‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 104 sur 263 · AX · texte numérisé non relu

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LlilTRliS PERSANKS. i\-!^

Us eurent bientôt la consolation des peies vertueux , qui '--^ est d'avoir des enfants qui leur ressejnblent . Le jeune peuple , (|ui s'^vasous leurs yeux ^accrût plîr^'heureux mariages : le nombre augmenta/1' union rat toujours la même; et la vertiL, bien loin de s'affaiblir dans la multitude, fut fortitiée , au contraire, par iin plus grand nombre d'exemples.

Qinpourrait rfepresijnîeÏMcî le bonheur de cesTmglodytes? Un peuple si juste devait être chéri des dieux. Des qtfil oU- \rit les yeux^iîdfOrciesTOnnaître, il apprit à les craindre ; et /a reU^fln^vint j^détf^'^ans les moeurs ce que la nature y -J^, avait laissé de troimfdé;*^ - ^ ^^=

Ils instituèrentdes fête? en l'honneur des dieux. Les jeunes ^ t^ (illes, ornées de fleurs, et les jeunes garçons , le/^cettbraieiiT ^ par leurs danses, et par lesTîciêo?3f7rune musique chîfm^eire'; ^^^jL on faisait ensuite des fy^fiîîs, ouTrf'Toîè ne régnait pas moins — ** que la, frugalité. C'était dans ces assemblées que parlait la j)al^£jiâi?ert^est là qu'on apprenait à donner le cœur et à le §'*^ recevoir ; c'est là que la pudeur virginale faisait en rougissant f^''^^ un aveu surpris , mais bientôt confirmé par le consentement-?-*^ des pères ; et c'est là que les tendres mères se plaisaient à prévoir de loin une union douce et fidèle.

On allait au temgle pour demander les faveurs des dieux -; ce n'étajt çasles richesses et une onéreuse abondance ^e ^.^ jTOîfe^ souhaits étaieut indignes des heureux Troglodytes ; {^^

ils ne savaient les ilesijQ: que-^pour J[£u«S-CQiiipatriates. Ils-/2-'v*n' étaient au pied des auteK"qlie pour demander la santé de U ^ leurs pères, l'union de leurs frères, la tendresse de leurs femmes , l'amour et l'obéissance de leurs enfants. Les filles y venaient apporter l^^ndre sacrifice de leur cœur, et ne leur demandaient aautre grâceqâe celTe de pouvoir rendre un Troglodyte heureux.

Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les bœufs fatigués avaient ramené la charrue, ils s'assemblaient; et dans un repas frugal ils chantaient les injustices ^> des premiers Troglodytes et leurs malheurs, la vertu renais*

saute avec un nouveau peuple , e^^sg félicité : ils chantaient ensuite les grandeurs lies dieux , leurs faveurs toujoursprésentes aux hommes qui les implorent, et leiir i^îèr^''mevuable à ceux qui ne les craignent pas; ils décrivaient ensuite' les déli- -^Téeè (^ la vie champêtre , et le boaheur d'une condition toujours ■ç'afëe^ûë ^innocence. Bientôt ils s'abandonnaient à un sommeil que les soins et les chagrins n'interrompaient/ jamais. ^^^-~^-~ ' ^^

La nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu'à leurs besoins. Dans ce pays heureux, la cu^îoïte était étrangère : ils se faisaient des présents , oià teïûi .qui donnait croyait toujours avoirTaTamàge.' Le peuple troglodyte se regardait comme une seule famille : les troupeaux étaient presque toujours confté^s ; la seule peine qu'on s'épargnait ordinairement, c'était de les partager. '

P'Erzeron, le 6 de la lune de Gemmadi 2, l7il.

^ / XÏIL USBER AU MÊME. /

.Te"ue'"s3rurais ass^te parfèr de la .^ertu des Troglodytes^ Un d'eux disait un jour : Mon père doit demain labourer son champ ; je me lèverai deux heures avant lui , et quand il ira à son champ , il le trouvera tout labouré. Un autre disait en lui-même : 11 me semble que ma sœur a ■-*■ du goût pour un jeune Troglodyte de nos parents ; il faut que je parle à mon père , et que je le détermine à faire ce

mariage. rJL^ ~..v.<>i

On vint dire à un autre que des voleurs avaient eifleveson troupeau : J'en suis bien fâché, dit-il; car il y avait unegé- ''Mifssk toute blanche que je voulais offrir aux dieux.

Ou entendait dire à un autre : Il faut que j'aille au temple iU^j remercier les dieux; car mon frère , que mon père aime tant et que je chéris si fort , a recouvré la santé.

Ou bien : Il y a un champ qui touche celui de mon père , et ceux qui le cultivent sont tous les jours exposés aux ardeurs

du soleil ; il faut que j'aille y planter deux arbres , afin que ces pauvres gens puissent aller quelquefois se reposer sous leur ombre.

