‹ Des Rétractions Tendineuses et de l'Amyotrophie: Consécutives aux Attitudes Stéréotypées dans les PsychosesChapitre 14 sur 40 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Obs. IT du mémoire de A. Cullerre.)

Folie de la lactation. Dépression mélancolique, suivie d’une crise maniaque violente. Puis, stupeur confusionnelle, phénomènes cataleptoïdes, sialorrhée, gâtisme, contractures des membres supérieurs et particulièrement des fléchisseurs de la main, et suivies de rétraction fibreuse à droite, Amélioration mentale, puis rechute ; démence. La rétraction s'est limitée aux deux derniers doigts de la main droite.

V..., femme G..., vingt-huit ans. Mariée depuis quatre ans. Elle a un enfant de trois ans qu’elle a nourri dix-huit mois et aussitôt après un second qu'elle allaitait depuis trois mois quand peu à peu ses seins se sont taris et son intelligence a commencé à se troubler. Après une période de dépression hypocondriaque de trois mois, éclate une violente agitation maniaque qui nécessite son admission à l'asile le 13 février 1889. A cette période d’agitation succéda, au bout de six semaines un état de stupeur subaiguë avec confusion mentale profonde, tendances cataleptoïdes, sialorrhée, rigidités musculaires des membres supérieurs. Lorsqu'on fait mouvoir ces membres, ôn éprouve une résistance marquée et ils conservent l'attitude qu'on leur donne ; les fléchisseurs de l’avant-bras droit et de la main sont le siège d’une contracture particulièrement intense : le médius, l’annulaire et l’auriculaire fortement fléchis dans le creux de la main, y ont déterminé des excoriations nettement marquées. L'activité mentale est très restreinte, il y a du gâ- tisme,

Retirée par sa famille dans un état d'amélioration assez

marqué en juillet. Elle a néanmoins conservé une contracture

des trois derniers doigts de la main droite. Elle est ramenée en novembre, en proie à un violent délire avec hallucinations, idées puériles de persécution et tentative d'incendie, L'intelligence est nettement affaiblie, la mémoire paresseuse, les réponses

lentes et embarrassées, l'attitude débraillée. On examine la

main et on constate que la contracture dont elle était le siège

aen partie disparu Cependant les deux derniers doigts conservent un certain degré de flexion et ne peuvent être complètement étendus, en raison sans doute d’une rétraction musculaire qui paraît définitive.

La malade raconte que sa main.s’est subitement ouverte il y

aun mois pendant qu'elle lavait la vaisselle ; l’hystérie ne

paraît cependant pas être en cause car, à part une légère

hypoalgésie génétfalisée et explicable par l’obtusion mentale, on

ne trouve aucun stigmate de cette affection. [l n'y a notamment ni rétrécissement du champ visuel, ni dyschromatopsie.

La malade est tombée peu à peu dans la démence agitée avec gâtisme.

En janvier 1890, on constate chez elle un nouveau trouble moteur de forme spasmodique : tout à coup une contraction brusque et latérale des muscles du cou amène ia face dans la direction de l’une ou de l’autre épaule, puis la tête reprend sa position normale.

Au mois d'octobre, le tic a disparu, la dépression a fait de nouveau place à l'agitation avec logorrhéé incoercible, Finalement la malade succombe dans l'épuisement le plus profond à

une crise de délire aigu le 22 février 1891.

A l’évolution accélérée de cette psychose de la lactation répond une difformité devenue rapidement

irrémédiable. Après six semaines d’agitation mania- que s’installe le syndrome catatonique avec ses trou- bles secréloires, ses phénomènes musculaires, d’abord cataleptiformes, puis à forme de contracture avec spasme des muscles de l’avant-bras droit et de la main. Le spasme est si intense que la paume de la main en eslexcoriée.

Dans une période de rémission, la contracture cesse brusquement, à la façon d’une contracture hystérique bien que la malade ne présente aucun des stigmates de cette névrose ; mais des modifications se sont produites dans les muscles contracturés ; des rétractions tendineuses se sont formées, ellés sont

définitives, car la malade ne pourra. plus désormais étendre les deux derniers doigts de la main droite.

