‹ Des résidus industriels dans l'alimentation du bétail 1892Chapitre 28 sur 72 · II.OÔ · texte numérisé non relu

II.OÔ

IO.g2

même quand ils sont frais, n'est pas très pénétrante; elle Test peut-être moins que celle des tourteaux de colza.

Composition chimique. — Les analyses exécutées par M. Decugis sur les tourteaux de moutarde cultivée et de ravison , celles de Isidore Pierre sur ceux de sénevé, ont donné les résultats suivants :

Eau

Huile

Matières organiques 71

Azote dans ces matières

Sels ou cendres

Acide phosphorique des cendres 2.o5 1.67 1.82

Les tourteaux de moutarde et de ravison sont réservés à la fumure des terres ; ils n'entrent habituellement pas dans l'alimentation du bétail, en raison de l'essence et peut-être aussi d'un principe acre qu'ils contiennent. Je ne sais si sans leur faire subir la manipulation dont il sera parlé plus loin, on ne pourrait en donner un peu à titre de condiment, mais je ne connais pas de tentatives faites dans cet ordre d'idées.

L'essence de moutarde n'existe qu'à l'état latent dans la graine écrasée, la farine et le tourteau qui n'ont pas subi le contact de l'eau; elle se dégage quand ce contact a eu lieu après avoir pris naissance aux dépens de deux éléments constitutifs de la moutarde, la myrosine et le myronate de potasse. Le premier est le ferment, le second la matière fermentescible.

La myrosine qu'on trouve dans la moutarde blanche et dans la noire est une matière albuminoïde, soluble

Googk

dans l'eau, coagulable par la chaleur, l'alcool, les acides et les alcalis.

Le myronate de potasse est en cristaux incolores, de saveur amère, solubles dans l'eau et l'alcool faible, et insolubles dans l'alcool absolu.

L'isosulfocyanate d'alJyle ou essence de moutarde qui se forme lorsqu'il y a contact de la myrosine et du myronate de potasse en présence de l'eau est liquide, incolore, d'odeur excitant le larmoiement, de saveur acre. C'est elle qui est le principe actif de la moutarde et qui agit à titre d'irritant et de révulsif sur la peau où elle est appliquée.

Comme l'huile n'est pour rien dans cette action rubéfiante et inflammatoire, il s'ensuit que les tourteaux peuvent être aussi actifs que la farine elle-même. On comprend alors très bien pourquoi on ne les donne pas comme aliments, puisqu'il y aurait dégagement d'essence dans le tube digestif. Il est vrai que l'action de cette essence ne semble pas aussi active sur la muqueuse gastro-intestinale que sur la peau (ce qui ne lui est pas spécial, car l'essence de térébenthine est dans ce cas), mais elle est suffisante néanmoins pour amener, quand on dépasse 5oo gr. de tourteau une irritation qui pourrait se compliquer de dysenterie , devenir très dangereuse et même mortelle.

Pris à petites doses, de 5o à ioo grammes, le tourteau de moutarde noire s'il était accepté, agirait à titre de condiment, excitant les muqueuses buccale et pharyngienne, amenant le ptyalisme, excitant l'estomac, stimulant l'appétit, accélérant la digestion et provoquant la défécation. Il pourrait ainsi rendre des services, surtout pour le bœuf. Chaque fois qu'il y a inappétence, indigestion chronique, commencement d'engouement du feuillet, atonie intestinale, lorsque dans le cours

de l'engraissement en stabulation les animaux cessent de manger, comme rassasiés, on pourrait avoir recours au tourteau de moutarde dans les proportions préindiquées.

Puisqu'il a été prouvé qu'à la température de l'eau bouillante la myrosin* se coagule et que la réduction de l'acide myronique en huile essentielle ne se produit plus, nous nous sommes demandé si en soumettant, après les avoir bien pulvérisés, les tourteaux de moutarde à l'action de l'eau bouillante, on pourrait en composer des buvées capables d'être distribuées sans danger aux animaux. Nous l'avons fait et nous n'avons pas perçu l'odeur d'essence. Il y a donc là une indication pour l'utilisation pratique.

