IMPORTATIONS DE
Sésame # 59.856.692 k.
Arachide et touloucouna.. 103.922.992 k.
Rien de plus clair que l'enseignement qui ressort des deux tableaux ci-dessus : la culture des plantes oléagineuses indigènes diminue progressivement, tandis que le commerce importe de plus en plus les fruits et les graines des pays chauds. Les résidus des huileries tendent donc à ne plus être de même nature qu'autrefois, puisqu'il y a substitution de plantes nouvelles à celles anciennement exploitées.
On fait même plus qu'importer la graine pour en extraire la matière grasse, on importe aussi directement des tourteaux. En 1889, il est arrivé 1,875,106 kilogr. de tourteaux d'arachides, touloucouna, coprah, etc. Le commerce des produits oléagineux venant du dehors est donc des plus actifs et en progression.
Il est intéressant de rechercher les raisons des faits précédents.
Autrefois et jusque dans la première moitié de notre siècle les huiles extraites des graines oléagineuses indigènes étaient employées pour la table, l'éclairage, la peinture ; la savonnerie utilisait particulièrement l'huile d'olive à laquelle on mêla, après la découverte de la soude dite artificielle, de l'huile de graines, afin de donner au savon ce qu'on appelle la coupe douce. La culture des plantes oléifères indigènes prit même un nouvel essor
quand Pinvention des lampes Carcel et des lampes J à modérateur vint substituer un véritable éclairage de i luxe aux lampes fumeuses des anciens. Ces inventions avaient du reste été préparées par la diffusion du procédé d'épuration imaginé par le baron Thénard. On sait que ce chimiste découvrit que l'acide sulfurique désorganise et précipite le mucilage et la matière colorante qui accompagnent l'huile, s'opposent en partie à l'ascension de celle-ci dans les mèches et développent beaucoup de fumée avec une odeur désagréable.
Toutes ces circonstances concouraient à favoriser la consommation de l'huile indigène ; par conséquent le colza et la navette étaient largement cultivés. D'autre part, des plantes oléifères, le chanvre et le lin, fournissent une matière textile qu'on employait dans les usines et dans les ménages ruraux; leurs graines étaient pour ainsi dire utilisées par surcroît.
Cet état ne dura pas. Vers i858, on découvrit en Amérique des sources de pétrole; ultérieurement on en exploita d'autres en Asie. La substitution de ce liquide à l'huile pour l'éclairage se fit rapidement ; son prix modéré et la vivacité de sa flamme en furent les causes. Ce fut le premier coup porté à la culture du colza et de l'œillette. On utilisa à la même époque des produits de la distillation des schistes bitumineux, particulièrement du boghead, connus sous les noms d'huiles de schiste. Mais le progrès est incessant : le gaz vint à son tour concurrencer l'éclairage au schiste et au pétrole; il acheva l'œuvre commencée, et c'est à lui qu'on doit de voir péricliter de plus en plus les cultures industrielles qui avaient la production de l'huile à brûler pour objectif. L'emploi de l'électricité, destinée à remplacer plus ou moins complètement le gaz, n'est pas fait pour changer la situation.
DES TOURTEAUX. i85
Quant aux plantes à la fois textiles et oléagineuses, leur culture a été atteinte par l'entrée de tissus et notamment de cotonnades à bon marché; ces tissus ont pénétré jusque dans les familles rurales où, de temps immémorial, les veillées d'hiver étaient consacrées par les femmes à filer le chanvre.
En même temps que se passaient ces faits, l'industrie de la savonnerie mettait à l'essai les huiles extraites de graines ou de fruits qu'apportait la navigation ; elle ne tarda point à reconnaître que plusieurs d'entre elles sont des huiles dites concrètes dont la solidification se fait autour de 200, et que ces huiles conviennent fort bien pour la fabrication des savons. Aussi utiiise-t-on des quantités croissantes d'huile de palmiste, d'arachide, de sésame.
Il semblait que le développement des machines à vapeur aurait pour résultat l'emploi des huiles indigènes pour le graissage : il n'en fut rien, on utilisa les huiles de coton, de ricin ; on ne revint pas à l'huile de colza.
