‹ Des résidus industriels dans l'alimentation du bétail 1892Chapitre 24 sur 72 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les tourteaux (de torta, gâteau plat) sont les produits résiduels des végétaux oléifères dont l'huile a été exprimée. Ils ont reçu dans le langage populaire des dénominations qui varient suivant les régions; dans l'Est, on les englobe sous l'appellation générale de pains à laquelle on ajoute le nom du végétal qui les a fournis : pains de colza, de navette, ou de la graine dont on les a retirés : pain dé chènevis. Dans le Sud-Est, on les appelle trouilles; ailleurs nougats, matons, marcs.

Section I. — Des tourteaux en général.

Le plus grand nombre des plantes oléagineuses fournissent l'huile par leurs semences, les tourteaux sont, par conséquent, dans la majorité des cas, le résidu de celles-ci seulement. Dans quelques-unes, comme l'olivier, on l'extrait de la pulpe du fruit; il en est aussi, mais elles sont rares, où l'huile est contenue dans la racine; le souchet comestible [Cyperus esculentus) en est le type.

Dans la graine, l'huile est généralement associée à

l'albumine, ce qui fait que si Ton broie la semence er. présence de l'eau, il y a par suite de l'action de l'albumine, production d'une émulsion c'est-à-dire d'un liquide laiteux où l'huile est en suspension. Soumet-or la graine ou le tourteau qui en dérive à un chauffage su, lisant, l'albumine se coagule et emprisonne certaines essences qui accompagnent quelques huiles, de sorte que le produit est momentanément dénaturé.

La matière huileuse n'apparaît que peu à peu dans la graine. M. Mûntz a cherché quels sont les hydrates de carbone qui concourent à sa production et à quel moment se fait la transformation (i). Il a choisi le coin pour poursuivre cette recherche. Nous lui emprunterons l'un des tableaux dans lesquels il a résumé k résultat de ses analyses. (Voir tableau page suivante.'

Ces analyses montrent que la formation de la graisse se fait par sauts assez brusques, qu'elle est particulie rement active au moment où la graine commence à perdre sa coloration verte pour noircir, et qu'elle diminue à partir de la fin de la maturation, parce que les apports étant arrêtés ou tout au moins fortement diminués, la graine par l'acte respiratoire brûle les éléments carbonés qu'elle avait emmagasinés.

De l'analyse des siliques à laquelle il a procédé, M. Muntz est arrivé à conclure que la matière sucrée contenue dans la silique est la principale source à laquelle la graine puise les éléments carbonés nécessaires à la production de Thuile. La matière grasse dérive donc ici du sucre, et plus du glucose qui disparaît en totalité que du sucre de canne dont une partie persiste. Cet observateur ne pense pas que la transformation en huile se fasse

(i) A. Mûntz. Recherches sur la maturation des graines, dans les Annula des sciences naturelles. Botanique, 7e série, t. III, n°* 2 et 3, p. 68 et suiv.

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i72 DES RÉSIDUS INDUSTRIELS.

dans la silique; les matériaux fournis par cette partie du fruit sont amenés dans la graine et c'est là qu'elle s'effectue.

§ I. — Fabrication des tourteaux.

Pour être utilisées industriellement, les graines oléagineuses sont transportées dans des usines spéciales appelées huileries où l'extraction de l'huile s'opère. On trouvait autrefois passablement de petites huileries annexées à des exploitations agricoles; on y traitait les plantes oléifères indigènes ; aujourd'hui et pour des motifs que nous expliquerons plus loin, la plupart de ces petites usines disparaissent. Ce sont les grands établissements industriels qui manipulent la plus grande partie des graines de provenance indigène et la totalité de celles qui arrivent de l'étranger.

Ces graines sont d'abord passées au trieur avec plus ou moins de soin pour les nettoyer. Nous verrons que cette opération préliminaire n'est pas toujours faite convenablement et les inconvénients qui en résultent pour la qualité des tourteaux.

Une fois nettoyées, il est des graines qu'on est obligé de décortiquer, afin de les dépouiller de la coque qui les enferme, coque dure, plus ou moins ligneuse. On comprend de suite que la qualité des tourteaux provenant d'une même graine, l'arachide par exemple, est fort différente suivant que la coque est ou n'est pas mêlée à l'amande broyée. Dans le premier cas, on est en présence de tourteaux dits «on décortiqués, et de tourteaux décortiqués dans le second. Dans l'étude particulière qui va être faite des diverses sortes de tourteaux,

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on insistera sur ces différences à propos des graines à coques.