La moutarde blanche n'a pas l'activité de la noire; si elle renferme de la myrosine, on a mis en doute l'existence du myronate de potasse et par conséquent la possibilité de la formation d'essence. C'est à tort, car elle en renferme, mais en petite proportion. Ainsi M. Van den Berghe, dans un essai portant sur deux quantités égales de graines de moutarde, l'une noire, l'autre blanche, a trouvé :

Esaenoe de moutarde.

Graines de moutarde noire d'Alsace. o gr. 2387

— — blanche triée. o gr. 0049

— — sauvage o gr. 0107

La première en avait donc 48 fois plus que la seconde dans les échantillons examinés. Cette particularité semblerait indiquer qu'on peut être beaucoup plus hardi dans l'administration des tourteaux de moutarde blanche que dans ceux de noire, mais elle contient un principe soufré, la sulfo-sinapisine qui, sous l'influence de l'hu-

Googk

DES TOURTEAUX. 2o3

nidité, donne naissance à un principe acre, huileux, equel introduit dans l'économie, agit comme purgatif tccoprotique. De sorte qu'on doit être réservé dans 'administration de ce tourteau. Au reste, il est amer et es animaux ne le prennent pas avidement.

Le tourteau de moutarde sauvage est irritant comme :elui de moutarde noire, bien qu^il contienne en général moins de sulfocyanate d'allyW que lui. Il amène des irritations intestinales compliquées parfois d'avortement. Nous aurons à en reparler à propos des falsification^.

Tourteau de cameline.

La cameline {Myagrum sativum, L. Camelina sativa, C), encore désignée quelquefois très abusivement sous les noms de Camomille ou de Sésame d'Allemagne , est une plante oléagineuse de la famille des Crucifères, (fig. 9), cultivée dans le nord de l'Europe et dans les départements français du Nord, de l'Est et du Sud-Est. Elle est remarquable par la ra- Fie. 9. — Cameline. pidité de sa végétation , ce qui la rend précieuse comme plante de remplacement des végétaux détruits pendant l'hiver. Sa graine est passablement oléagineuse et fournit une

■Cr-TTp-j

huile à brûler un peu inférieure à celles de colza et de navette.

Le tourteau de cameline est habituellement en plaques de 0,02 d'épaisseur, dures, de couleur rougeâtre; frais, il a une odeur alliacée; sec, sa couleur pâlit et son odeur spécifique disparaît. Il se mélange à l'eau pour former une pâte bien liée.

Composition chimique. — La composition chimique du tourteau de cameline est la suivante, d'après des analyses faites au laboratoire de Tharand :

Huile 9.2 —

Matières azotées 23.3 —

Matières solubles non azotées 41 .8 —

Cellulose 9.1 —

Cendres 7.0 —

L'odeur qu'exhale ce tourteau frais faisait soupçonner que les graines de Cameline devaient renfermer quelque peu de sulfocyanate d'allyle. Les recherches de M. Van den Berghe ont confirmé le fait. Il a trouvé qu'elles en contiennent environ autant que celles de la navette d'été.

Utilisation. — Le tourteau de cameline est distribué aux animaux domestiques, et il n'est point à notre connaissance que quelque inconvénient soit résulté de cette alimentation. Son prix étant, en général, inférieur à celui des tourteaux de colza et de navette, on a été amené à comparer leurs effets respectifs sur les vaches laitières et les bêtes d'engrais, afin devoir si cette infériorité était réellement justifiée. Mobius, qui a institué des expériences sur ce point, a vu qu'effectivement pour la nourriture des vaches laitières, les tourteaux de cameline sont un peu inférieurs à ceux de colza, tandis que la diffé-

DES TOURTEAUX. 2o5

rence est à peine sensible lorsqu'il s'agit d'engraissement.

Tourteau de madia.

