‹ Des résidus industriels dans l'alimentation du bétail 1892Chapitre 2 sur 72 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

L'agriculteur trouve dans la plante un admirable appareil de réduction et de synthèse soutirant à l'air et au sol des matières qu'il transforme. Le résultat de ce travail est quelquefois un produit, dangereux qui, introduit dans l'organisme humain ou animal, y cause des désordres ou en provoque la destruction. Dans un précédent volume de la Bibliothèque de V Enseignement agricole nous avons fait connaître les végétaux doués de cette funeste propriété et qu'il faut éloigner de l'alimentation.

Mais à côté de ces plantes, il en est heureusement un très grand nombre qui n'élaborent que des matières utiles : sucres, huiles, gommes, fécules, amidons, gluten. Les unes sont données directement aux animaux, en vert ou après dessiccation. Les autres plus riches, quelquefois sélectionnées en vue de la produc-

vin PREFACE.

tion maximum d'un corps spécial, sont prises par l'industrie qui en extrait l'utilité qu'elles ont emmagasinée et restitue les résidus à l'agriculture.

Dépouillés seulement d'une de leurs matières constituantes primitives, ces résidus conservent les autres. Le volume que nous publions aujourd'hui est consacré à l'étude du rôle qu'ils peuvent et doivent jouer dans l'alimentation du bétail.

En effet, si la chimie a fait connaître la composition du plus grand nombre d'entre eux , d'autres questions se présentent. L'exploration des régions chaudes, le développement du commerce d'importation et les grands progrès de la technique industrielle ont fait introduire chez nous des fruits, inconnus il y a trente ans ou connus seulement des botanistes voyageurs -, quelques industries , particulièrement celle de l'extraction des huiles, s'en emparent. Que faut-il penser des résidus? Sont-ils inoffensifs? N'ontils ni goût ni saveur qui les fassent repousser du bétail ou qui déprécient le lait ou la chair? Si, par exemple, le commerce offre à l'agriculteur des tourteaux de Mowra, doivent-ils être réservés à la fumure des terres ou peuvent-ils être distribués aux animaux? Autant que je l'ai pu, j'ai étudié expérimentalement ces nouveautés tant à mon laboratoire qu'à la ferme d'application de l'école vétérinaire de Lyon, de façon à pouvoir indiquer ce qui est acceptable comme alimentaire et ce qui doit être repoussé comme dangereux.

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Quant aux résidus provenant des plantes indigènes, si leur emploi à l'état frais est suffisamment ancien et généralisé pour qu'aucune surprise ne soit à craindre, il est pourtant trois points qui préoccupent actuellement la pratique, ce sont : i° les moyens de conservation de ces aliments; 2° les accidents qui se montrent quand la conservation a été défectueuse-, 3° les falsifications dont ils sont l'objet. Ils ont été examinés.

Parmi les procédés de conservation, il en est un, la dessiccation, qui met l'aliment dans un état physique particulier. Il lui communique une avidité pour Peau dont il faut se préoccuper parce qu'elle ne serait pas sans dangers lors de la consommation si Ton ne restait dans des limites imposées par la conformation même de l'appareil digestif. Ces limites ont été recherchées.

Pour la section consacrée aux accidents qui résultent de la distribution de résidus mal conservés, un maître en bactériologie, M. Arloing, a mis gracieusement à ma disposition le fruit de ses travaux les plus récents sur la « maladie de la pulpe ». Je le remercie d'avoir enrichi ce livre.

Les falsifications dont plusieurs aliments industriels sont l'objet ont toujours pour mobile la substitution d'un produit de moindre valeur à un autre de prix plus élevé. Parfois le produit substitué est inerte, d'autres fois il est vénéneux. Je me suis attaché à dévoiler ces fraudes et parmi les moyens indiqués pour

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chaque cas particulier, j'insiste sur les services rendus par l'examen micrographique.

La première partie de ce livre est consacrée aux résidus d'origine végétale, la seconde traite de ceux d'origine animale. Habituellement destinés à Palimentation humaine, les produits animaux s'avarient plus rapidement et plus facilement encore que ceux de provenance végétale; quelquefois ils sont altérés du vivant de Panimal , celui-ci étant malade. Doit-an invariablement les transformer en engrais et n'existet-il pas de circonstances où ils pourraient être donnés au porc, au chien, aux oiseaux de basse-cour? L'analyse de ces circonstances est faite ici à l'aide des acquisitions récentes sur la biologie des agents de contagion; elle permet de se prononcer en connaissance de cause. La grande valeur nutritive des substances animales explique que nous ayons insisté sur ces points ; c'est la même raison qui nous a fait consacrer tout un chapitre à l'emploi de cette catégorie d'aliments dans la nourriture des herbivores, tout étrange et exceptionnel que cela paraisse au premier abord.

