‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 156 sur 263 · LXXIV. RICA A USBEK. Q j-t · texte numérisé non relu

LXXIV. RICA A USBEK. Q j-t

Il y a quelques jours qu'un homme de ma connaissance me dit : Je vous ai prorais de vous produire dans les bonnes maisons de Paris; je vous mène à présent chez un grand seigneur ([uiest un des hommes du royaume qui représentent le mieux.

Que cela veut-il dire, monsieur.' est-ce qu'il est plus poli, plus affable qu'un autre.' Ce n'est pas cela, me dit-il. Ah! j'entends : il fait sentir à tous les instants la supériorité qu'il

' S'il est aisé de donner à un bomme de mérite un bon ridicule sans que cela tire à conséquence, à plus forte raison a une compagnie Littéraire, ou les titres et les prétentions sont péie-méle, sans que personne se croie solidaire pour la compagnie . ou la compagnie pour personne. Ce tribut, qu'il fallait payer a la gaieté française , ne compromettait pas plus r.\cadémie que Montesquieu , et n'embarrassa ni l'un ni l'autre , quand l'auteur des Lettres persanes vint prendre la place qui lui était due. (L. H) — H fut reçu à l'Académie française le 24 janvier 1728.

3<Î0 I.ETTr.KS PERSANES.

il sur tous ceux qui rapprochent ; si cela est, je n'ai que faire d'y aller ; je prends déjà condamnation , et je la lui passe tout entière.

Il fallut pourtant marcher, et je vis un petit homme si fier, il prit une prise de tabac avec tant de hauteur, il se moucha si impitoyablement, il cracha avec tant de flegme, il caressa ses chiens d'une manière si offensante pour les hommes, que je ne pouvais me lasser de l'admirer : Ah ! bon Dieu ! dis-je en moi-même , si , lorsque j'étais à la cour de Perse , je représentais ainsi, je représentais un grand sot! Il aurait fallu , Usbek, que nous eussions eu un bien mauvais naturel pour aller faire cent petites insultes à des gens qui venaient tous les jours chez nous nous témoigner leur bienveillance. Ils savaient bien que nous étions au-dessus d'eux ; et s'ils l'avaient ignoré, nos bienfaits le leur auraient appris chaque jour. JS'ayant rien à faire pour nous faire respecter, nous faisions tout pour nous rendre aimables ; nous nous communiquions aux plus petits : au milieu des grandeurs , qui endurcissent toujours, ils nous trouvaient sensibles ; ils ne voyaient que notre cœur au-dessus d'eux ; nous descendions jusqu'à leurs besoins. Mais lorsqu'il fallait soutenir la majesté du prince dans les cérémonies publiques , lorsqu'il fallait faire respecter la nation aux étrangers, lorsque enfin, dans les occasions périlleuses, il fallait animer les soldats , nous remontions cent fois plus haut que nous n'étions descendus ; nous ramenions la fierté sur notre visage , et l'on trouvait quelquefois que nous représentions assez bien.

De Paris, le I5 de la lune de Sapliar, I7I5.

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