Myélites diffuses aiguës ou chroniques
Dans cette classe de maladies où l’on rencontre à l’autopsie des lésions fort variables, les réflexes tendineux se comporteront différemment, suivant que les cordons laté-
raux seuls seront atteints, ou que les cordons postérieurs le seront dans la région lombaire, en un mot une lésion des cordons latéraux produira, comme partout ailleurs, l’exaltation des réflexes tendineux, et une lésion de la moelle lombaire, intéressant l’arc de ces réflexes produira leur abolition.
Les observations cliniques concordent avec ces données. M. Charcot avait noté l’existence de la trépidation dans certains cas de myélite limitée, Erb et Westphal, après lui ont noté l’exagération des réflexes tendineux dans plusieurs cas de myélite chronique, et aussi leur abolition dans certains autres. Westphal s’est attaché à prouver par de nombreuses autopsies que chaque fois que l’on trouve le réflexe rotulien aboli, la moelle lombaire est en cause, ou tout au moins ses cordons postérieurs. L’observation des réflexes tendineux peut, en effet, fournir des renseignements utiles dans certains cas de myélite aiguë limitée, par exemple, à la suite d’un traumatisme, comme chez le malade présenté par Remack à la Société de médecine de Berlin (1). C’était un malade atteint de paralysie spinale atrophique par hémorrhagie traumatique unilatérale dans le renflement cervical de la moelle; l’exagération des réflexes tendineux, du côté malade, indiquaitla lésion du cordon latéral, de même que l’atrophie indiquait la lésion de la corne grise antérieure. Dans la myélite ascendante débutant par la région lombaire, il est évident que l’abolition du réflexe du genou sera au nombre des symptômes du début.
Les observations de myélite, avec exagération ou abolition des réflexes tendineux, sont très nombreuses dans la science; nous nous bornerons à rapporter la suivante, due
(1) Berliner klin. Woch., 1877, n° 44.
à Nothnagel, et intéressante au point de vue des phénomènes d’arrêt.
Observation VIII (résumée) (1).
Myélite chronique. Exagération des réflexes tendineux. Phénomènes d’arrêt.
Natalie P..., âgée de 27 ans, présente depuis trois ans des symptômes de myélite chronique. Au moment où Nothnagel l’examina, elle ne pouvait plus quitter le lit. Quand cette malade est dans la position horizontale, si elle veut soulever la jambe, elle la projette dans différents sens, comme dans l’ataxie. A l’occasion des mouvements passifs, on sent une résistance due à la tension involontaire des muscles. Quand, soutenue par deux personnes, elle veut marcher, sa démarche ressemble tout à fait à celle des ataxiques ; les mouvements de projection que ses jambes exécutent sont l’effet de spasmes musculaires.
On provoque ici le phénomène du genou et le phénomène du pied d’une façon très vive. Si l’on vient à frapper sur le talon, le membre inférieur tout entier est pris d’une trépidation qui peut durer jusqu’à trente secondes. Ce phénomène est plus intense à droite qu’à gauche. En piquant la plante des pieds avec une aiguille, on peut également produire le tremblement et les contractions réflexes des muscles. On peut arrêter immédiatement la trépidation en pressant sur le tronc du nerf crural ou du nerf sciatique du même côté. On réussit presque toujours également à la supprimer par la pression du crural ou du sciatique, ou de la branche péronière de l’autre côté.
La trépidation se produit constamment, quand on étend le pied sur la jambe; on peut cependant l’empêcher de se produire, si en même temps qu’on la provoque, on exerce une pression continue sur les nerfs du même côté ou du côté opposé. La pression sur les troncs nerveux est douloureuse surtout à droite et provoque une contraction musculaire soudaine, plus facile à obtenir du côté
(1) Arch. f. Psych., 1876, p. 332.
droit que du côté gauche. Les excitations violentes de la peau, la ligature du membre, etc., n’enraient pas, ou n’enraient que d’une façon très inconstante le tremblement.