Les graines nettoyées sont soumises au broyage ou concassage, sous des pilons ou à l'aide de cylindres broyeurs en fonte, cannelés, tournant en sens inverse. La poudre grossière qui résulte de cette opération est envoyée sous de pesantes meules en pierre disposées verticalement et réduite enpdte.

L'huile renfermée dans la poudre ou la pâte peut être extraite par deux sortes de procédés : la pression et remploi de dissolvants spéciaux. Le premier est encore le plus généralement usité, cependant il est commun de les voir combinés. On fait aussi, pour quelques graines, usage d'un mode plus primitif : elles sont torréfiées, concassées* puis soumises à l'ébullition dans quantité suffisante d'eau, la matière grasse vient surnager à la surface. Ce procédé est restreint aux pays coloniaux et à quelques fruits exotiques, tels que le coco.

i° Pression. — Habituellement la pâte est placée dans des sacs ou scourtins qu'on porte sous la presse en ayant soin de séparer les scourtins les uns des autres par des plaques de tôle, afin de faciliter la sortie de l'huile.

Les presses employées sont de trois sortes : à vis, à coins et hydrauliques. On ne trouve plus les presses à vis, en fer ou en bois, que dans les petites huileries. Leur pression est peu considérable.

Les presses à coins, encore utilisées dans des huileries du Nord, donnent d'assez bons résultats puisque leur force peut aller à 70,000 kilogr.

Mais les plus répandues et les plus parfaites sont les presses hydrauliques, verticales ou horizontales, dont la force va à 2 5 0,000 kilogr.

L'huile de table s'obtient de première pression et à

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vants des corps gras pour extraire l'huile des végétaux ou pour en dépouiller complètement les tourteaux de pression.

On a proposé remploi des hydrocarbures dérivés du pétrole et des autres huiles minérales, mais c'est habituellement au sulfure de carbone qu'on s'adresse.

Les graines oléagineuses sont d'abord soumises aux opérations préliminaires, triage et broyage, indiquées précédemment; les tourteaux, si ce sont eux qu'on veut épuiser, sont pulvérisés. La poudre est placée dans des digesteurs et mise en contact avec le sulfure de carbone qui se charge rapidement d'huile. Il ne reste plus qu'à distiller le mélange , afin d'avoir séparément l'huile d'un côté et le sulfure de l'autre qu'on pourra faire servir à de nouvelles opérations. On doit à M. Deiss d'avoir fait passer dans le domaine industriel l'utilisation du sulfure de carbone.

Jusqu'en ces derniers temps, ce procédé ne fut appliqué qu'aux résidus d'olive, de palmiste et de mafouraire, ceux des autres graines étaient dénaturés et invendables. En effet, a la poudre qui reste dans le digesteur retient, suivant sa nature, une quantité plus ou moins grande de sulfure de carbone. Or, la portion de ce dissolvant qui s'évapore a pour effet d'abaisser la température de toute la masse. On introduit la vapeur dans l'appareil, elle se condense et repasse à l'état liquide jusqu'à ce que l'équilibre de température soit rétabli. Mais l'eau qui a subi cette condensation ne tarde pas à s'échauffer ; il en résulte que les substances mucilagineuses des tourteaux se gonflent, que leur amidon se cuit et forme pâte, que le produit que l'on retire du digesteur après l'expulsion du sulfure de carbone, ne ressemble plus à de la poudre de tourteau et qu'on ne peut plus reconstituer celui-ci sous sa forme primitive de ga-

lette. Les tourteaux les plus mucilagineux ou les plus farineux (arachides décortiquées, lins, sésames, ravisons) sont ceux qui sont le plus détériorés (i). » .

On s'est ingénié à surmonter les obstacles. Heyl a imaginé, la poudre étant épuisée de son huile par le sulfure, de reprendre le résidu par des élévateurs et de le faire passer successivement dans trois trémies chauffées à la vapeur, de façon que tout le dissolvant soit expulsé. Ce résidu est livré au commerce sous forme de poudre, ou comprimé en forme de tourteaux; au témoignage de Barrai, ceux-ci n'ont aucune odeur rappelant le sulfure de carbone (2).

M. Decugis nous apprend aussi qu'un fabricant, M. Taurel, a pris un brevet pour un procédé qui permet d'appliquer à toutes espèces de graines et de marcs ce qui était réservé à l'olive, au palmiste et au mafouraire.

Après son extraction, l'huile n'est pas pure, elle est mêlée à des matières colorantes, à des principes résineux et à des matières albumineuses; aussi est-il nécessaire de la décanter, de la filtrer et de l'épurer avant de la livrer au commerce.