Un jour que plusieurs Troglodytes étaient assemblés , un vieillard parla d'un jeune homme qu'il soupçonnait d'avoir commis une mauvaise action , et lui en fit des reproches. Nous ne croyons pas qu'il ait commis ce crime, dirent les jeunes Troglodytes ; mais , s'il l'a fait . puisse-t-il mourir le dernier de sa famille ! LX^-tM

On vint dire à un Troglodyte que des étrangers avaienTpîliëri^, sa maison , et avaient tout emporté. S'ils n'étaient pas injus- — tes , répondit-il , je souhaiterais que les dieux leur en d/fetia'S^ sent un plus long usage qu'à moi. , ^-r^ù-x^^]

Tant de prospérités ne furent naâ'regardées sans envie : les (S.M2 peuples voisins s'assemblèrenffet . sous un vain prétexte, IIsNjcl.j/ résolurent d'enlever leurs troupeaux. ues*que cette résolution fut connue , les Troglodytes envoyèrent au-devant d'eux des ambassadeurs , qui leur parlèrent ainsi :

« Que vous ont fait les Troglodytes ? Ont-ils enlevé vos femmes , dérobé vos bestiaux , ravagé vos campagnes ? Non : fiflus sommes justes , et nous craignons )fs (IIphy.. Que voulez-vous donc de nous ? Voulez-vous de la laine pour vous faire des habits? voulez-vous du lait de nos troupeaux, ou des fruits de nos terres ? Posez bas les armes ; venez au milieu de nous , et nous vous donnerons de tout cela. IMais uousjtirousTpar ce qu'U y a de plus sacré, que, si vous entrez dans nos terres comme ennemis , nous vous regarderons comme un peuple injuste, et que nous vous traiterons comme des bétcs faroiK^ '^'iss. » M^c-/-

Ces paroles furent'reiKoyees avec mépris ; ces peuples sauvages entrèrent armés dans la terre des Troglodytes , QLu'ils nea-oyaient défendus qu£ par Je.ur innocence.

Maisîîsetaient bien disposés à la défense. Ils avaient mis y leurs femmes et leurs enfants au milieu d'eux. Us furent éwu- "f-^ nés de l'injustice de leurs ennemis , et non pas de leur nom-

bre. Une ardeur nouvelle s'élait emparée de leur cœur : l'un voulait mourir pour son père , un autre pour sa femme et ses enfants, celui-ci pour ses frères, celui-là pour ses amis ,ious pour le peuple troglodyte,: la place de celui qui expiraitctait d'abord prise par un autre, qui, outre la cause commune, av'^t encore une mort particulière à venger. .^Tel4at le combat de l'injustice et de la vertu. Ces peuples lacbcsTqûi ne cherchaient que le ^ïïmîr7^''éureht pas ÏÏonte gefiSf; et ijscedjèrent à la vertu ji£sJCroglod>1:es , même sans en être touclïésT/ j.^-*^ ^*^y<

./^>Cïv-u — L Ir^j >^D'Erzeron, le 9 de la lune de Gemmadi 2, I7ii.

f.<C ' ^*- '• XIV. USBEK AU MÊME.

Comme le peuple grossissait tous les jours , les Troglodytes crurent qu'il était à propos de se choisir un jaii : ils c^vm^ rent qu'il fallait défé^éî^ couronne^ celui qui était le plus juste; et ils jetèrent tous les yeux sur un vieillard venerànle par son jige et par une longue vertu. Il n'avait pas voulu se tromer à cette assemblée ; il s'était retiré dans sa maison , le cœur sefred^Tîristesse.

Lorsqu'on lui envoya des deputésnour lui apprendre le choix (lu'ou avait fait de lui : A Enîèu He plaise, dit-il , que je fasse ce tort aux Troglodytes , que l'on puisse croire qu'il n'y a personne parmi eux de plus juste que nioi ! Vous me défiwezla couronne, et, si vous le voulez absolument, il faudra bien que je la prenne; majs comptez que Je mourrai de douleur d'avoir vu en naissnm lesTroglÔchleslibres^, et de les voir aujourd'hui n^sujettis. A ces mots, il se mit a répandre un torrent de laruies. ÏNIalheureux jour ! disait-il ; et pourqubi ai-je tantvecu ? FuisTP s'écria d'une voix sévère : Je vois bien ce que c'est, ô Troglodytes I votre vertu commence à vous peser, jjaus l'état où adus élcs , njiyant point de'^iier, ilimiL-quB vous-soycz verlucitN

malgré vous; sans cel.iAfiMs iip sauriez .sfrÏÏsiiueî' . et vous lojnhÊriez dans le luaineur cTé vos premiers père Si, Mais ce

LKTTRES PERSANES. 263

^oui^ vous parait trop dur : vous aimez mieux être sounus a un priuce, et obéir à ses lois,, moins rigides quejçosjnçeurs. \'ous savez qué^p^Ùrlors vnii?'pniii-rp/^fnT>f(MTf^^^Wre ^i'"]^ tioD , acquérir des richesses, et iat^uiruMis une lacTtevolu^^te; et que, pourvu que vous évitiez de tomber dans les grands crimes, vous n'aurez pas besoin delà vertu. Il s'arrêta un moment, et ses larmes coulèrent plus que jamais. Et que prétendez-vous que je fasse? Comment se peut-il que je commande quelque ^''* chose à un Troglodyte ? Voulez-vous qi/jîîasse une action v^ep^ à^ tueuse parce que je la lui commande , Lui qui la ferait tjxu de (>-^ même sans moi , et^)a£T3,^^^gchau^^Ta^turg^ Troglodytes ! je suis à la fin de mes jours, mon sang e^t-glacé dans mes veines , je vais bientôt revoir vos sacrés aïeux : pourquoi voulez-vous que je les afQige, et que je sois obligé de leur dire que je vous ai laissés sous un autre joug que celui de la vertu .^J ^-^^^-^^^

D'Er/.eroii, le lo de la lune de Gemmadi 2,17|I.

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