HISTORIQUE
L ( - • îi , # %
A MM. Charcot et Vulpian revient l’honneur d avoir découvert la trépidation épileptoïde et, en particulier, ce que les auteurs allemands appellent le phénomène du pied, le clonus du pied. C’est un signe qui appartient à la clinique française; il a été étudié avec soin et depuis longtemps mis à profit dans les services de la Salpêtrière.
Dès 1862, ces deux professeurs l’avaient noté dans l’observation d’une femme atteinte de sclérose en plaques, dans les termes suivants : « Lorsqu’un des pieds est fléchi et tenu dans la flexion par une main étrangère, il s’y pro-
duit aussitôt un tremblement extrêmement difficile à réprimer et impossible même à arrêter par moments, lorsque
cette épreuve est faite sur le pied droit. » Ce fait est cotisi-
gné dans la thèse de Ordenstein (1), ainsi qu’une autre observation due aux mêmes auteurs : « Dès qu’on cherchait à fléchir l’un des pieds sur la jambe, immédiatement se déclarait un tremblement comme convulsif du pied, qu’il était presque impossible d’arrêter, mais qui cessait lorsqu’on laissait le pied revenir à son attitude première. » C’est également à la Salpêtrière que fut étudié pour la première fois le phénomène connu sous le nom de phénomène de la main, qu’un élève de M. Charcot, M. Bou-
(1) Ordenstein. Thèse de Paris, 1867, p. 58.
ckard (1), décrit de la façon suivante : « Quelquefois en soulevant par le bout des doigts le bras contracturé d’une hémiplégique, on voit le membre tout entier agité par un tremblement rapide, semblable à celui que l’on détermine par le même procédé dans les membres inférieurs des malades atteints de compression de la moelle. »
Nous retrouvons ensuite le phénomène du pied signalé en 1868 dans la thèse de M. Paul Dubois, faite sous les auspices de M. Charcot; en 1869, dans les Archives de physiologie, par MM. Charcot et Joffroy (2); en 1871, dans la thèse de M. Michaud (3), dans celle de M. Hallopeau (4), où il est dit : « Nous avons déjà parlé du tremblement réflexe que l’on obtient en portant fortement le pied dans la flexion et en invitant le malade à résister: il se produit dans cette extrémité, sous l’influence de cette excitation et de l’effort musculaire qu’elle provoque, une série de mouvements alternatifs de flexion et d’extension, qui se succèdent avec rapidité, et persistent quelques instants après que la cause occasionnelle a cessé. » L’année suivante, dans le travail de MM. Bourneville et Voulet (5), on trouve la description des phénomènes du pied et de la main dans un cas d’hystérie avec contracture.
Nous ne pouvons énumérer ici tous les cas dans lesquels
(1) Bouchard. Des dégénérescences secondaires de la moelle épinière. Arch. de médecine, 1866, t. II, p. 290.
t2) Deux cas d’atrophie musculaire progressive. Arch.de physiologie, 1869, t. II.
(3) Michaud. Méningite et myélite dans le mal vertébral. Thèse de Paris, 1871, p. 32.
(4) Hallopeau. Desaccidents convulsifs dans les maladies de la moelle épinière. Thèse d’agrég., 1871.
(5) Bourneville et Voulet. De la contracture hystérique permanente. Paris, 1872,
on a signalé l’existence de ces signes, disons seulement que M. Charcot en parlait depuis longtemps dans ses leçons orales, en insistant sur leurs rapports avec la contracture; aussi M. Straus (1) a cru devoir en faire une mention spéciale dans sa thèse d’agrégation soutenue en
C’est à cette époque que parurent en Allemagne, le mémoire de M. le professeur Erb, de Heidelberg : « Ueber SehnenrefLexe bei Gesunden and Rückenmarkskranken» (2), et celui de M. le professeur Westphal, de Berlin : « Ueber einige Bewegungstôrungen em gelàhmten Gliadern » (3). Dans ces écrits, les auteurs traitaient de symptômes nouveaux destinés à jouer un grand rôle dans la séméiotique des affections spinales et consistant à provoquer des contractions dans certains muscles au moyen de l’excitation du tendon. Ils insistaient sur la contraction du triceps fémoral, provoquée par un coup porté sur le tendon rotulien, ce que Erb appelait « PatellœsehnenrefLexe » (réflexe patellaire, réflexe tendineux rotulien) et Westphal « Kniephdnomen » (phénomène du genou), dénomination qui avait tout au moins l’avantage de ne rien préjuger sur la nature du phénomène. Ils insistaient également sur les contractions rythmiques obtenues dans certains cas de maladie de la moelle, en fléchissant fortement le pied sur la jambe, ce qu’ils appelaient, l’un, le clonus réflexe du pied ( reflexclo nus), l’autre, le phénomène du pied (Fusspliànomen). Bien que le mémoire de Westphal eût paru le dernier, il réclame
(1) Straus. Des contractures. Thèse d’agrégation. Paris, 1875.