Les réflexes tendineux fourniront également des indications dans certains cas de méningite spinale. L’exaltation des réflexes tendineux n’indiquera pas toujours, il est vrai, une propagation aux cordons latéraux, mais elle indiquera toujours qu’il y a un certain degré d’irritation, et que la propagation à ces cordons est imminente. Ainsi dans le mal de Pott, le signe du tendon sert à déterminer s’il n’y a pas d’extension aux méninges et même aux cordons latéraux; dans ce dernier cas, la contracture ne tarde pas à apparaître. Ces faits sont bien connus chez nous, et dernièrement encore notre ami M. Girou, interne du service de M. Broca, nous montrait un cas de mal de Pott cervical, s’accompagnant d’une grande exagération des réflexes tendineux, et de la trépidation provoquée. Dans la thèse de M. Michaud (1) on trouve consignés un certain nombre de faits de ce genre. Il est dit : « Chez un certain nombre de sujets, on observe avec la contracture les phénomènes singuliers décrits sous le nom d’épilepsie spinale. Ils consistent en mouvements convulsifs des membres inférieurs se manifestant le plus souvent après provocation .. Pour les provoquer , il faut relever fortement les orteils avec la paume de la main ; un mouvement de trémulation se manifeste, etc... On sait que l’épilepsie spinale est loin d’être un symptôme spécial au mal de Pott; on la rencontre dans un certain nombre de scléroses. »
Dans cette maladie, on peut également avoir une irrita-
(1) Méningite et myélite dans le mal de Pott. Thèse de Paris, 1871.
tion des cordons postérieurs ; elle se manifestera par des désordres ataxiques, sans contracture, ni exagération des réflexes tendineux, mais nous devons dire que c’est chose rare. L’état spasmodique et l’exagération des réflexes tendineux sont, au contraire, beaucoup plus fréquents et alors, d’après M. Charcot, les sujets s’affaiblissent, des eschares se forment, la fièvre hectique se déclare, et simultanément les réflexes tendineux et la contracture disparaissent. Ou bien une amélioration progressive se manifeste , l’état spasmodique se dissipe, les mouvements volontaires redeviennent normaux, il n’y a plus trace de l’exagération des réflexes tendineux et la guérison est complète. C’est ce qui a été observé sur le malade du service de M. Charcot dont l’histoire est rapportée par M. Michaud, et, d’après eux, il y aurait eu une régénération médullaire complète. Westphal rapporte aussi l’observation d’un malade atteint de mal de Pott cervical avec parésie du bras et de la jambe du côté droit, et exagération des réflexes tendineux du même côté ; peu de temps après, tous ces phénomènes disparurent. Six mois plus tard, ces mêmes accidents reparurent du côté gauche, et disparurent également; il y avait, dans ce cas, une simple irritation médullaire. L’exaltation des réflexes tendineux se montre également dans le cas de compression de la moelle.
Avant de terminer ce paragraphe, nous ne croyons pas devoir passer sous silence les dégénérescences secondaires de la moelle survenant à la suite de tumeurs. On en trouvera un exemple dans l’observation suivante.
Observation IX (résumée) (1).
Gliosarcome de la moelle avec dégénérescence des cordons latéraux accentuée surtout à gauche.
Wolf, menuisier, âgé de 18 ans, entre le 12 décembre 1873 dans le service du professeur Friedreich.
Chez ce malade, la colonne vertébrale présente une courbe scolio-cyphotique dans la région dorsale et dans la région lombaire. L’incurvation porte sur le côté droit et a débuté en même temps que la paralysie de la jambe gauche, qui a été le phénomène initial (elle existe depuis un an et demi).
L’extrémité supérieure gauche est légèrement atrophiée ; la motilité est diminuée, mais moins qu’à la jambe ; la force musculaire est également amoindrie. Le bras droit est normal.
Le 26 janvier, on constate que le membre inférieur gauche est complètement paralysé, le droit ne l’est qu’incomplètement.
Depuis quelque temps, il y avait de la parésie vésicale qui est devenue paralysie.
Il existe de la rigidité musculaire des extrémités inférieures et il se produit du tremblement, quand on vient à les découvrir ou à presser sur le ligament rotulien. Le réflexe do la peau est donc augmenté, et une simple piqûre d’aiguille produit un violent mouvement réflexe de la hanche et du genou.
