CHAPITRE PREMIER
GENERALITES SUR LES EPITHELIOMAS CUTANES
Les épithéliomas cutanés sont des tumeurs résultant d'une prolifération atypique de l’épiderme et de ses annexes (Darier). On leur reconnaît le plus souvent une étiologie variable, mais pour laquelle, dans la majorité des cas, nous retrouvons la théorie irrilalive du cancer : soit une lésion ahronique quelconque (lupus, vieille fistule, cicatrice de brülure); soit un traumatisme unique ou répété; soit une action chimique, par contact répété (cancers professionnels, des goudronneurs par exemple); soit une irritation physique,
par les radiations lumineuses, les rayons X, agents produc-
teurs des dermatoses précancéreuses (notons à ce sujet les travaux intéressants de Roffo sur les tumeurs épithéliales développées chez les rongeurs par les irradiations solaires).
Aussi fréquents chez l'homme que chez la femme, les épithéliomas cutanés se développent surtout à un âge avancé; les baso-cellulaires débutant d'ordinaire à un âge moins avancé que le cancroïde (Dubreuilh)
On les rencontre surtout à la Lêle et en particulier à la face, où ils constituent 93 p. 100 des cancers cutanés (Borrmann). Puis nous les trouvons, bien moins fréquemment, aux membres (surtout aux mains), au tronc, aux organes génitaux.
Ils se présentent cliniquement sous des aspects variés et différents suivant la nature histologique : les uns étant constitués de cellules semblables et fertiles, qui ne donnent pas de lignées différenciées : ce sont les baso-cellulaires; les autres formant des lignées cellulaires latérales et stériles, susceptibles de se différencier plus ou moins typiquement en des sens divers : ce sont les épithéliomas épidermoïdes
(ou spino-cellulaires), les épithéliomas sudoripares et séba-
cés, les épithéliomas parvimenteux mixtes.
a) LES ÉPITHÉLIOMAS BASO-CELLULAIRES. — Ils se montrent
sous les formes cliniques suivantes
1° Forme ulcéro-cicatricielle; c'est la forme typique l’uleus rodens;
2° Formes ulcéreuses atypiques : soit la forme érasire superficielle de Sézary et Lefèvre; soit au contraire la forme térébrante, qui détruit profondément sans infiltration préalable;
3° Forme superficielle correspondant à l'épithélium plan superficiel:
4° Forme sclérodermique : c'est le rodent ulcer morphæijorme des auteurs allemands;
5° Forme globulaire.
b) LES ÉPITHÉLIOMAS ÉPIDERMOÏDES., — Ils donnent, à côté de l’ulcère cancroïdal infiltrant, qui est la forme la plus fréquente |
— des formes superficielles peu infiltrantes, et — des épithéliomas végétants (cornes, épithéliomas condylomateux).
c) LES ÉPITHÉLIOMAS SUDORIPARES ET SÉBACÉS. — Ils se conlondent macroscopiquement avec les cancroïdes ou les ulcus rodens.
d) LES ÉPITHÉLIOMAS PAVIMENTEUX MIXTES OU INTERMÉDIAIRES. — Ils rappellent cliniquement les épithéliomas baso-cellulaires.
Darier et Ferrand trouvent, sur 100 épithéliomas cutanés :
50 spino-cellulaires; 39 baso-cellulaires; ; 15 pavimenteux mixtes,
L'évolution de ces épithéliomas offre un grand intérêt au point de vue pronostic et traitement. Les épithéliomas basocellulaires sont de « bons » épithéliomas; ils se développent lentement; ils évoluent en surface; ils respectent les voies lymphatiques (on ne cite que 6 cas dans toute la littérature d'envahissement ganglionnaire); ils ne donnent pas de métastases.
Les spino-cellulaires, auxquels il faut rattacher les épithé. liomas pavimenteux mixtes et ceux des glandes annexes de la peau, présentent : une croissance rapide; une extension en profondeur; une précocité d’envahissement des voies lymphatiques et des ganglions.
A côté de ces tumeurs épithéliales fréquentes peuvent se développer des métanomes malins, qui prennent leur point de départ le plus souvent d’un nævus pigmentaire (nævocarcinome), mais qui peuvent prendre naissance d'emblée
sur une peau saine; rares (35 cas sur 686 épithéliomas cutanés vus en 15 ans à la Clinique dermatologique de Zurich [Miescher]), ils se caractérisent par une tumeur, soit bombée, soit plane, de teinte noire ou brunâtre; une malignité très grande, due à un envahissement précoce des voies Iymphatiques et des vaisseaux sanguins.
Nous ne pouvons pas terminer ce chapitre sans préciser les propriétés radio-biologiques des épithéliomas cutanés, telles que l’état actuel de la science permet de les considérer.
La conception ancienne de Darier, vraie avec les moyens de l’époque, suivant laquelle seuls les baso-cellulaires étaient radio-sensibles (Congrès international de Berlin, 1904), a été démontrée inexacte dans la suite grâce aux progrès réalisés par les méthodes radiothérapiques. Si les baso-cellulaires présentent en général un degré très favorable de radiosensibilité, de nombreux spino-cellulaires disparaissent aujourd'hui avec la même facilité que les premiers avec les moyens radiothérapiques actuels. Les adéno-carcinomes, des elandes sudoripares, offrent une radiorésistance assez marquée. Les nævo-carcinomes présentent un très faible degré
de radiosensibilité, et il n'y a encore aucune observation de guérison par l’action élective des radiations.
En présence de toute lésion cutanée suspecte où même typique, l'examen n'est complet que lorsqu'une biopsie à indiqué la nature exacte de la lésion; elle permet un diagnostic exact, précoce en même temps qu'un diagnostic de malignité et de curabilité. Elle nécessite un prélèvement bien fait, qui sera un biopsie exérèse dans le cas de petites lésions, ou intéressera le bord de la lésion dans les autres cas. Elle sera alors, de préférence, pratiquée immédiatement avant l'acte thérapeutique. Aïnsi elle ne présentera aucun danger; sauf dans un cas où elle est formellement déconseillée : c’est pour le mélanome, à moins de détruire du même coup et dans les conditions voulues l’ensemble de Ja lésion.