Il est intéressant de noter que la lésion ne s’est développée que d’un côté et que le membre supérieur gauche est demeuréintact.

Enfin, la vulnérabilité du système musculaire, chez cette malade, est encore corroborée par cette sorte de spasme choréiforme qu’elle a manifesté pendant plus de neuf mois dans les muscles du cou et qui, sans cause apparente, disparut comme il était venu.

OBSERVATION II (Personnelle)

Débilité mentale, — Mélancolie simple suivie de stupeur. — Rétractions tendineuses de la main droite, — Guérison du trouble mental

D... Louis, trente-quatre ans, cultivateur, célibataire, admis le 19 août 1903 à l'asile de La Roche-sur-Yon.

Malade depuis quatre mois environ. Il est tombé dans la tristesse, a commencé à avoir des craintes, celle, en particulier d’être renvoyé par son patron ; puis des idées de suicide, l’idée de se. noyer, de s'empoisonner, et enfin un véritable délire panophobique : les gendarmes vont venir pour l'emmener en prison ; cris, mouvements de fuite, insomnie totale, agitation.

C’est la première fois qu'il présente des troubles mentaux ; c'est un débile au physique et au moral ; il aime assez à boire quand il en trouve l’occasion. Il n'a pas fait de maladies graves, à part deux fluxions de poitrine avant l'âge de vingt ans. Il est fils unique, son père est mort phtisique au milieu d’accidents délirants. Sa mère est normale, mais le père de cette dernière est mort en enfance à soixante treize ans.

A son entrée, D..., présente le syndrome mélancoliqüe, idées d’indignité, de culpabilité, crises anxieuses violentes ; il veut qu'on le guillotine. Refus d'aliments. Bientôt il tombe dans une stupeur profonde avec mutisme et immobilité absolue.

En avril 1904, il y a une légère amélioration, il commence à s'occuper de ce qui l'entoure, à répondre aux questions qu'on Jui pose. En l’examinant, on constate certains phénomènes du côté de la main droite. Les trois derniers doigts sont immobilisés dans une demi-flexion par suite de la rétraction ‘des

tendons fléchisseurs. Les premières phalanges sont fléchies sur

- le métacarpe, les deuxièmes sur les premières, les troisièmes seules sont libres: toute extension de ces trois doigts .est impossible. Îl n’y a pas d’atrophie des muscles de la main et de l’avant-bras. Interrogé sur cette infirmité, le malade répond qu'elle s’est installée depuis sa maladie, qu'auparavant elle n'exislait pas.

La rétraction a diminué dans la suite, sans disparaître complètement, et il put aller au travail des champs. Après plu-sieurs mois, cette légère infirmité ne le gênait en rien pour le maniement des outils (pioche, pelle, brouette etc.). |

C'est un débile mental et un dégénéré physique bien caractérisé. Sa taille est de 1 m. 57 et son envergure de 1 m. 645 (plus grande que la taille). Il est porteur d’une volumineuse hernie inguinale droite. Les organes génitaux, quoique bien conformés, sont de petite dimension. Le corps est semé de nombreux nœvi, surtout sur la région postérieure : ils sont de la grosseur d’un grain de mil jusqu’à celle d’une pièce de 5o centimes. On peuten compter jusqu'à quarante.:La tête est globuleuse, petite avec légère asymétrie faciale, Les oreilles sont à lobule sessile, celle de gauche portant au niveau du lobule, rudimentaire, une encoche profonde qui. le divise en deux parties. Pas d’anomalie de l'iris. Genu valgum. Pieds plats, scoliose.

Après plusieurs mois d'une amélioration continue, le malade,

sur sa demande, a été remis en liberté le 28 février 1909.

Chez ce malade, nous avons affaire à une stupeur mélancolique pure et simple, sans phénomènes catatoniques, affection mentale bénigne et dont la guérison s’est maintenue, puisque le malade, depuis

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