La percussion du ligament rotulien gauche provoque la contraction du triceps et du tenseur du facia lata gauches, des adducteurs droits ; souvent un simple coup sur le tendon du triceps produit le clonus réflexe de ce muscle, qui est beaucoup plus accentué quand la jambe est légèrement fléchie et qui cesse quand on la fléchit complètement. Souvent aussi la percussion ou la simple pression d’un des tendons rotuliens provoque, au lieu de la contraction du triceps, une flexion réflexe de la hanche et du genou ; il n’y a pas alors de contraction des extenseurs. Quelquefois la contraction du triceps se produit, mais elle ne survient qu’après le mouvement de flexion.
(1) Schultze. Arch. f. Psych., 1878, p. 373,
La percussion du tibia, des malléoles, de la plante du pied produit à certains jours la contraction du triceps du même côté; on peut aussi en piquant, en pinçant la peau amener une flexion réflexe.
Sur le pied droit, une légère élévation de la plante du pied produit le clonus dorsal, que l’on peut faire cesser en pressant sur le ligament rotulien ; il se produit alors un tremblement de tout le membre et le clonus disparaît. Sur le pied gauche, pas de clonus dorsal.
Ces phénomènes s’expliquent; il y avait une tumeur centrale qui produisait une certaine pression sur la substance médullaire et la rendait plus excitable. Il y avait également une dégénérescence secondaire des cordons latéraux. Elle fut reconnue pour un sarcome.
7° Hystérie. Chorée. Paralysie agitante.
« La trépidation n’est pas l’apanage d’une maladie en particulier ; elle se lie à des maladies d’origine très diverses, mais auxquelles la sclérose latérale est un trait commun. Toutefois sa présence dans les cas de contracture hystérique, terminée brusquement par la guérison, moijtre qu’elle ne saurait être rattachée toujours à l’existence d’une lésion matérielle appréciable des cordons latéraux. » (Charcot (1). C’est, en effet, ce qui existe dans celles des maladies désignées sous le nom de névroses, où l’on rencontre l’exagération des réflexes tendineux.
Dans l’hystérie, les recherches de M. Charcot l’ont conduit à reconnaître que l’exagération des réflexes tendineux existe, alors que les membres semblent être dans un état de flaccidité prononcée et précède de plusieurs jours, voir même de plusieurs semaines, de plusisurs mois, le développement de la contracture hystérique, dont elle
(1) Leçons sur les maladies du système nerveux, 1. 1, 3° édition, p. 349.
n’est, en quelque sorte, que le prodrome. Dans certains cas, sous l’influence de circonstances qui n’ont pas été analysées, la période de contracture se développe d’emblée en même temps que l’exaltation des réflexes tendineux, tandis que dans d’autres, la période d’exaltation des réflexes tendineux sans contracture évidente persiste pour ainsi dire indéfiniment.
Ainsi donc, l’exaltation des réflexes tendineux est la règle dans les paralysies hystériques et même dans les parésies, mais ce qu’il y a de particulier, c’est que dans les cas d’hystérie avec hémianesthésie et hémiparésie, les réréflexes tendineux du côté correspondant à l’hémianesthésie se montrent très prononcés, tandis que les excitations cutanées même les plus violentes ne provoquent pas le moindre mouvement réflexe. Ici, les centres des deux ordres de réflexes sont impressionnés en sens inverse. On provoque facilement la trépidation épileptoïde en redressant fortement la pointe du pied, et le phénomène de la main se produit quelquefois.
Nous croyons devoir rapporter à une irritation des cellules motrices des cornes antérieures l’exaltation des réflexes tendineux dans l’hystérie : ce serait, dit M. Charcot, quelque chose d’analogue à l’effet de la strychnine, mais plus durable. Ce qui confirme l’existence de cette irritation, ce sont les cas où ce savant professeur a trouvé à l’autopsie une sclérose des cordons latéraux, ainsi qu’on peut le voir dans le travail de MM. Bourneville et Voulet, où Ton trouve également des données sur les réflexes tendineux. Dans l’observation devenue célèbre d’Etchevery que nous ne pouvons rapporter en entier, on trouve les passages suivants : « Le membre inférieur gauche est complètement immobile, mais offre un exemple frappant de contracture Petitclerc. 6
dan? l’extension. Lorsqu’on applique la main sur la plante du pied et qu’on soulève le membre inférieur préalablement fléchi, en exerçant une certaine pression sur le pied, on voit au bout d’un instant tout le membre entrer en convulsions et s’agiter avec violence. Si on l’abandonne alors, il retombe lourdement sur le lit ; quelques légères contractions se manifestent encore, tout en diminuant, jusqu’à ce que le phénomène ne se manifeste plus que par quelques contractions fibrillaires qui disparaissent bientôt. La sensibilité, toujours complètement abolie du côté gauche, paraît légèrement diminuée à droite ; le pincement, la piqûre, la pression, le chatouillement sont perçus par la malade, quoique imparfaitement, tandis qu’à gauche, aucune sensation ne vient l’avertir qu’on la touche ou qu’on la pique. » Le membre supérieur gauche est fortement contracturé ; l’avant-bras est fléchi sur le bras, le poignet sur l’avant-bras et les doigts dans la paume de la main. Les tentatives pour l’étendre produisent une trémulation convulsive.