Il nous a été demandé de plusieurs côtés de donner des exemples de rations dans lesquelles entrent les résidus étudiés. Nous avons beaucoup hésité, parce que nous étant tenu au courant des travaux exécutés en France et à l'étranger dans ce dernier quart de siècle sur l'alimentation rationnelle et les principes des substitutions alimentaires, nous en avons retiré la convic-

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tion que malgré l'importance des résultats acquis, l'œuvre n'est pas achevée et le moment non encore venu où la théorie peut établir rigoureusement une ration sans aléa pour la pratique. On a insisté, nous avons cédé, mais en prenant le parti de publier seulement des spécimens de rations expérimentées à la ferme de notre École ou que des agriculteurs avec lesquels nous entretenons de vieilles et amicales relations nous ont communiquées. On voudra donc les considérer uniquement comme des jalons autour desquels l'initiative de chaque praticien devra s'exercer, en groupant tels ou tels aliments suivant les mille circonstances qui influencent les opérations zootechniques.

Je ne livre jamais un livre à la publicité sans être assailli d'appréhensions. Le manuscrit de celui-ci a été récemment couronné par la Société d'Encouragement à l'Industrie nationale qui lui a décerné le prix qu'elle avait attribué pour 1892 aux recherches sur l'alimentation du bétail. Qu'il me soit permis d'invoquer cette récompense comme un témoignage des soins apportés à ce travail et comme un appel à la faveur du lecteur!

Ch. corne vin.

Lyon, 12 juillet 1892.

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DES

DANS

L'ALIMENTATION DU BETAIL

Quelle que soit la spéculation zootechnique à laquelle on s'adonne, qu'on utilise dans une entreprise industrielle le travail des animaux, ou qu'on se livre à la production du lait et de ses dérivés, à celle de la viande grasse, de la laine ou des jeunes, qu'on soit éleveur ou engraisseur, moutonnier ou homme de cheval, le problème de l'alimentation de la machine animale, pour l'entretenir et lui faire produire ce que l'on en attend, est le principal et le premier qui se pose aux intéressés.

Il est complexe, car il ne s'agit pas seulement de nourrir les animaux domestiques de façon que leur organisme ne subisse aucune détérioration autre que celle que le temps inexorable amène avec lui passé un cer-

tain âge, ni même de les amener à produire intensivement, à donner des produits maxima dans le minimum de temps. Il faut que cette production intensive soit lucrative, que les produits aient été fabriqués au taux le plus bas afin que l'écart entre le prix de revient et le prix de vente soit aussi grand que possible puisque de là découle le bénéfice de l'opération .

Avec l'alimentation dite, normale, c'est-à-dire constituée par les fourrages et les grains habituellement distribués en nature aux animaux de la ferme il n'en est pas toujours ainsi, le bénéfice est trop souvent maigre et parfois absent. Pour ne citer qu'un exemple, je rappellerai ici — certain de n'êtrepas démenti — que l'engraissement à l'étable avec des fourrages est une opération qui trois fois sur quatre laisse à peine le fumier comme bénéfice. Ce n'est pas rien assurément, mais c'est trop peu.

Une telle situation n'est pourtant point sans remèdes, les données scientifiques permettent de la modifier. Il ne s'agit pas, nous nous empressons de le dire une fois pour toutes, de diminuer, dans le sens absolu du mot, les rations habituelles des animaux, ce serait l'économie la plus mal placée et la plus fausse qui se puisse faire ; nous cherchons à les améliorer et l'économie que nous préconisons porte sur leur coût.