Quant aux tourteaux, ils diffèrent par leur forme, leur poids, leur contexture et leur couleur suivant leur provenance, l'espèce botanique qui les a fournis et le procédé de fabrication mis en usage.

Rarement circulaires, habituellement carrés ou rectangulaires avec les angles abattus et les bords un peu relevés, ils montrent à leur surface des stries entrecoisées résultant de l'impression des sacs dans lesquels ils furent enveloppés au moment de la mise sous presto Decugis, Les tourteaux de graines oléagineuses. Toulon, 1876.

(2) Barrai, Rapport du Jury international sur V Exposition universelle de 1867, Huiles.

sion. Leur épaisseur varie de om,oi à om,i2 et leur poids de 800 grammes à 20 kilogr.; à Marseille, leur poids habituel est de 2 kilogr. 1/2 tandis que dans l'Est il est de 20 kilogr. environ. Les plus épais sont les plus riches en matière grasse, car l'expression de l'huile y est moins facile et moins complète. Il serait à désirer que pour une même sorte de tourteaux, on adoptât un poids uniforme, cela faciliterait l'introduction de ces résidus dans les rations, car un chiffre adopté, on chercherait une fois pour toutes si l'on doit donner un tourteau entier ou seulement 1/2, i/3, etc., et cela éviterait des pesées quotidiennes.

La coloration tient à la fois à l'espèce de graine employée et au traitement qu'elle a subi. C'est ainsi qu'il y a des tourteaux de sésame blancs, roux et noirs d'après la couleur de leur graine. Les tourteaux qui proviennent de l'extraction à froid n'ont d'autre couleur que celle des semences qui les ont fournis, ceux fabriqués par expression à chaud sont plus foncés, l'eau employée dans le rebat les brunissant, tandis que ceux qui proviennent de graines traitées par le sulfure de carbone sont habituellement de couleur plus claire.

En étudiant chaque tourteau en particulier, nous indiquerons sa coloration, sa structure spéciale, son aspect macroscopique et microscopique, choses indispensables pour éviter d'être trompé et de recevoir le résidu d'une espèce pour celui d'une autre. Avec un peu d'attention et en cassant un fragment, on distingue facilement un tourteau non décortiqué d'un décortiqué, la pâte du second étant plus fine et sans les débris de coques que présente le premier. Il en est de même entre un tourteau cotonneux et un non cotonneux; dans l'un la graine du coton a été incomplètement privée des brins filamenteux qui l'entourent dans la capsule, et le tourteau

NDUSTRIELS.

e casse une sorte de bourre t formée des brins de coton; existent à peine dans ceux s a été fait soigneusement.

graines oléagineuses; e en huile.

retirer de l'huile sont fort milles botaniques, celle des particulièrement riches en îu où Ton ne rencontre pas lisse tirer parti. Ces végé- >eu près sur toute la surt plus nombreux dans les

>oids déterminé de graines, en huile et que par conséproportion de résidus ou de oportion de matière grasse if lçur exploitation industé abandonnée après avoir es par l'industrie sont nageur est la plus forte ou priétés spéciales et dont la cularité, est élevée, cherché la teneur en huile jineux; parmi eux Cloeza des. Nous extrairons des yant ce qui concerne les ent et qui, à ce titre, fourîtité suffisante pour faire irciales. Pour l'intelligence eu de ne point oublier que

le rendement en huile qui va être indiqué est un rendement de laboratoire et non d'usine, et que dans celle-ci, l'emploi des presses même les plus perfectionnées laisse toujours au moins 1/10 de l'huile dans les marcs et, qu'à fortiori cette proportion s'élève quand les presses sont plus rudimentaires.

Nous grouperons en deux tableaux les plantes dont il va être question ; Fun renfermera les indigènes et Tautreles exotiques. (Voir les tableaux page suivante.)

La distinction faite entre les plantes oléagineuses indigènes et les exotiques va permettre de se rendre cotnpte immédiatement si la culture des premières et l'importation des produits dérivés des secondes subissent des variations, et par conséquent si la nature des tourteaux livrés à l'agriculture varie ou non dans une période déterminée.

Voici d'abord des statistiques publiées par les soins de l'Administration de l'Agriculture qui renseignent sur la culture, en France, des six espèces oléagineuses les plus cultivées, colza, navette, oeillette, cameline, chanvre et lin pendant la période de 1862 à 1889 :

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de cultures.

superficie cultivée.

râleur

super, cultivée.

Valeur.

super, cultivée.

râleur.

Colza

Œillette...

Navette...

Cameline.

Chanvre . .

Lin

hectare».

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francs.

hectares.

francs.

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