(2) Des réflexes tendineux chez les individus sains et dans les maladies de la moelle. Arch. f. Psychiatrie, u. N., t. V, 1875, p. 792.
(3) De quelques troubles du mouvement dans les membres paralysés. Ibid., p. 803.
la priorité de l'a découverte du phénomène du genou et, dans là communication qu’il fit à là Société médico-psychologique de Berlin (séance dù3iüài 1875), il prétendit l’avoir observé sur Un malade de la Charité de Berlin dès 1871.
Presque aussitôt, M. Joffroy (1) revendiqua pour la clinique française la découverte du phénomène du pied, connu depuis longtemps chez nous, ainsi que nous venons de le voir, sous le nom de trépidation provoquée, d’épilëpsie spinale provoquée. En effet, sous le nom de phénomène du pied, MM. Erb et Westphal n’avâient pas décrit autre chose et les observations des auteurs français leur étaient connues, puisqu’il est dit, dans leur mémoire, qu’ils ne sont pas certains que les faits qu’ils ont observés soient semblables à ceux décrits par M. Charcot. Nous savons que le phénomène de la main appartient également à la clinique française.
Quant au phénomène du genou et aux autres réflexes tendineux, ils appartiennent à la clinique allemande et, bien qu’ayant été observés çà et là, ndtis devons reconnaître qu’ils n’avaient pas été bien étudiés avant MM. Erb et Westphal. De plus, je regarde comme fondée l’opinion de ce dernier, qui reproche aux auteurs français d’avoir négligé l’étude de ces syinptômes, car, pendant longtemps, il n’y élit güèrè cjüeM. Charcot et ses élèves qui les prirent en considération.
A part les travaux de ce professeur et ceux de son élève M. Brissaud (2), le plus grand nombre des écrits sur cette
(1) De la trépidation épileptoïde du membre inférieur dans certaines maladies nerveuses. Société de biologie, 1875, et Gazette médicale, p. 405.
(2) Gazette médicale, 1879. — Progrès médical, 1880. — Thèse de Paris, 1880.
matière ont paru à l’étranger. Nous voj'ons, en effet, dès 1875, MM. Schultze et Fürbringer (d’Heidelberg), étudier le phénomène du genou au point de vue physiologique. En 1877, M. Burckhardt publie à Berne un mémoire contenant
les résultats d’expériences fort intéressantes, notamment
sur la mensuration du temps nécessaire à la production du réflexe rotulien. tin physiolôgiste rüssé, M. Tschirjetv, modifia et compléta ces expériences; il fit paraître deux mémoires, l’un en Allemagne en 1878, i’autre en Frante, l’année suivante ; les études relatées dans ce dernier avaient été faites aü Collège de France, dans le laboratoire de M. Ranvier.
Citons encore en Allemagne les noms de M. O. Bëhger (de Brésiau), de Lewlnslci, de Weiss (1); d’Euleribürg, qui étiidia les réflekes t'eiidinelix fchez les enfants; en Angleterre ceux de Grairiger Stewart, Buzzard (2), Gowers (3), Byrom Brarnwell, (4), qui orit étudié ces phénomènes ail point de vue clinique.
En 1879, MM. Charcot et Brissaud, au moyen de la méthode graphique appliquée à l’étude de ces phénomènes, arrivèrent à des résultats fort intéressants, surtout chez les hémiplégiques. Ces dernières expériences sont certainement, avec celles de M. Tschirjew, les plus exactes et les plus concluantes qui aient été faites à ce sujet. Signalons enfin une étude assez courte, faite en Hollande tout dernièrement par M. Ter Meulen.
(î) Weiss. Ueber Sehnenreflexe. Wiener med. Woch., 1879.
(2) Buzzard. Lancet, janvier 1879.
(3) Gowers. The diagnosisof diseases of the spinal Cord. Med. Times and Gazette, 1879.
(4) On the patellar tendon reflex. Edimburgh Med. Journal, 1879,