Lorsqu'on parle de l'alimentation naturelle, normale, des animaux domestiques, on envisage celle à laquelle ils seraient livrés, s'ils vivaient dans la condition de liberté. On vise l'herbe sèche ou verte pour les herbivores, les racines, les tubercules et les fruits pour le porc, les grains et les semences pour les oiseaux granivores. On oublie que la domestication les a considérablement modifiés, on perd particulièrement de vue que l'organisme cherche avant tout à vivre et qu'il s'adapte à des con-

dirions fort diverses. Au milieu des exemples que nous en pourrions citer, qu'on nous laisse rapporter le suivant, parce qu'il est récent et qu'il porte sur un animal, le cheval, que beaucoup regardent comme un de ceux dont on peut le moins varier l'alimentation. Il a été recueilli non dans un laboratoire, mais par l'explorateur Nansen lors de son expédition au Groenland :

« Le poney que nous avions embarqué en Islande était devenu pour nous un embarras; la provision de foin avait été épuisée. Nous lui donnâmes alors de la viande fraîche de phoque, il la mangea. Après cela, on essaya de la viande sèche, puis des guillemots et du goémon, il avala tout ».

Cet exemple, auquel on voudra bien ne donner que la signification que nous lui accordons nous-même, c'est-à-dire la facile adaptation d'un organisme qui ne veut pas périr à une alimentation aussi éloignée que possible de celle qualifiée de normale, est fait pour rassurer les timides.

Il nous sert de transition pour rappeler qu'il est toute une catégorie de substances qui peuvent être et qui sont d'ailleurs distribuées aux animaux domestiques, avec grand profit. La plupart dérivent, il est vrai, des matières premières fournies par la culture, mais elles ont subi diverses modifications ; elles sont connues sous le nom de résidus industriels.

La fabrication du sucre, de l'alcool et des liquides alcooliques, de la bière, delà fécule et de l'amidon, l'extraction de l'huile, l'industrie de la meunerie, de la laiterie, de la stéarinerie, de la triperie, des conserves alimentaires, etc., utilisent des matières qu'elles demandent à l'agriculture. Après extraction de produits commerciaux qui payent plus ou moins complètement

ces matières, il reste des résidus dont la valeur alimentaire n'est jamais négligeable et parfois élevée; leur prix, en raison de leur origine, doit rester abordable.

§ I. — Avantages économiques résultant de V emploi des résidus industriels.

Depuis longtemps, dans les pays où les industries précitées se sont implantées, on utilise ces résidus pour alimenter le bétail. Avec la facilité des communications, surtout si les tarifs de transport s'abaissent, cet emploi doit se généraliser. Plusieurs motifs militent en faveur de cette généralisation :

En raison de leur prix, les résidus doivent faire ressortir le prix des rations alimentaires à un taux inférieur à celui qu'elles atteignent quand les fourrages sont seuls employés.

Ils permettent de) se soustraire, en partie tout au moins, aux fluctuations du prix des denrées alimentaires dites normales, les foins et les avoines en particulier, qui elles-mêmes sont sous la dépendance de l'abondance ou de la disette desrécoltes. C'est là un avantage énorme qui en entraîne un autre, celui de pouvoir conserver un cheptel à peu près constant en jeunes bêtes. L'élévation du prix des fourrages, résultat de leur rareté, amène une dépréciation des animaux; craignant d'être pris au dépourvu, la majorité des possesseurs d'animaux en vend le plus possible et le grand nombre de têtes de bétailjetées simultanément sur le marché en abaisse le prix. Il est clair que si l'on assure l'alimentation du cheptel, en ce temps de disette fourragère, par une distribution de rations composées non exclusivement avec des fourrages, on gagne à retarder le

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moment de la vente et à attendre des cours plus élevés. En toutes choses, chaque fois qu'on peut choisir son heure, il n'y faut pas manquer.

D'autres avantages découlent de la conservation d'un effectif en bétail à peu près constant : le fumier est produit en quantité suffisante, les bâtiments ne restent point inoccupés, on n'a pas à congédier temporairement une partie du personnel d'écurie pour le rappeler ultérieurement.

L'emploi des aliments industriels donne plus de liberté à l'agriculteur pour ses combinaisons culturales et ses assolements. S'il arrive que certaines cultures de céréales ou de plantes industrielles soient exceptionnellement avantageuses, il doit pouvoir y consacrer une grande étendue de ses terres sans avoir trop à se préoccuper de ses soles fourragères. Les formules invariables ne doivent pas exister dans les opérations agricoles, celles-ci sont sous la dépendance des circonstances économiques. Une seule chose est formelle et jamais négligeable, c'est la restitution au sol, sous forme d'engrais, des principes soustraits par l'enlèvement des récoltes. Or l'entretien d'un cheptel à effectif peu variable y pourvoit.