Nous avons également recueilli l’observation suivante dans le service de M. Straus.
Observation X (personnelle) (résumée).
(Service de M. Straus),
Parésie hystérique. Exagération des réflexes tendineux.
La nommée J... (Marie) est entrée le 22 janvier 1880 à l’hôpital Tenon, salle Colin, lit n° 13 ; elle est âgée de 26 ans.
Cette malade a toujours été bien portante, mais elle est très irritable et pleure facilement; sous l’influence de contrariétés, elle est prise de crises convulsives n’allant jamais jusqu’à la perte de connaissance. Elle n’accuse pas la sensation de la boule hystérique, mais une sensation de constriction de la gorge surrenant par
instants. Elle n’a pas de vomissements, mais se plaint de douleurs épigastriques et de perte de l’appétit.
J... est mariée et a eu quatre enfants ; au début de sa quatrième grossesse, c’est-à-dire il y a un peu plus d’un an, elle fut prise de douleurs dans la fosse iliaque droite et dans la région lombaire. Au bout de quelque temps, elle ne put marcher, ni bientôt même se tenir debout; elle dut alors rester couchée ou assise dans un fauteuil, cependant ses membres inférieurs ne furent jamais complément paralysés. Elle s’aperçut également d’une légère diminution de la force des membres supérieurs. Elle a accouché au mois de décembre 1879; l’accouchement n’a eu aucune influence sur la marche de ces accidents.
Etat de la malade le 12 mars 1880. Son état ne s’est par amélioré ; elle est confinée au lit et fait à peine quelques pas dans la salle; une vive douleur survient à certains moments au niveau de la fosse iliaque droite, qui n’est cependant pas douloureuse à la pression.
Membres inférieurs. Les réflexes tendineux sont exagérés ; on provoque très facilement une contraction énergique du triceps en percutant le tendon rotulien; on obtient également le réflexe du tibial antérieur, ainsi que celui des péroniers. En fléchissant le pied sur la jambe, on a une sensation de tension des muscles du mollet, cependant il n’y a pas de contracture évidente; si l’on pratique plusieurs fois cette manœuvre, la trépidation s’établit, mais elle disparaît d’elle-même au bout d’un certain temps, bien quel’on continue la pression. Si on laisse reposer le pied pendant quelques secondes et qu’on renouvelle l’expérience, le tremblement se reproduit de nouveau avec facilité. Ces phénomènes existent de la même façon à droite et à gauche. En percutant rapidement trois ou quatre fois de suite le tendon d’Achille, la trépidation s’établit également. Les réflexes cutanés sont diminués, mais non abolis ; la malade perçoit, quand on la pique, quand on la pince, mais il n’y a ni douleur ni mouvements réflexes.
Membres supérieurs. Il n’y a pas de contracture, tous les mouvements s’exécutent bien, mais la malade ne serre pas très fortement. Nous provoquons facilement le réflexe tendineux du biceps et des fléchisseurs des doigts à droite et à gauche, mais nous ne
parvenons pas à produira le réflexe du triceps. La sensibilité est normale.
Dans la chorée, dans l 'éclampsie, d’après M. O. Berger, les réflexes tendineux seraient exagérés, par contre, le professeur Eulenburg a constaté l’absence du phénomène du genou, chez un enfant, devenu épileptique à la suite d’une chute sur la tête. Nous n’avons pas étudié les réflexes tendineux chez les éclamptiques, ni les épileptiques; chez plusieurs choréiques du service de M. Straus, nous les avons trouvé exagérés, particulièrement dans un cas d’hémichorée du côté malade et dans le cas suivant de chorée rhythmée ; cependant on les trouve quelquefois normaux.
