans l’organisme et il s’'élimine sous forme d’une substance incolore appelée leuco dérivée où chromogène, qui régénère le bleu quand on chauffe l'urine dans un tube avec de l'acide acétique. Or, ne sait pas au juste sous quelles influences se fait cette réduction du bleu. D'après Gibert, elle serait surtout dûe à l’alcalinité des urines. D'autres, admeltent qu’elle depend de l'éfat du foie, du pouvoir d'oxydation des tissus, En réalité on n'est pas fixé sur la signification de la { RAS r A UaN du bleu en substances incolores.
En somme. le procédé indiqué par Achard est un procédé de laboratoire, plutôt qu'un procédé d'investigation clinique. Il ne peut pas rendre de grands services, soit pour établir le diagnostic, soit pour fixer le pronostic de l’éclampsie, Les femmes dont Potocki et Guéuard ont publié les observations, ont eu des attaques d'éclampsie graves, et cependant leurs
ct reins restaient perméables au bleu de méthylèñe, tandis que d'un autre côté on trouvait dans leurs urines des quantités considérables d’albumine. Quoi qu'on en ait dit, le symptôme albuminurie conserve toute son importance, et l’accoucheur doit examiner avec soin el systématiquement toutes les urines des femmes enceintes, pour dépister l’albumine el la traiter en conséquence. Il est absolument exceptionnel que l’éclampsie survienne sans que l’albumine ait existé au préalable. On sait de plus, que le traitement dirigé contre l’albuminurie de la grossesse Yérilable, signe avant-coureur de l’éclampsie, a tou- Jours donné des résultats merveilleux. Taruier à pu dire, que lorsqu'une albuminurique est soumise an régime lacté pendant huit jours, elle échappe à peu près sûrement à l'éclampsie.
Quelques auteurs ont prétendu non sans raison, que le bleu pouvait avoir une action (oxique sur le rein el provoquer l’albuminurie. I est certain que le bleu n’est pas absolument inoffensif, et nous pouvons ciler à ce sujet une observation qu’à bien voulu nous communiquer M. le D' Guérin, chef de clinique d’'accouchements. Une femme entre à la clinique, enceinte de huit mois et demi. Suivant l'usage, on examine ses urines et on y {rouve quelques centigrammes d’albumine. On la met immédiatement au régime lacté. Le lendemain, l’interne M. [üé, lui fait une injection sous-cutanée de bleu de méthylène ; le bleu passe dans l’urine ane heure après. M. Guérin, examinant l'urine le lendemain, constate cette fois 2 grammes d’albumine par litre. Certes cette augmentation del’albumine peut être une simple coincidence ; il e.{ permis cependant de se demander si le bleu qui fixe les ce''ules de lépithélium rénal n’est pas susceptible d'irriter fortement le rein.
Enfin, le procédé du bleu s'il n'est pas inoffensif, n’est pas aussi simple que veulent bien le di’e les auteurs qui l'ont préconisé, il est certainement plus conpliqué que le procédé de recherche de l’albumine, qui est à la portée de tous les praticiens,
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