Plante de la famille des Composées, originaire du Chili et introduite en Europe seulement à la fin du siècle dernier, le madia {Madia sativa) a été l'objet d'un grand engouement quand Bosch l'eut recommandé comme végétal oléifère, puis il a été délaissé trop promptement. Son rendement élevé en huile et la facilité de sa culture sur des terrains de médiocre qualité, lui assigneraient une bonne place, n'était la concurrence des oléagineux exotiques qui le bat en brèche comme tous les végétaux oléifères indigènes.

Le tourteau de madia est de couleur gris foncé.

Sa composition chimique est la suivante :

Eau yn.2 %

Matière grasse i5.o —

— azotée 3i.6 —

Extractifs non azotés 9.3 —

Cellulose.. 25.7 —

Cendres 6.7 —

Boussingault et Payen sont les premiers qui se soient assurés que les tourteaux de madia peuvent entrer dans l'alimentation des animaux et que ceux-ci les acceptent. Mais leur forte teneur en cellulose lignifiée en fait des aliments de qualité médiocre ; aussi l'agriculteur ne les devra-t-il acheter que s'ils lui sont cédés à un taux inférieur à celui des tourteaux que nous avons déjà passés en revue.

Googk

matières azotées et de l'huile moins élevé, leur valeur est inférieure aux décortiqués. Chaque fois que faire se pourra, on choisira le tourteau de soleil décortiqué; il est bien accepté par les animaux (on sait combien les oiseaux recherchent les graines de Phélianthe annuel) et l'expérience est faite en plusieurs pays, particulièrement en Russie, que non seulement son usage n'a aucun inconvénient, mais qu'au contraire ses effets sont excellents.

Tourteau de pavot ou d'oeillette.

La famille des Papavéracées fournit à l'agriculture plusieurs sortes de pavots exploités dans nombre de pays, en Europe, en Asie et en Afrique. Les deux principales appartiennent à l'espèce du Pavot somnifère [Papaver somniferum, L.) et constituent l'une l'œillette ordinaire, et l'autre l'œillette aveugle. La première est encore appelée Pavot noir. Pavot gris, Pavot à capsules ouvertes, parce qu'elle a les graines noires ou mieux gris foncé, et aussi parce que ses capsules ont des opercules sous le disque stigmatifère par lesquelles les graines pourraient s'échapper à la maturité, si la plante était violemment secouée. La seconde, dont les capsules sont plus grosses, n'a pas les ouvertures de la première et porte des graines blanchâtres, d'où le nom de pavot blanc qu'on lui donne.

L'œillette est une plante très oléagineuse; son rendement en huile est supérieur avec les graines récoltées en France et dans l'Europe centrale comparées à celles qui arrivent d'Asie et d'Afrique. Son huile est incolore et inodore, fine, siccative et ne se congèle qu'à 180, aussi est-elle fort estimée pour divers usages. Mais pour la

savonnerie, on est obligé de la mélanger à des huiles concrètes ou à des huiles à ressences. 1

Extérieurement, les tourteaux d'oeillette diffèrent 1 suivant qu'ils proviennent de l'oeillette noire ou de la j blanche. J

Le tourteau de pavot noir est de couleur chocolat très j clair (le nom de pavot gris convient mieux à la plante que j celui de noir) ; il est inodore, sa cassure montre une pâte j homogène, fine. Il devient très dur en vieillissant. Me- i langé à Peau, il forme une buvée brun foncé où les parcelles brunes du spermoderme se distinguent mieux du reste de la pâte qui est blanche que dans le tourteau sec.

Celui de pavot blanc est jaune très clair avec une légère teinte verdâtre quand il est frais; sa cassure indique également de l'homogénéité. On ne voit dans la masse de la pâte que quelques pellicules ou fragments plus foncés et plus gros. Il est également inodore et il durcit fortement en vieillissant. Au contact de l'eau, il forme une buvée jaunâtre ou plutôt d'une couleur qui rappelle la sciure de bois.

