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Mais nous savons d’ailleurs qu’un état émotionnel triste, s’il favorise les contractures, n’y esl pas indispensable : l’immobilité suffit seule, comme le montrent les faits si curieux publiés par le professeur Brissaud. Il a montré en effet que parfois chez certains individus la fonction professionnelle pouvait produire un spasme suivi d’une atrophie des muscles spécialement destinés à la fonction, tel le cas d’un batteur de beurre, celui d’un tourneur de bouchons. Dans cette dernière profession l’ouvrier tient de la main droite son couteau bien affilé, et de la main gauche le morceau de liège à tailler. Il le tient avec les trois premiers doigls el, pour ne pas couper les autres, il les maintient fortement fléchis en permanence. À la longue, les deux derniers tendons fléchisseurs subissent une rétraction dystrophique qui constitue une véritable maladie de Dupuytrén limitée aux gaines des deux derniers doigts et de la partie interne de la face palmaire. Contrairement à ce qui se passe habituellement dans la maladie de Dupuytren où est impliquée une action extérieure plus ou moins brutale exercée sur la face palmaire par l’outil dont se sert le malade, la déformation, dans ces cas survient à la suite. d’une irritation permanente exclusivement intérieure. La flexion volontaire des deux derniers doigts chez le cordier produit d’abord un état spasmodique, et la rétraction définitive ne vient qu’ensuite., « Dans la crampe des écrivains, ajoute l’auteur, et en général dans les crampes professionnelles, où les troubles trophiques ne sont pas
rares, On voit se succéder ces trois ordres de phénomènes : contraction répétée, contracture spasmodique, atrophie musculaire (1). »
Un phénomène tout à fait analogue a été observé par MM. Meige et Féindel.
YA propos du torticolis mental, ces auteurs signa-
lent des cas où, en même temps que l'hypertrophie des muscles qui sont le siège du tic, on constate l’atrophie des antagonistes. Ce trouble de nutrition, bien que bénin d'habitude, peut, dans les cas de
longue durée se compliquer de rétractions tendineuses qui entraînent des déformations permanentes (2).
Si nous rapprochons ces vues théoriques des constatations que permettent de faire nos observations, nous voyons que, dans un cas, l'immobilité semble avoir joué dans la production de la contracture et de la rétraction fibreuse consécutive, un rôle à peu près exclusif (Obs. Il).
Dans un plus grand nombre de cas l’immobilité était liée à un état catatonique, c’est-à-dire à une sorte d'opportunité de contracture (obs. I, IIT. V). Enfin dans la majorité des cas, il y a à la fois immobilité catatonique, stéréotypie, c’est-à-dire attitude irrationnelle, et intervention d’un élément psychique, obsession (obs. IX); geste de défense (obs. X); idée délirante (obs. XI). Il s’agit donc, en somme,
1. Brissaud, Société de Neurologie, 4 décembre 1902. 2, Henry Meige et E. Feindel. Les Tics et leur Trailement. Paris, 1902.
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d’un phénomène d'origine assez complexe et duquel on ne saurait totalement éliminer l’action des régions corticales du cerveau.
Cela nous conduit à examiner comment on peut, physiologiquement,.en concevoir une explication rationnelle. |
$ 2. — Physiologie pathologique de la contracture
La contracture, si elle ne peut être définie d’une façon satisfaisante, peut être considérée comme une exagération morbide et la tonicité normale du muscle.
Vulpian pense que le centre du tonus musculaire est dans la moelle épinière. Elle agirait d’une façon incessante sur tous les membres par les nerfs moteurs pour y maintenir la tonicité musculaire. Cette action continue de la moelle serait provoquée par des stimulations excito-motrices centripètes provenant soit des muscles eux-mêmes, soit des téguments périphériques (1).
Pour Richet, il est impossible de révoquer en doute la tonicité, mais on ne peut guère lui assigner de cause précise. « Ce qu’il y a de plus vraisemblable, c’est que, pendant la vie, une série d’excitations
1. Vulpian, Dict. encyclopédique des Sciences médicales, t. VIIL. | | ;
sensitives, faibles, incessantes, remontent vers les cellules nerveuses centrales et les maintiennent constamment dans un état de demi-activité réflexe. Les contractions musculaires, le contact de l’air et de l'oxygène avec les téguments externes, le contact de la paroi interne des vaisseaux avec le sang, les changements chimiques interstitiels des tissus, sont toutes excitations qui maintiennent la moelle dans un état tonique. Peut-être cet état actif de la substance nerveuse dépend-il de la circulation du sang dans la moelle » (1).
Charcot (2), Brissaud (3), soutiennent la théorie médullaire du tonus musculaire, et l’hypertonicité consécutive aux lésions du faisceau pyramidal serait causée par l’irritation mécanique des cellules motrices de la moelle.
Van Gehüchten (4), Grasset (5) admeltent que le tonus musculaire est un réflexe dont le centre est daus les cellules des cornes antérieures de la moelle, wais ils soutiennent qu’au-dessus de ces cellules radi-
culaires siègent des centres régulateurs qui, par leur
. Ch. Richet. Physiologie des muscles et des De
Paris, 1882.