Observation XI (personnelle).
(Service de M. Straus.)
Chorée rhythmique. Exagération des réflexes tendineux.
M... (Louis), âgé de 58 ans, marchand ambulant, entre le 14 mars 1880, annexe de la salle 2°, extrême gauche.
Ce malade a eu la fièvre typhoïde dans son enfance ; à l’âge de 6 ans, le feu prit à ses vêtements; il porte actuellement au membre inférieur gauche la cicatrice d’une brûlure, partant de la fesse et s’étendant linéairement sur la partie externe de la cuisse et de la jambe sous forme d’un bourrelet rougeâtre. La jambe est légèrement atrophiée, ainsi que le pied, qui est luxé dans son articulation tarso-métatarsienne, tourné en dehors et en haut et réuni à la partie antéro-externe de la jambe par une cicatrisation vicieuse.
Il n’a pas eu de rhumatisme, mais il a été pris, il y a cinq ans, de mouvements rythmiques. Il est entré successivement dans le service de M. Desnos, à la Pitié, de M, Proust, à Lariboisière, de M. Audhoui, à l’hôpital Laënnec. Il prétend êti’e sorti chaque fois amélioré et non guéri ; d’après ce qu’il nous dit, il aurait été
plusieurs fois soupçonné de simulation, c’est en effet la première idée qui nous vient à l’esprit.
15 mars. Nous constatons les phénomènes suivants. Les mains sont habituellement dans une position intermédiaire à la pronation et à la supination, les doigts à demis fléchis, le pouce dans l’adduction est étendu le long de la paume de la main. Le tremblement des extrémités supérieures consiste en mouvements alternatifs de pronation et de supination; il y a bien quelques secousses dans les muscles du bras, mais cela est peu accentué. Les mouvements volontaires s’exécutent bien, le malade coupe son pain, porte les aliments à sa bouche, mais ces mouvements sont interrompus par de légères secousses des fléchisseurs et ensuite des extenseurs du bras.
Les jambes sont également animées de secousses rhythmiques consistant surtout en mouvements peu étendus de flexion et d’extension.
Pas de troubles de la vue ni de l’ouïe, cependant le malade prétend avoir éprouvé, à une certaine époque, un certain embarras de la parole.
C’est alors queM. Straus a l’idée de rechercher le signe du tendon. En frappant sur le tendon rotulien du côté droit, après avoir croisé une jambe sur l’autre, on provoque dans le triceps une forte contraction réflexe suivie de deux plus petites, de sorte que la jambe et le pied sont animés à chaque coup d’une forte oscillation suivie de deux très légères. Le réflexe se produit par le choc le plus léger sur le tendon rotulien ; une simple chiquenaude, soit au-dessus, soit au-dessous de la rotule suffit à le produire. On provoque une contraction du triceps, si l’on percute le tendon rotulien la jambe reposant sur le lit dans l’extension. On provoque très facilement le réflexe du tendon d’Achille, mais pas de trépidation.
Du côté gauche, le réflexe rotulien paraît encore plus exagéré qu’à droite, il se produit également trois contractions réflexes à la suite de la percussion du tendon tricipital. Si l’on vient à percuter même légèrement le tendon du tibial antérieur qui est tendu et très saillant sous la peau par suite de la brûlure, il se produit un mouvement de flexion du pied. Le réflexe du tendon d’Achille est très net; pas de trépidation.
Aux membres supérieurs, on produit avec la plus grande facilité à droite et à gauche, le réflexe du biceps et celui du triceps, celui des fléchisseurs des doigts. En percutant l’extrémité inférieure du radius, on provoque une contraction très évidente dans le biceps, amenant un très léger mouvement de flexion de l’avant-bras. Les réflexes cutanés sont normaux.
On prescrit au malade 4 grammes de bromure de potassium par jour.
Le 23 mars, nous examinons de nouveau le malade, le tremblement a un peu diminué ; on a beaucoup de peine à produire le réflexe rotulien, les autres réflexes tendineux ont disparu sous l’influence du bromure de potassium.