La finesse du grain de ces tourteaux fait qu'au contact de l'eau, ils donnent des buvées comparables à des bouillies; comme ces bouillies sont inodores, elles sont prises plus facilement par les animaux que beaucoup d'autres. I

Composition chimique. — Les analyses de tourteaux d'œillette sont nombreuses et passablement diffe- j rentes. Nous allons donner, d'après M. Decugis, la , moyenne d'analyses de résidus de pavot d'Europe et | de pavot de l'Inde, car cette dernière contrée exporte des masses de graines à destination d'Europe, et le ;| port de Marseille en particulier en reçoit beaucoup.

Pavot d'Europe. Pavot de l'Inde.

Eau 10.67 11.57

Huile io.5 6.33

Azote dans les matières organiques 5.88 5.8i

Cendres 9-67 6.25

Dietrich et Kœnig donnent les chiffres suivants sans indiquer la provenance et la sorte du tourteau dé pavot analysé :

Eau 1 1 .45 %

Matières grasses 8.17 —

Matières azotées 3 1 . 9 1 —

Extractifs non azotés 25.89 —

Cellulose 11. 53 —

Cendres 1 1 . o5 —

Le pavot étant producteur d'opium, on s'est demandé si les matières grasses extraites des graines ainsi que les résidus ou tourteaux n'en contiennent pas et, conséquemment, s'il est prudent de faire entrer les unes et les autres dans l'alimentation de l'homme et des animaux. Les chimistes ont depuis longtemps répondu à cette question et prouvé que les graines et tout ce qui en dérive contiennent très peu d'opium; celui-ci s'accumule particulièrement dans les capsules d'où on le retire par des excisions méthodiques.

M. Dietrich a recherché la proportion de morphine contenue dans les fleurs de coquelicots, les têtes et les graines de pavots (1). Voici quelques-uns des chiffres obtenus :

(1) Pharmac. Zeitsf. Russland, XXVII, page 269.

2io DES RESIDUS INDUSTRIELS.

Fleurs de coquelicot épuisées par l'eau 0.07 %

— — — par l'alcool 0.14 —

Têtes de pavots épuisées par Teau o.o32 —

— — — par l'alcool 0.16 —

Semences de pavot blanc épuisées par l'alcool o.oo5 —

— — bleu — — o.oo3 —

Ces analyses confirment l'observation des praticiens et montrent qu'il existe réellement une quantité, assurément fort petite mais néanmoins dosable, de morphine dans les graines du pavot. La localisation principale du toxique ailleurs que dans les semences qui en sont très pauvres n'est point un exemple isolé; le tabac présente la même particularité, ses graines sont indemnes de nicotine ou à peu près; on les peut consommer impunément.

Toute crainte doit donc être bannie de ce côté; au reste une coutume remontant à une haute antiquité (1 fait entrer les graines de pavot dans l'alimentation humaine, et l'usage des paver ata ou tartes au pavot répandu dans la Toscane prouve assez qu'il n'y a rien à craindre. Tout le monde sait aussi qu'on consomme l'huile d'oeillette sans qu'on ait jamais eu quelque particularité à signaler.

Et pourtant, telle est la puissance d'un préjugé ou d'une idée préconçue, qu'au début de la culture du pavot, en France, on regardait l'huile comme nuisible à la santé humaine. Une sentence du Châtelet éditée en 17 18, défendit de la mêler à l'huile d'olive, et un arrêt de 1735 ordonna même d'y mélanger de l'essence de térébenthine afin qu'on ne pût la faire servir à l'usage culinaire. Il fallut toute l'énergie de l'abbé Rozier qui s'était assuré par des essais répéjés de son

(1) Hippocrate. Du régime, liv. II, § 46, t. VI, édition Littré.

Googk

entière innocuité, pour faire rapporter ces prohibitions. Les agriculteurs doivent éloigner toute crainte de nuire à leur bétail en lui distribuant des tourteaux d'œillette. Au surplus, les traces de morphine existant dans le spermoderme n'ont qu'une faible action sur les animaux, et encore cette action doit être regardée comme utile dans leur exploitation pour la production du lait ou de la graisse ; elle se traduit par un peu de somnolence après le repas. Or, on recherche pour les sujets à l'engraissement la tranquillité la plus parfaite : ce serait pour ce motif que certains engraisseurs habiles feraient toujours entrer un peu de tourteau d'œillette dans les rations.