Enfin deux autres circonstances contribuèrent encore à la pénétration des huiles étrangères en Europe : ce furent la découverte de procédés de décoloration de l'huile de coton et de palme et les perfectionnements apportés à la navigation à vapeur. Ces derniers permettent maintenant d'importer l'arachide et le sésame dans un état de fraîcheur tel qu'on peut en retirer à froid une huile comestible. Les falsificateurs ont profité de tout cela pour mélanger à l'huile d'olive de table ces huiles étrangères dont le coût est inférieur à celleci et réaliser ainsi des bénéfices aux dépens du consommateur.
Le lecteur a maintenant la clef du mouvement de décroissance des cultures de plantes oléagineuses indi-
i86 DES RÉSIDUS INDUSTRIELS.
gènes et de celui d'accroissement des étrangères. Il s'explique sans peine pourquoi le commerce livre aujourd'hui aux éleveurs tant de tourteaux étrangers de toutes sortes. Il y a donc une réelle nécessité de bien connaître ces résidus ; aussi va-t-on en faire une étude spéciale comparativement à ceux qui sont fournis par les produits de notre sol. Cette nécessité est d'autant plus impérieuse que tous ne sont pas comestibles pour le bétail ; quelques-uns sont même fort dangereux et il arrive parfois, volontairement ou involontairement, qu'on les vend sans avoir la précaution d'avertir qu'ils ne peuvent servir qu'à la fumure des terres.
Section II. — Des tourteaux étudiés en particulier.
Sous-Section T. — Des tourteaux indigènes.
Il a déjà été dit que le nombre des graines pouvant donner de l'huile est élevé. On a fait beaucoup de tentatives d'extraction, mais plusieurs de ces tentatives n'ont plus qu'un intérêt de science pure, sans applications; les plantes expérimentées n'étaient pas suffisamment riches en matières grasses ou présentaient d'autres inconvénients qui ne leur ont pas permis de se substituer aux plantes oléagineuses habituelles, ni même de se faire une place à côté. D'autres sont exploitées dans une région déterminée, les déchets, d'ailleurs en petite quantité, sont utilisés sur place. Nous allons signaler d'un mot ces tentatives avant d'entreprendre la description détaillée des résidus qu'on trouve couramment dans le commerce.
La Julienne {Hesperis matronalis, L.), crucifère ornementale, a été préconisée dès 1787 par le chanoine
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Delys, qui en a retiré de l'huile le premier. Elle a été expérimentée comme plante oléifère par Vilmorin puis par Gaujac qui reconnurent que, cultivée en pleine campagne, son rendement en huile n'est guère que de 18 %, proportion trop faible pour que sa culture soit rémunératrice.
Deux autres Crucifères n'ont pas davantage passé dans la pratique. Le Radis oléifère (Raphanus sativus oleifer) introduit de Chine en Europe, n'est plus cultivé que fort exceptionnellement, car ses graines sont peu abondantes et d'extraction difficile. Son huile est acre. Quant au Rutabaga {Brassica Rutabaga), cette plante est appréciée de tous les agriculteurs comme fourragère; mais, suivant la judicieuse remarque de M. Heuzé (1), si le Rutabaga était cultivé pour ses graines qui, d'ailleurs, sont nombreuses et suffisamment oléifères, il faudrait renoncer aux racines si précieuses qu'il fournit quand on le transplante sur des terres de qualité très ordinaire. L'agriculture perdrait au change. La culture de la Glaucie jaune (Glaucium luteum, L.), a été conseillée par Cloez. Ce conseil n'a point été écouté parce que la maturation irrégulière et surtout la déhiscence spontanée des siliques de cette plante sont de trop sérieux inconvénients.
La pratique agricole n'a point adopté davantage le Cheiranthus annuus, Ylberis amara et les Lepidium campestre, L. sativum et L. virginianum, le Draba verna et le Nasturtium sylvestre, sur lesquels des essais ont été poursuivis.
Le Tabouret des champs ou Monnoyère (Thlaspi arvensey L.) a été essayé aussi comme plante oléifère; il renferme 18,4 % d'huile, mais ses graines commu-
(0 G. Heuzé. Les plantes industrielles, t. 1, page 54.
niquent un goût d'ail au lait. Aussi il ne peut être distribué aux femelles laitières; il n'est pas passé dans la pratique.
