‹ Des Rétractions Tendineuses et de l'Amyotrophie: Consécutives aux Attitudes Stéréotypées dans les PsychosesChapitre 15 sur 40 · EN SU ES · texte numérisé non relu

EN SU ES

trois ans, n’a pas été réintégré. Il ne s’agit pas de ce qu’on appelle démence précoce, mais de folie des dégénérés. Et pourtant, la période de stupeur, par l'immobilité qu'elle a entrainée, a provoqué dans les fléchisseurs de l’avant-bras droit des troubles trophiques dont la conséquence est une légère rétrac-

tion tendineuse définitive.

OBSERVATION II (personnelle)

Dépression mélancolique de forme anxiceuse suivie de stupeur. Rétractions tendineuses de la main droite. — Retour de la mélancolie anxieuse suivie de stupeur avec phénomènes catatoniques. Rétractions tendineuses de la main gauche,

G... Maria-Elise, femme B..., trente-deux ans, cultivatrice, entrée le 12 novembre 1904, sortie à titre d'essai le 12 juillet

Père mort à trente ans, de fièvre typhoïde, mère, cinquante ans, bien portante ; aïeul maternel aliéné, s'est noyé volontairement ; une cousine éloignée aliénée. Quatre sœurs mariées avec enfants très bien portants.

Mariée à vingt ans, elle a eu sept enfants qui sont vivants, sans accidents sauf une fausse couche de trois mois et demi -entre le troisième et le quatrième. Elle n’en a nourri aucun. Elle n’a jamais fait de maladie grave; les règles, habituellement régulières, ont depuis quelque temps cessé de l'être et sont devenues douloureuses. |

Au mois de mars 1904, elle a commencé à changer, à se

plaindre de rêves pénibles et terrifiants, à devenir triste, puis

excitée, avec des alternatives des deux états, puis du délire : « Elle va mourir, fait ses adieux à tous, demande pardon,etc. », La crise s’apaise au bout d’un mois. Après une quinzaine, elle recommence à délirer, s’imagine queson mari et ses voisins ont de l’animosité contre elle, on lui cache quelque chose, elle est anxieuse, il va arriver des malheurs, et elle manifeste des idées de suicide par submersion. Nouvelle accalmie, puis nouvelle rechute ; garde le lit, refuse les aliments, négativisme complet,

ne veut pas se lever, changer de linge, stupeur complète.

Vers le mois d’août on remarque que sa main droite ne peut plus's’ouvrir complètement. Le médecin ordonne des frictions médicamenteuses, du massage, une gymnastique spéciale, le tout sans résultat.

Vers D bre nouvelle période d’excitation, elle veut se lever, veut sortir, manifeste des inquiétudes, émet des idées mélancoliques de persécution.

Elle entre le 12 novembre. Elle est alors dans la stupeur, avec mutisme, immobilité complète, ne répondant que de rares monosyllabes ; sialorrhée ; la salive s'accumule mécaniquement dans la bouche qu'elle distend jusqu’à ce que le trop plein s'écoule en bavant au coin des lèvres. Elle ne se rappelle rien, pas même son âge, paraît désorientée. De temps en temps, elle s’excite un peu, parle de la sainte Vierge, qu’elle dit avoir vue vêtue d'une longue robe bleue, un rameau dans la main. Les fonctions physiologiques ne sont pas altérées, parfois elle urine au lit. L'état général est mauvais : elle est amaigrie, les téguments sont pâles et anémiés. Îl n’y a pas de raïdeurs cataleptiformes générales, mais la main droite est dans un état de de demi-flexion invincible : les phalanges fléchies sur les méta-

-carpiens et les phalangines sur les phalanges. On peut étendre

DANCE Fe à peu près complètement les phalangettes, mais les phalanginés restent à demi fléchies, les tendons rétractés, surtout aux trois derniers doigts. Il ya des troubles vaso-moteurs ; bien que cachée dans le lit, chaude et moite. la main est bleue et un peu gonflée.

12 janvier, — En examinant attentivement la main gauche qui est aussi un peu bleuâtre, on constate que les trois derniers doigts sont le siège d'une rétraction commençante. On ne peut les étendre entièrement comme à l'état normal. Malgré l’état de stupeur, la sensibilité est conservée et la malade retire ses mains quand on la pique,

22 février. — L'état mental s'améliore : elle a parlé, répond aux questions qu'on lui pose, demande à travailler, dit que ses doigts, bien que fléchis, ne la géneront pas. Depuis le mois de janvier, les deux derniers doigts de la main droite ont vu leur contracture augmenter encore ; ils sont dans une demi-flexion complète, on constate même des épaississements et des nodosités sous la peau de la région palmaire. La main gauche, au contraire, s'ouvre mieux. Sous l'influence d’injections de cacodylate de soude. l’état général s’est notablement amélioré.

5 mars. — La malade a ses règles, et retombe dans la stupeur précédente avec sialorrhée.

12 juillet. — Après quelques alternatives de stupeur, le mieux a reparu, et eile s'occupe un peu, mais, sans iniliative. Elle parle peu, est d'humeur instable, tantôt crises de pleurs, tantôt rires sans motif. La contracture de la main droite s’est améliorée et il ne subsiste plus qu'une demi-flexion irréductible des deux derniers doigts droits.

