PEL UE
L'érythème noueux, lui-même, nous paraît devoir être rattaché à l’intoxication tuberculeuse, et c’est pour vérifier cette opinion que l’on songe à pratiquer l’intradermoréaction à Ja tuberculine.
5 mat. — Injection intradermique de 1 goutte de tuberculine à 1/5000. Simultanément nous avons employé à la dose d’une
goutte le sérum antidiphtérique et le sérum antiméningococcique.
Sérum antiméningococcique:un tiers supérieur des deux bras, hypochondre droit, au tiers supérieur de la jambe droite. 3
Sérum antidiphtérique:un tiers moyen du bras droit, au tiers inférieur de la jambe droite, fosse iliaque gauche.
Tuberculine : au tiers moyen bras gauche, fosse iliaque droite, au tiers moyen de la jambe droite.
6 mai. — Aux points où ont été injectés les sérums,réaction nulle, au contraire aux trois points où elle a été faite, l’intradermoréaction à la tuberculine a été positive.
C’est à l'abdomen qu’elle est le moins intense, néanmoins on y constate une saillie rouge, que le doigt sent indurée, elle mesure 1 em. 3/4 de longueur sur 1 centimètre de largeur. Lorsqu’on exerce une traction sur les téguments au-dessus et audessous de cette tuméfaction, la rougeur s’efface et la peau prend à ce niveau l'aspect d’une vésicule urticarienne.
Réaction analogue, mais plus accentuée, au bras gauche. La rougeur et l’induration sont plus marquées, l'élément réactionnel mesure 1 cm. 3/4 sur 1 cm. 1/2.
Mais c’est à la jambe droite que la réaction est de beaucoup la plus intense : c’est une nodosité rouge, très saillante, dont l'induration se perd dansla profondeur. C’est un gros élément
typique d’érythème noueux. Il mesure 2 cm. 3/4 de longueur
TOUS sur 2 centimètres de largeur. La rougeur ne s’efface qu’incomplètement à la pression.
. Gette nodosité, toutelois, ne peut être confondue avec les éléments apparus spontanément, car ils sont actuellement complètement disparus. On constate seulement des taches violacées aux points où on percevait antérieurement des nodosités. L’intradermoréaction à la tuberculine n’a entrainé aucun trouble fonc tionnel, aucune modification de l’état général, pas d’élévation de température.
T mai. — Les trois éléments ont à peu près le même aspect que la véille, toutefois les nodosités se sont entourées d’un petit halo rose, sauf à l'abdomen, où la rougeur et l’induration sont
atténuées par rapport à la veille,
Par les observations qui précèdent, on voit tout d'abord que c’est seulement dans les cas où l'injection de tuberculine a été pratiquée au moment de Péruption que celle-ci a reproduit le type des éléments spontanés.
L'observation de MM. Thibierge et Gastineltendrait à prouver que c’est seulement à la période d'éruption que la réaction peut se produire ; mais cette conclusion ne peut être exprimée formellement parce que dans aucun Cas on n'a eu l’occasion de pratiquer les injections chez un même sujet avant la période de l’éruption, et après la disparition des êléments.
De plus M. Carnot a fait remarquer que dans son Cas, parmi des injections simultanées de tuberculine, seules ont donné des résultats celles qui ont été pratiquées dans les territoires où l'affection s'était développée spontanément.
dpéaiens
Re 7e
Une autre remarque importante à signaler est que dans deux cas : celui de M. le professeur A. Chauffard et M. J. Troisier, et celui de MM. Barbier et Lian, on a pratiqué simultanément à celle de tuberculine l'injection de substances de nature différente, et que SEULE la première a produit une réaction cutanée typique, contrairement à ce que nous avons vu pour les érythèmes d'autre type.
Il paraît donc bien s’agir dans ces cas de réactions spécifiques à la tuberculine,
Or la constatation d’une réaction positive à l'épreuve tuberculinique, réaction reproduisant même le type de la lésion spontanée, alors que l’injection d’autres substances a été négative, n’autorise-t-elle pas, comme l’ont montré M. le professeur Chauffard et M. J. Troisier, à affirmer que cette affection reconnait comme pathogénie l'injection tuberculeuse ?
On a d’ailleurs fréquemment mis en lumière certaines relations existant entre l’érythème noueux et la tuberculose. C’est Uffelmann, puis Baumler qui montrent des cas d’érythème suivis de tuberculose alors que celle-ci n'existait pas antérieurement à l’éruption. C’est l'expérience d’'Hildebrandt qui montre que l’inoculation, à des cobayes, du sang d’un malade atteint d’érythème noueux, donne des résultats positifs. Plus récemment enfin, M. Marfan dans une leçon publiée dans la Presse médicale du 26 juin 1909, a montré les rapports existant entre l’érythème noueux et la tuberculose, citant plusieurs faits à l’appui.
Il semble donc bien résulter que l’étiologie tubercu=
GTI
leuse soit bien établie pour certains cas, notamment pour ceux dont nous avons relevé les observations. Bien qu’on puisse objecter que les résultats positifs de l'injection de tuberculine révèlent l'existence des lésions nettement tuberculeuses existant chez certains au moins de ces sujets, on ne pourrait non plus prétendre que tout érythème noueux relève de l’injection bacillaire.
Il existe en effet des cas d’érythème noueux dont la cause ne relève pas de l'infection tuberculeuse.
Tels sont le cas de MM. Sabouraud et Orillard, ceux de M. Brodier, de MM. de Beurmann et Claude, de M: Boiesco, où ces auteurs meltent en évidence, comme facteur étiologique, la syphilis, le paludisme, l'infection puerpérale, la septicémie.
Mais néanmoins ou ne peut manquer d'être frappé de ce fait que seule la tuberculine, dans les cas de M. le professeur A. Chauffard et M. J. Troisier et de MM. Barbier et Lian, reproduit le type de l’éruption.
Aussi faut-il penser que l’érythème noueux doit occuper une place à part dans la série des érythèmes,
car l’étiologie de cette dermatose ou, pour mieux dire,
l’étiologie des réactions cutanées à type d’érythème
noueux est des plus variables, et nous ne pouvons mieux faire que de conclure avec M. le professeur Chauffard qu'il «est nécessaire que chaque cas particulier soit étudié en lui-même, abstraction faite de toute présomption théorique, et peut-être la recherche de l'intradermoréaction est-elle de nature à nous servir de critère expérimental par la solution de cette question de pathogénie. »