Les résidus industriels permettent d'élever sur un domaine plus d'espèces simultanément. Par exemple, si à leur aide, on entretient une nombreuse étable de vaches laitières, on pourra avoir une porcherie bien peuplée dont les sujets seront nourris avec les déchets de l'industrie laitière. On abaisse ainsi par contrecoup le prix de la ration d'une espèce autre que celle pour laquelle les acquisitions d'aliments industriels sont faites et par cette association d'animaux de sortes différentes, on se met mieux en mesure de résister à la dépréciation des cours, car en général les

diverses espèces animales ne baissent pas simultanément de prix sur le marché.

Enfin leur usage a pour conséquence d'accélérer le renouvellement du capital-bétail. Avec l'appoint que les tourteaux apportent dans les rations d'engraissement, il est possible de conduire plus vivement cette opération et de l'étendre à un plus grand nombre de ■têtes. Faisant passer plus rapidement les animaux à la boucherie, on est obligé d'accélérer la production et nul n'ignore que la circulation et le renouvellement d'un capital sont les moyens d'en accroître le rendement.

Si les avantages que retire le producteur par l'introduction des aliments industriels dans les rations de ses animaux ressortent avec évidence, il est sûr aussi que le consommateur y trouve son profit, car le prix de la viande n'est plus aussi étroitement lié au cours des fourrages et l'appoint que les déchets apportent dans l'alimentation du bétail n'est nullement négligeable. En un mot, la nourriture dont il s'agit ne fait pas qu'affranchir, au moins partiellement, le taux de l'argent placé dans les spéculations animales d'une corrélation trop étroite avec le prix des fourrages, elle dégage en même temps le prix de la viande de cette même solidarité.

On devine bien que les conditions les plus favorables pour l'obtention de déchets sont celles où l'agriculteur est doublé d'un industriel. Quand l'usine est à côté de la ferme, qu'elle transforme les produits du domaine, les résidus qui restent peuvent être donnés aux meilleures conditions économiques aux bestiaux de la ferme même. Les conditions s'en rapprochent quand , sans posséder lui-même une usine, l'agriculteur conduit ses productions végétales à l'établissement

voisin, reçoit le prix de la matière qui en est extraite et ramène les résidus de la fabrication chez lui.

Il y trouve un double bénéfice. Il procure à son bétail des aliments dont le prix est faible en général, relativement à leur valeur et il restitue à la terre, après les avoir fait passer par le tube digestif de ses animaux, une partie des éléments qu'il avait exportés en vendant des grains, des tubercules, des racines. Qu'on remarque bien que ce sont précisément les éléments les plus importants, ceux qui ne sont pas ou sont très exceptionnellement rendus à la terre et à la plante pac l'atmosphère, qu?il ramène à la ferme. Un cultivateur vend son blé à une fabrique d'amidon voisine; il exporte de ce fait des matières azotées, des substances ternaires et des sels. S'arrange-t-il avec le fabricant pour que celui-ci lui restitue la drèche après extraction de l'amidon, il retrouve dans les deux parties principales de cette drèche, son et gluten, les matières quaternaires et les phosphates que le blé a empruntés au sol sur lequel il a végété, il pourra les lui restituée. Et cène restitution a une autre importance que celle des. matières ternaires, -puisque celles-ci et particulièrement l'amidon sont fournies par l'atmosphère aux plantes qui en opèrent l'élaboration en soustrayant le carbone, l'oxygène et souvent l'hydrogène à l'air.

Il est une autre sorte de considérations qui a son im^ portance. S'il est vrai que plusieurs résidus, à leur sortie de l'usine, sont encombrants et d'un transport onéreux, par contre il en est qui sont des aliments concentrés dans l'acception rigoureuse du mot* Les touraillons, les glutens des amidonneries, les tourteaux, les poudres de viandes, sont d'un charroi facile et d'une haute valeur alimentaire. Ce sont de véritables biscuits que l'industrie fournit à l'alimentation animale; ils peuvent

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rendre de signalés services aux grandes administrations et peut-être à la plus importante de toutes, à la Guerre.

La proximité de sucreries, de brasseries, d'huileries est donc une bonne condition pour l'agriculteur; celle d'un grand centre n'est pas moins favorable. Un agriculteur d'esprit souple peut y trouver à des conditions avantageuses, outre les résidus de l'une quelconque des industries que toute ville possède toujours, des matières alimentaires primitivement destinées à l'homme et qui, sans être malsaines, ne sont plus présentables pour lui. Les balayures des fabriques et des magasins de pâtes alimentaires, les aliments salis ou détériorés, les rognures sont à utiliser, sans parler des résidus de cuisine, des eaux grasses, des débris d'abattoir qu'on peut trouver à bon compte. Le choix des aliments dépend des circonstances; rien ne peut suppléer à l'initiative du chef de maison qui doit être constamment au courant des mercuriales et rechercher pour ses animaux les sources les moins coûteuses.

