‹ Des rétinites secondaires ou symptomatiquesChapitre 40 sur 49 · OBSERVATION XXXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXII

Rétinite pigmentaire ; irido-choroïdite.

Le nommé Boucton, âgé de 48 ans, entre, le 25 septembre 1867, à l'hôpital Saint-Louis, salle Sainte-Marthe, lit n" 2.

Cet homme a travaillé pendant vingt-cinq ans à la fabrication des vins mousseux. Cette profession exige le séjour dans les caves, dans une humidité constante et à une lumière artificielle.

Il conserve une bonne vue jusqu'à 18 ans. A cette époque, un fragment de verre pénètre dans son œil droit et y détermine une violente inflammation; obligé de suspendre son travail pendant deux mois, il n'a jamais recouvré une vision parfaite de ce côté.

Maintenant, il ne fait que distinguer les gros objets et compter ses doigts ; mais, chose singulière, pour qu'il puisse voir un objet, il faut que celui-ci soit placé à une distance ordinaire, du côté externe de l'œil, car de face et du côté interne il ne voit pas. Nous en verrons bientôt la cause.

L'œil gauche a reçu, il y a dix-huit ans, un coup de bouchon d'eau de Seltz; la cécité fut complète pendant trois semaines; les antiphlogistiques lui rendirent la vue, et, au bout de quelques mois, il put reprendre ses travaux.

Depuis trois ans, sa vision baisse d'une manière progressive, par suite, dit le malade, de la suppression d'hémorrhoïdes fluentes. Il accuse du brouillard, de la diplopie ; depuis neuf mois, il ne peut plus lire^ et, depuis sept, il a été obligé de cesser tout travail.

Dans l'œil gauclie, le cristallin est atteint d'une cataracte lenticulaire, étoilée, déjà assez avancée pour ne pas permettre l'éclairage ophthalmoscopiquc.

Dans l'œil droit, le champ papillaire offre trois cônes pseudo-membraneux, situés, deux à son côté externe et six à son côté interne, provenant d'une ancienne iritis et qui contractent la vue de ce côté. Pas de synéchies. '

Ces pseudo-membranes n'empêchent pas l'examen ophthalmoscopique, et on peut constater une choroïdo-rétinite d'un aspect tigré magnifique. La papille, atrophiée, surtout dans sa moitié externe, est d'un blanc pâle, sur lequel on distingue de petits points bleuâtres, formés par la lame criblée. Une seule veinule existe en haut. En bas, on trouve une artériole et une veine; encore ces vaisseaux sont-ils d'une petitesse extrême ; à peine s'ils émettent dans leur parcours deux ou trois ramifications, et ils se perdent avant d'arriver à la périphérie de la rétine. Les vaisseaux choroïdiens sont aussi en trèspetit nombre, espacés et séparés par des intervalles d'un jaune pâle. La région de la macula et toute la moitié externe de la rétine offrent à peu près leur coloration rouge normale, mais entre la macula et la pupille on remarque une tache de pigment large comme la papille, ayant la forme d'un quadrilatère, dont les angles se prolongeraient en pointe. Depuis la macula jusqu'à l'om serrata, la rétine est infitrée de dépôts pigmentaires ; dans sa moitié externe, elle parait mieux conservée. La teinte générale est moins pâle, l'infiltration de pigment moins considérable; du reste, la choroïde a conservé sa couche épithéliale interne dans presque toute son étendue et ne montre quelques vortices qu'à la périphérie. Cette disposition nous explique pourquoi cette partie est encore restée sensible et permet un certain degré de vision.

Dans cette observation, nous constatons de la manière la plus évidente l'origine inflammatoire de la pigmentation rétinienne ; et la suite de la blessure par un fragment de verre, de violentes douleurs se déclarent, l'œil devient rouge, gonflé. Les pseudomembranès pupillaires, qui persistent encore, nous permettent de conclure à une crido-clioroïdite. La rétine a reçu le contrecoup du traumatisme; qu'elle soit enflammée d'une manière aiguë ou lente, peu importe, elle s'est laissée pénétrer par le pigment choroïdien et il est à remarquer que c'est précisément

dans les endroits où la choroïde est le moins malade , le plus pourvue d'épithélium que la rétine offre une pigmentation moins marquée. 11 semble donc bien claire qu'il n'y a pas eu ici production de pigment nouveau, mais transport et irrégulière répartition du pigment choroïdien normal.

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