Ce tourteau , dépourvu d'odeur spéciale , est accepté d'emblée par tous les animaux de la ferme, sauf par le cheval, auquel il est difficile d'ailleurs d'en faire prendre de quelque origine que ce soit sans quelques manœuvres préliminaires. Il est très recommandable pour les animaux qu'on engraisse; on peut leur en distribuer jusqu'à la fin de l'opération sans crainte de communiquer un goût spécial à leur chair. Cette particularité est à retenir dans le gavage des oiseaux de basse-cour et notamment du dindon dont la chair prend si facilement le goût d'huile de navette quand on l'a engraissé au moyen de tourteaux de crucifères.

Il convient très bien aussi pour les animaux à la période de croissance; ils l'acceptent, en général, sans difficultés, et comme il est le plus riche des tourteaux en acide phosphorique, il favorise le développement du squelette.

Googk

Tourteaux de pépins de raisin et de groseille.

Nous nous sommes déjà arrêté sur l'utilisation des marcs de raisin dans Palimentation du bétail (voy. page 139). En raison de leur teneur en huile, on a eu Tidée d'exploiter les pépins pour en extraire l'huile. Celle-ci est blanche et convient pour l'éclairage, car elle brûle sans fumée. Les pépins de raisins noirs donnent plus d'huile que ceux de raisins blancs.

Si les pépins proviennent de raisins noirs, le tourteau est brun foncé ou rougeâtre ; s'ils ont été fournis par des raisins blancs, il est plus pâle. Ces tourteauxse pulvérisent facilement et leur consistance n'est pas grande; la cassure décèle une pâte qui manque un peu d'homogénéité, ponctuée çà et là de fragments de spermodermes jaunes ou rougeâtres, suivant leur provenance.

L'analyse chimique (Decugis) a montré qu'ils sont composés de :

Huile 10.6

Azote dans les matières organiques 2.3i

Cendres 6.6

Étant donnée l'avidité avec laquelle les animaux, notamment les moutons, mangent les pépins du raisin. il était à prévoir que le tourteau serait accepté facilement; l'expérience a fait voir qu'il en est ainsi.

Les pays viticoles trouveront donc un supplément de ressources alimentaires pour leur bétail dans ces résidus. D'ailleurs, on n'en est plus à la période de tâtonnement; des propriétaires du Midi en ont distribué à leurs vaches et ils les ont substitués en partie à des aliments

Googk

DES TOURTEAUX., 2i3

plus coûteux. Us ont vu que la quantité journalière pouvait être assez considérable et monter jusqu'à 6 kilogr. sans inconvénients.

Ce qui vient d'être exposé à propos des pépins de raisins est applicable à ceux de groseilles. Après extraction de l'huile, nous en avons distribué les résidus à des moutons qui les ont mangés sans hésitation et s'en sont bien trouvés. Nous en conseillons donc l'emploi.

Tourteau de graines de courge.

Si la Courge (Cucurbita pepo, L.) est cultivée dans maintes régions pour la nourriture de l'homme et des animaux, il y a peu de localités où Ton exploite ses graines pour l'huile qu'elles renferment. Cela se fait cependant, particulièrement dans l'ouest de la France, et il se pourrait que cet exemple fût suivi : double motif pour ne pas passer sous silence le tourteau qui provient de ce travail.

L'huile de courge est verdâtre; dans l'Anjou elle sert aux usages culinaires. La couleur verte tient à la péporésine placée contre la graine sous l'épisperme. Cette huile fortement péporésinée est un bon anthelmintique. Comme il y en a une certaine proportion dans le tourteau, il y a lieu de se demander si ce résidu n'a pas luimême des vertus anthelmintiques.