Parmi ces sources, une mention doit être faite aux produits exotiques. D'année en année, ils abordent plus nombreux dans les ports européens. Généralement manufacturés en Europe, ils y laissent soit pour l'alimentation du bétail, soit pour la fumure des terres, des résidus de valeur: quand ils ont été transformés aux lieux de production, les déchets ont parfois assez de prix pour nous être expédiés. La série des graines oléagineuses exotiques qui laissent des tourteaux, se place au premier rang, mais il est bien d'autres produits tels que les fruits à sucre et à alcool, les poudres de viande, les débris de pêcheries qui sont utilisés.

Il est vrai que toutes les espèces animales domestiques ne se prêtent pas aussi bien les unes que les autres aux tentatives d'alimentation dont nous parlons.

Les omnivores, le porc parmi les mammifères et le canard dans la basse-cour, sont ceux qui s'y p rétent le plus largement, viennent ensuite les grands et petits ruminants, puis les équidés en dernière ligne.

§ II. — Les résidus peuvent entrer dans la constitution de bonnes rations alimentaires.

Les avantages économiques des déchets industriels acceptés, reste la question capitale : peuvent-ils constituer de bonnes rations alimentaires i

Pour y répondre, il faut d'abord rappeler ce qui est la base de la physiologie de l'alimentation, à savoir que la nutrition animale est indirecte. Les principes des aliments, introduits dans le tube digestif, au contact des liquides que sécrètent ses glandes annexes ou propres, et sous l'attaque de ferments divers s'émulsionnent, se dissolvent, se transforment, puis quand ils ont été dépouillés de leurs caractères physiques et de leur constitution chimique première, ils sont déversés dans le sang par l'intermédiaire duquel l'animal se fabrique à lui-même des muscles, de la graisse, du lait, des phanères, etc.

Puisque la nutrition animale est indirecte, il en découle que deux conditions suffisantes pour qu'une alimentation puisse être qualifiée de bonne, sont que les aliments soient acceptés des animaux et qu'ils mettent à leur disposition la quantité nécessaire des principes multiples destinés à se transformer dans le tube digestif avant d'être distribués à l'organisme. Ces principes sont :

i° Les matières azotées ou protéiques, 20 les matières amylacées et sucrées, 3° les matières grasses, 40 la cel-

>io DES RESIDUS INDUSTRIELS.

lulose, chimiquement très voisine de Pamidon mais différente quant à la digestibilité. Chaque groupe de ces principes est uni à une proportion de substances minérales dont le rôle physiologique est important.

Les tissus animaux étant constitués par des agrégats de matières azotées, sucrées, grasses, unies à des matières minérales, analogues mais non identiques à celles qui existent dans les plantes et la nutrition étant indirecte, il en résulte que pour que celle-ci puisse s'exécuter il faut i° que les principes alimentaires offerts soient digestibles et assimilables, 2° que ces principes soient associés suivant certaines proportions et non isolés.

La nécessité de la digestibilité ou assimilabilité est évidente par elle-même. Il n'est pas besoin de démonstration pour convaincre l'esprit que ce n'est point ce qui est ingéré, mais ce qui est digéré qui sert à la nutrition. Or la digestibilité est sous la dépendance de Tétat physique des principes élémentaires ou, si Ton veut, de la gangue qui les emprisonne et liée à la solu^ bilité de ces principes. Il est de la protéine. insoluble qui ne fait que traverser le tube digestif et qui est rejetée sous forme d'excréments ; la cellulose âgée est inassimilable. L'analyse chimique des aliments ne peut renseigner sur leur digestibilité ; les carex, par exemple, constituent d'après l'analyse de Mayer, des foins de forte teneur en protéine et pourtant ces fourrages sont de médiocres aliments, parce que leur protéine est peu assimilable, que sa gangue est à tissu dense et ne la livre pas facilement à l'attaque des sucs digestifs.

