I. — Théories nerveuses
La théorie nerveuse est la plus ancienne en date. Les anciens auteurs frappés surlout par les manifestations extérieures de l'éclampsie en faisaient une névrose analogue à l'épilepsie : d'où les différentes appellations de l’éclampsie désignée tour à tour sous le nom de: épilepsie puerpérale,.épilepsie aiguë, etc.
Avec \lauriceau nous assistons à une première évolution de la (théorie nerveuse. Il dit dans son Traité des maladies des femmes grosses, que l’éclampsie provient « de la grande douleur que ressent la matrice qui est toule nerveuse, loule excitée par l'extrème distension qu’en fait l'enfant, laquelle douleur se communique, quant au cerveau, avec le sang échauffé qui s’y porle en abondance ». ‘es accès éclamptiques seraient donc ds, d'après Mauriceau, à une congestion cérébro-spinale qui délerminerait un trouble profond dans le fonctionnement du système nerveux. Levret, Baudelocque, Broussais, Blot se sont ralliés à celte hypothèse.
Pour Giordano, Rosenstein, Traube, la cause déterminante de l’éclampsie serait non la congestion mais l’œdème et l’ancnie conséculive de lencéphale. D'après Traube, l'æœdème détermine de l’anémie du cerveau soit en le comprimant direclement, soit en excitant les vaso-moteurs.
Avec Scanzoni et Tyler Smith la question change encore une ois de face Ces deux auteursexpliquenttous les cas d'éclampsie
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au moyen de la théorie des reflexes. L'éclampsie serait une névrose par irrilalion réflexe du système cérébro-spinal dont le point-de départ réside dans l'excitation primitive de l'utérus. Axenfeld explique de cette façon la plus grande fréquence de l'éclampsie dans le cours de la grossesse gémellaire : chez les femmes qui ont une grossesse double par suite de la distension considérable de Ja matrice, les nerfs sensitifs du conduit vulvoutérin sout violemment comprimés et distendus: celle irritation relentirait sur la moelle et le cerveau et provoquerait les convulsions.
Enfin, avec Marchal de Calvi la théorie nerveuse subit une nouvelle évolution. Marchal attribue les troubles nerveux de l'éclampsie à des lésions fixes du cerveau et des méninges.
En somme, la théorie nerveuse a revêlu successivement cinq formes bien distinctes :
1° Névrose essentielle suraigué.
2 Névrose par congestion cérébro-spinale [Mauriceau, Levret, Baudelocque).
3° Névrose par anémie du cerveau du bulbe {Giordano, Rosenstein, Traube).
4° Névrose par action réflexe sur le système cérébro-spinal à point de départ utérin {Scanzoni, Nothnazel, Smith).
9 Maladie organique par lésions du cerveau et de ses enveloppes {Marchal de Calvi).
La théorie nerveuse compte aujourd'hui peu de partisans. Nous devons cependant signaler l'opinion de Guéniot et de Otto Von Herff. Guéniot fait jouer un rôle important à l'hyperexcitabilité du système nerveux; il distingue trois formes d'éclampsie: la forme hypertonique dans laquelle l'auto -into xication est le fait prépondérant; la forme névrosthénique ou bénigne caractérisée par la prédominance de l'élément réflexe ; la forme commune dans laquelle ces deux facteurs sont associés d’une facon à peu près égale.
Olto Von Herif {(Münch. med, Wochensch, 3 février 1891) admet que l'organisme des femmes enceintes, et surtout des primipares, présente une condition particulière qu'il appelle « éclamptogène » : grâce à celte condition spéciale, les excilations périphériques peuvent devenir des causes détermilantes de convulsions. C’est la répétition en d’autres termes de l'apinion de Nothnagel qui admeltait une prédisposition individuelle aux convulsions qu'ildésignail sous le nom de « convulsibilité ». En somme, Guéniot et Von Herff se rallachent aux auteurs qui font de l'éclampsie une névrose réflexe à point de départ ulérin.
En faveur de la théorie de Marchal de Calvi, nous pouvons citer les recherches de Yagodinsky (Vratch, 9 mars 1895) relatées par Cheinisse dans son arlicle de la Semaine Médicale du 4 juin 1895}. 1 a trouvé dansles circonvolulions de l'écorce et dans les ganglions centraux des cellules nerveuses dégénérées el mêrne nécrosées.
Yagodinsky a constaté, en outre, des extravations sanguines, la multiplication des celllules de la névroglie, la diapédèse des globules blanes, en un mot, les signes classiques de l’inflammation bien caractérisée. Il conclut qu'il se développe probablement au cours de l'éclampsie une encéphalite aiguë pouvant s'accompagner de la nécrose d’une grande quantité d'éléments nerveux.
La théorie nerveuse n’explique pas grand chose. L’éclampsie ne peut êlre considérée comme une névrose. C’est une entité morbide bien définie, et sa gravité même exclue l’idée d'une affection aussi bénigne que la plupart des névroses. On sait en effetqu’elle comporte un pronostic très grave. D'après Tarnier, la mortalité maternelle serait de 30 0/0, et la mortalité fœtale de 40 0/0. IT ne saurait non plus être question pour expliquer la production de l’éclampsie de congeslion ou d'anémie cérébrales. La congestion cérébrale produit des phénomènes d’exci-
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= 21 —, lation, tandis que les éclamptiques sont plutôt sous l'influence d'une dépression profonde pouvant aller jusqu'au coma absolu.
