‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 160 sur 263 · LXXX. LE GR.\ND EUNUQUE A USBER. A Paris · texte numérisé non relu

LXXX. LE GR.\ND EUNUQUE A USBER. A Paris

Hier des Arméniens menèrent au sérail une jeune esclave deCircassie, qu'ils voulaient vendre. Je la fis entrer dans les appartements secrets , je la déshabillai , je l'examinai avec les regards d'un juge; et plus je l'examinai, plus je lui trouvai de grâces. Une pudeur virginale semblait vouloir les dérober à ma vue ; je vis tout ce qu'il lui en coûtait pour obéir : elle rougissait de se voir nue , même devant moi , qui , exempt des passions qui peuvent alarmer la pudeur, suis inanimé sous l'empire de ce sexe, et qui, ministre de la modestie dans les actions les plus libres , ne porte que de chastes r^ards, et ne puis inspirer que l'innocence.

370 J.LTTRILS l'ERSANES.

Dès que je Teus jugée digne de toi, je baissai les yeux, je lui jetai un manteau d'écarlate , je lui mis au doigt un anneau d'or , je me prosternai à ses pieds , je l'adorai comme la reine de ton cœur. Je payai les Arméniens ; je la dérobai à tous les yeux. Heureux Usbek ! tu possèdes plus de beautés que n'en enferment tous les palais d'Orient. Quel plaisir pour toi de trouver à ton retour tout ce que la Perse a de plus ravissant, et de voir dans ton sérail renaître les grâces à mesure (jue le temps et la possession travaillent à les détruire!

Du sérail de Falmé, le i" de la lune de Rebiab 1 , 1715.

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