Dans la paralysie agitante, nous avons constaté sur deux malades du service de M. Straus que la percussion du tendon rotulien produit un réflexe énergique du triceps, mais détermine surtout un tremblement de la jambe correspondante, tremblement que l’on fait cesser par la flexion brusque du gros orteil; de même si l’on percute le tendon rotulien, la jambe étant dans l’extension, le tremblement ne se produit pas. Il n’y a pas de trépidation, mais on provoque un tremblement de tout le membre en chatouillant la plante du pied. D’après nos observations, il n’y aurait donc pas d’exagération des réflexes tendineux dans la paralysie agitante.
8° Maladies aiguës.
Strümpell (1) prétend avoir constaté l’exagération des réflexes tendineux chez des tuberculeux et chez des convalescents de fièvre typhoïde ; nous avons fait quelques re-
4 rr ' /
(1) Strümpell. D. Arch. f. kl. Med., t. XXIV, p. 176.
cherches dans le même sens, mais les résultats auxquels nous sommes arrivé ne concordent point avec les siens. Nous avons recherché avec M. Straus l’existence, et par conséquent, l’exagération des réflexes tendineux sur un certain nombre de phthisiques et nous les avons toujours trouvés normaux. Nous ne voulons point contester la véracité des observations de Strümpell, mais nous ferons observer qu’il a dû faire ses recherches sur des phthisiques atteints de lésions médullaires, ce qui rentre dans les cas que nous avons décrits plus haut. Il y a longtemps que Westphal a signalé l’abolition du réflexe du genou chez des tuberculeux à l’autopsie desquels il a trouvé de la méningite spinale ayant attaqué les cordons postérieurs de la moelle dans la région lombaire.il peut se faire que, dans certains cas, cette altération porte sur les cordons latéraux et qu’il y ait par suite exagération des réflexes tendineux. On sait également qu’il peut survenir des paralysies à la suite de la fièvre typhoïde. Quant à nous, l’examen de plusieurs convalescents de fièvre typhoïde ne nous a jamais montré cette exagération; cependant nous ne voudrions pas affirmer que dans certains cas la contraction réflexe du triceps ne fût pas plus énergique qu’à l’état normal, car ici manque le terme de comparaison, qui existe au contraire quand on opère chez les hémiplégiques.
Nous avons recherché les réflexes tendineux dans le cours de la fièvre typhoïde ; dans bien des cas nous avons trouvé l'existence normale du phénomène du genou, mais souvent il était plutôt diminué qu’augmenté. Dans quelques cas, rares il est vrai, nous avons constaté son abolition complète, coïncidant avec une énorme exagération de l’irritabilité mécanique et directe du muscle, nous en rapportons ici deux observations, ainsi que celle d’un malade
atteint de variole hémorrhagique accompagnée de rachialgie intense.
Observation XII (personnelle) (résumée).
(Service de M. Straus.)
Le nommé P..., âgé de 26 ans, fumiste, est entré le 26 janvier 1880, à l’hôpital Tenon, salle Saint-Augustin, n° 13. Fièvre typhoïde adynamique.
4 février, matin. T. 39,7. Le malade est à la fin du second septénaire, au douzième jour delà maladie; nous recherchons le réflexe tendineux du genou, la percussion du tendon rotulien ne provoque aucune contraction réflexe, il en est de même le lendemain et les jours suivants, tandis que les réflexes cutanés semblent exagérés. Si on pince le malade, il retire vivement la jambe. En prenant le biceps entre les doigts, il se forme un bourrelet transversal très marqué, la chiquenaude la plus légère sur la masse de ce muscle suffit pour y déterminer un nœud de contraction locale.
Le réflexe rotulien reparut à la fin du troisième septénaire d’abord faiblement accusé, et au bout de quelques jours redevint normal.
Observation XIII (personnelle) (résumée).
(Service de M. Straus.)
Le nommé B..., âgé de 16 ans, bijoutier, est entré le 2 février 1880, à l’hôpital Tenon, salle Saint- Augustin, n° 10. Malade depuis dix jours. Fièvre typhoïde adynamique.
3 février matin. T. 39°. Nous percutons à différentes reprises le tendon rotulien, il n’y a pas trace de contraction réflexe dans le triceps. Cependant si l’on percute pendant un certain temps le tendon, le malade se plaint de la douleur occasionnée par ces chocs répétés et l’on observe un mouvement de flexion de la jambe qui se produit également en pinçant la peau qui recouvre le tendon rotulien. Il y a en effet exagération des réflexes cutanés ; le chatouillement même léger de la plante des pieds provoque également des mouvements de flexion.