M. Decugis nous apprend que le Galéope piquant (Galeopsis tetrahit) est exploité aux environs de Bouillon, qu'il rend en huile le quart de son volume et qu'il reste un tourteau utilisable; mais il s'agit d'une culture toute locale. Le galéope des champs et le galéope à grandes fleurs on été proposés comme plantes oléagineuses ; la pratique ne les a point acceptées.
Dans les parties boisées de l'Allemagne, on soumet les graines de Pin à la pression pour en retirer l'huile. Nous ignorons à quel usage on emploie le tourteau qui reste, car nous ne l'avons point encore rencontré dans le commerce. Dans ce pays, on agit de même pour les semences du Sureau a grappes (Sambucus racemosa). En France, le Sureau noir (S. nigra) est plus commun; ses baies sont parfois employées pour la coloration des vins ; les graines donnent également de l'huile, mais on ne les presse qu'exceptionnellement, aussi le tourteau est-il rare. De couleur violacée, sa cassure est grossière, à reflets bleuâtres (Decugis).
L'amande du fruit du Cornouillier sanguin (Cornus mas) contient le tiers de son poids d'huile qu'on emploie pour l'éclairage et la fabrication des savons. Mais son extraction ne se fait qu'exceptionnellement; ses tourteaux sont aussi rares que ceux du sureau.
Dans quelques parties de l'Allemagne, on extrait de l'huile des semences de Belladone. Le tourteau qui résulte de l'opération renferme un toxique, l'atropine. On doit l'éloigner de l'alimentation du bétail; il est rare, d'ailleurs.
On a extrait également l'huile des graines de Nicotiana tabacum. La nicotine n'existant pas dans la
graine, on pourrait peut-être utiliser les tourteaux; mais la quantité fabriquée en est si petite jusqu'à présent, qu'on n'a pas expérimenté sur les animaux pour voir les effets d'une alimentation dans laquelle ils entreraient.
Enfin, le lecteur se rappelle peut-être que nous avons indiqué les pépins de Groseilles comme renfermant de 9 à 10 % d'huile.
Il reste à examiner tour à tour les tourteaux que livrent les huileries et qu'on peut se procurer quand on le désire. Ce sont ceux de colza, de navette, de moutarde, d'œillette, de cameline, de grand soleil, de madia, de chanvre, de lin, de citrouille, de faînes, de noix, de noisettes, d'amandes douces et amères, d'abricots de Besançon, de maïs et de raisin.
Tourteau de col\a.
Ce résidu provient des graines du Brassica oleracea ou Colza d'hiver qui est le plus généralement cultivé; plus rarement il dérive de celles du B. oleracea verna ou Colza de printemps, qu'on cultive quelquefois en remplacement du premier détruit par les intempéries hibernales.
Rappelons qu'il y a un siècle, la culture du colza était confinée en Flandre et en Allemagne ; on ne connaissait pas cette plante ailleurs. Sa diffusion est due principalement aux efforts de l'abbé Rozier qui publia en 1774 un Traité sur la culture du Colza.
Le tourteau de colza, habituellement livré en gâteaux assez minces, de couleur jaune-brunâtre ou brun-verdâtre, assez fragiles, offre sur sa cassure des points noirâtres dus aux fragments de spermoderme répandus dans
tion. Le brome volatilisé est condensé et retombe continuellement dans le ballon. Au bout de 2 heures, l'oxydation du sulfocyanure est complète. On enlève le ballon, on le chauffe doucement sur une toile métallique au moyen d'un bec à couronne, jusqu'à ce que le liquide soit devenu incolore, on filtre et on précipite par le chlorure de baryum. »
D'après ces essais, une partie de sulfate de baryte équivaudrait à o,535 d'essence (1).
Les conséquences qui découlent pour la pratique de la présence du sulfocyanate d'allyle dans les tourteaux de colza sont les suivantes : Puisqu'il est prouvé qu'à la température de l'ébullition de l'eau, l'essence de moutarde ne peut plus se produire, si Ton a des doutes sur l'innocuité d'un tourteau, on le donnera en buvée après l'avoir trempé dans l'eau bouillante. A l'aide de cette très simple pratique, on met les animaux qui doivent le consommer à l'abri de tout malaise.
