‹ Des résidus industriels dans l'alimentation du bétail 1892Chapitre 61 sur 72 · type · texte numérisé non relu

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1 «r repas. — Drèche fraîche 1 k.

Farine quatrième/ 3oo gr.

2' repas. — Trèfle et paille mêlés 1 k. 200

Poudre de viande 60 gr.

3e repas. — Paille 5oo gr.

Tourteau pulvérisé ) 3oo gr.

Poudre de viande ) 70 gr.

§ III. — Résultats pratiques.

Bien que ce qui a déjà été exposé du travail obtenu par les Arabes et les Thibétains et de la vigueur des chevaux auxquels ils distribuent de la chair, n'aie sans doute pas été sans influence sur l'esprit du lecteur, nous voulons, pour achever de le convaincre, lui présenter le. résultat de .deux expériences faites dans des conditions très différentes. L'une, portant sur le cheval, fut exécutée sous la pression de la nécessité, au milieu du tumulte de la guerre et des préoccupations d'un siège; l'autre, suivie dans le calme du laboratoire avec toute la précision et les précautions désirables, concerne le mouton.

Expérience sur le cheval. — En 1870, M. Laquerrière, enfermé à Metz avec son régiment, voyant les ressources fourragères s'épuiser et l'alimentation des animaux dont la surveillance lui était confiée devenir de plus en plus précaire, eut l'idée de recourir à la chair

des chevaux tués ou abattus pour nourrir sa monture, celle de son ordonnance et une vingtaine d'autres. Ce régime commença six. semaines avant la capitulation; tout d'abord la viande fut donnée en petite quantité et associée aux quelques substances végétales qu'on pouvait encore se procurer; à la fin du blocus, les chevaux reçurent exclusivement chaque jour 3 kilogr. de viande cuite et hachée en morceaux. En comparant ce qu'il advint de ces animaux avec ceux qui ne reçurent point de viande , on apprend que dans les derniers temps du siège, officiers et soldats ne pouvaient plus guère monter leurs chevaux et plusieurs officiers envoyèrent les leurs à la boucherie hippophagique plutôt que de les voir souffrir de la faim. M. Laquerrière non seulement conserva le sien, mais continua à le monter; c'est avec lui qu'il s'évada de Metz et arriva jusqu'à la place forte de Langres où nous l'avons rencontré et avons pu constater de visu l'état de son cheval; c'est sur cette bête qu'il partit pour l'armée de la Loire. Des circonstances particulières, complètement étrangères à la santé de cet animal, forcèrent M. Laquerrière à le laisser à Nevers pendant la campagne de la Loire. Des mains de cet officier, ce cheval passa dans celles d'un capitaine d'infanterie auquel il fournit encore un bon service pendant huit ans.

Expérience sur le mouton. — • Elle a été exécutée par M. Regnard à la ferme d'application de l'Institut agronomique. Elle a porté sur six agneaux abandonnés par leur mère et dans l'état le plus déplorable puisque, bien qu'âgés de deux mois, ils ne pesaient en moyenne que 6 kilogr.

M. Regnard en fit deux lots, composés de trois sujets chacun, un mâle et deux femelles. Un de ces lots servait de témoin et les animaux qui le composaient reçu-

rent pendant la durée de l'expérience, qui se prolongea deux mois et demi, une ration composée de 2 kilogr. de betteraves et 5oo gr. de foin. L'autre fut nourri de la même façon , mais reçut en plus du sang desséché et pulvérisé dont on saupoudrait les betteraves. On commença par en donner 10 grammes et en augmentant progressivement on arriva à 8d grammes à la fin de l'expérience. Le tableau ci-dessous condense les résultats obtenus :

Lot recevant du sang.

Lot an régime ordinaire.

Poids Tif au d ftrat de

l'expérience.

Poids Tif à la fin du

S* mois de l'expérience.

Poids vif au début de l'expérience.

Poids vif à la fin da

2* mois de l'expérience.

Mâle

Mâle

6 k. 3oo

Femelle..

Femelle..

Femelle..

Femelle .

Gain total du lot = 2 3 k. o5o

Gain total du lot = 9 k. 45 0

Ces résultats sont très frappants; les agneaux nourris au sang ont plus que doublé de poids , tandis que ceux du lot témoin ont eu une augmentation beaucoup moindre. Leur santé s'est maintenue excellente et M. Regnard nous apprend qu'ils dépassaient en taille et en beauté les agneaux du même âge allaités par leur mère.

Le même expérimentateur se demanda également si une ration riche en matières quaternaires comme celle où entre le sang, n'active pas le développement des phanères qui renferment une notable proportion d'azote. La pesée de la laine fournie par les deux lots en expé-

rience, dont les sujets furent tondus à l'âge de quatre mois et demi, justifia les prévisions; en effet, le lot soumis au régime ordinaire donna au total 555 gr. de laine, tandis que celui qui fut alimenté au sang en fournit 1,060 gr. (i).

Les deux exemples qui viennent d'être fournis sont convaincants. Celui qui concerne le cheval d'armes prouve que cet animal peut puiser fructueusement à la source d'énergie condensée dans le sang et les muscles et que dans des circonstances suprêmes, on ne devra point hésiter à y recourir. La prudence exigerait même qu'on emmagasinât à l'avance, après des préparations ad hoc, ces substances animales.

Quant à celui qui concerne les agneaux, il n'est pas moins suggestif; on ne peut s'empêcher de se rappeler que le jeune herbivore à la mamelle est quelque peu Carnivore puisque la substance dont il se nourrit, le lait, est d'origine animale et qu'à cette période il n'est pas atteint par quelques affections pour lesquelles il aura plus tard une grande réceptivité. Il était donc rationnel de songer à lui distribuer du sang à ce moment; l'expérimentation a montré que c'était chose pratique et que l'accroissement en était favorisé. Plus tard, la pousse de la laine s'accroît très largement, c'est une seconde considération qui a sa valeur.

(i) Regnard, Recherches sur les résultats de l'alimentation azotée chez les herbivores, dans les Comptes rendus de la Société de Biologie, 1882. — Influence du régime azoté sur la production de la laine, ibidem.

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