‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 11 sur 263 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'avait abandonnée : c'est que les Samnites et les autres peuples d'Italie étaient accoutumés à sa domination.

La plupart des villes d'Afrique étant peu fortifiées se rendaient d'abord à quiconque se présentait pour les prendre ; aussi tous ceux qui y débarquèrent , Agathocle , Régulas , Scipion , mirent-ils d'abord Carthage au désespoir.

On ne peut guère attribuer ({u'à un mauvais gouvernement ce qui leur arriva dans toute la guerre que leur fit le premier Scipion : leur ville et leurs armées même étaient affamées, tandis que les Romains étaient dans l'abondance de toutes choses ' .

Chez les Carthaginois , les armées qui avaient été battues devenaient plus insolentes ; quelquefois elles mettaient en croix leurs généraux , et les punissaient de leur propre lâcheté. Chez les Romains, le consul décimait les troupes qui avaient fui , et les ramenait contre les ennemis.

Le gouvernement des Carthaginois était très-dur ^ : ils avaient si fort tourmenté les peuples d'Espagne, que, lorsque lesRomains y arrivèrent, ils furent regardés comme des libérateurs ; et si l'on fait attention aux sommes immenses ciu'il leur en coûta pour soutenir une guerre où ils succombèrent, on verra bien que l'injustice est mauvaise ménagère , et qu'elle ne remplit pas même ses vues.

La fondation d'Alexandrie avait beaucoup diminué le commerce de Carthage. Dans les premiers temps, la superstition bannissait en quelque façon les étrangers de l'Egypte; et lorsque les Perses l'eurent conquise, ils n'avaient songé qu'à affaiblir leurs nouveaux sujets ; mais , sous les rois grecs, l'Egypte fit presque tout le commerce du nionde , et celui de Carthage commença à déchoir.

' Voypz Appien, lib. Libijc, ch. xxv.

' Voyez ce que Polybe dit de leurs exaclions , surtout dans le fragment du livre IX, Extrait des vertus et des vices.

2i GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

Los puis'^aiices établies par le commerce peuvent sub sister longtemps dans leur médiocrité ; mais leur graii deur est de peu de durée. Elles s'élèvent peu à peu , ei sans que personne s'en aperçoive; car elles ne fout aucun acte particulier qui fasse du bruit et signale leur puissance ; mais , lorsque la chose est venue au point qu'on ne peut plus s'empêcher de la voir, chacun cherche à priver cette nation d'un avantage qu'elle n'a pris , pour ainsi dire, que par surprise.

La cavalerie carthaginoise valait mieux que la romaine , par deux raisons : l'une, que les chevaux numides et espagnols étaient meilleurs que ceux d'Italie; et l'autre, que la cavalerie romaine était mal armée : car ce ne fut (jiie dans les guerres que les Romains tirent en Grèce qu'ils changèrent de manière , comme nous l'apprenons de Polybe '.

Dans la première guerre punique, Régulus fut battu dès que les Carthaginois choisirent les plaines pour faire combattre leur cavalerie ; et daus la seconde , Annibal dut à ses Nuinides ses principales victoires '.

Scipion ayant conquis l'Espagne, et fait alliance avec Massinisse, ôta aux Carthaginois cette supériorité. Ce fut la cavalerie numide qui gagna la bataille de Zama , et firnt la guerre.

Les Carthaginois avaient plus d'expérience sur la mer et connaissaient mieux la manœuvre que les Romains ; mais il me semble que cet avantage n'était pas pour lors si grand qii'il le serait aujourd'hui.

Les anciens n'ayant pas la boussole ne pouvaient guère

' Liv. VI, ch. xsv.

'' Des corps enUers de Numides passèrent du côté des Romains, qui dès lors comiiieiiri^rent à respirer.

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