‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 10 sur 263 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

iîouvernée par des abus , le peuple vo\ilait tout faire par lui-uiêine.

Carthage, qui faisait la guerre avec son opulence contre la pauvreté romaine , avait , par cela même , du désavantage : l'or et l'argent s'épuisent ; mais la vertu , la constance, la force et la pauvreté ne s'épuisent jamais.

Les Romains étaient ambitieux par orgueil , et les Carthaginois par avarice ; les uns voulaient commander , les autres voulaient acquérir; et ces derniers, calculant sans cesse la recette et la dépense , firent toujours la guerre sans l'aimer.

Des batailles perdues , la diminution du peuple , l'affaiblissement du commerce, l'épuisement du trésor public, le soulèvement des nations voisines , pouvaient faire accepter à Carthage les conditions de paix les plus dures ; mais Rome ne se conduisait point par le sentiment des biens et des maux ; elle ne se déterminait que par sa gloire; et comme elle n'imaginait point qu'elle pût être si elle ne commandait pas , il n'y avait point d'espérance, ni de crainte, qui pût l'obUger à faire une paix qu'elle n'aurait point imposée.

Il n'y a rien de si puissant qu'une république où l'on observe les lois, non pas par crainte , non pas par raison , mais par passion , comme furent Rome et Lacédémone ; car pour lors il se joint à la sagesse d'un bon gouvernement toute la force que pourrait avoir une faction.

Les Carthaginois se servaient de troupes étrangères , et les Romains employaient les leurs ' . Comme ces derniers n'avaient jamais regardé les vaincus que comme des ins-

' [Carthage étant établie sur le commerce , et Rome fondée sur les armes, la première employait des étrangers pour ses guerres, et les citoyens pour son tralic; l'autre se faisait des citoyens de tout le monde, et de kes citoyens des soldats. (Saint-Ëvivioiond.»]

trumentspour des triomphes futurs, ils rendirent soldat: tous les peuples qu'ils avaient soumis ; et plus ils euren de peine à les vaincre , plus ils les jugèrent propres à êtn incorporés dans leur république. Ainsi nous voyons le; Sanmites, qui ne furent subjugués qu'après viugt-qiiatri triomphes ' , devenir les auxiliaires des Romains ; et, quel que temps avant la seconde guerre punique, ils tirèren d'eux et de leurs alliés , cest-à-dire d'un paj^s qui n'étai guère plus grand que les États du pape et de Naples , sep cent mille hommes de pied, et soixante-dix mille de che val , pour opposer aux Gaulois ^

Dans le fort de la seconde guerre punique , Rome eu toujours sur pied de vingt-deux à vingt-quatre légions cependant il paraît par Tite-Live que le cens n'était pou lors que d'ejiviron cent trente-sept mille citoyens.

Carthage employait plus de forces pour attaquer ; Rome pour se défendre ; celle-ci , comme on vient de dire , arm; un nombre d'hommes prodigieux contre les Gaulois et An nibal qui l'attaquaient, et elle n'envoya que deux légion contre les plus grands rois : ce qui rendit ses forces éternelles.

L'établissement de Carthage dans son pays était moin solide que celui de Rome dans le sien : cette dernière avai trente colonies autour d'elle , qui en étaient comme le; remparts^. Avant la bataille de Cannes, aucun allié m

■ Florus, liv. I, ch. XVI.

' Voyez Polybe. Le Sommaire de Florus dit qu'ils levèrent trois cen mille liommcs dans la ville et chez les Latins.

2 TiTE-LiVE, liv. XXVII, ch. ix et x. — [Os colonies, établies dt tous cotés dans l'empire, faisaient deux effets adniiral)les : l'un , de décharger la ville d'un grand nombre de citoyens , et la plupart pauvres l'autre, de garder les postes principaux , et d'accoutumer peu à peu les peuples étrangers aux mœurs romaines. (Bossuet, Disc, sur l'Hisl. uniV; troisième partie, ch. vi.)]

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