Indépendamment des tourteaux de colza de provenance indigène ou tout au moins européenne, il arrive aussi de l'Asie et particulièrement de l'Inde, des résidus qui sont vendus également sous le titre de tourteaux de colza. Cette appellation est erronée, car les graines d'où dérivent les tourteaux en question n'appartiennent point à l'espèce Brassica campestris oleifera, ni même au Brassica Napus (Navette). Ce sont, il est vrai, des crucifères, mais elles doivent se ranger dans les genres Sinapis et Eruca.
La cause de cette confusion est que, dans l'Inde, ces crucifères sont qualifiées de colzas. Un travail de M. Kjaerskou, de Copenhague, a démontré que le colza dit de Gouzerat a pour base le Sinapis glauca, Roxb; que celui dit jaune mêlé de Calcutta, provient
(1) J. Van den Berghe, Tourteaux et farines de lin. Bruxelles, i8qi.
DES TOURTEAUX. iq5
comme pour tous les tourteaux, le véritable moyen de le reconnaître. En effet, le testa de chacune des graines oléagineuses possède une structure spéciale qui se dévoile sous l'objectif, elle permet de dire son nom et de reconnaître les falsifications et les mélanges qu'elle a pu subir. La technique de cet examen histologique est des plus simples; nous allons la donner ici une fois pour toutes, car elle s'applique aux principaux tourteaux.
Pulvériser, un peu du tourteau à examiner, traiter par l'acide sulfurique à 2,5$, puis par la soude, laver par l'alcool et Péther. Plonger ensuite dans une solution de chlorure de calcium et laisser deux heures en contact. Au bout de ce temps, prendre les petites pellicules ainsi traitées et les placer dans la cellule d'une lamelle soit avec de l'eau, soit avec de la glycérine alcalinisée, et faire l'examen avec un grossissement de ioo à i5o diamètres.
Le spermoderme des graines de colza se montre sous forme de plaques à surface un peu inégale, percées à jour par de nombreux interstices ovales. Cette disposition est caractéristique et ne permet pas, ainsi qu'on le verra, la confusion avec les graines d'autres crucifères. (Voyez fig. 25. page 326.)
Lorsqu'on place d'emblée un peu de poudre de tourteau sous le microscope, à côté des pellicules de spermoderme qui se détachent en noir et dont on n'aperçoit pas alors la configuration caractéristique, on trouve de petites gouttelettes d'huile, de omm,o5 à omm,i5 de diamètre, assez uniformes et dont beaucoup s'agglomèrent et forment fraise. Traite-t-on ces gouttelettes par un mélange d'acides azotique et sulfurique, elles prennent immédiatement une teinte brun-rougeâtre qui se fonce rapidement.
RÉSIDUS INDUSTRIELS. l3
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Composition chimique. — Parmi les analyses de tourteaux de colza, la suivante, qui concerne un tourteau belge de grande pureté et qui est due à M. Van den Berghe, sera choisie :
Eau 10.94
Matières protéiques brutes solubles dans l'eau. 5.52 1 „ „
— — — insolubles dans Peau. 29.611*"
Matières grasses (éther extract.) 9.35
Matières résineuses (alcool extract.' 6. 28
Sucre 4.48
Matières mucilagineuses solubles dans l'eau.. 6.90 Matières extractives non azotées, insolubles
dans l'eau 10.73
Cellulose q.gb
Matières minérales 6.24
ioo.co
Parmi les matières minérales, l'acide phosphorique est abondant, et de tous les tourteaux, celui de colza vient immédiatement après celui de madia qui tient le premier rang. Sa proportion de sucre est également élevée.
Utilisation. — De ce qui a été dit antérieurement, il résulte d'abord que l'agriculteur doit écarter les tourteaux de colza exotiques de l'alimentation de son bétail, puisque ce sont en réalité des tourteaux de moutarde qui, par le sulfocyanate d'allyle et peut-être aussi une autre essence qu'ils renferment, sont capables d'occasionner des accidents. Quand il en achètera, ce ne sera que pour la fumure de ses terres.
Il préférera les tourteaux indigènes provenant des huileries où l'on traite la graine à chaud, à celles, d'ailleurs rares aujourd'hui, où les pressions se font à froid. Enfin il n'oubliera pas que les tourteaux de colza, comme la plupart des autres résidus, doivent être conservés dans
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un endroit sec, sinon ils sont envahis par des végétations cryptogamiques etpeuvent devenir dangereux ainsi qu'il sera expliqué plus loin.