On ne peut pas non plus étayer une théorie sur les altérations anatomiques que présentent les centres nerveux dans l’éclampsie. Les lésions: qu’on y rencontre, d’ailleurs très inconslantes sont des plus diverses: on à trouvé tour à tour de l’hyperhémie, de l’anémie, de l'hydropisie ventriculaire, de l'ædème du cerveau et des méninges, des foyers d’hémorragie cérébrale, elc.
IT. — Théories rénales
La théorie rénale est relativement récente. On peut décrire différentes phases dans son évolution,
La découverte de l’albumine par Colugio, date de 1770, mais ce n’est qu’en 1818 que Blackall et Wels signalent pour la première fois la présence de lalbumine dans l'urine des femmes grosses. Il faut remarquer qu’il n’esl pas encore question de la coincidence de l’albuminerie et de Péclampsie.
Cependant avant même la découverte de lalbumine les anciens accoucheurs sont frappés de l'existence de lanasarque chez les femmes éclamptiques. Tandis que Smellie en 1752 ct Puzos en 1759, décrivent à part l’anasarque gravidique, el les convulsions des femmes enceintes, Demanet, chirurgien de Gand, fait remarquer la relection étroite qui existe entre les deux phénomènes. En 180,11 fait à ce sujet une communication à la Société de médecine ce Bruxelles. « De longues réflexions, dit-il, m'ont fait croire que ce ne serail pas une conjecture hasardée de regarder l:nasarque comme une des causes essentielles des convulsions »
Velpeau, en 1829, dans sun Traité élémentaire de l'art des
accouchements, fait remarquer que les femmes infiltrées sont fortement exposées aux convulsions, el il ajoute que les accès éclamptiques offrent surtout du danger chez les femmes dont les organes sont chargés de sérosité. Dugès, en 1835, établit nettement la forme spéciale d’hydropisie qui doit faire craindre les attaques lorsqu'il dit que l’éclampsie s’observe surlout chez les femmes enceintes qui sont att'intes d’une anasarque considérable des membres inférieurs.
Enfin, en 1843, Lever établit la coéxistence presque constante de l’albuminurie et de l’éclampsie, et Simpson deux ans après confirme celle opinion en montrant de plus que les (clamptiques présentent des lésions rénales à l’autopsie. Dès lors, le champ des hypothèses sur l'origine de l'éclampsie sembla déblayé et la théorie rénale basée sur des faits cliniques supplanta la théorie nerveuse dont l’insuflisance était manifeste. On remarqua bientôt que l’éclampsie et l'urémie présenlent toutes deux de l’hy Iropisie des lésions rénales et de l’albuminurie d’abord des convulsions et le coma ensuite. On n’hésita pas à proclamer l'identité des deux affections. L’éclampsie devenail une des formes symplomatiques du mal de Bright, un mal de Bright développé pendant la grossesse. Celle opinon est ainsi résumée par Bailly: « par les altérations de la fonction urinaire et des reins, l'éclampsie se rattache à la grande et difficile question de l’éclampsie dont elle n’est qu'une des formes symplomatiques. »
A partir de ce moment, l’éclampsie identifiée avec l’urémie suit pour ainsi dire la fortune des différentes théories proposées pour expliquer l’urémie.
A côté de la théorie rénale proprement dite qui attribuait aux lésions rénales la cause de l’éclampsie, prit naissance une autre théorie qui admet que l’éclampsie est probablement dûe à la rétention dans le sang de certains principes contenus dans l'urine, eton a incriminé successivement différentes substances.
Ne.
1° Urémie.— C'est Wilson qui, en 1833, crée le mot urémie et admet que les convulsions observées dans les néphriles el l'éclampsie, sont sous la dépendance d'une accumulation d’urée dans le sang. Claude Bernard fait justice de celle théorie en montrant qu’on peut injecter de l’urée dans les veines d'un animal sans produire d'accidents.
2° Ammoniémie.— L'urée ne pouvant provoquer l'éclampsie, Frierichs pense que les accidents sont dûs à la rétention du carbonate d’ammoniaque qui résulterait de la décomposiüon de l’urée dans le sang. Treitz admet le même principe, mais pour lui, la décomposition de l’urée a lieu dans l'intestin d’où intoxication ammoniacaleou ammoniémie. Les travaux de Dumas et de Claude Bernard, ont renversé celle théorie en démontrant que le carbonate d’ammoniaque existe dans le sang en quantité minime aussi bien chez les imdividus sains que chez les femmes éclamptiques.
3 Scherer, Oppler, Perls, Chalvet, admetlent qu'il se fait dans l’éclampsie un empoisonnement du sang par les matières extractives de l'urine, l’acide urique, hippurique, la créaline, la créatinine, la leucine, etc. Jaccoud a formulé cette théorie sous le nom de créatinémie, sans accuser particulièrement la créatine mais en symbolisant sous cette dénomination l'action toxique de tout le groupe.
Thudicum attribue un rôle prémordial à la rétention des malières colorantes de l'urine, et Feltz et Ritter prétendent que la cause des accidents est dûe à la rétention des matières minérales de l'urine.
&° Urinémie. — Bientôt nail une nouvelle théorie qui comprend toutes celles que nous venons de ciler: c'est la théorie de l’urinémie défendue surtout par Gubler, Chalvet, Peter, qui admetient que l'éclampsis est dûe à la rétention dans le sang de tous les principes de l’urine, et non de telle ou telle