La couleur de celui-ci est jaunâtre, sa structure lamelleuse, son intérieur et sa surface montrent les débris du testa de la graine. M. Martin a avancé qu'il rancit avec une grande rapidité et répand alors une odeur détestable. M. Decugis affirme qu'il en a conservé pendant une année sans avoir eu rien de pareil à noter.

2i4 DES RÉSIDUS INDUSTRIELS.

Von Gohren lui assigne la composition suivante:

Eau 12. %

Huile 1 1 .4 —

Matières azotées b 5 . 6 —

Extractifs non azotés 8. —

Ligneux 4.9 —

Cendres 8.1 —

Les bestiaux le prennent avec hésitation quand la graine n'a pas été décortiquée; cette opération faite, ils en sont plus avides et on a raison de le leur distribuer.

Tourteau de maïs.

Le Maïs fournit des graines qui renferment environ 7 % de matières grasses. On a eu l'idée de les en débarrasser, sauf à utiliser ensuite l'amidon restant pour la fabrication de l'alcool.

Cette extraction spéciale laisse des résidus qui sont les véritables tourteaux de maïs dans l'acception littérale du mot, et qu'il ne faut pas confondre avec ceux obtenus dans l'industrie de la fabrication des alcools de mais, pressés par le procédé Porion et Mehay (voy. page 112) et appelés aussi tourteaux. Il n'est question que des premiers pour le moment.

Deux procédés sont mis en usage pour obtenir l'huile de maïs. Dans l'un, dit procédé Planât, du nom de son inventeur, on concasse le maïs de façon à obtenir des gruaux qu'on sasse ; cette opération amène le départ des gruaux oléagineux qui sont les plus légers et des féculents. Ces derniers, avec la farine qui s'est déjà formée lors du concassage, peuvent être employés pour les usages habituels du maïs et notamment pour la fabrication de

Googk

DES TOURTEAUX. 2i3

l'alcool. Les premiers sont passés aux meules verticales; la pâte humectée d'eau chaude est chauffée, pressée et dépouillée de Phuile qu'elle contient. Cette huile est limpide.

Les tourteaux qui restent après cette opération sont blancs, avec un pointillé jaune ou rougeâtre suivant la variété de maïs employé; ils deviennent rapidement très durs.

Dans un autre procédé, on opère sur le son de maïs qui renferme environ ^% d'huile; on obtient alors, avec l'huile, ce qu'en langage commercial on appelle du son déshuilé, produit dont il sera question plus loin; mais on ne recueille pas de tourteaux par cette méthode d'extraction.

Les tourteaux de maïs peuvent être distribués aux animaux de la ferme; tous les acceptent. Comme ceux de sésame et de coton, ils ont une forte teneur en acide phosphorique; pour cela, ils sont à recommander dans l'alimentation des jeunes dont ils contribuent à former le squelette; leur valeur est moins grande pour les adultes.

D'après les tables de Kuhn, les tourteaux de maïs ont comme composition chimique :

Eau io. y 5 o/0

Huile 10.81 —

Matières azotées ^.49 —

Extractifs non azotés 5o. 22 —

Ligneux 8.58 —

Cendres * 6 . 1 5 —

Tourteau de chènevis.

One espèce dioïque de la famille des Cannabinées,

2i6 DES RESIDUS INDUSTRIELS.

le Chanvre (Cannabis sativa) (fig. 10) a des pieds femelles portant des graines de couleur perle, dites chènevis, qui donnent une huile estimée.

Les tourteaux de chènevis sont habituellement fournis par les huileries en pains épais, pesant i5 kilogr. et

Pied femelle. Fruit.

Fig. io. — Chanvre {Cannabis sativa).

même plus. De couleur grise rappelant celle de la graine, ils exhalent à l'état frais l'odeur spéciale du chènevis. Ils s'effritent assez facilement et laissent voir une pâte grisâtre semée de fragments grossiers du spermoderme. Desséchés, ils sont moins cassants, sans atteindre toutefois la solidité de beaucoup d'autres et leur odeur a disparu en grande partie. Mélangés à Peau, ils lui

communiquent une couleur ambrée caractéristique. Ces tourteaux ont comme composition chimique moyenne :

Eau 9*9°

Huile 6.3o

Matières azotées 3o .