Les tourteaux de colza sont généralement destinés aux vaches et brebis laitières ainsi qu'aux chèvres; ils passent pour favoriser la sécrétion du lait. On les a pourtant accusés de communiquer à ce liquide l'odeur particulière des crucifères, mais cet inconvénient ne se manifeste que quand on donne des doses trop considérables, qu'on dépasse r kilogr. 5oo par vache et par jour. Si Ton se tient en deçà et surtout si on interrompt de temps à autre la distribution, l'inconvénient est évité. Il l'est aussi quand on associe des touraillons à la ration.
On les donne aussi aux bêtes d'engraissement. Lorsque dans le cours de la préparation à la boucherie, on dépasse la ration quotidienne de 2 kilogr. 5 00 à 3 kilogr. par bœuf, on voit survenir une boiterie qui a été attribuée par quelques praticiens aux déjections rendues irritantes par l'essence de moutarde qu'elles contiendraient et qui piétinées, détermineraient une inflammation de la partie inférieure du membre. D'autres personnes la considèrent plutôt corhme une sorte de fourbure, de poussée congestive vers les onglons et le paturon. En voici d'ailleurs l'exposé symptomatologique : au début, appétit diminué, quelques frissons, l'animal paraît triste et s'appuie tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre. Le mal qui se montre plus fréquemment aux pieds postérieurs qu'aux antérieurs, débute dans l'espace interdigité dont la peau se tuméfie et devient rougeâtre en avant et en arrière; les talons sont un peu écartés, la peau du pli du paturon devient rouge à son tour, chaude, et se couvre quelquefois d'une éruption de pustules peu élevées, sans aréole inflammatoire, pustules que je n'ai jamais vues être le siège d'une exsudation plastique.
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Cette boiterie n'a aucune gravité et il n'est point nécessaire de se hâter d'envoyer les animaux à l'abattoir, surtout si l'on considère qu'elle arrive au début de l'engraissement. Suspendre pendant quelques jours l'usage des tourteaux et faire prendre quelques boissons rafraîchissantes, voilà le très simple traitement à mettre en pratique.
Quand on va très au delà des doses indiquées, en se servant de tourteaux de pression qu'on n'a point la précaution de faire passer à l'eau chaude pour en dégager l'essence, celle-ci se diffuse dans l'intérieur du corps, amène de l'entérite qui peut prendre le caractère hémorragique si on continue l'usage de ces résidus ou si un traitement approprié n'intervient pas, et aller jusqu'à la mort de l'animal.
Pendant le blocus de Metz, une épizootie de bronchorrhée a sévi sur les chevaux; des vétérinaires l'attribuèrent à la consommation, par ces animaux, de tourteaux | de colza dont une partie, d'ailleurs, était avariée, mais | cette étiologie a été contestée. I
Tourteau de navette.
Il est fourni par les graines de la Navette d'hiver Brassica napus, L.), appelée quelquefois Ravette ou Rabette qui fait partie comme le Colza, de la famille des Crucifères. Les semences de la navette d'été [B. N. prœcoXj D. C.) concourent aussi à sa production. D'ailleurs toutes les variétés de navets donneraient des semences oléifères et par conséquent des tourteaux si on 1^ exploitait pour leurs graines au lieu de les cultiver surtout pour leurs racines comestibles.
Les deux sortes de navette sont cultivées dans l'Europe
septentrionale et centrale; en France, on les trouve particulièrement dans l'Est.
Frais, le tourteau de navette est jaune-verdâtre, il brunit en vieillissant; il est piqueté en noir par les pellicules fragmentées de l'enveloppe. Assez friable, sa cassure est grenue quand il est frais et comme poussiéreuse plus tard; l'odeur suigeneris d'huile de navette se dégage sur les pains d'expression récente; elle disparaît sur ceux qui datent de quelque temps.
Composition chimique. — Voici l'analyse de tourteau de navette et celle de farine épuisée plus complètement de son huile.
Tourteau. Farine épuisée.