Observation XIV (personnelle) (résumée).
(Service de M. Straus.)
Le nommé F... (Edouard), âgé de 36 ans, est entré le 13 février 1880, à l’hôpital Tenon, salle 2°, extr. gauche, n°24.
Malade depuis six jours. Variole hémorrhagique généralisée.
F... se plaint surtout d’une rachialgie intense ; il demande qu’on le débarrasse à tout prix des douleurs intolérables qu’il éprouve dans la région lombaire. La température est de 38,8. Nous recherchons l’existence du réflexe tendineux rotulien, on a beau percuter le tendon, il n’y a pas trace du phénomène. Le malade est évacué aux varioleux et meurt deux jours après.
Au premier rang des causes qui produisent l’abolition du phénomène du genou dans la fièvre typhoïde, je placerai l’hyperthermie. On sait que sous l’influence des températures fébriles les muscles subissent une modification particulière dans leur structure, que l’on appelle Y état moiré. A la suite de cette altération, la substance contractile n’entre plus en action d’une façon régulière, simultanée. De plus, le muscle devient flasque et n’a plus cette résistance qu’on lui trouve à l’état normal, quelquefois même il subit la dégénérescence cireuse.
Sous l’influence de l’hyperthermie et peut-être aussi sous l’influence du poison typhique ou sous l’influence de congestions passives, la moelle est troublée dans son fonctionnement, dans sa nutrition, les cellules motrices sont dans un état particulier d’inertie, et, par conséquent, se trouvent dans des conditions défavorables à la production de contractions réflexes. Aussi on comprend que dans certains cas où ces troubles sont très accentués, les réflexes tendineux n’existent pas. Il est vrai que l’irritabilité mus-
culaire dans le sens où la comprenait Haller est exagérée, a mais nous savons que cette irritabilité n’a rien à voir avec le pouvoir excito- moteur de la moelle. Cette exagération indique même un état de faiblesse du muscle et s’explique par l’altération de structure dont nous avons parlé tout à l’heure. Du reste, cette irritabilité persiste dans les états de stupeur profonde, quand vient le coma et que le pouvoir i excito-moteur de la moelle est complètement aboli.
Quant à l’abolition du phénomène du genou dans la variole, nous en attribuerons plutôt la raison à l’imprégna- ■ tion du tissu médullaire par l’agent morbigène qu’à l’élévation de la température qui ne présentait rien de par- | ticulier dans notre observation. La rachialgie en est certainement une manifestation, elle indique un état de souffrance de la moelle qui, dans le cas présent, s’est traduit ; par l’abolition du pouvoir excito-moteur, c’est-à-dire par | l’abolition du phénomène du genou. Quant à l’hyperesthésie qui existait dans une de nos observations, nous savons ■( parfaitement qu’elle n’a rien de commun avec les réflexes »| tendineux.
9° Paraplégie diphthéritique.
Nous ne pouvons traiter ici de l’étude des réflexes tendineux dans les paralysies consécutives aux maladies aiguës, car nous serions obligés d’étudier les différentes lésions auxquelles se rattachent ces paralysies, ce qui nous entraînerait beaucoup trop loin. Cependant la paralysie diphthérique nous a paru devoir fixer notre attention. MM. Westphal, Rumpf, Schultz, Berger ont constaté l’abolition des réflexes tendineux dans cette maladie.
Observation XV (résumée) (1).
Paralysie diphthéritique. Abolition des réflexes tendineux.
Babette O..., âgée de 9 ans, entre le 25 octobre 1876, dans le : service de M. le professeur Erb.
Elle a été atteinte quatre semaines auparavant d’une diphthérie qui l’a retenue aulit pendant quatorze jours. Déjà à la fin de la maladie les parents s’aperçurent que l’enfant ne pouvait plus- causer ni avaler facilement et bientôt survinrent des troubles de la vue.
25 août 1876. Difficulté de l’accommodation, parésie du droit externe de l’œil droit. On constate la paralysie du voile du palais pendant la phonation et la respiration. Les extrémités sont libres, l’état général est bon.
