III. — Théorie de l'aulo-intorication
«L'organisme, dit Bouchard, est à l’étatnormalcommeà l'état pathologique un réceptacle et un laboraloire de poisons ».
Parmi ceux ci, les uns sont formés par des microbes habitants naturels du tube aigestif ou parasiles d'occasion, les autres viennent du dehors avec nos aliments et résultent des putréfactions intestinales. D’autres substances toxiques s’accumulent dans l'économie : ce sont d’une part les produits de sécrélion physiologique la bile, la salive, d'autre part les matériaux de déchet qui se forment dans l’intimité des tissus et qui sont le résultat de la vie des cellules. Parmi (ous ces poisons, la totalité de ceux que fabriquent nos tissus, une partie de ceux du tube digestif aboutissent au sang.
«L'homme, dit Bouchard, se trouve ainsi coustamment sous une menace d'empoisonnement : il travaille à chaque instant à sa propre destruction, el cependant celle inloxication ne se réolise pas car l'organisme possède des ressources multiples pour y échapper ». L'organisme ne S'empoisonne pas gràce à l'action protectrice de plusieurs organes de déf:nse qui sont de deux sortes : les uns sont des organes de transformation el d'arrêt : parmi ces derniers le plus important est 1: foie qui arrête au passage avant qu'ils parviennent à la circulation générale, les poisons puisés par la veine-porte dans l'intestin elil les neutralise ou les détruit.
Les autres sont des organes éliminateurs. La peau, le poumon, l'intestin, le rein, sont les foies par lesquelles le corps humain déverse à Pextérieur les substauces devenues nuisibles
2 yes à son fonctionnement. Par la peau, s’éhminent des sels en petite quantité, de l’acide carbonique, quelques acides gras volatils.
Par le poumon, s’exhale de l'acide carbonique, de l’eau, de l’ammoniaque, quelques acides gras volatils.
Par l'intestin, s’éliminent tous les résidus de la digestion, les sels minéraux sécrélés par le foie ou les glandes intestinales, des gaz, enfin des alcaloides résultant de la putréfaction des matières intestinales, les ptomaines de Gaulier. Mais l'intestin est un émonctoire défectueux : si la plus grande partie des matières toxiques est expulsée, une autre est résorbée.
Le rein, par contre, est l’émonctoire le plus important et le plus parfait. [élimine tout sauf les gaz : en première ligne, l’eau, puis les deux tiers au moins de substances solides qui comprennent d’une part des matières azolées, d'autre part, des matières minérales ou organiques.
C’est par ce que ces poisons s’échappent par la peau, le poumon, le tube digestif et surtout par le rein que l’homme n’est pas empoisonné. Si ces émoncloires ne fonctionnent plus ou fonctionnent mal, si le rein, en particulier, devient insuffisant, les loxines s’accumuleront dans le sang et iront impressionner plus particulièrement les centres nerveux en donnant lieu à des phénomènes convalsifs. [l se produira, en effet, une sorte de balancement entre l'urine et le sang, la première devenant moins loxique landis que le milieu intérieur contiendra une plus grande quantité de poisons . c'est ce qui se produit dans l'éclampsie. Bouchard a montré que l'urine des éclamptiques perd une partie de ses propriétés toxiques et Tarnier et Chambrelent ont, de leur côté, confirmé les expériences de Rumio qui a montré que chez les éclamptiques cette diminution du coefficent uro- Loxique coineidait avec une augmentation nolable de la (oxicité du sérum sanguin. On sait, d’après les recherches de Rumio, qu'il faut 10 cent. cube de sérum sanguin d’un sujet normal pour tuer un kilogr. de lapin ; or, chez
NOT Es
deux femmes éclamptiques Chambrelent à trouvé que la dose nécessaire pour amener la mort des lapins variait entre 4,3 cc. el 3,4. ;
La théorie de Bouchard a étérepriseen 1888 par MM. Rivière etAuvard qui, sous le nom de Théorie éliminatrice généralisée, l'ont plus spécialement adaptée à la pathogénie de l’éclampsie.
4° La production des poisons fabriqués continuellement par l'organisme augmente pendant la grossesse. Il y a parfois augmentation de l'appétit d’où introduction plus grande de poisons d’origine alimentaire dans le tube digestif et formation plus abondante de déchets organiques. Le plus souvent il y a dimi-. nution de l'appétit : ilen résulte que l'élaboration des aliments se fait moins bien, des toxines se forment en grande quantité dans l'intestin et les poisons provenant de la désassimilation augmentent par suile du ralentissement de la nutrition.
2° Par suite de celte augmentation de matériaux toxiques, 1l peut arriver que les organes de défense ne suffisent plus à leur lâche, il se produit, comme dit Auvard, une grève des organes éliminateurs. Les divers émoncloires sont allérés. Les poumons et l'intestin fonctionnent mal. Enfin, il y a surtout défaut de fonctionnement du foie et du rein. Le foie ne remplit plus son rôle de destructeur des poisons. Le rein soumis à un travail exagéré, à un véritable surmenage devientinsuffisantet s'oppose au passage des toxines.
En somme, il peut se produire chez la femme enceinte une aulo-intoxicalion due, d'une part, à une surperproduction de poisons, d'autre part, à uneinsuffisance des organes de défense destinés à éliminer ou à détruire ces poisons. Les principales manifestations de cetle-5nloxicalion sont l’albuminurie et les accès éclampliques. Maintenant parmi les organes qui protègent l'organisme contre lintoxication quel est celui qui joue le rôle prépondérant ? Est-ce le foie est-ce le rein ? Quelques accoucheurs prétendent que l’éclampsie dépend exclusivement
d'une auto-intoxicalion due à une insuffisance hépatique ce serail une hépalo-loxèime. Le rein ne jouerait qu’un rôle secondaire puisque les expériences faites avec du bleu de méthylène semblent prouver que chezles femmes éclamptiques il est absolument perméable. Cette dernière opinion, comme nous le verrons plus loin, est au moins prémaluréeet ne repose pas sur des bases bien solides. En se plaçant au point de vue exclusivement clinique, il semble que l’éclampsie est surtout sous la dépendance d’une insuffisance du rein, insuflisance qui setraduit qar l’albuminurie, lesaccès éclamptiques n'étant en somme, que la manifestation ultime de l’aulo-intoxicalion gravidique.
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