Diverses manœuvres augmentent la digestibilité des aliments : la division, la cuisson, la fermentation sont les principales et les plus usitées dans la technique alimentaire du bétail. La division, de quelque façon

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CONSIDERATIONS GENERALES. ii

qu'elle s'effectue, fragmentant les aliments en brise, en déchire la gangue. La cuisson les ramollit, elle facilite la désagrégation des fibres, elle volatilise des principes qui parfois sont nuisibles à la santé, et elle amène des transformations utiles, telles que celles de l'amidon insoluble en dextrine. La fermentation agit d'une façon qui à certains égards, se rapproche de la cuisson : ramollissement de la gangue, désagrégation et surtout transformation de principes insolubles et assez difficiles à attaquer en principes plus solubles et plus assimilables par conséquent ; c'est le résultat de l'action de certains

microbes, bienfaisants ceux-là.

Les divers composés organiques cités plus haut doivent être associés, d'abord parce que donnés seuls, ils sont incapables de nourrir le sujet qui les reçoit, ainsi que Magendie l'a démontré le premier dans des expériences inoubliables et que l'ont confirmé après lui divers autres expérimentateurs. On ne pourrait pas plus entretenir la vie d'un animal en le nourrissant de sucre pur, qu'en l'alimentant exclusivement avec de la caséine ou qu'en lui distribuant seulement de la graisse. A for" tiori n'en pourrait-on rien retirer comme machine destinée à fournir des produits marchands.

La nécessité de l'association s'impose encore parce qu'elle augmente la digestibilité de chaque sorte d'aliments ce qui, économiquement, est un avantage énorme. De la fécule donnée seule est digérée en quantité moindre que si on l'associe à de la protéine et il y a déjà longtemps que Crusius a prouvé que les graisses influencent la digestibilité des matières azotées.

Mais si cette association est nécessaire, elle doit se faire suivant certaines règles. Ainsi, nous venons de dire que la graisse agit sur la digestibilité de la protéine, mais son action est favorable quand sa propor-

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>n ne dépasse pas la moitié de la quantité de celle-ci, l delà elle est nulle ou même défavorable, d'après ofmeister, Wolf et G. Kûhn.

Le mieux pour prendre une idée exacte des propor- >ns suivant lesquelles les diverses sortes de principes ganiques doivent être associés pour constituer une >nne alimentation aux herbivores domestiques, est ! les suivre dans le foin des prairies naturelles, 'après les tables de Th. Von Gohren, sa compotion chimique moyenne est la suivante :

Eau 14.3

Matière sèche totale 85.7

Protéine 8.5

Matières grasses 3.o

Extract ifs non azotés 38. 3

Ligneux. f .. 29. 3

Si Ton met en rapport la protéine avec l'ensemble îs matières non azotées, on a :

MAz : MNAz :; 1 : 8,3.

En laissant de côté le ligneux, on obtient la propor- Dn 1 : 4,85 et en mettant seulement les matières grasses l parallèle avec les substances quaternaires on obtient Az : MGr:: 2,83 : 1. Enfin, en comparant le ligneux 1 cellulose avec la protéine, la graisse et les extractifs maires réunis on voit qu'elle est à ceux-ci comme : 1,72.

La forte quantité de cellulose qu'on rencontre dans foin proportionnellement à la teneur en protéine, a it qualifier cet aliment de non concentré par opposi- Dn à ceux où elle est plus faible, qu'on appelle conmirés, et qui n'en ont jamais au delà de 20 % et

CONSIDERATIONS GENERALES. i3

habituellement moins. On les subdivise en fortement ou faiblement concentrés suivant qu'ils ont ou non plus de 12 % de protéine.

Les graines sont des aliments concentrés; la fèverolle, que nous prenons comme exemple, a pour composition chimique :

Eau 14. 1

Matière sèche totale 85.9

Protéine 25. 1

Matière grasse 1 .6

Extrac tifs non azotés 44. 5

Ligneux 1 1 .7

Ce qui donne ^ pour le rapport de la protéine avec l'ensemble des matières non azotées et ^ pour ce même rapport, déduction faite du ligneux. La comparaison de la proportion de ligneux avec celle de la protéine, de la graisse et des extractifs ternaires réunis donne ^ .

A la lumière de ces données élémentaires, la réponse à la question de savoir si les résidus d'industrie peuvent constituer de bonnes rations se déduit d'ellemême. Tous ces résidus renferment les quatre sortes de principes organiques signalés plus haut comme nécessaires, on le verra dans tout le cours du présent ouvrage, puisque la composition chimique de chacun d'eux sera donnée. Les proportions respectives de ces principes sont variées, de sorte qu'il est des déchets, comme les tourteaux, qui constituent des aliments très concentrés et d'autres comme les résidus de féculeries qui en fournissent de non concentrés. Cette diversité est une circonstance très heureuse pour la pratique de l'alimentation, elle permet de les associer entre eux, de les mêler à des fourrages ou à des graines, de les subs-

tituer en partie à tel autre aliment rare ou temporairement devenu cher.