Extractifs non azotés fc 2 1 . 86

Ligneux 24.94

Cendres 7 .

Étant donné que les Orientaux préparent avec les feuilles du chanvre un breuvage produisant des effets qui ont beaucoup d'analogie avec ceux de l'opium, on s'est demandé si le principe enivrant et stupéfiant dont il s'agit existe dans les graines et ne reste point dans les tourteaux qui, en conséquence, ne pourraient être distribués au bétail. Une observation du Dr Deage qui dit avoir vu mourir une jeune fille en moins de 2 heures après avoir ingéré une décoction vineuse de semences de chanvre (1) tendrait à le prouver. Mais cette observation unique aurait besoin de contrôle, car il n'est pas démontré que le chanvre cultivé dans l'Europe centrale et septentrionale a des propriétés aussi actives que celui de l'Orient; les botanistes ne s'entendent même pas sur la question de savoir si ce chanvre oriental est ou n'est pas de la même espèce que le Cannabis sativa\ d'aucuns en font une espèce spéciale. Ensuite, la sub stance incriminée n'a pas été retrouvée dans les graines bien mûres; peut-être la découvrirait-on dans les semences vertes; c'est à vérifier.

Nous avons vu autrefois dans l'est de la France,

(0 Journal de Chimie médicale, 1880, VI, 77.

2i8 DES RESIDUS INDUSTRIELS.

alors que la culture du chanvre y était très répandue, employer fréquemment les tourteaux de chènevis pour l'engraissement des bœufs; nous les avons vu employer aussi pour le gavage de la volaille et on s'en sert également pour l'alimentation du porc et l'entretien des poissons dans les pièces d'eau. Nous n'avons point constaté de fâcheux effets de son emploi ni entendu dire qu'il s'en soit produit quelque part. L'expérience apprend toutefois qu'il n'en faut point forcer la dose, car on provoquerait de la diarrhée.

Un résultat curieux de l'alimentation des oiseaux par le chènevis a été signalé : elle pousse le plumage au mélanisme; le fait se remarquerait, paraît-il, facilement sur le bouvreuil. Il serait intéressant d'observer si l'alimentation prolongée au tourteau de chènevis provoquerait un résultat semblable.

Qu'ils soient vendus comme aliments ou comme engrais, les tourteaux de chanvre comptent parmi les plus falsifiés. Leurs adultérations seront examinées plus loin.

Tourteau de lin.

Le Lin n'est pas seulement une précieuse plante textile, il produit une graine mucilagineuse et oléagineuse qui , après traitement , laisse le tourteau le plus estimé pour la nourriture du bétail de tous ceux que fournissent les végétaux indigènes.

Bien qu'il réussisse dans les régions méridionales, le lin est plutôt cultivé dans les pays du nord. En France. on l'exploite dans les départements du nord et de l'ouest. La Belgique, la Hollande, l'Irlande, l'Allemagne septentrionale et la Russie sont des pays de culture du lin, et nous recevons leurs produits. Les lins de Riga sont re-

nommés. Les Anglais ont importé et acclimaté le lin dans leurs possessions des Indes , aujourd'hui la graine de lin est un fret pour les navires qui rapportent de

Fruit.

Rameau fleuri.

Fig. 11. — Lin commun [Linum usitatissimum).

Bombay et de Calcutta en Grande-Bretagne. Les Anglais en extraient l'huile qu'ils exportent, mais ils conservent les tourteaux pour nourrir leurs animaux. Ils ont raison. Aussi bien , si la France ne reçoit qu'une

22o DES RESIDUS INDUSTRIELS.

petite quantité de tourteaux de lin de l'extérieur, elle importe de fortes quantités de graines qui, après le traitement industriel, laissent leur résidu. Voici quelques documents qui montreront et l'importance de cette sorte d'importation et les pays exportateurs.

Page 1