Retirée à titre d'essai par sa famille, elle n’a pas été réin-

tégrée.

Die

Voilà une femme dont l'affection mentale paraît avoir été occasionnée par l'épuisement consécutif à des couches répétées. Elle a fait huit grossesses en moins de onze ans, dont sept enfants à terme, et vivants. C'est une prédisposée. Après une période mélancolique de quelques semaines survient une phase stuporeuse et aussitôt le médecin qui la soigne constate la contracture des fléchisseurs de la main droite contre laquelle il s’efforce en vain de lutter. La stupeur est entrecoupée de crises d’excitation ; des troubles secrétoires surviennent (sialorrhée), puis des troubles vaso-moteurs (œdème et cyanose des mains). Pendant ce temps, la contracture persiste à droite et commence à s'installer à gauche. Enfin l’état mental s'améliore un peu, assez pour motiver un retour dans sa famille : la contracture a disparu à gauche sans laisser de résidu, c’est la dernière venue ; elle a disparu à droite également, mais en laissant une légère rétraction fibro-tendineuse aux deux derniers doigts de la main, rétraction qui paraît devoir être définitive.

Notons, au point de vue du diagnostic, l'intégrité de la sensibilité qui écarte toute idée d'hystérie. Les contractures hystériques, en effet, d’après les auteurs classiques, sont toujours superposées à l’anesthésie des pariies atteintes.

Au point de vue psychiâtrique, il semble bien que l’évolution naturelle du mal penche vers une démence progressive. Nous devons observer toutefois qu'il ne: semble s’agir que d’une démence rapide et non dela véritable démence précoce décrite par Kræpelin.

Se

2° RÉTRACTIONS TARDIVES

Dans deux observations, nous avons constaté l’apparition desphénomènes de contracture à une période avancée de la maladie mentale, plusieurs années après son explosion.

OBSERVATION IV (communiquée par M. le D' Anglade).

Phase aiguë de forme mélancolique suivie de stupeur prolongée ;.phase d’excitation maniaque avecattitude et gestes stéréotypés. Affaiblissement général,gätisme, sialorrhée, démence, négativisme. Rétraction progressive des doigts de la main gauche avec atrophie des fléchisseurs et des interosseux.

B:= Marguerite, trente-huit ans, marchande ambulante, est admise à l'asile de Château-Picon le 3 février 1899.

Aucun renseignement sur ses antécédents héréditaires et personnels.

Certificat de quinzaine : Q Atteinte de lypémanie, est dans un état de demi-stupeur, s'occupe passivement, silencieuse, fait des réponses lentesettardives ; n’a pasla notion du temp s «ne peut penser ».

Son état ne donne lieu à aucune remarque particulière pendant plusieurs années.

26 novembre 1903. — Chantonne à voix basse des mots incompréhensibles ; mouvements automatiques de la main droite prédominant au niveau du pouce. Mange bien.

Plus tard, on constate encore les faits suivants : « Parle

EU LE * constamment et remue sans cesse les doigts de la main droite. Règles constatées le 26 janvier 1905.»

13 février 1905. — Fatiguée, amaigrie. L’auscultation est difficile, la malade chantonne constamment. En avant à gauche on croit entendre quelques craquements ; en arrière submatité de tout le poumon gauche avecprédominance au som- : met; râles sous-crépitants dans la moitié supérieure de ce : même poumon. À droite les signes sont moins accusés.

26 avril 1905. — Mauvais état général ; elle passe dans un quartier d'affaiblis.

21 mars 1906. — Le matin à 7 heures, la malade fait son lit et tombe subitement dans le dortoir, Dans sa chute elle se fait au front une plaie de plusieurs centimètres qui guérit sans complication.

2 juillet 1906. — Ktat physiqne toujours précaire. Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.

24 juin 1907. — S’alimente, ne répond pas, marmotte des mots incompréhensibles. Hypersécrétion salivaire ; gâte intercurremment ; garde le lit.

30 septembre 1907. — Sialorrhée continuelle, tout DéraN gâteuse, ne prête aucuneattentionaux paroles qu’on prononce autour d'’elle,se lève et se promène quand on veut la tenir au lit, et, si on veut la tenir levée avec les autres malades, elle monte aussitôt se coucher.

5 novembre 1907. — Même attitude, mêmes mouvements

. automatiques associés de la main droite et de la tête.

« Depuis quatre ans que j’observe cette malade (D: Anglade) j'ai assisté à la rétraction progressive | des doigis de la main gauche.

Cette rétraction a abouti à l'immobilisation complète du médius, de l’annulaire et de l’auriculaire, en flexion avec extension des phalangettes. L'index et le pouce conservent des mouvements très limités. D'ailleurs le malade à perdu l'habitude de se servir

de la main gauche. L’atrophie musculaire est très

prononcée au niveau des intérosseux et des muscles

\ nous a été communiqué par M. le D' Annous le prions d’agréer nos remerciements s sincères.

de l’avant-bras. »

Voilà une malade, qui, bien qu’en état de stupeur dès le début de sa maladie, qui a tous les caractères de la démence progressive, ne semble cependant n'avoir fait de la contracture des fléchisseurs de la

Cullerre n)

Page 1