Eau 12.43 7.20
Matières azotées 28. 3 1 36. 3o
Matières grasses 10.95 2.40
Principes extractifs non
azotés. 24.25 26.90
Cellulose brute 16.79 18.10
Cendres 7.27 8.60
"Utilisation. — Ce qui a été dit du tourteau de colza est applicable à peu de chose près à celui de navette. On croit généralement, mais à tort, que ce dernier est plus riche en essence de moutarde que le premier, car les recherches de M. Van den Berghe ont montré que c'est le contraire ; il n'en renferme que o gr. 002 1 tandis que celui de colza indigène peut en contenir ogr.oo83. Ce qui a sans doute contribué à répandre cette croyance, c'est qu'il est assez souvent falsifié avec des graines de moutarde cultivée ou sauvage.
Pour les règles de sa distribution, la quantité qu'on en peut donner suivant les espèces, les variations dans sa teneur en sulfocyanate d'allyle, on se reportera à ce qui a été exposé à propos du colza.
Tourteaux de moutarde et de ravison.
Dans l'Europe méridionale et centrale, on cultive deux sortes de moutarde, distinguées, d'après la couleur de leurs graines, en moutarde blanche (Stnapis alba) et moutarde noire [S. nigra). Ces crucifères fournissent une huile non siccative, dont l'extraction laisse àzs tourteaux. On utilise aussi parfois, dit-on, les graines de la moutarde sauvage (S. arvensis,, encore appelée Sanve ou Sénevé, plante messicole qui souille les récoltes et dont il est difficile de les, débarrasser.
Il a été dit, à propos du colza, qu'on récolte dans l'Inde diverses autres sortes de moutarde dont on expédie les tourteaux en Europe.
La culture de la moutarde se fait en grand dans le midi de la Russie, spécialement dans les gouvernements de Saratov et d'Astrakan ; elle tend à se propager dans les régions méridionales du Caucase. On en désigne la variété sous le nom de moutarde de Sarepta ; elle est à graines noires et sert à fournir de l'huile et aussi comme moutarde de table. Au Caucase, on cultive une variété blanche. La cause de l'extension de la culture de la moutarde en Russie est qu'on emploie de plus en plus l'huile qui en dérive pour les conserves de poisson, dont la fabrication est une industrie considérable dans cette région de l'Europe.
On reçoit à Marseille une graine oléagineuse désignée sous le nom de ravison, d'où Ton retire un tourteau. Celui-ci est également connu en Italie, où on l'emploie pour la fumure des terres, sous le nom d'il ravi\\one. Cette graine est expédiée des confins de la mer Noire et des provinces danubiennes. On n'est pas d'accord sur l'espèce à laquelle elle appartient. On en a fait un colza
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sauvage ainsi qu'une variété de la navette d'été. D'autres personnes ne veulent y voir que le Sénevé (Sinapis arvensis) ou Moutarde des champs. M. Bôery donne même les détails suivants sur sa végétation dans les provinces danubiennes : Il « eçjt rare qu'on cultive le ravison; cette plante est semée avec l'orge en mars, avril, et se développe avec lui. Inutile de renouveler la semence, car ce végétal possédant un grand pouvoir de dissémination, tous les ans les graines restées sur le sol germent et donnent une récolte , plantation mixte d'orge et de ravison; parfois on laisse le ravison envahir le champ, on a alors une récolte unique. Le ravison n'est arraché qu'au moment où par suite de la rotation, le terrain doit recevoir une nouvelle culture qui est généralement le maïs » (1). Malheureusement, M. Bôery ajoute un peu plus loin qu'il s'agit d'un colza sauvage, de sorte que la précision botanique que nous poursuivons nous échappe. Si on pouvait se baser sur l'analyse chimique, elle témoignerait en faveur de l'identité du ravison et de la moutarde des champs.
Les tourteaux de moutarde diffèrent de couleur suivant la variété qui les a fournis. Ceux qui proviennent de Sinapis alba sont de couleur jaunâtre- verdâtre, et ceux que donne S. nigra sont verdâtres avec des ponctuations noires ou d'un rouge foncé. Ils sont l'un et l'autre friables et de cassure fine.
Ceux de ravison sont bruns et ponctués en noir ou enrougeâtre; ils sont cassants et montrent des parcelles de terre, signes révélateurs du peu de soins apportés à la récolte de la tige et de la graine, et de l'absence d'un triage soigné après le battage.
L'odeur des tourteaux de moutarde et de ravison,
(1) P. Bôery, Les Plantes oléagineuses, page 102. Paris 1889.
Moatarde
Moutarde
Moatarde
blanche.
noire.
•enrage.
Ravison.