7 novembre. On s’aperçoit que la malade a une certaine faiblesse des jambes, une démarche chancelante. Les mouvements des mains sont incertains. Pas de troubles ni subjectifs, ni objectifs de la sensibilité.
Le réflexe tendineux rotulien est aboli de chaque côté.
Le 25. Paralysie évidente des extrémités inférieures, démarche chancelante; dans le décubitus la malade peut encore soulever ses jambes quoique difficilement.
Les réflexes cutanés sont presque abolis aux extrémités inférieures. Les réflexes tendineux manquent d’une façon bien évi- 1 dente. Pas de troubles de la sensibilité musculaire.
lor février 1877. Plus de troubles de la motilité, ni des jambes, ni des bras; la malade peut jouer, sauter, courir. Les réflexes tendineux n’ont pas reparu, cependant l’enfant est guérie en apparence.
' Enfin, quelques semaines après la guérison, on peut obtenir pour la première fois d’une façon évidente le réflexe patellaire, mais il n’est que faiblement accusé. 11 fallait le rechercher avec soin et la meilleure manière de le provoquer était de faire croiser les jambes à la malade, lorsqu’elle était assise, mais la faculté de les produire s’épuisait rapidement.
Un mois plus tard (26 mars), on peut obtenir quoique très faible-
(1) Th. Rumpf. Deutsches Arch. f. klin. Med., t. XX, p. 121.
ment le réflexe du tendon d’Achille; le réflexe tendineux rotulien.i est alors seulement très marqué. Notons que l’absence du réflexe i rotulien fut un des premiers symptômes de la paralysie.
Dans quatre cas de M. O. Berger, la sensibilité muscu- : laire et la sensibilité cutanée étaient intactes, mais les réflexes tendineux étaient abolis. Ils reparurent plus tard : pendant la convalescence, de même que dans l'observa-tion de Schulz (1). Dans le cas de Westphal (2), il y avait des troubles de la sensibilité musculaire et de la sensibi- | lité cutanée ; à l’autopsie, il ne trouva pas de lésion médullaire.
Les auteurs s’accordent à dire que l’abolition du phéno- 3 mène du genou ne tient pas à une protonde altération de. la moelle, puisque ce phénomène reparaît pendant la con- i valescence. Rumpf et Schultz expliquent cette abolition' a par une lésion de la substance grise de la moelle provenante dans le cas spécial d’une névrite ascendante qui s’étend i jusqu’à la substance grise.
M. Déjerine(3), à qui l’on doit les travaux les plus récents sur l’anatomie pathologique de cette affection, a pu con-^i stater dans cinq cas une altération constante des racines-3 antérieures probablement consécutives à une légère altéra-»' tion médullaire intéressantla substance grise sans affecter > la substance blanche, mais les racines postérieures ont toujours été trouvées intactes. Aussi est-ce à cette lésion de la substance grise et des racines antérieures dans la ré- T gion lombaire que je rapporte l’abolition des réflexes ten— jiS
(1) Schulz. D. Arch. f. klin. Med., t. XXTII, p. 360.
(2) Arch. f. Psych , 1875. p. 765..
(3) Recherches sur les lésions du système nerveux dans la paralysie ■ diphthéritique. Arch. de physiologie, 1878.
dineux et l’interruption de l’arc réflexe. Tant qu’il subsiste une certaine altération des éléments nerveux qui composent l’arc réflexe, les réflexes tendineux sont abolis et leur réapparition dans toute leur force annonce le retour de l’intégrité de ces éléments. Souvent à cette époque les autres symptômes de la paralysie sont dissipés depuis longtemps, de sorte que l’on peut dire que l’abolition des réflexes tendineux est un des premiers et un des derniers symptômes de la paraplégie diphthéritique.
De ce qui précède ressort suffisamment l’importance de l’étude des réflexes tendineux au point de vue du diagnostic des affections spinales. Etant donné le fait de leur abolition dans le cas de lésion des cordons postérieurs, ou de la substance grise antérieure de la moelle et celui de leur exagération dans le cas de lésion primitive ou secondaire des cordons antéro-latéraux, notamment des fai-
( sceaux pyramidaux, il ne nous semble pas permis d’omettre la recherche de ces signes dans l’examen de tout malade atteint d’une affection que l’on soupçonne avoir une origine médullaire.