Pour réaliser ces associations et ces substitutions, on s'appuiera sur la composition chimique. Il vaudrait beaucoup mieux, sans doute, qu'au lieu de se contenter des chiffres moyens fournis par les analystes, l'analyse chimique des aliments qu'on va faire consommer fût effectuée à chaque fois, car les écarts entre les maxima et les minima de composition sont grands; les conditions dans lesquelles les végétaux ont accompli leur développement et celles qui ont présidé à l'utilisation industrielle des matières premières varient beaucoup. Il ne faut donc attribuer à ces données qu'une valeur relative; le tact pratique, l'habileté du nourisseur ont grandement à s'exercer pour corriger les aléas, mais telles qu'elles sont, ces données servent au moins de jalons dans la constitution des rations. Elles permettent d'établir comme on le veut les rapports réciproques des groupes constituants de principes organiques, ce qu'on appelle habituellement la relation nutritive. Qu'on juge à propos de conserver les divers rapports indiqués au sujet du bon foin ou qu'on veuille les modifier dans le sens d'une plus grande prédominance de la protéine, de la graisse, des matières amylacées ou sucrées, on le peut facilement. On a généralement intérêt à opérer ces modifications puisqu'il a été démontré que la digestibilité s'accroît quand la relation nutritive se resserre et inversement. On n'oubliera pas davantage que les recherches de Henneberg ont montré que la digestibilité relative du ligneux est sous la dépendance des extractifs non azotés, que quand la proportion de ceux-ci s'élève, elle diminue et réciproquement.

Mais si la composition chimique des aliments est fort

CONSIDERATIONS GENERALES. i5

utile puisqu'elle permet d'agencer la relation nutritive comme on le veut, il ne faut pas perdre de vue qu'il est un autre élément de première importance dans la question de l'alimentation, il concerne l'état physique des aliments.

Il suffit de se rappeler que les déchets industriels ont tous subi Tune des opérations qui le modifient, ils ont été divisés, égrugés, ramollis, soumis les uns à la fermentation, les autres à la cuisson, à la germination, à la macération ; leur gangue a été déchirée et leurs éléments plus ou moins dissociés. Toutes autres choses égales, ils sont plus facilement attaquables par les sucs digestifs que les matières premières dont ils émanent.

La preuve est donc faite qu'ils peuvent constituer de bonnes rations pour le bétail, et qu'on aurait grand tort d'en négliger l'emploi.

Il est pourtant, à proposde quelques-uns d'entre eux, des lacunes importantes en ce qui concerne leur conservation. Il importerait d'autant plus de les combler, que ces résidus ne sont pas fournis uniformément pendant toute Tannée ; il est des saisons où la fabrication en est très active, et d'autres où elle chôme. De bons procédés de conservation permettraient à l'agriculteur de se soustraire à leur pénurie aussi bien qu'à l'encombrement. Il y a de fortes probabilités aussi pour qu'une bonne solution du problème fît disparaître les accidents qui se déclarent sur les animaux consommateurs de résidus mal conservés et dont nous aurons à parler. Double motif pour combler les lacunes dont il s'agit.

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§ III. — Indications à suivre pour faire accepter les résidus aux animaux.

S'il n'est pas douteux que pour vivre, l'organisme éperonné par la nécessité, se plie à un régime différent de celui auquel il paraissait naturellement destiné, il n'est pas moins vrai que l'habitude a une influence considérable, parfois supérieure à celle de la nécessité. 1 Quand des animaux ont été habitués à recevoir telle nourriture, que depuis longtemps ils sont soumis à un régime déterminé, il n'est pas toujours facile et quelquefois il est impossible de leur faire accepter des aliments d'une autre nature.

Les naturalistes en ont recueilli de très curieux exemples. Spallanzani ayant nourri de chair un pigeon, cet oiseau refusa les graines. On lit dans Cuvier qu'une biche de la Louisiane et un cerf à dagues nourris de pain sur le vaisseau qui les transportait, acceptèrent difficilement dans la suite l'herbe fraîche qu'on leur présenta, et restèrent plusieurs jours sans manger plutôt que de toucher au foin. M. G. Colin dit que les phoques, nourris d'une espèce de poisson, refusent les autres et se laissent mourir de faim plutôt que de toucher à une proie qui n'est point de la nature de celles qu'ils ont reçue dans le principe.

