‹ Des réformes à opérer dans l'exploitation des chemins de fer, et desChapitre 19 sur 45 · III. — Résean des chemin|( de fer · texte numérisé non relu

III. — Résean des chemin|( de fer

Les voies navigables, primitivement données parla nature, laissaient le territoire des Gaules divisé en autant de régions commerciales, indépendantes Tune de Tautre, qu'il y avait de bassins d'écoulement.

Les routes eurent pour but d'unir entre elles ces régions séparées; les canaux, à leur tour, n'eurent pas d'autre destination.

L'ensemble de toutes ces voies de communication forme donc un système d'égalité, générale, une sorte d'unité fédérativè.

La loi de 1842, en décrétant les lignes de fer, semble avoir voulu changer toute cette tradition, à la fois commerciale, politique et voiturière. Au lieu de continuer l'œuvre s^ bien commencée par les canaux et les routes, le législateur a suivi l'impulsion de l'idée monarchique qui fait de Paris la reine des Gaules, et de chaque province un fief tributaire de la capitale.

Tous nos chemins de fer, comme autant de rayons> partent du centre du gouvernement.

Paris à la frontière du Nord, avec ramifications sur Boulogne, Dunkerque, Valenciennes, Saint-Quentin, etc. ^

Paris à Strasbourg, avec embranchements sur Reims et Sedan, Forbach, etc. — Prolongation jusqu'à Bâle;

Paris àMulhouse, par Troyes,Chaumont,Vesoul, etc.;

Paris à Lyon, par Tonnerre et Dijon; et de Lyon à la Méditerranée ;

Paris à Orléans, et d'Orléans à Bordeaux et la Teste, avec diverses ramifications;

Paris à Brest, par Versailles) Chartres, le Mans, Rennes, etc.

Paris au Havre, par Rouen, et embranchements.

A cette étoile à sept branches principales, il est question d'ajouter un 8* rayon, passant entre les lignes ac-

d8 DBS BiFOBMBS ▲ OPÉBBB

tuelles de Lyon à Orléans, par Montargis» Nevers, Roanne, Tarare, etc., et abrégeant la distance entre Paris et Lyon de 70 kilomètres. Une compagnie s'est formée pour la construction de cette ligne, prenant tout à sa charge, et ne. demandant à TËtat ni subvention ni garantie d'intérêt. Entre les populations agitées et les compagnies déjà établies, que menace une concurrence formidable , le gouvernement hésite , aussi embarrassé peut-être de cette gravitation universelle de la France vers Paris que de l'antagonisme de tous ces intérêts.

Ainsi, sur le réseau en échiquier, réseau fédératif et égalitaire des routes de terre et des voie navigables, est venu se superposer le réseau monarchique et centralisateur des chemins de fer, tendant à subalterniser les départements à la capitale, à faire d'une grande nation, jusqu'alors libre, un peuple de fonctionnaires et de serfs, et à donner le démenti aux lois les plus certaines de la science économique en général, et en particulier de l'industrie voiturière.

Jusqu'à quel point il est donné à un État de violer les lois de l'économie politique, et à quel prix, c'est ce que nous ne devrions plus avoir besoin d'apprendre, et que l'avenir se chargerait une fois de plus de nous montrer si déjà la nécessité des choses ne faisait justice de l'insi^ pience des hommes.

 force de multiplier les concessions, d'accorder un tronçon par ici, un raccordement par là, le gouvernement a uni, peut-être sans j songer, par rendre au réseau des voies ferrées sa forme à peu près normale et naturelle.

Des lignes, perpendiculaires aux rayons qui partent de la capitale, se construisent de tous côtés et s'abou*' tant, traversent la France de part en part et dans tous les sens.

De Bordeaux à Toulon, par Agen, Toulouse, Carcas-*

BANS l'exploitation DES CHEMINS DE FEH 99

sonne, Montpelliei^, Nimes, Arles et Marseille (chemin de fer du Midi) .

De Bordeaux à Genève, par Périgueux, Aurillac, le Puy, Saint-Étienne et Lyon.

De Bayonne à Caen, par Bordeaux, Angouléme, Poitiers, Tours et le Mans.

De Nantes à B&le, par Orléans, Montargis, Dijon, Mulhouse.

De La Rochelle à la frontière de Suisse, par Montmorillon, Guéret, Roanne, Mâcon, etc. (concession demandée).

De Dôle à Dunkerque, par Ghaumont, Saint-Dizier, Reims, Saint-Quentin, Lille.

Encore un peu^ et la pensée princière, gouTernementale, du réseau étoile aura disparu dans la multitude des lignes de jonction; — d'autres centres rayonnants, Lyon, Bordeaux, Orléans, Tours, Périgueux, etc., balanceront, par leur force attractive, celle de Paris, si tant est que le croisement de plusieurs chemins de fer devienne jamais pour aucune ville une cause d'agrandissement, et les diverses régions commerciales, industrielles et agricoles de la France poursuivront, sans plus dévier, leur organisation fédérative, indiquée par la nature et interrompue par la politique depuis Jules- César,

Page 1