Il n'est pas d'agriculteur qui n'ait été à même d'observer des faits de même ordre sur son cheptel. A chaque changement de régime, il est toujours quelques animaux, sinon tous, qui boudent vis-à-vis des aliments nouveaux. Le chien est probablement l'animal domestique qui en fournit Texemplele plus probant. Estil habitué à un régime végétarien, quand on lui pré-

sente de la viande, il la flaire longtemps avant d'y toucher. On dit même qu'il est des individus qui, habitués à se nourrir de viande provenant d'une espèce déterminée, refusent obstinément celle d'autres espèces; si, pressés par la faim, ils la mangent, ils la digèrent mal et des vomissements surviennent.

On pressent donc que, quand les résidus industriels sont introduits pour la première fois dans une ration, ils peuvent ne pas être acceptés d'emblée. A plus forte raison, en est-il ainsi quand ces résidus répandent une odeur spéciale comme les drèches et les pulpes ensilées, ou possèdent une saveur particulière, ainsi qu'on le constate pour certains tourteaux.

Quelques précautions sont nécessaires pour habituer les animaux à leur usage.

i° Des agriculteurs, pour vaincre le refus des animaux,, placent dans la crèche l'aliment nouveau, le résidu à essayer, et ne donnent aucune autre nourriture. Après quelque tempsde jeûne, les animaux finissent par prendre, d'abord avec hésitation, puis plus résolument, l'aliment qu'ils n'avaient jamais reçu auparavant. Quand . ils sont habitués à son usage, on peut revenir à d'autres aliments qu'on mélange à celui-ci; ils ne le délaissent pas pour cela. Cette méthode du jeûne n'est pas la meilleure à employer, parce qu'il est des sujets qui résistent longtemps, maigrissent beaucoup et sont parfois dans un pitoyable état quand ils se décident à manger. C'est du temps de perdu, un arrêt dans l'accroissement s'il s'agit d'animaux d'élevage, une diminution dans la production du lait, de la graisse, etc.

20 D'autres personnes, avec le résidu nouveau, font des pâtons, des bols, et les portent dans le fond de la bouche des animaux; elles les forcent à les avaler. Cette pratique, imitée de ce qui se fait en médecine

re pour les électuaires et les bols contenant des lents amers, n'est pas applicable à tous les réserait difficile, par exemple, de l'employer pour îs et les vinasses, mais pour les tourteaux et îs, elle rend des services. Une fois les animaux

au goût et à la saveur de l'aliment pris d'abord me de bol, ils l'acceptent ensuite et le prenntanément dans leur crèche, ddition de condiments aux résidus est une mélus générale que les précédentes. On recourt lement au sel, on en saupoudre l'aliment à :epter ou on l'arrose d'eau salée. Cette manoeu- »sit fréquemment vis-à-vis des ruminants qui nds de sel, mais elle échoue quelque fois, surmd ces animaux sont habitués à avoir const du sel à leur disposition. On peut dans ce ;rvir de miel, de mélasse ou d'eau miellée. Nous u employer aussi des substances adoucissantes îs, telles que poudres de réglisse, de guimauve; x n'a rien qui en restreigne l'emploi.

lieu de condiments et de médicaments, on emelques aliments préférés des animaux qu'on meix résidus; ils leur servent d'excipients. L'avoine is les herbivores, les pommes de terre cuites tit-lait pour les porcs, sont les plus usités. On ice par ne mêler qu'une faible quantité du ré- 'aliment recherché, puis on augmente chaque : finalement on le donne seul. C'est la niéréférable.; par sa mise en pratique, on arrive sûrement, le plus promptement et le plus souriompher des difficultés, sumé, ne pas faire passer brusquement les aniun régime à un autre, ne pas les soumettre exilent et sans transition, à une alimentation

nouvelle, mais y arriver graduellement, en diminuant quotidiennement la part des aliments anciens au profit des nouveaux, est la méthode à la fois la plus rationnelle et la plus pratique pour faire entrer les résidus industriels dans Palimentation du bétail.

Les résidus industriels dont nous avons à connaître sont les uns d'origine végétale et les autres d'origine animale. Examinons-les tour à tour.

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